AVANT-PROPOS
Les deux volumes dont se compose le présent ouvrage — çue fious publions sous le titre collectif d^ « Etudes arrhitectoniques et graphiques » et avec U7ie épigraphe significative — doivent être considérés, pris e?isem6le^ comme constituant une préparation générale à l'étude détaillée comme à la pratique effective des Arts d* industrie^ de T Architecture et des Arts d'ornement.
Cette énumération n^est point arbitraire^ et notre sous-titre, par sa disposition générale comme par sa composition typographique^ indi^ que très nettement que Fordi^e d'études qui nous occupe a pour objet
propre tout un monde d'activité, qu'il importe de concevoir comme indépendant et fo?icièrement autonome. Ce monde^ ce vaste domaifie où s'épanouit pleinement le génie propre des ouvriers, des artisans et des artistes; dont les richesses sans nombre n'ont poijit encore été inventoriées et instruites comme il convient; doiit la constitution organique fondameiitale n'est point encore eœplicitemeîit révélée; est demeuré flottant et comme suspendu cîitre deux doctrines depuis longtemps formulées, celles de l'Art et de la Science {avec de grandes lettres), qui s'en disputent le gouveimement.
C'est ainsi que, du moins chez nous, ce domaine, de vie si intense et si originale, est encadré officiellement par lé Conservatoire des Arts et Métiers et F École spéciale des Beaux- Arts. Ces deux établissements^ ces deux institutions, avec leurs cours, leurs bibliothèques et leurs collections, ne touchent pas au fond des choses, qui ne leur appar-
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tient pas. Leur intronisation ^ désortnais historique^ révèle seulement la part cT autorité dogmatique qiiau nom de la Science et IWrty et au mépris de la Vie, s'est arrogée P intellectualisme doctrinaire, — C'est par la croyance simpliste en la vertu opérât ive des « pri?îcipes gêné- 7^aux » (1 ) que triomphent encore, dans l'enseignement d'une part^ la doctrine ou le système général des sciences mathématiques ct^ d^au^ tre part, la doctrine ou le système général des beaux^arts. — En fait ces deux grandes institutions ^malgré toutes leurs richesses, ne nous ont été à peu près d'aucun secours pour rétablissement de ce que nous appelons la Graphique. D'ailleurs, les Ingénieurs et les Artistes ne s'y seraient certainement pas acheminés d'eux-mêmes, puisqu'ils ont, comme ont dit, leur siège fait, et mieux ou autre chose à faire.
Pour l'introduction générale qui, avec les prolégomènes, compose toute la matière du premier volume nous n'avons pas craint de faire de larges emprunts à différents auteurs^ trouvant chez eux justement ce dont nous avions besoin, et que nous n'aurions pas su exprimer ni avec la même force ni avec la même autorité. C'est ai?isi que Bergmann nous a fourni la p7*emière section de la première partie de l'Introduction générale. On y trouvera, entre autres choses, des indications générales sur la méthode à suivre pour coordonner et exposer scientifiquement un ordre de questions. Ce que Bergmann indique pour la science des langues ou la Glossologie est applicable de tout
( i) u La foi que l'on voue aux principes généraux csl une des grandes erreurs de notre temps. L'erreur réside principalement dans ce fait, que nous croyons à ces principes d*une façon dogmaligue el aveugle en faisant abstraction des conditions et des exigences de la vie réelle, sans égard aux différences de temps, de lieu, ni aux particularités individuelles ou d'ordre historique. La vie réelle n'est ni une science, ni une philosophie; elle existe par elle-même comme un organisme vivant. Ni la science, ni la philosophie ne dominent la vie; elles puisent au contraire leurs clé~ ments dans la vie réelle en recueillant, en analysant et en généralisant les phénomènes delà vie; mais il ne faudrait pas croire qu'elles puissent embrasser toutes les innombrables manifestations de la vie; épuiser son infinie variété, encore moins lui créer un objet ou des formes nouvelles. Appliquées à la vie réelle, les propositions de la science et de la philosophie ne sont que des hypothèses, que de simples fictions qu'il est toujours indispensable de contrôler par le bon sens, la raison et l'observation des phénomènes auxquels ces propositions se rapportent. » — C.-P.Pobé- DOKOSTZEFF, Qucst , relig,, soc. et polit, ^ Paris, 1897.
