‹ Etudes africaines. Préf. de Guillaume de GreefChapitre 20 sur 84 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Densité de la population bantu

Les peuples noirs sont fort inégalement répartis en Afrique. Il y a telle colonie, comme la Nigérie du Nord, dont l'étendue est quatre fois moindre que celle du Congo belge et dont la population est évaluée à 10 millions d'habitants, tandis qu'au Congo ce chiffre serait dépassé de peu. Les hauts plateaux du Katanga sont très peu peuplés, mais les indigènes se pressent le long des fleuves, sur le bord des lacs. Les conditions climatériques et le milieu jouent un rôle prépondérant dans la densité et la prospérité des Bantu ; c'est le contraire en Europe, où le climat ne fait guère obstacle au développement de la population.

On ignore le chiffre de la population indigène des tropiques et de l'équateur africains. La raison de cette ignorance est l'absence de statistiques dignes de foi. Des statistiques sont longues et difficiles à établir lorsqu'il s'agit de faire recenser des races barbares par des européens. Elles veulent un travail méthodique sur une base logique : il est souvent malaisé de déterminer si un noir doit être rangé parmi les enfants ou les adultes, car les noirs ne savent pas leur âge : or, les statistiques peuvent être ainsi faussées quant à l'accroissement normal de la population. De plus, les noirs sont enclins à se soustraire aux opérations de recensement. Enfin, il existait encore, il y a peu d'années, des contrées où les blancs n'avaient fait aucun recensement.

Il n'y a de renseignements relativement exacts que pour les peuplades bantu de l'Union Sud Africaine, pour celles des protectorats anglais de l'Uganda, de la Nigeria du Nord, du Barotséland. La longue occupation européenne de l'Afrique australe, l'organisation administrative selon le génie bantu de la Nigérie du Nord, de l'Uganda, du Barotséland ont permis d'établir pour ces régions des informations dignes d'une grande foi.

Ailleurs, on n'a parfois que des statistiques basées sur le paiement de l'impôt ou les dires incontrôlés et contradictoires des administrateurs, des missionnaires, des voyageurs. En Rhodésie du Sud, colonie de peuplement où vivent plus de 25,000 blancs, la Southern Rhodesia Native Reserves Commission pour 1915 déclare que les recensements sont tout à fait approximatifs : « les chiffres fournis par les Native Commissionners varient beaucoup », dit-elle (1) ; on n'est pas surpris de ces divergences lorsque l'on sait que, jusqu'en 1915, les recensements se faisaient en multipliant par 3.5 le nombre des noirs payant l'impôt. M. Remacle (2), administrateur de Kikondja (Katanga, lac Kisalé), évalue à 300,000 êtres humains la population de cette région, tandis que le missionnaire (3) Clarke la porte à 1 million d'habitants.

Les chiffres fournis par les auteurs n'inspirent que peu de confiance. En 1909, M. Aubry, dans son ouvrage La Colonisation et les Colonies, estimait à 111 millions environ le nombre des indigènes africains, ceux du Sénégal, du Sahara, de la Tunisie, de l'Algérie et de la Maurétanie étant exclus. L'écart de ces chiffres avec la réalité

(1) Southern Rhodesia Native Reserves Commission pour 1915, p. 20.

(2) M. Remacle est l'un des plus remarquables observateurs des noirs du Congo.

(3) Conversations avec le missionnaire.

peut être considérable. La population^du Congo belge, portée par M. Aubry à 30 millions, n'est en 1919, d'après le gouvernement de cette colonie, que de 15 millions et serait au-dessous de ce chiffre selon M. Delcommune et d'autres. D'après M. Aubry, il y avait 201,000 indigènes dans l'Ouest Allemand en 1909, et 79,556 seulement, d'après le Statesman's Yearhook de 1914. L'Est Africain anglais comptait 4,038,000 noirs selon le Statesman's Yearbook de 1914, 2,807,000 selon celui de 1919, tandis que le Colonial Office List de 1917 lui en accorde 3,848,000. Dans l'Uganda, aux dires du Statesman's Yearbook, il y a 2,893,000 noirs en 1914, et 3,361,000 en 1918.

Voici, d'après le Statesman's Yearbook de 1919, les

chiffres de la population des régions tropicales et équatoriales d'Afrique :

Afrique équatoriale( 191 5), environ 9,000,000

Afrique occidentale (1). . » 11,800,000

Congo (2) » 12,500,000

Nigérie » 16,500,000

Rhodésie » 1,650,000

Sierra Leone » 75,000

Est Africain anglais ... » 2,785,000

Soudan anglo-égyptien. . » 3,400,000

Côte d'Or (1911) » 1,503,386

Nyassaland » 1,140,000

Mozambique » 3,000,000

( 1 ) Le Sahara et le Soudan compris.

(2) Le Stateaman^s Yearbook renseigne le chiffre de 15,500,000 donné par sir H. Johnston et celui de 9,000,000.

- i89 - Angola environ 2,124,361

Guinée portugaise ....

Est Africain allemand . .

Togo

Cameroun

Ouest allemand (1913) (1) .

Somaliland

Il y aurait donc environ 77 millions de Bantu dans cette partie de l'Afrique. Comme les causes d'erreur sont nombreuses dans ces évaluations, on ne les acceptera qu'avec prudence. On constatera que peut-être la race bantu des tropiques et de l'équateur n'est pas inférieure à 70 millions d'êtres humains.

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