LES MODES DE CONCEPTION ET LA SCIENCE
— « Toute science, prise dans le sens le plus général, a pour objet (le connaître de plus en plus la véinié.
(( La science qui cherche à connaître, de plus en plus, la vérité, se propose une tâche qui, de sa nature, est infinie. Or, l'homme ou l'humanité n'a, pour percevoir la vérité, que des moyens finis^ des forces ou facultés perceptives et intellectuelles, qui sont très limitées, et sont servies par des sens également très bornés.
(( Les trois modes de conception qui se font remarquer successivement dans Tesprit humain, et qui se révèlent dans toutes ses manifestations historiques, depuis son premier épanouissement jusqu'à nos jours, sont V Intuition des sens, la Raison^ et V Intelligence,
<( L'Intuition est la faculté de saisir, de percevoir par les sens, surtout par celui de la vue, qui les complète tous, les phénomènes ou existences du monde physique, tombant sous les sens.
« La liaison est la faculté de comparer entre elles et de combiner logiquement les intuitions changées en notions, et de les généraliser de manière à passer des réalités du monde physique aux vérités du monde métaphysique,
« Vk Intelligence est la faculté de comprendre la nature des choses visibles et des réalités invisibles, en en saisissant le caractère essentiel et nécessaire.
4 Introduction générale
« L'esprit humain, à aucun degré de son développement, n'est jamais uniquement Intuition, ou Raison^ ou Intelligence; mais l'intuition primitive est modiGée et corrigée par la raison qui se développe^ et l'intuition et la raison sont corrigées par l'intelligence qui vient dominer l'une et l'autre. Ces différents modes de conception se succèdent donc l'un à l'autre, non pour s'efiacer et s'exclure absolument, mais pour se compléter l'un Tautre^et se limiter réciproquement; ils ne sont pas seulement émanants Tun de l'autre, mais aussi immanents l'un dans l'autre. Cependant, comme chacun de ces modes de conception prédomine successivement, ou à son tour, sur les deux autres, il y a, dans l'histoire de l'esprit humain, trois périodes qu'on peut nommer, d'après le mode de conception qui y est prédominant, la période de l'Intuition, la période do la Raison, et la période de l'Intelligence. Les meilleurs esprits de nos jours sont entrés dans la période de Tlntelligence ; mais la grande majorité des hommes de notre époque se tiennent encore dans le mode de conception de la Raison. Ils sont raisonnables, ils ne sont pas intelliffents,c* esi'k'dire que leur esprit connaît beaucoup de choses, mais ne se soucie pas de les comprendre quant à leur nature essentielle et nécessaire. lisent des connaissances, ils n'ont pas la Science.
(( La science n'est complète qu'autant qu'elle se compose de deux parties constitutives, d'une partie qu'on peut appeler Ae^^or/yw^, comprenant la connaissance des faits, des phénomènes et réalités, qui forment les matériaux de la science, et d'une partie philosophique^ consistant dans la connaissance de la raison et de Tenchaînement naturel et nécessaire de ces faits, de ces phénomènes, et de ces réalités. Il suit de là que, quand toutes les sciences spéciales auront ajouté à leur partie historique aussi leur partie philosophique indispensable, la Philosophie, comme science spéciale^ n'aura plus à traiter que les questions qui ne sont pas exclusivement du domaine des autres sciences spéciales, et elle n'aura plus qu'à résumer et systématiser les résultats de la partie philosophique de toutes ces sciences spéciales.
Les modes de conception et la science 5
— « Par son origine et sa \\e physiologique ^ l'homme fait lui-même partie de la iVa/e^re; mais, par son esprit, Thommé continue, et complète la Nature physique, terrestre, en ce qu'il devient lui-même créateur d'un Monde nouveau, infini, comprenant les vérités et les réalités de Tordre spirituel, intellectuel ou métaphysique.
« Parmi les vérités et les réalités du Monde métaphysique^ qui doivent leur origine, leur forme et leur existence à la puissance créatrice do Tesprit humain, il faut compter :
ce 1^ Les Langues qui, étant la condition indispensable et le souverain moyen de développement de toute vie spirituelle, se constituent, chronologiquement, les premières dans l'ordre métaphysique, et se perfectionnent toujours, à mesure que la vie intellectuelle se développe dans l'esprit des races et des nations ;
<i 2^ U Industrie elle Commerce, par lesquels Tesprit humain vient en aide à sa faiblesse physique, et agrandit le cercle de ses jouissances on même temps que de ses besoins matériels et intellectuels ;
3^ UÉtat social et moral, par lequel l'esprit humain assure, do plus en plus, à l'individu et à la société, la sécurité des personnes, celle du travail individuel ou delà propriété, ainsi que les avantagesqui résultent de l'application de la justice aux relations sociales ;
« i" La Religion, dans laquelle l'esprit humain se crée et trouve une aide dans sa faiblesso morale, une sanction doses rapports sociaux, et une explication du désaccord qui existe, pour lui, entre ce qui est dans le Monde physique et ce qu'il juge devoir être d'après les lois de la conscience ou du Monde métaphysique ;
« 5^ Les Arts et les Sciences^ par lesquels l'esprit humain satisfait à ses besoins les plus métaphysiques, c'est-à-dire à ses facultés supérieures, esthétiques, intellectuelles et morales.
