‹ Études archéologiques et variétésChapitre 24 sur 45 · COMMENT LES INDIENS PÉRISSENT · texte numérisé non relu

COMMENT LES INDIENS PÉRISSENT

Pendant quelque temps, ils prolongent leur existence au moyen de peaux d'animaux qu'ils ont pris, et qu'ils mâchent en petites quantités ; d'autres fois ils ont la chance de trouver le wak-wun, ou mousse alimentaire, qu'ils font bouillir et qu'ils mangent. Finalement, ils tombent dans un état de faiblesse telle qu'ils ne peuvent guère s'éloigner de la tente. Puis, devenant même incapables d'allumer le feu, ils s'accroupissent stoïquement

dans la tente où, insensiblement, ils meurent de froid. L'ouragan qui mugit autour d'eux soulève des tourbillons de neige qui finissent par former au même endroit un monticule funèbre, que les vents chauds du sud du printemps mettront de nouveau à découvert. La nouvelle de cette mort se répandra alors parmi cette population de chasseurs, qui s'éteint si rapidement ; et, l'automne suivant, une famille de moins se présentera pour solliciter des secours.

Qu'une famille entière périsse ainsi, c'est une chose qui arrive assez fréquemment ; et, fait curieux à constater, la sauvagesse est toujours la dernière à mourir : nouvelle preuve du courage et de la force de résistance de la femme en face des privations.

Le mystère qui semble envelopper cette région du lac Mistassini provient sans doute de ces récits lamentables de mortalités. C'est une région en partie si dépourvue de vie animale, si inhospitalière, d'un aspect si morne et si lugubre, que la plupart des Indiens ont fini par la considérer comme frappée d'une mystérieuse fatalité, et, naturellement, ces derniers ont fait part de leurs impressions aux populations établies au Lac Saint- Jean, d'où semblent avoir origine tous ces récits fabuleux concernant ce triste pays.

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