‹ Études architectoniques et graphiques; mathématiques, arts d'industrie, architecture, arts d'ornement, beaux-artsChapitre 7 sur 48 · III. SYSTÉMATIQUES · texte numérisé non relu

III. SYSTÉMATIQUES

Technologiques

Scolasliques

Politiques

Mécaniques

L'architectonique et la graphique 35

Ce tableau si évidemment de composition artificielle, que nous abandonnons d'ailleurs et tel quel à la sagacité comme à la critique du lecteur, est commode, au moins comme casier provisoire, comme crible si l'on veut; et, sans y insister bien longuement, nous ferons à son propos seulement quelques remarques. Ce tableau pour sa première entrée est divisé en trois étages correspondants aux trois modes de conception reconnus par Bergmann : l'Intuition, la Raison, l'Intelligence; et pour sa seconde entrée, en trois colonnes. La colonne de gauche relève tout entière AbIbl psycholoffiCy celle de droite relève tout entière de la tecknologie^ et enfin celle du milieu, mitoyenne aux deux autres, est essentiellement syncrétique. Et cela veut dire que la psychologie n'est point le tout de nos facultés, mais qu'elle est doublée par la technologie et réciproquement; toutes deux d'ailleurs se rattachent à la colonne du milieu, c'est-à-dire à la physiologie ou au syncrétisme fondamental de notre humaine constitution (p. 34).

En second lieu et pour ce qui concerne la division par étages, nous ferons remarquer que la chromatique par exemple, c'est-à-dire le problème tant physiologique que psychologique et technologique de la couleur, relève entièrement de l'Intuition et nullement de la Raison et, par conséquent, que toutes les théories que l'on en peut faire comme celle de Chevreul, par exemple, sont arbitraires et valables seulement pour des raisons de commodité pratique ou didactique. De même pour l'architectonique qui relève de l'Intelligence et qui par conséquent non plus ne peut avoir d'explication rationnelle; aussi offre-t-elle les rapports les plus étroits avec la philosophie ; celle-ci étant plus particulièrement compréhensive et dialectique, c'est-à-dire psychologique, celle-là étant plus particulièrement opérative et mécanique, c'est-à-dire technologique.

Le second étage de notre tableau, ou l'étage intermédiaire, celui de la Raison, contient virtuellement tout le tableau de Cournot (pag. 25) et préside dans son ensemble à la constitution des sciences mathématiques, lesquelles d'ailleurs et en tant qu'elles forment un système logiquement

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organisé, rentrent, d'autre part, comme d'ailleurs toutes les sciences écrites et didactiques, dans la coordination scolastique et par conséquent dansTétagedeFIntelligence. — C'estrintelligence qui instruit en dernier ressort toutes les docirines établies. — Ajoutons encore que dans la colonne technologique à l'étage de la Raison, les mois de Statique, Cinématique, Dynamique doivent être distraifsde l'acception étroitement spéciale qu'on leur donne à l'ordinaire dans les théories et les livres de mécanique rationnelle ou industrielle. Il faut les entendre ici dans un sens tout leibnitzien, en se rapprochant du devenir de leur étymologie et en s'éloignant au contraire de la définition nécessairement bornée, étroite et spéciale qu'on en donne dans tous les dictionnaires. Et il en faut on dire autant du mot Plastique,

I 3. — De lart^ de la science et de l'industrie ,

— (( Les sociétés, plus encore que les individus, comportent en certaines choses le progrès indéfini, et moyennant des circonstances favorables une durée indéfinie. Mais ce qui peut y être affranchi de la fatale loi des âges ne l'est que par une fixité de principes et de règles incompatible avec les phases du mouvement vital. Ainsi s'établit un ordre de faits sociaux qui tend à relever, omisso medio, des principes ou des idées purement rationnelles auxquelles était consacré notre premier livre, et qui nous ramène à une sorte de mécanique ou de physique des sociétés humaines, gouvernée par la méthode, la logique et le calcul : en sorte que ce qui s'appelle proprement une civilisation pi^ogressive n'est pas, comme on l'a dit souvent, le triomphe de l'esprit sur la matière (ce qui n'aurait, nous l'accordons, que de bons côtés, quoique cela sente un peu son gnoslicisme), mais bien plutôt le triomphe des principes rationnels et généraux des choses sur l'énergie et la qualité propres de l'organisme vivant, ce qui a beaucoup d'inconvénients à côté de beaucoup d'à vani âges.

Lart^ la science, Vindustrie 37

« Les sociétés humaines sont tout à la fois des organismes et des mécanismes. On ne peut les assimiler exactement, ni les choses qu'elles produisent, surtout dans leurs phases finales, à un organisme vivant : mais on se tromperait encore plus si Ton méconnaissait, dans leurs premières phases, leur grande ressemblance avec un organisme vivant ; et ce n'est pas une des moindres conquêtes intellectuelles des temps modernes, que d'avoir enfin saisi cette ressemblance, malgré la grande dissemblance des conditions où nous sommes aujourd'hui placés nousmêmes.