— (( Toutes les réalités et vérités possibles appartiennent ou à l'ordre réel ou à l'ordre tdéel. L'ordre 9*éel comprend tout ce qui est^ l'Etre et les existences, Dieu et le monde, en un mot, tout ce qui existe^ indép en-
6 Introduction générale
damment de nattée pensée et de notre science. UovAvq idéei^dni contraire, comprend les phénomènes, les réalités qui sont les produits de notre sentiment, de notre pensée, et de notre science, et qui n'existeraient pas, comme les choses de Tordre réel, si V homme n'existait pas, ou si Ton faisait abstraction de ses sentiments, de sa pensée, et de sa science. Tels sont, par exemple, les produits de Tart, les systèmes scientifiques et philosophiques, les principes et les actions de la morale.
« Si, d'un nom général. Ton appelle choses physiques ce qui existe dans Tordre réel ou dans la Nature (gr. phusis)^ qui est antérieure à Tesprit, et indépendante de toute pensée ou science humaine, on doit aussi appeler choses métaphysiques cequi appartient àTordro idéel. En effet, tout ce qui est le produit, non de la Nature^ qui est indépendante de Thomme, mais de VEsprit humain^ vient après la Nature^ et est dépendant d'elle ; Thomme qui sent, pense et agit^ produit, autant qu'il lui est possible, après et d'après la Nature, des œuvres do pensée, de sentiment, et de volonté. Or, métaphysique signifie venant après les choses physiques (gv. meta ta phusika). Les créations de Tesprit, lesquelles, a/>r^5 la réalité de T Être et dos existences de la Nature, viennent y ajouter des réalités spirituelles, un monde nouveau, le monde de TArt» de la Science et do TAction, constituent donc le domaine ou la vie métaphysique.
— « Les choses physiques naissent et se transforment sans conscience, en vertu de la loi de spécialisation et de différenciation qui leur est inhérente. Les choses métaphysiques, produites par Tesprit humain, naissent d'abord par Vinstinct, qui est une raison inconsciente, et se développent ensuite par la raison qui est un instinct conscient. Le langage, lui aussi, comme produit de Tesprit, naît, dans Voriyine, d'une manière inconsciente. C'est-à-dire que les hommes primitifs, sous l'empire de Tinstinct, parlaient sans avoir conscience et connaissance de la nature du langage. Ensuite, comme la raison, quelque inconsciente qu'elle soit, est, elle aussi, originairement ignorante^ on comprend que
Les modes de conception et la science
la, science du langage n'a pu avoir, même dans la période do la raison des langues dérivées, qu'un faible commencement, et qu'elle n'est parvenue à se constituer comme science que de nos jours. La science glossologique n'a commencé que lorsque le langage devint de plus en plus objectifs c'esl-à-dire lorsque les phénomènes qu'il présente se montrèrent peu à peu à l'observation et à la réflexion^ lesquelles engendrent d'abord les connaissances et ensuite la science. Ce sont principalement Vécriture et la connaissance d'une ou de plusieurs langues étrangères^ qui, dans cette seconde période, donnèrent au langage ce caractère objectif. En effet, dans récriture, l'homme voit, pour ainsi dire, sa langue hors de lui-même, comme un objet qu'il peut soumettre à son examen, presque tout aussi aisément que les autres objets de la nature. D'un autre côté, ^ comme, dans les langues étrangln^esy presque tout nous est inconnu, et nous parait é/rr/zzye, l'étude détaillée, que nous sommes obliges de faire pour les apprendre, nous force à observer ces détails du langage avec plus d'attention que nous no le faisons à l'égard de la langue maternelle^ laquelle, par cela même qu'elle nous est originairement /awiV/^re, ne provoque pas autant notre attention et noire réflexion sur ses différents phénomènes glossologiques.
(c Tout homme qui ne sait que sa seule langue maternelle est dans l'impossibilité d'en connaître, par lui-même, la nature. Car tout sujet d'étude, considéré uniquement en lui-même, est inintelligible pour la science, la science ne connaissant les choses que par les rapports et les différences qu'elles ont avec d'autres choses analogues ou différentes. — Toute chose considérée uniquement en elle seule est inintelligible à l'esprit humain, qui no comprend les choses que dans les rapports et les différences qu'elles ont avec d'autres existences. — Les peuples aficiens, ne sachant que leur seule langue maternelle, étaient, par cela même, incapables de connaître quelque peu la nature du langage, à l'exception peut-être des Égyptiens, des Chinois, et plus tard des Hindous, et des Grecs, qui avaient du moins occasion de saisir soit quelques analogies
8 Iniroduciion gènéiale
entre les différents dialectes de leur propre idiome et quelques différences entre le langage sacerdotal ou littéraire et le langage populaire de leur nation.
