AU LAC MISTASSINI
Samedi, /e 10 août. — A 6 heures ce matin, nous quittions le poste de Mistassini après avoir dit adieu au commis, Charles Isenhofï, et quatre heures plus tard nous étions rendus aux passes du lac Mistassini. Après avoir pris une collation, nous repartîmes par un vent favorable, et, nous aidant de la voile et de la rame, nous parcourûmes
une distance de 25 milles vers l'intérieur de cette fameuse nappe d'eau. Ce jour-là, nous eûmes à subir plus d'un coup de vent, quelques orages, mêlés d'éclairs et de tonnerre, et une pluie de grêle. Nous continuâmes cependant à avancer jusqu'au moment où le vent atteignit un tel degré de violence et les vagues devinrent si grosses, que nous dûmes aller nous mettre à l'abri et jeter l'ancre le long d'une île, du côté est du rivage, où nous campâmes pour la nuit.
Nous nous proposions d'explorer le Mistassini en suivant le côté est jusqu'à la baie du Nord- Est (North-East Bay), qui semblait le borner de ce côté, vu que c'était sur cette partie-là surtout que se portait la discussion, — le côté ouest du lac ayant été relevé à deux différentes reprises et étant bien connu des Indiens de la région ; puis, de là, si possible, remonter quelque rivière et atteindre quelque sommet élevé d'où nous pourrions avoir une vue de cette vaste et mystérieuse étendue d'eau qui nous était connue sous le nom de « Mer Intérieure )', d'après M. Bignell. Jusqu'ici l'orientation générale du lac, tel que nous le vojaons et suivant les indications de notre boussole, s'accordait avec la carte de M. Low ; et une observation, bien qu'approximative, nous a donné une latitude semblable à celle obtenue par ce Monsieur, quoique deux baies profondes et quelques îles ici n'apparaissent pas sur la carte de cet explorateur, que nous avons par devers nous.
Dimanche, /e 11 août. — Le filet nous fournit d'excellentes truites, du poisson blanc et du doré. Nous n'avons pas encore eu de meilleur poisson. Le poisson blanc surtout est remarquable ; sa chair est ferme et sa couleur magnifique : ceci est dû sans doute à la fraîcheur de l'eau dont la tempe-
rature baissait jusqu'à 50° Fahrenheit. Le matin, il soufflait un fort vent d'ouest accompagné de pluie. Dans la soirée, nous avons distingué l'étoile polaire et établi assez bien notre position. Si la carte de Low est correcte, nous ne devons pas être à une distance de plus de 50 milles de la tête de la baie du Nord-Est.
Lundi, /e 12 août. — Cette journée s'est passée à explorer l'île où nous sommes depuis deux jours, et à faire quelques tours à la rame. Une série d'observations quant à la température de l'eau nous a donné 50.5 degrés Fahrenheit. A 5 heures, un vent de rage nous oblige à regagner notre lieu de campement, où nous passons la nuit.
Mardi, le 13 août. — Partis à quatre heures et demie ce matin ; avons ramé jusqu'à huit heures et t^eiîiie. Lorsque le brouillard se fut dissipé, nous aperçA'imes une chaîne de hautes montagnes du côté nord-ouest du lac, laquelle, n'étant pas indiquée sur la carte de Low, nous a d'abord désorientés. Peu après se dessinèrent, telles qu'indiquées sur la carte, les montagnes du haut de la baie du Nord-Est, lesquelles ne devaient pas être certainement éloignées de plus de 35 milles. Après avoir vogué toute la journée dans cette direction, nous pénétrions à sept heures du soir dans l'entrée de la rivière Toqueco. Nous sautâmes sur la rive et nous serrâmes la main, car le moment approchait où le mystère du lac Mistassini allait enfin être éclairci, s'il ne l'était pas encore.
Au point où nous étions rendus, il était nécessaire de s'assurer si nous avions atteint la limite du lac ; ayant causé de l'affaire, nous décidâmes de laisser un homme à la garde du camp, puis, nous munissant de provisions pour toute une journée, de remonter la rivière jusqu'à une chaîne de
montagnes à dix milles de distance environ, et, après en avoir gravi le plus haut sommet, qui devait atteindre au moins 2,000 pieds, chercher à déterminer la position exacte de la tête de cette mystérieuse étendue d'eau.