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point à la science que nous voudrions inaugurer^ la science des arts d'industrie^ de l'architecture et des arts d'ornement.
La seconde section^ qui procède de Cour not, envisage la science sous un tout autre aspect. Elle contient en outre et du même auteur une revue comparative extrêmement intéressante de l'Art, de la Science et de l'Industrie^ entendus au sens strictement classique.
La troisième section, entièrement consacrée aux mathématiques, est empruntée pour une part à Cournot et pour Vautre part à deux jeunes auteurs, qui ont bien voulu nous accorder la faveur d'une communication dont leur seront particulièrement reconnaissants ceux d'ent?*e nos lecteurs que ces matières ne rebutent point.
Enfin, dans la secofide partie et pour la question du dessin comme pour la question de l'enseignement en général, tious avons cité encore d'autres écrivains, tous également intéressatits, bien qu'à des titres divers y et à propos desquels nous rappellerons cette parole deLeibnits : a II y a bien des personnes dont on pourrait profiter, si on pouvait bannir l'esprit sectaire, qui consiste dans cette prétention de vouloir que les autres se règlent sur nos maximes, au lieu qu'on devrait se contenter de voir qu'on aille au but principal. » — Op. Leib., éd. Dutens, t. I, p. 740.
Maintenant si Von demande à qui ce livre s'adi'esse^ nous répondrons que, conçu en vue de la masse générale des lecteurs, il ne fait aucune acception de catégories spéciales non plus que de professions particulières. Il est bien vrai que nous avons été amenée sans que nous Vayons voulu expressément^ à toucher à beaucoup de questions scientifiques, pédagogiques ou philosophiques. Notre justification, s'il en faut une absolument, est dans la longue accointance que nous avons eue avec Vœuvre de Cournot notre maître, et dont Vempreinte a été si forte qu'elle 7ious est demeurée comme attachée invinciblement dans toutes les circonstances, au fnoins spéculatives, de notre vie. D'un autre côtéyétant parvenu par patience et longueur de temps, à constituer
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une théorie entièrement nouvelle, celle de la graphique ou de la langue et de la science des figures, qui fait l'objet propre du second volume, ?ious nous sommes t7^ouvé tout d'un coup, comme juché au sommet d'un observatoire, 'd'où nous interrogions le monde avec anxiété pour savoir où déposer le précieux fardeau de nos propres élucubrations. C'est ainsi que nous avons été amené, et d'ailleurs à la suite de Cournot, à proposer, pour renseignement primaire, une conception entièrement nouvelle de son objet et de ses fins. En résumé, notre livre est fait pour servir à l'enseigfiement théorique et pratique^ dans la famille, dans l'école et dans l'atelier; il s'adresse donc tout particulièrement à la jeunesse active et studieuse, qui, à l'heure pré-
seîite, entre dans la vie par quelque porte que ce soit.
Quoi qu'il en soit d'ailleurs, il est bien évident que l'iîitroduction et les prolégomènes qui composent le premier volume ne sont pas faits pour ceux de 7ios lecteurs, jeunes ou vieux^qui sont appelés d tirer un profit immédiat du second volume, c'est-à-dire des leçons de graphique. Il suffira très bien pour les premiers et une fois leur initiation accomplie, de revenir de temps à autre, aux arcanes, si arcanes il g a, du premier volume. Ce n'est pas en un jour que nous-même nous avons entendu pleinement la doctrine de Cournot. A dire vrai, elle fie nous est devenue complètement intelligible que du jour où miïri par notre propre expérience, il nous fut donné' de pouvoir lui confronter une doctrine qui était bien nôtre et qu'il n'avait pas prévue dans ses cadres. Il arrivera donc tt^ès probablement la même aventure au lecteur studieux qui, initié — par notre aide, et sous Faction, la seule efficace, de ses propres efforts — au monde si positif et si élégant des figures, pourra désormais peser le fardeau des opinions toutes faites, dont la pauvre humanité, si industrieuse, si avisée pourtant, mais sibesoqneuse, si routinière aussi, et il le faut bien, se transmet incessamment la charge avec juste autant de clairvogance et de réflexion qu'en peuvent dépenser, pour leurs propres travaux, F abeille ou la fourmi.