(( Les études glossologiques des peuples anciens n'ont commencé qu'à une époque relativement assez récente, et ne se sont occupées d'abord que de ce qu'il y a de plus extérieur dans le langage, à savoir les îov^ mcfi grammaticales. Les grammairiens hindous ont analysé les formes grammaticales avec minutie, en remontant jusqu'aux thèmes (racines) de leur idiome sacerdotal; mais n'ayant aucune idée de la formation et de la transformation phoniques, ils n'ont vu dans les mots que des formes stéréotypes immuables, et ils en ont abstrait ou extrait, comme par un procédé algébrique, leurs prétendus thèmes primitifs.
« Les grammairiens grecs n'ont pas poussé l'analyse des mots jusqu'à arriver à des thèmes primitifs; ils se sont contentés de signaler les formes extérieures des parties du discours et do donner des noms aux cas, modes et genres grammaticaux. Leur système grammatical, clair et précis, a été appliqué, trop souvent, il est vrai, mal à propos, jusque dans les temps les plus récents, à la grammaire de toutes les langues, quelque grande que fût la différence entre ces idiomes et la langue grecque. Cette application générale du système grammatical des Grecs a été cause que la plupart des grammairiens modernes n'ont pas toujours remarqué les phénomènes propres à chacune des langues modernes et qu'ils ont cru le plus souvent retrouver dans ces langues ce qui, réellement, n'appartient qu'à la langue grecque.
« L'horizon glossologique s'est quelque peu élargi depuis l'établissement du christianisme, puisque, pour arriver à l'intelligence des textes sacrés do l'Église, l'étude se porta également et à la fois sur le grec, sur le latin, et sur rhébreu.Mais cette étude trilingue, depuis saint Jérôme jusqu'à la fin du moyen-âge, n'a pas beaucoup profité à la Glossologie. C'est seulement depuis la Renaissance qu'elle a fourni, par la comparaison de ces trois langues, quelques données sur les
Les modes de conception et la science 9
rapports et les différences entre les idiomes. Bien que ces trois langués, avec leurs dérivées et leurs sœurs, no fussent pas suffisantes pour baser sur leur connaissance un système glossologique quelque peu scientifique, on a cependant composé, d'après elles, des grammaires prétendues générales^ qui ont commencé à appeler Tattenlion sur certaines questions grammaticales et glossologiques . Dans ces grammaires générales on a fait abstraction de ce que les langues ont do particulier et d'individuel, pour s'occuper principalement de co qu'elles semblent avoir de commun entre elles. On y examinait, le plus souvent, d'après le système grammatical des Grecs^ la signification logi^ que des parties du discours^ comme éléments de la proposition. Aussi ces grammaires générales renferment-elles une foule d'excellentes remarques sur la logique et l'origine idéologique des langues, mais elles sont de peu d'utilité pour la glossologie proprement dite, dont l'essence n'est pas seulement de connaître les lois générales de la logique dans la proposition, mais de connaître également l'origine et la valeur des formes grammaticales et surtout le rapport qui existe entre le fond idéologique et la forme phonologique dans les langues primitives et dans les langues dérivées. — Comme toute expression et tout signe reposent sur le rapport entre le fond et la forme, la vérité et la perfection do l'expression et du signe dépendent aussi de la nature plus ou moins déve^ loppée et parfaite de l'un et l'autre élément. Nous avons vu que le fond du langage ou l'idéologie se développe peu à peu et successivement, quant aux sensations, aux aperceptions, et aux 'notions. La forme pho^ nique se développe également, peu à peu, depuis le commencement (qui, comme pour toutes choses, est faible et imparfait), jusqu'au moment où la phonologie atteint son apogée et sa perfection. Le langage considéré, quant au rapport naturel entre l'élément idéologique et l'élément pAonologiquCy no naît pas, ou nest pas parfait du premier coup; il se perfectionne par degrés. Or, comme tout ce qui consiste en une forme exprimant un fond tient plus ou moins de l'aW, qui repose sur une
10 Introduction générale
forme exprimant un fond, on peut dire que le langage, ayant également à exprimer un fond par une forme, a, aux différents degrés de son dé^ veloppementy une tendance artistique; il veut arriver à exprimer, d'une manière de plus en plus parfaite et naturelle^ les sensations, les aperceptions, les notions, comme, par exemple, l'art de la peinture veut arriver, de plus en plus, à exprimer, par des formes graphiques de plus en plus parfaites, des sujets de peinture plus ou moins développés. Le langage ou les langues ne sont donc pas, de prime abord ou originairement^ des chefs-d'œuvre d'expression, mais elles tendent à devenir do plus en plus des chefs-d'œuvre en quelque aorte artistiques.
