‹ Études archéologiques et variétésChapitre 34 sur 45 · UNE CHASSE INTÉRESSANTE · texte numérisé non relu

UNE CHASSE INTÉRESSANTE

Samedi, le 24 août. — Ce matin, ayant soigneusement examiné notre canot avant de le lancer de nouveau à travers les rapides par où nous devions passer, nous avons constaté que le peu de profondeur des anses que nous avions traversées à la hgne de faîte, l'avait fortement endommagé. L'ayant réparé, nous nous remîmes en route, franchissant les rapides à une vitesse de quinze milles à l'heure. Après un trajet périlleux à travers les rapides de Galbraith, que nous traversâmes avec la rapidité d'un cheval au galop, faisant trente milles à l'heure, nous atteignîmes un endroit où l'eau était comparativement calme, et nous dressâmes la tente au-dessous de la rivière du Chef qui, comme son nom l'indique, est bien la principale rivière qui forme l'Achouapmouchouan.

Ce fut sur la fm de cette journée, déjà si remplie d'émotions, que nous eûmes le plaisir d'assister à une chasse d'ours des plus intéressantes, et que nos hommes capturèrent un des plus beaux spécimens de ces carnassiers qu'ils eussent encore vus.

Nous ramions tranquillement en descendant la rivière, examinant les alentours pour y trouver un lieu de campement convenable ; mais, au moment où la brunante commençait à nous envelopper de ses ombres, Prosper, qui s'était toujours tenu

sur l'avant du canot, aperçut un ours à une distance d'environ 400 verges, sur le rivage à notre droite. Ordre fut donné de ramer doucement et en silence, en même temps qu'un fusil était passé à l'avant du canot. Nous nous tenions aussi immobiles que possible, et les trois autres canotiers, placés à l'arrière, exécutaient un savant mouvement de pagaie dont nous avions déjà lu la description dans les romans à sensation de Fenimore Cooper, mais que nous considérions maintenant comme vraiment artistique. Pas un muscle ne semblait remuer, personne ne bougeait, et cependant notre canot glissait dans la direction de « maître martin ». Nous approchions toujours davantage, et nous n'en étions pas éloignés de plus de cent verges lorsqu'il disparut. Nous pensions bien qu'il nous avait découverts et s'était enfui ; mais non, en avançant encore un peu, nous l'aperçûmes dans un détour sur le bord de la rivière, broutant sans défiance l'herbe ou mangeant des baies ; à ce moment, nous étions à peu près sûrs de notre proie. De nouveaux et savants coups d'aviron sont exécutés et quelques verges de plus nous rapprochent de terre, lorsque le profil de Prosper se dresse sur l'avant du canot comme une ombre gigantesque. L'ours s'arrête, nous regarde, et le coup part : l'animal s'affaisse sans mouvement, et nous abordons le rivage où nous saluons de trois hourrahs l'évément le plus intéressant au point de vue du sport que nous ayons eu durant tout le voyage.

L'ours que nous venions d'abattre était une femelle, et du plus beau type, pouvant avoir trois ans, et connue aux Indiens sous le nom de nitishkwa, (une femmelle qui n'a pas encore mis bas). Elle devait peser environ 225 Ibs et sa robe présentait la plus belle, la plus riche, la plus épaisse et

soyeuse fourrure qu'on puisse imaginer ; sa tête et ses membres étaient bien développés et ses pattes énormes. Nous avions l'intention de l'offrir à l'Université de Toronto si nous pouvions arriver à Roberval à temps pour conserver sa peau. Ainsi donc, nouveau festin de viande d'ours en perspective pour ce soir, dont nous appréhendons les suites pour nos hommes demain matin.

Dimanche, le 25 août. — Prosper est indisposé ce matin. Quelques doses de pain-killer l'ont réconforté et remis sur pied. Aujourd'hui est réellement la plus belle journée que nous ayons eue depuis trois semaines. Nous descendons quelque peu la rivière, et nous campons en compagnie de Charles et George Matabis à l'embouchure de la Chicoubiche.

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