DESCRIPTION DU LAC
Avant de clore le sujet de la dimension et de la topographie du lac Mistassini, il serait à propos d'expliquer ici l'origine de ces rumeurs touchant l'étendue prodigieuse de cette nappe d'eau.
On peut dire que le grand Mistassini est en réalité composé de deux lacs qui communiquent ensemble par quelques étroits passages, et il est probable que la chaîne d'îles basses qui se voient au centre formait autrefois un terrain continu et
deux lacs distincts qu'une passe mettait en communication. Puis, il y a le Mistassiniche, ou petit Mistassini, qui s'étend à côté et près du lac principal auquel il est relié par une petite rivière. Celui qui ne connaît pas parfaitement la géographie du pays est donc porté à croire qu'il existe en réalité trois grands lacs s'étendant parallèlement à côté l'un de l'autre et que deux passes mettent en communication ; c'est même ainsi que les anciennes cartes françaises représentent cette région. De là les rapports qui ont paru de temps à autres dans les journaux de Québec et de Montréal à l'effet que le Mistassini proprement dit se composait de trois lacs d'environ 100 milles de long chacun. Cette version est à peu près correcte et répond à ce que racontent les Indiens ; seulement au lieu de trois lacs se succédant l'un à l'autre dans le sens de leur longueur, ce sont trois étendues d'eau situées en ligne parallèle et tout près l'une de l'autre, et c'est à cette particularité qu'il faut attribuer le tissu de contes et de nouvelles débités par Bignell, Murray et nombre d'autres au sujet de l'existence d'un lac de 300 milles de long. Trois lacs, d'une longueur d'environ 100 milles chacun, situés en ligne parallèle et reliés l'un à l'autre, ne constituent pas nécessairement un seul et même lac. Voilà cependant l'erreur dans laquelle un si grand nombre sont tombés.
l'existence au poste de la baie d'hudson
Lorsque nous arrivâmes au poste, lors de notre retour, on prit de nouveau notre canot pour un de ceux qui avaient été envoyés à la recherche des provisions, et, encore une fois, tous les habitants de l'établissement accoururent au-devant de nous pour nous souhaiter la bienvenue. Parmi eux et
et au premier rang se trouvait M. Miller qui avait dû revenir pendant notre absence à la suite d'un accident arrivé à la (^ brigade ». Un des canots, chargé de thé et de farine, s'étant perdu dans un des rapides de la rivière Rupert ; il fallait en expédier un autre pour le remplacer. La perte de ce canot et de son contenu était, on peut se l'imaginer, bien sensible pour ces pauvres gens qui avaient tant besoin de secours. Nous passâmes une aprèsmidi agréable avec M. Miller à discuter sur les proportions du Mistassini et à causer de la fameuse expédition Low-Bignell. M. Miller nous retint à souper, et sur ses pressantes sollicitations, nous passâmes la soirée au poste à discourir sur divers sujets concernant le monde extérieur. M. Miller est un homme qui a vieilli au service de la Compagnie de la Baie d'Hudson : voilà 33 ans qu'il est à son emploi. Il n'a jamais vu de chemin de fer et ne sait pas ce que c'est qu'un congé. De fait, il est aussi étranger aux choses du « monde civilisé » que s'il avait vécu au pôle nord, et ce qui est encore plus étonnant, c'est qu'il est parfaitement content de son sort, vivant heureux au milieu de sa famille, dont les plus jeunes enfants parlent l'indien bien mieux que l'anglais. Il tient un journal de la température, etc., et, lors de notre visite, il venait de recevoir de Toronto l'offre de se charger d'un service d'instruments météorologiques pour le Gouvernement de la Puissance.
HIVERS RIGOUREUX ET COURTE DURÉE DE l'ÉTÉ
Un coup d'œil jeté sur son journal démontra que le climat à Mistassini est excessivement rigoureux en hiver, et qu'il n'y a presque pas d'été.
En janvier, février et mars, la température varie
depuis zéro jusqu'à 50 degrés au-dessous. Souvent il neige en septenabre, et il gèle presque tous les mois de l'année ; il est évident que cette région n'est pas propre à la culture. Le poisson y est l'unique soutien de l'existence. M. Miller luimême, depuis plusieurs années, sème des pommes de terre ; mais la récolte en est toujours très pauvre, et il ne peut jamais faire une récolte qui servira de semence pour l'année suivante. Il a tenté, à différentes reprises, de cultiver d'autres grains, mais toujours sans grand succès. Il n'y a pas même d'assez bonne herbe pour nourrir les bêtes à cornes, et c'est ce qui explique l'absence de tout bétail dans cette partie du pays.
Nous fûmes mis au fait de tous ces détails dans le courant de la conversation ; malheureusement ils tendaient tous à démontrer la stérilité désolante du sol.
Quant aux fourrures, la quantité qu'on se procure chaque année est très considérable. Ces fourrures consistent surtout en peaux de castors qu'on obtient à vraiment bon marché. Le cours de notre monnaie est tellement inconnu à ces pauvres gens qu'ils ressemblent sous ce rapport aux hommes des époques primitives. Au lieu d'argent en espèces, ils se servent d'une monnaie de convention consistant en pièces de cuivre jaune dorées appelées « Beavers » (Castors), et sur lesquelles sont inscrits, d'un côté, l'écusson de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et, de l'autre, la valeur du cours. Ainsi, il y a des beavers, des demies, des quarts et des huitièmes de beavers. Ces dénominations proviennent sans doute de la valeur qu'on accordait originairement aux peaux de castors. Dans le trafic qui se fait avec les Indiens, ceux-ci livrent leurs fourrures à la Compagnie qui les paie au moyen
de ces pièces, faisant de cette manière double profit, l'Indien étant dans la nécessité d'acheter ses provisions de la Compagnie qui les lui cède sur paiement de cette monnaie.
Il va sans dire que le cours de ces pièces est illégal ; aussi M. Miller nous informe que la Compagnie avait l'intention de lui substituer, à une date très rapprochée, celui de piastres et de centins.