— <( La Raison tend, de sa nature, à (jénéraliser ses procédés dans le domaine pratique^ et ses 7ioiions dans le domaine de la pensée. Elle croit trouver la grandeur et des avantages réels dans ses procédés et dans ses idées ainsi généralisées. De là vient sa prédilection, qui lui est propre, pour les grands États, les grandes villes, les grands établissements, les grands instruments industriels ou guerriers, etc.; aussi aime-t-elle pousser partout au grandiose, à Timmensc, au gigantesque. Elle ne se rappelle pas toujours que, dansie Aomîimçi pratique^ il existe une mesure naturelle assignée aux choses, et cette mesure est déterminée par le rapport devant exister entre la force individuelleàQVUommQ et la chose à manier par lui, ou à mettre en œuvre, pour son usage. La raison, fascinée parle grandiose, oublie facilement que les choses qui dépassent la mesure convenable deviennent incommodes et pernicieuses, que les trop grands États sont mal gouvernés, les trop grands engins de guerre mal manœuvres, les trop grands hôpitaux mal aérés, etc. Voulant échapper au travail et aux soins qu'exigent le particulier, le détail, le multiple, la liaison généralise, uniformise, universalise à qui mieux mieux, dans la pratique. Elle fait de même dans le domaine de la pensée ; pour échapper à la peine qu'entraîne l'étude des détails, elle étrangle les détails, les diversités. C'est ainsi que, pour échapper
A I M * it
Les modes de conception et la science 11
au travail que donne Tctudc de plusieurs langues, la raison a songé à inventer une langue générale^ au moyen de laquelle on pût exprimer ce que chaque peuple exprime par sa langue naturelle... L'inconvénient d'une telle langue ne consiste cependant pas en ce que ses mots, au lieu d'être des signes d'origine fiaturel/e, seraient des signes artificiels; le principal inconvénient résulterait de ce que les mots, au lieu d'être simplement des désignations ou des symboles, fussent des définitions données deschoses par la raison^ d'après les genres et les espèces, et s'imposeraient^ comme telles, d'une manière absolue et tyrannique, à l'esprit des individus. Une telle langue philosophique aurait les qualités, mais aussi les défauts, de la raison elle-même; elle serait rationnelle jusqu^à un certain point, mais elle serait raide, sèche, mécanique, et abstraite. Elle serait utile, comme le langage algébrique^ pour formuler certaines parties abstraites de la science, mais elle ne saurait jamais être la traduction tant soit peu exacte de ce qu'une langue naturelle, fûtelle la dernière de toutes, est en état d'exprimer à l'imagination, et au sentiment, soit en prose, soit en poésie. Ressemblant au langage algébrique, la langue philosophique serait une espèce de transcription, ou une écriture générale (Pasigraphie) plutôt qu'une langue générale (Pasilalie).,..
« Car pourquoi imaginer une langue factice conventionnelle état/ /oniaire^ puisque chacune des langues naturelles existantes pourrait tout aussi bien, età plus juste titre, être élevée au rang de langue unix^er selle,.. La même observation s'applique à la pasigraphie ou écriture générale dont parle Leibnitz. Si cette écriture universelle s'en tient, comme tous les autres alphabets existants, à une transcription d'une exactitude seulement approximative^ inutile alors de faire une nouvelle invention; il suffit de se servir d'un des alphabets existants pour transcrire les textes de toutes les langues. Si, au contraire, la pasigraphie vise à une exactitude />ar/a//e, les signes qu'elle emploiera pour exprimer les inflexions de tons si diverses dans les diflérentes langues seront telle-
12 Introduction générale
ment nombreux et compliqués^ qu'on préférera se servir des alphabets existants, plutôt que d^un alphabet invcnitL, qui serait tellement compliqué dans Tusage... Comme l'essentiel, pour la Glossologie, est de connaître la véritable prononciation des idiomes et des dialectes, le seul usage pratique à suivre dans l'écriture est de laisser choisir à chaque voyageur ou missionnaire tel alphabet qu*il voudra, à charge de faire connaître exactement la valeur phonique des signes qu'il aura employés. D'ailleurs Tusage d'une écriture uniforme compliquée est loin de faciliter l'étude des langues : elle déroute la mémoire. Les philologues, les orientalistes, surtout, le savent par l'expérience journalière. Pour reconnaître la signification des mots, notre mémoire est singulièrement aidée par l'écriture spéciale usitée dans les langues orientales, tandis que, quand ces idiomes seront transcrits dans un autre alphabet, on aura plus de peine à reconnaître les mots et leur signification, surtout si, dans la lecture, l'on passe brusquement d'une langue à une autre. Ajoutons encore une remarque concernant la 7iécessité et Yavantûge de la multiplicité dans les choses, hdi philosophie de Vinfini enseigne que, Dieu étant infini, sa manifestation dans le monde l'est également. Or, le monde étant, de sa nature, composé de phénomènes et do formes finis ou passagers ce n'est que par la multiplicité variée de ces formes et phénomènes que la plénitude de Vinfini peut se manifester plus ou. moins. L'ensemble multiple des formes et phénomènes spéciaux est donc plus compréhensif^ plus divin^ plus rapproché de l'infini, que telle ou telle forme particulière, ou abstractivement, unique; de sorte que la raison qui, dans ses généralisations, fait abstraction du particulier en religion, en politique, en philosophie, amoindrit par cela même la plénitude libre, naturelle, vivante, divine, des choses, tant du monde physique que du monde métaphysique.
