CHAPITRE II
Coup d'œil sur la question économique et sociale dans les colonies de peupleiient
Dans les colonies de peuplement du centre et du sud de l'Afrique» le climat propice aux blancs permet leur multiplication et par conséquent l'apparition des rythmes
essentiels de la civilisation européenne. H y existe certes une population indigène supérieure en nombre et l'on observe qu'au lieu de diminuer en densité, die augmente (notanmient dans l'Union Sud Africaine) : mais la proportion dans la force numérique des deux races (un blanc pour trois noirs dans le Sud Africain, un blanc pour vingt-cinq noirs environ, en Rhodésie) est compensée par la supériorité d'intelligence,d'armement et d'action concertée du groupe blanc déjà imposant par sa masse (1»400,000 dans le Sud Africain; 80,000 en Rhodésie). La main-d'œuvre se recrutera dans les deux races, puisque le blanc peut travailler de ses mains sous ce ciel dément, et sera abondante. L'exploitation des richesses minérales et végétales sera ainsi aisée et productive* Enfin, les problèmes de la politique indigène seront facilement résolus, les blancs exerçant par le nombre et l'intelligence une puissante action assimilatrice. La colonie de peuplement progressera donc sans peine, pourvu que l'immigration soit abondante, et elle le sera, car les ressources naturelles sont illimitées.
Les choses cependant ne se conforment pas à ces vues optimistes. La population indigène augmente, particulièrement dans le Sud Africain ; mais la blanche ne suit pas cet accroissement : l'immigration ne maintient pas ses apports réguliers à cause notamment de la concurrence de la main-d'œuvre indigène; cette situation inquiète le Sud Africain. Au Katanga, l'immigration est également assez faible, mais cette faiblesse ne èonstitue pas pour les blancs la même menace que dans lé Sud Africain : elle n'entraîne qu'un défaut d'exploitation des ressources vivrières du pays qui hausse dans des proportions trop grandes le coût de la, vie. Dans l'Union Sud
Africaine» en Rhodésie, au Katanga, la nudn-d'œuvre noire est insuffisante, mais constitue dès à présent dans de nombreux métiers une concurrence sérieuse pour les Européens. Ceux-ci ont institué dans l'Union Sud Africaine, en Rhodésie, et tentent d'introduire au Katanga la « Colour Bar », qui interdit aux noirs certains travaux qualifiés et, aux blancs, les manuels ou serviles : il s'est créé ainsi dans l'Union Sud Africaine et il apparaîtra un jour peut-être ailleurs, une classe de a poor whites » ou « blancs pauvres » sans emploi (1). De plus, la « Colour Bar » déshabitue le blanc du travail des mains, ce qui l'abaisse moralement ; elle irrite l'indigène instruit, ce qui est dangereux ; elle maintient les hauts salaires pour toutes les tâches, ce qui forcera une dizaine de mixtes d'or du Rand transvaalien à cesser l'extraction du minerai d'or ; de ce fait 6,000 Européens pourront être sans emploi ; elle porte à des taux trop élevés le coût des entreprises et de la vie ; un machiniste noir coûte 250 francs par mois au Katanga, tandis qu'un machiniste blanc y gagne de 800 à 1400 fr. mensuellement ; on ne peut vivre à Elisabethville à moins de 600 francs par mois et par personne. La mise à fruit des richesses minérales et végétales du sol est affectée par l'ensemble de ces circonstances défavorables : de profonds changements se produiront peut-être dans l'exploitation des mines du Rand. Elle l'est aussi par les grèves des blancs et des noirs pour de plus hauts salaires et de meilleures conditions de travail : le Katanga n'a pas échappé à ces difficultés : deux cents ouvriers de l'Union Minière du Haut Katanga déposèrent leurs outils pendant trois semaines en mai 1919.
Les problèmes de la politique indigène gardent dans les régions de peuplement, surtout dans l'Union Sud Afri-
{\) Au Katanga, les colons blancs voudraient que les cultures viviières fussent interdites aux noirs à cette région.
caine, une aouité réelle. Les indigènes, tout à la fms «détribalisés (1) » par la pression et la politique des blancs et répugnant aux méthodes européennes, sont dans un état d' c unrest d, c*est-à*dire d'inquiétude, de mécontentement, parfois de désespoir.
Les colonies de peuplement de l'Afrique centrale et australe ont donc dès à présent leurs graves problèmes sociaux.
Section ii ^
Coup d'œfl sur les difficultés économiques et sociales de la colonisation des dominations.