(( L'avènement du règne de l'idée dans les sociétés humaines n'y détruit pas les forces instinctives, pas plus que les fonctions vitales ne s'arrêtent chez l'homme entièrement absorbé parles travaux de l'esprit ou voué au culte d'une idée : mais l'idée régnante est comme une /orme qui, une fois bien arrêtée, s'assujettit de plus en plus les forces instinctives, en leur imposant le cadre où doivent ultérieurement se déployer leur activité propre et leur vertu opérative. »

— c< Nous venons de passer rapidement en revue, pour le but philosophique que nous poursuivons, les grandes institutions do la société : institutions religieuses, politiques, juridiques, économiques; nous voulons comparer du même point de vue l'art, la science, l'industrie, que l'on ne peut plus considérer comme des institutions sociales, qui ne prennent même une constitution et une forme propres qu'au sein de quelques sociétés choisies, mais qui n'en conviennent que mieux, pour fournir, par leur rapprochement et par leurs contrastes, l'exemple le plus net de la distinction capitale établie ci-dessus.

« L'art est assujetti dans son développement à des lois tant de fois observées qu'on ne peut hésiter à les tenir pour nécessaires, lors même qu'on ne verrait pas ce qui en fait la nécessité. Une foule d'exemples en tout genre nous montrent que la marche naturelle du génie humain est de débuter dans les arts par la raideur et de finir par le maniéré de l'exécution. On va de la grossièreté à la naïveté, de la naïveté à l'élé-

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gance, et de l'élégance à raffectatîon. Le simple mène au grand, et le grand passe au boursouflé. Chaque type sur lequel l'art s'exerce a des caractères et un genre de beautés propres, que le génie saisît après quelques tâtonnements, mais que l'on ne tarde pas à exagérer et à corrompre, jusqu'à ce que l'activité humaine, inspirée d'un autre souffle, placée dans un milieu différent, cherche sous d'autres formes, avec d'autres moyens matériels d'exécution, la réalisation de l'idée du beau, et parcoure à nouveau de semblables périodes. Peu importe que des noms d'artistes ou d'écrivains éminents servent ou non à jalonner ces périodes. Les progrès et la décadence de l'art suivent les mêmes lois et tiennent aux mêmes causes, dans les monuments de l'Egypte et dans les cathédrales du moyen-âge, comme dans les productions de la Grèce antique et de l'Italie moderne; quoique le secret des sanctuaires égyptiens et l'humilité des cloîtres catholiques n'aient pas permis aux auteurs cachés de tant de maîtresses œuvres d'acquérir l'immortalité historique des Phidias et des Michel-Ange.

i( Il n'est pas malaisé de donner des raisons toutes simples d'une loi si remarquable. Les arts n'ont pas seulement pour but d'exciter en nous ce sentiment exquis que donne à l'esprit la contemplation du beau idéal, et que le temps n'épuise pas : ils s'adressent aussi à notre sensibilité physique et nous exigeons qu'ils nous procurent de ces émotions plus vives sur lesquelles notre sensibilité se blase à la longue. En toutes choses nous éprouvons, au sein des jouissances, le besoin de changement, et, parvenus au faîte, nous aspirons à descendre. D'ailleurs il est de l'essence de tous les arts de tendre à exprimer, d'une manière qui leur est propre, des idées par des images sensibles, et l'image à laquelle nous sommes trop habitués perd de sa vertu expressive : on cherche une expression plus énergique, aux dépens de la justesse des rapports, qui ne peut s'altérer sans que la beauté s'altère. L'artiste est donc sollicité de tous les côtés à sacrifier la perfection de l'art à la recherche du neuf, lors même qu'il fait abnégation de sa renommée, et qu'il n'éprouve pas pour son

Lart^ la science^ Vindustrie

propre compte le besoin de sortir du sentier frayé, et do fonder sa gloire personnelle sur Toriginalité de ses conceptions.

— n Toutes ces explications ont du vrai, et pourtant nous ne croyons pas qu'elles pénètrent suffisamment dans la raison intime du phénomène qu'il faut expliquer. Autrement, pourquoi l'art ne passerait-il point par une suite d'oscillations, et ne reviendrait-on pas, en fait d'art, comme souvent en fait de mode, exactement aux points par lesquels on a passé, et au point de perfection comme à tout autre, sauf à ne pas s'y arrêter davantage? Mais ces retours étudiés à une ancienne manière, cette re< cherche rétrospective de la perfection des grands maîtres, cette reprise du beau causée par la satiété du laid n'ont jamais eu pour effet de produire des œuvres que l'on pût mettre à côté de celles que l'art a enfantées dans ses périodes de splendeur. Ce sont comme des fruits mûris par artifice, hors de leur saison ou loin de leur terre natale. Cela revient à dire que le mouvement, le travail intérieur qui produit le développement de l'art tient des merveilleux caractères du mouvement vital, et que l'on n'a pas sans raison désigné par des expressions identiques l'inspiration de l'artiste et le souffle de vie. Il faut ce souffle vivifiant pour que l'imitation et les travaux méthodiques n'excluent pas l'inspiration, quand une force supérieure au génie individuel appelle le progrès qui doit se faire. Or, s'il y a dans l'art un principe de vie qui s*épuise par son action même, un mouvement spontané dont on ne peut imiter les effets par des combinaisons réfléchies, nous ne devons plus chercher pourquoi Fart se perfectionne et décline jusqu'à ce que des conditions nouvelles fassent surgir une nouvelle manière, ou, à proprement parler, un art nouveau, destiné, comme tout ce qui porte en soi un principe de vie, à passer par les mêmes périodes. )>