— « Bien qu'elles se manifestent, parleurs phénomènes, dans le temps et dans VespacCy les choses physiques et métaphysiques participent de Vinfiniy comme manifestations partielles de l'Et?*e. Les langues actuelles,
Les modes de conception et la science 13
comme réalités, et la Glossologie actuelle, comme science, continueront indéCniment leur développement dans Tavenir. Les langues naissent dans la période de Vintuitiony et se perfectionnent dans la période de la raison; est-ce qu'elles se métamorphoseront également, de nouveau, dans la période de YintelUgence, qui commence de nos jours, et dans laquelle la conception intellectuelle aura à corriger de plus en plus la raison, comme la raiso7i a corrigé ïintuition instinctive des sens? Faisons remarquer que Y intelligence y comme conception supérieure à celle de Vintuition et de la liaison, transformera, dans l'avenir, la science et la philosophie, qui, encore de nos jours, reçroduisent généralement les conceptions propres à l'intuition et à la raison ; mais théorique plutôt que pratique^ Vintelligence ne modifiera guère profondément les choses usuelles, telles que les langues, auxquelles la raison a donné suffisamment leur caractère convenable d'utilité pratique. Il n'y aura donc pas, dans l'avenir, ou dans la période de Vintelligence^ des métamorphoses aussi profondes, comme il y en a eu dans les langues passant de la période de Vintuition dans celle de la raison. Les langues les plus parfaites aujourd'hui, tout en modifiant leur contenu et leur forme, resteront, dans l'avenir, à peu près ce qu'elles sont actuellement. Mais si, dans la pratique des choses telles que les langues, la raison n'est guère surpassée et corrigée par Vintelligence^ il en est autrement dans le domaine de la spéculation et de la science. Vintelligence^ qui saisit les liens qui rattachent le fini à l'infini, comprendra mieux la nature des langues, laquelle, pour la rae>on et la logique ordinaire, restera toujours pleine de mystères. Car, partant, dans ses conceptions, des phénomènes d'expérience à la fois contradictoires et partiels, et ne s'élevant pas dans ses conceptions au-dessus de la logique que donne le phénomène passager, la raison ne saurait concilier les antithèses des phénomènes, ni comprendre les rapports du fini avec l'infini. Ce rapport est saisi par YintelligencCy qui ne s'en tient pas seulement à la connaissance des phénomènes et des faits partiels observés, mais conçoit les choses finies,
14 Introduction générale
moyennant Yidée^ qui en est le type, et qui relie le monde phénoménal à Y infini on à Y Être. Aussi doit-on donner à cette science de Tavenir, conçue par Y intelligence^ le nom de philosophie de C Infini. Ce qu'on peut appeler Philosophie de V Infini n'a pu se produire que dans notre époque; elle est seule en état de donner, approximativement, quelques notions justes de l'Être, et de résoudre certaines questions de Théodicée et de Morale. Seule elle peut maintenir, dans l'état actuel de la science positive, l'idée de l'Etre ou de Dieu, idée dont les philosophies de l'Intuition ne sont pas même arrivées à concevoir les caractères distînctifs, et dont les philosophies de la Raison, avec leurs idées de causalité et de personnalité, ne donnent qu'une notion mesquine, qui est en contradiction avec ridée sublime de l'InGni et de l'Absolu.
— « Toute science, nous le savons, consiste non seulement dans la connaissance historique des faits, mais aussi dans rintelligenco/?Ae7o5«phiqne de la raison dos faits; elle se forme et se développe en passant alternativement de l'étude historique à la spéculation, et de la spéculation à l'étude des faits.
« La science, comme chose de l'esprit, n'existe pas en dehors do l'homme; elle existe dans l'esprit de ceux qui l'ont acquise par l'étude ou par l'enseignement. Y a-t-il une méthode à suivre pour apprendre, d'abord, et exposer,ensuite, scientifiquement la Glossologie? Faisons remarquer que toute science commence par la connaissance des faits. Mais l'acquisition de ces connaissances ne saurait se faire avec choix, d'après un plan régulier, logique et arrêté d'avance , elle se fait nécessairement au hasard. En effet, notre esprit enregistre les faits à mesure qu'ils se présentent; et ils se présentent à notre attention, sans ordre, péle-méle, et sans choix de notre part. Si l'on comparait les connaissances à acquérir à des mailles devant former le réseau de la science, ou aux cases d'un casier à remplir, il faudrait dire que les mailles se font sans ordre, à tous les points du réseau, ou bien que les cases se
Les modes de conception et la science 15
remplissent peu à peu, indistinctement, partout, en haut, au milieu, en bas, à rextrcmité du casier. Il n'y a donc pas de méthode possible à suivre, lorsqu'il ne s'agit encore que d'acquérir la connaissance des faits.
