FIN DU VOYAGE
Les deux chasseurs que nous venons de nommer viennent de la Pointe Bleue, et ce sont deux des plus habiles chasseurs des alentours. Ils voyagent avec leur famille et semblent bien pourvus en fait de tentes, poêles, couvertures et autres commodités de la vie. Ils sont tout à fait différents des Indiens Mistassini de la ligne de faîte, qui, en comparaison, sont pauvres et misérables. Ils nous apprennent que tous les chasseurs ont quitté le Lac Saint-Jean, et que nous allons en rencontrer un grand nombre remontant la rivière à mesure que nous avancerons.
Lundi, le 26 aoul. — Nous levons le camp à 6 heures du matin, accompagnés des deux chasseurs Charles et George Matabis qui vont nous aider à traverser les deux prochains portages. Après avoir fait aujourd'hui trente milles et rencontré plusieurs chasseurs remontant la rivière
avec leurs familles et des provisions pour l'hiver, nous arrivons au portage où nous avions précédemnient laissé nos deux petits canots. Ce ne fut pas sans un vif sentiment de regret que nous abandonnâmes notre barge qui était devenue usée et faisait eau de toute part : de fait, ce n'était plus qu'une épave, mais elle avait été témoin de nos luttes et avait partagé notre misère tout le long du trajet. Enfin, ce soir-là nous campâmes sur les confins de la civilisation, et le lendemain midi, mardi, nous étions à St-Félicien, où nous nous fîmes servir à dîner. Quatre heures plus tard nous arrivions à la Pointe Bleue après une absence de six semaines. Rendus à l'hôtel Roberval, nous payâmes nos hommes, expédiâmes notre capture à Toronto, et, une dernière fois, nous eûmes une pensée, une pensée d'adieu, pour le lac Mistassini ; puis, le même soir, nous partions, en route pour Québec.