— « Tout au rebours de l'art, la science a pour caractère essentiel d'être constamment progressive. Une découverte nouvelle, soit que le hasard l'ait procurée, soit qu'elle provienne de l'inspiration d'un homme de génie (c'est-à-dire d'une autre espèce de hasard), ou qu'elle soit le

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résultat d'une investigation méthodique, reste comme une propriété acquise à la science, que naturellement elle ne doit pas perdre, ou qu'elle ne perdra qu'exceptionnellement, accidentellement, comme si, par suite de quelque catastrophe, la civilisation même du peuple chez ([ui la science était cultivée périssait sans laisser de trace. Eu outre, chaque découverte, chaque nouvelle acquisition en prépare une autre, par son influence médiate ou immédiate. »

— « Qu'elles soient ou non influencées par les progrès de la science, les acquisitions des arts industriels, de l'industrie proprement dite, ont, omme celles des sciences, la propriété de pouvoir être précisément constatées et identiquement transmises d'un individu à un autre, d'une nation à une autre, d'un siècle à un autre : ce qui fait qu'il est dans leur nature, comme dans celle des sciences, d'avancer toujours, chaque découverte servant ou pouvant servir à en faire une autre. La loi est la môme, soit qu'il s'agisse de la découverte d'une nouvelle culture, de l'acquisition d'une nouvelle espèce domestique, d'un nouveau procédé industriel ou d'un nouveau théorème.

« Dans les choses qui tiennent à la fois de l'art et de la science ou de rindustrie, il faut s'attendre à ce que les deux lois de développement que nous mettons en contraste se combinent entre elles, sans pourtant se masquer l'une l'autre. Voyez comme dans l'architecture, par exemple, qui est à la fois un art et une science ou une industrie, la coexistence et la distinction sont frappantes. Il est clair que l'architecte habile tient (le l'artiste et de l'ingénieur, et que, selon les circonstances, selon le caractère et la destination des constructions dont il sera chargé, il devra briller davantage par le génie de l'artiste ou par le talent de l'ingénieur, et s'attendre à être jugé d'après les principes du goût ou d'après les règles de la science. En tant qu'elle est un art, l'architecture a, comme tous les beaux-arts, ses périodes de progrès, de splendeur et de décadence, pour chaque école et pour chaque style, ses époques de confusion et de transition d'un style à l'autre. On dirait même qu'il vient un

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moment où, les diverses combinaisons entre les données fondamentales de l'art étant comme épuisées, on sent l'impuissance de créer un style original^ et l'on se borne à imiter, tantôt un style, tantôt l'autre : et ce temps est pourtant celui où, grâce au progrès de l'industrie et de la richesse publique, on élève le plus de constructions en tout genre^ et où toutes les parties de la science de l'ingénieur, dans son application à la construction des édifices, sont le plus perfectionnées. Il est donc manifeste qu'un élément progressif de sa nature s'associe en pareil cas à un élément soumis à une toute autre loi de développement. L'architecture romaine emploie la voûte : c'est un progrès scientifique sur l'architecture grecque; ce qui ne veut pas dire qu'au point de vue de l'art le style romain l'emporte sur le style grec dont il n'est au contraire qu'une imitation altérée. Le dôme byzantin, la nef élancée des cathédrales gotliiques marquent autant de progrès de la science architecturale qui, suivant la juste remarque des modernes, débute par les constructions les plus massives qu'elle va toujours en évidaut de plus en plus : mais il ne faudrait pas conclure de là que la basilique de Justinien l'emporte comme œuvre d'art sur le Parthénon de Périclès. Il faut simplement reconnaître que les données scientifiques de l'art ont changé et que la science s'est enrichie de combinaisons nouvelles, quoique à une époque de décadence de l'art, et l'on pourrait dire à une époque de décadence générale, s'il ne fallait toujours excepter ce qui admet le perfectionnement indéfini, et ce qui continue de cheminer, bien qu'obscurément, même dans les temps que nous appelons ténébreux, parce qu'ils ne brillent pas de ce genre d'éclat qui séduit l'imagination et attire de préférence l'attention de la postérité.» — Cournot, Traité...^ II, chap. i et chap. XIV.

— (( Dans toutes les branches de l'art, et pour toutes les écoles qui atteignent les unes après les autres leur point culminant et leur époque de décadence, la succession des âges, l'influence du milieu social sur l'évolution progressive des types et des idées, le souffle de vie commune

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