« Mais la méthode s'établit peu à peu dans notre esprit^ à mesure que nous aurons acquis des connaissances, et qu'il nous importe de les mettre dans l'ordre naturel. La méthode, en un mot, existe, non pour celui qui veut anquérir la science, mais pour celui qui la possède déjà plus ou moins. Le commençant ne peut faire autre chose, en fait de méthode, que d'adopter celle de ses maîtres, jusqu'à ce que, devenu luimême maître, il puisse se faire sa méthode qui convient le mieux à la profondeur de son esprit, et à 1 étendue de ses connaissances. La méthode est donc la disposition naturelle à mettre dans nos connaissances acywiV^*; c'est {^casier qui s'établit dans noire esprit avec ordre et logique, et dans les cases duquel nous plaçons, à mesure qu'elles se présentent à nous, les connaissances qui s'acquièrent au hasard.
— a Si, dans V acquisition des connaissances glossologiques, nous ne pouvons suivre une marche tracée d'avance, il y a cependant une marche ascendante et progressive à suivre dans l'étude successive des différentes parties de la Glossologie, puisqu'on ne saurait aborder raisonnablement une partie supérieure de la science, si l'on n*a pas préalablement passé par la partie inTérieure qui lui sert d'introduction, de préparation, ou de propédeutique. Voici les parties, de plus en plus élevées, de la Glossologie, qui sont à étudier, et l'ordre dans lequel il convient de les étudier :
(( l"" On apprendra des langues en un nombre aussi grand qu'on pourra ; c'est-à-dire qu'on étudiera d'abord les formes grammaticales et la ^egnification des mots de ces langues. Ce sera la partie des études glossologiques^ ou la partie grammaticale et lexicographique de la Glossologie.
«2^ On étudiera ensuite chacune de ces langues dans ses différentes périodes successives, depuis son origine jusqu'à son entier développe-
16 Introduction générale
meiil. De cette manière, les connaissances glossologiquos ainsi acquises rempliront le vaste cadre de V histoire générale des langues. On reconnaîtra alors, par ces éludes de l'histoire des langues, qu'à travers ses différentes périodes chaque idiome subit des chaugements, quant au sens et quant à la forme des mots. Le sens devient généralement plus précis, plus abstrait, et plus varié; la forme se contracte, et les terminaisons s'effacent de plus en plus.
« 3^ Connaissant l'histoire du développement historique interne de chacune des langues, on compare chaque idiome, d'abord avec ses dialectes, puis avec les idiomes de la même famille, et enfin, on comparera entre elles des familles entières de langues, pour en saisir les analogies et les différences. Cette étude comparative fait connaître les changemonts que les mêmes mots subissent, quant au sens et quant à la forme, dans les langues de la même famille et de la même souche. Comme ces changements suivent certaines lois de dérivation logique et gramma- //ca/e, on peut, à travers ces modifications, remonter jusqu'à IV^ymologie^ c est-à-dire jusqu'à la forme et à la signification historiquement la plus ancienne des mots. Ces études formeront la troisième partie de la Glossologie, ou la Glossologie étymologique,
« 4^ Enfin quand on connaît l'étymologie ou la forme phonologiquement et idéologiquement la plus ancienne des mots, en d'autres termes quand on est arrivé à savoir distinguer, dans les mots, leur matière première ou leur thème, et leurs terminaisons et modifications grammaticales, alors on soumet, à leur tour, ces thèmes à l'analyse phonologique et idéologique, afin de remonter à la signification primitive ou à Vintuition qui s'est exprimée par les éléments consonnaires dont se composent ces thèmes. On découvre ainsi, dans les thèmes, tant des particules indicatives que des mots qualificatifs mim/^2/^^ le rapport naturel qui existait, originairement^ entre leurs éléments phoniques et les éléments idéologiques de leur signification, et Ton arrive ainsi à l'explication du mystère delà formation îiaturelle de9 IdinguQS primitives, qui
Les modes de conception et la science 17
ont donné naissance aux langues dérivées actuellement existantes. Ces études, ayant pour but de constater le rapport naturel qui existait entre Taperceplion à exprimer et le signe (gr. semeion) qui l'exprimait par sa nature phonique, constituent la partie la plus élevée, ou ce qu'on peut appeler la sémiotique de la science glossologique.
« Ces quatre parties de la glossologie qui, dans Fétude successive, se superposent Tune à l'autre, renferment toutes les questions se rapportant à la nature des langues, et font de la glossologie une science complète, qui connaîtra à la fois les lois qui président à la formation et au développement des langues, et saura rendre compte de la raison métaphysique de ces lois de formation et de développement.
