CHAPITRE III De l'accroissement de la population
A l'insuffisance d'information sur le chiffre actuel de la population correspond l'absence de donnée sérieuse sur le point de savoir si elle croît, diminue ou se maintient.
Il existe dans la science coloniale certains axiomes au regard du mouvement de la population.
On dit, par exemple, que la civilisation européenne amène l'extinction de la race noire ; la fausseté de ce soutènement se déduit des choses du Sud Africain, où la population indigène augmente considérablement.
On dit aussi que la population indigène diminue dans les colonies de peuplement, mais augmente dans les dominations. Il y a une part de vérité dans l'assertion que
(1) Le Staiesman's Yearbook ne donne pas déchiffres précis.
— igo —
les indigènes ont diminué en nombre dans les colonies de peuplement, mais cette affirmation n'est vraie que pour le passé et pour d'anciennes colonies comme les États- Unis d'Amérique, l'Amérique du Sud, la Tasmanie, l'Australie ; elle est vraie aussi pour le Sud Ouest Africain allemiand ; les aborigènes ont été systématiquement éliminés dans ces lieux par des moyens divers : mise à prix de la tête d'un indien, livraison gratuite d'alcool, meurtre par chiens dressés, suppression de ressources vivrières, refoulement dans d'étroites réserves, destruction par la guerre ; de plus, les indigènes de ces régions semblent n'avoir jamais été très nombreux.
Mais l'assertion n'est plus vraie si l'on considère l'Afrique du Sud où certaines races indigènes doublent en vingt ans (1), l'Afrique du Nord où la population augmente sensiblement, la Nouvelle Zélande, la Rhodésie du Sud où elle doublerait en quarante-quatre ans.
Il semble téméraire de dire que la population des dominations augmente avec l'arrivée des européens. Certes, la réduction en nombre des guerres indigènes et des sacrifices humains auront un heureux effet sur le chiffre de la population ; mais il est incertain s'il y a avance par rapport à celui d'il y a quarante ans qui est inconnu : le portage, les corvées, l'impôt, l'industrie, les maladies, et particulièrement celle du sommeil, ont fait des hécatombes ; certaines régions, les voisines des chantiers industriels, diminuent en population ; le Haut Katanga se dépeuple.
(1) Selon le rapport de l'Health Officer, la population du Natal double en trente-sept ans, celle de la colonie du Cap en vingtsept ans, celle du Basutoland en moins de vingt ans. Lire, à cet égard, Black and White in S(mih Africa, p. 64, et le Colonial Office lAst pour 1913 (il résulte des renseignements fournis par ce dernier ouvrage que les Basuto étaient 127,000 en 1875, 263,000 en 1901, et 404,000 en 1911).
Hommee.
Femmea.
Enfants
Voici les chiffres du recensement officiel de la chefferie de Kitanika (Katanga) :
Chef et sous-chefs.
Kitanika Mwenda . . .
Sous-chef Nguba. . . .
Sous-chef Mwenda Mukosi Sous-chef M'Tobo . . .
Sous-chef Kalonga. . .
Sous-chef Mubidi Kubantu Sous-chef Mokabe Kasari .
Ce qui fait un total de 3,907 hommes, 4,445 femmes et 5,641 enfants. Ces chiffres montrent que la population de cette chefferie ne se maintient même pas à son taux antérieur, le nombre des enfants étant de beaucoup inférieur à celui des adultes. Selon les statistiques du Staiesman's Yearbook, le Mozambique contenait en 1914, 3,120,000 habitants : en 1919, ils n'étaient plus que 3 millions. On observe aussi pour certaines vastes régions comme la Rhodésie du Nord une diminution en un laps de temps très court : en 1911, la population était évaluée à environ 1 million ; elle n'était plus que de 870,000 en 1915 selon certaines statistiques. Enfin, beaucoup d'administrateurs consultés par moi pensent que la population indigène diminue.
Il ne faut pas accorder cependant une grande confiance à ces chiffres ; de plus, la comparaison de ces statistiques montre dans certaines régions (Uganda, Nigérie) une augmentation marquée. De même faut-il être réservé vis-à-vis de l'opinion des administrateurs qui n'exprime souvent qu'une opinion personnelle. Il paraît plus conforme à la vérité de croire à des accroissements de la population dans certaines contrées et à des réductions dans d'autres. L'incertitude règne sur le point de savoir
si, dans son ensemble, la population noire augmente, diminue ou conserve sa densité antérieure.