« La Glossologie s'étant ainsi constituée comme science complète, il ne s'agira plus que de savoir Texposor scientifiquement. Quelle est la méthode scientifique la meilleure, la plus simple, et la plus commode, à suivre dans cet exposé ? La science, quelle qu'elle soit, étant la connaissance des faits et la connaissance de la raison des faits, la meilleure méthode à suivre, pour l'exposer, est celle qui, en faisant connaître les faits, expose en mémo temps la raison de ces faits. Cette méthode sera historique, en ce qu'elle suivra la série ou la succession des faits; et comme par cette succession historique des faits elle fera, en même temps et à tout moment, connaître les causes immédiates de leur formation on genèse, elle méritera le nom de méthode génétique. En effet, si l'on maintient les faits dansleur succession historique, ils s'expliquent presque toujours l'un l'autre, comme cause et eBet. Si donc, dans l'histoire de ces faits ou phénomènes glossologiques^ on suit exactement le même ordre que la nature elle-même a suivi en les produisant, l'exposition qu'on en fera seralaplus vra/epossible, et en même temps la plus scientifique^ puisqu'elle fera connaître non seulement les faits, mais encore la raison des faits. » — (F. Bergmann. Résumé d* études don-tologie générale et de linguistique, Paris, 1875.)
L'ORDRE ET LA FORM E. — L'ARGHITECTONIQUE ET LA GRAPHIQUE — DE L'ART, DE LA SCIENCE ET DE L'INDUSTRIE
« Entre les vertus intellectuelles il y en a une qui est archi tectonique et principale et qui ordeke de tout, »
Oresme.
« Le rapport de la raison et de Vordre est extrême. L'ordre ne peut être remis dans les choses que par la raison, ni être entendu que par elle : il est ami de la raison et son propre objet. »
BOSSUBT.
l'ordre et la forme. L*ARCH1TECT0NIQUE ET LA GRAPHIQUE. — DE l'aRT,
DE LA SCIENCE ET DE l'INDUSTRIE
Nous abordons maintenant l'ouvrage capital de Cournot, Traité de renchaîneînent des idées fondamentales da?is les sciences et dans Fhis^ foire. Dans cet ouvrage, précédé de TEssai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique^ et suivi des Considérations sur la marche des idées et des événements dcuis les temps modernes^ Cournot débute ainsi dans sa préface :
(( Il y a plus de deux siècles que Hobbes, au milieu des agitations politiques de son pays, « voulant, comme il le dit (i), se divertir à l'étude de la philosophie et prenant plaisir d'en recueilh'r les premiers éléments, donnait carrière à son esprit et le promenait par toutes les choses du monde qui lui venaient en la pensée... »
« Nos prétentions (l'avouerons-nous?) ont été plus grandes. Nous n'avons pas voulu seulement nous divertir à penser sur toutes sortes do choses, sauf à trouver ensuite un cadre pour y ranger nos pensées : au contraire, le cadre a été le principal objet que nous eussions en vue, et la toile a été faite pour le cadre, non le cadre pour la toile...
(( Que Descartes et ses contemporains, à l'instar des philosophes grecs, ait compris dans \e\iv physique la génération, le développement et les fonctions des êtres vivants, aussi bien que l'ensemble des lois auxquelles obéissent les corps inertes et privés de vie, cela s'explique par l'état
(i) Préface du Traité de Cive, prcmièro traduction française' par Sorbiere, 1651.
22 Introduction générale
des sciences : maïs aujourd'hui une telle manière de philosopher n'est plus soutenable. Si les sc\eï\CQ% physiques (celles-qui ont pour objet la matière à l'état inorganique) ont fait bien des progrès depuis Descartes et Hobbes,les sciences /zafwr^//^.*? (celles qui traitent des êtres organisés et vivants) ont pris des développements encore plus vastes; et plus les unes et les autres se sont développées, mieux le contraste des unes et des autres s'est prononcé, quant aux objets, aux principes et aux méthodes. D'autre part, plus on étudie les langues, les mœurs, les idées, les institutions et l'histoire des divers rameaux du genre humain, plus on est amené à s'aider, dans cette étude, des principes et des méthodes des sciences naturelles. Il y a là un fait d'expérience scientifique, plus puissant que toutes les idées préconçues, et auquel il faudra bien que les philosophes accommodentleurs idées systématiques, faute de pouvoir incliner les faits devant leurs systèmes.
« D'où la nécessité de faire désormais une place à part, dans toute classification de ce genre ou dans toute À^omme philosophique, à la discussion des phénomènes de la vie et des idées qui nous guident dans l'interprétation scientifique de ces phénomènes. Là est vraiment la partie centrale et moyenne, le nœud du système de nos idées et de nos connaissances scientifiques. De plus(et ceci est de la plus grande importance), quand la série de nos idées est ainsi construite, on s'aperçoit que de part et d'autre de la région nodale ou médiane, les deux parties de la série montrent une tendance à une disposition symétrique. Aux deux extrémités de la série, la raison, le calcul, le mécanisme donnent à la fois la première clef de l'étude do la Nature et l'explication des dernières phases des sociétés humaines. Ce sont les parties correspondantes du système de nos connaissances que la constitution de notre intelligence rend pour nous les plus claires/tandis que nous sommes condamnés à n'avoir jamais qu'un sentiment obscur du principe de la vie et de ses opérations instinctives. Telle est l'idée dominante dont il faudra surtout chercher dans cet ouvrage les développements et les preuves. No-
U ordre et la forme 23
tre peine ne serait pas perdue si nous avions réussi à la mettre sufRsamment en relief : car elle est de grande conséquence pour la spécu* lation, comme pour Tintelligence des résultats pratiques dont on fait plus de cas maintenant que de la pure spéculation.
« Une suffirait pas de bien reconnaître l'emplacement du jalon médian :il faut disposer convenablement les jalons extrêmes La philosophie doit expliquer Tordre établi, et non pas mettre le désordre où l'ordre s'est établi de lui-même. Les sciences logiques et mathématiques, qui ont pour objet Tordre, la forme, et par suite les relations, les proportions, la quantité, lafigure, letemps, le lieu, le mouvement, n'ont que faire desidées de cause et depuissance. Celles-ci, et quelques autres qui s'y associent nécessairement, sont Tobjet propre des sciences physiques et des sciences naturelles. De là, trois étages bien distincts dans la constitution scientifique et dans Texplication philosophique que nous tâcherons d'en donner : Tétage des sciences logiques et mathématiques (Tordre et la forme), Tétage dos sciences physiques (la force et la matière), Tétage des sciences naturelles (la vie et Torganisme). Tel est Tobjet des trois premiers livres^ ou du premier volume du présent ouvrage.
« Nous ne pouvions pas davantage imiter Hobbes dans le projet qu'il a eu de traiter de Yhommej avant de s'occuper de la société civile. D'abord, sans être très chaud partisan des idées do Joseph de Maistre(l), nous demanderions volontiers avec Inique Ton veuille bien nous montrer Vhommej sur lequel portent les spéculations abstraites des philosophes, ou du moins nous dire oti il se trouve. Et quant à la société civile^ il faudrait s'entendre et savoir si Ton donne ce nom à la manière de vivre de tant do peuplades sauvages, barbares ou non civilisées,
« Combien Platon était plus près du vrai, lorsqu'il recommandait d'étudier la sociétécivile, en vuesurtoutde connaîtrelanaturede l'homme! En
(i) « La constitution de 1795, comme ses aînées, est faite pour Vfiownie, Or il n'y a point d'hommes dans le monde. J*ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Husses, etc. ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu'on peut être Persan; mais, quant à l'homme, jrdéclarene l'avoir rencontré de ma vie; s'il existe, c'est bien à mon insu. » Considérations sur la France, ch. VI.
24 Introduction générale
effet, l'homme, tel que les philosophes le conçoivent, est le produit de la culture sociale, comme nos races domestiques, animaux etplantes,sont le produit de Findustrie de Thommo vivant en sociétés. L'Auteur de toutes choses, en donnant à Thomme^avec d'autres instincts et d'autres facultés supérieures^ l'instinct de sociabilité, a créé les sociétés humaines et mis directement sur les sociétés humaines le cachet de ses œuvres ; le perfectionnement progressif des sociétés humaines, en les amenant à cet état où elles méritent le nom de sociétés civiles, a réagi sur les qualités, les facultés, les aptitudes de l'homme individuel, au point de motiver les spéculations des philosophes, mèmeles plus rafGnéeset les plus subtiles : mais il ne fautpas intervertircet ordre, sous peine débrouiller les idées et de perdre le fil de la déduction scientifique. D*aprèscela, nous avons partagé notre second volume en deux livres, dont l'un (le livre IV) traite en général des sociétés humaines, et l'autre (lelivre V et dernier) de l'histoire et de la civilisation, chez les peuples privilégiés, appelés à vivre de la vie de l'histoire et à être les instituteurs des autres peuples. »
I l®^ — L'ordre et la forme.
A la fin du chapitre septième du Livre premier et sous le titre : « De l'arrangement synoptique des idées qui tiennent à Tordre et à la forme,» on lit ce qui suit :
« Nous venons de passer rapidementen revue, dans ces premiers chapitres, tout un groupe ou toute une famille d'idées fondamentales, ayant entre elles des rapports intimes, s'appelant ou se suscitant les unes les autres, possédant des caractères communs et intervenant de la même manière dans l'économie de tout le système de nos connaissances, mais pouvant aussi se suffire à elles-mêmes, etsuffire à la construction de théories scientifiques dont les mathématiques nous offrentle type le plus parfait. Il ne sera pas inutile de montrer, par le tableau synoptique suivant, comment on peut résumer ou exprimer, d'une manière concise les rapports dont il s'agit, tels qu'ils ressortent de toutes les explications qui précèdent.
L* ordre et la forme