DE LILLE
Nous avons cru inutile, nous l'avons dit, de joindre à notre travail une étude sur les artistes du XVI 1^, et du commencement du XVIir siècle, dont les œuvres sont suffisamment connues par les spécimens que possèdent les collections et les églises de la ville ; M. Reynart leur a d'ailleurs consacré une notice dans le Catalogue du Musée, Nous aurions peu de renseignements à ajouter à la biographie des Van Oost, d'Arnould de Wuez et de Wamps ; mais il n'est pas sans intérêt de dire quelques mots de l'école de dessin fondée à Lille en 1754, des expositions annuelles de peinture qui eurent lieu dans cette ville à partir de 1773, et de Vuicadémïe, qui y fut établie en 1775.
L'école de dessin fut fondée avec la pensée, nonseulement de créer des artistes, mais aussi de donner à rindustrie des coopérateurs utiles. Elle fut établie sous la direction d'un peintre lillois nommé Le Tilier, dont toutes les œuvres nous sont inconnues. A la suite d'un contlit entre les commissaires-surveillants de l'école et ce professeur qui. sans les consult^T. avail introduit dans TateliiM'
l'étude du modèle vivant ^^\ Le Tillier donna sa démission et fut remplacé, le 14 juin 1756, par un peintre nommé Gueret, qui resta à la tête de Fécole, de 1756 à 1778. En 1770, Louis Watteau, de Valenciennes, neveu du célèbre Antoine Watteau, fut adjoint à Gueret, avec promesse de survivance, et il devint professeur en titre en 1778. Son fils François lui fut adjoint, à son tour, comme professeur, en 1785.
A partir de 1773, furent organisées des expositions annuelles où figuraient, non-seulement les œuvres des élèves de l'école, mais celles des professeurs, des peintres et des amateurs habitant la ville. Les Archives et la Bibliothèque possèdent une collection, à peu près complète, des livrets imprimés qui contiennent la description des objets exposés chaque année, de 1773 à la fin du siècle. 11 y a de curieuses recherches à y faire, pour l'histoire de l'art local.
En 1783, pour exciter à un plus haut point l'émulation des élèves , il fut décidé qu'à partir de l'année 1784 il serait, tous les trois ans, ouvert un concours, dont le lauréat recevrait une pension de la ville, afin d'aller continuer ses études à Paris. Du reste, antérieurement à cette date , l3 Magistrat avait entretenu dans la capitale certains élèves de l'école qui lui paraissaient avoir de l'avenir. Nous citerons, parmi ceux-ci : le sculpteur Roland, qui, en 1782, fut nommé agrégé de l'Académie royale, et qui envoya à sa ville natale la réduction en plâtre du Caton d'Utique, qai lui valut cet honneur.
Wicart, sur lequel on fondait les plus belles espérances, jouit de la même faveur. Il étudia d'abord dans l'atelier de Le Bas , le graveur , et envoya de Paris à l'exposition de 1780 deux dessins : l'un d'après un bas-relief de Puget, l'autre d'après un tableau. 11 entra ensuite dans l'atelier de David, et, en 1784, il fit hommage au Magistrat d'un
fl) Ce fait , on le voit, est antérieur de quinze ans à l'époque où L. Watteau fut placé à la tête de l'Ecole , et n'a pu par conséquent motiver sa démission.
tableau représentant Jose;ph expliquant les Songes^ en reconnaissance de la pension que la ville lui faisait à Paris. Sauvage, membre de l'Académie royale, et Da\id, peintre du roi, écrivirent au Magistrat les lettres les plus flatteuses pour le pensionnaire lillois ^*^ Le 24 mai 1784, le Magis^ trat envoya à Wicart une somme de 240 florins , à titre de gratification, et, après la mort de son père, il donna un emploi au frère de l'artiste, pour que celui-ci fût déchargé du soin de soutenir sa famille.
En 1786, Wicart, qui avait obtenu une médaille à l'Académie royale, envoya à l'exposition de Lille un tableau représentant Le Jugement de Salomon, Ce tableau, de cinq pieds de large , sur quatre pieds et demi de haut , n'est point celui qui est au Musée et qui représente le même sujet. Ce dernier, de plus petite dimension, est celui qui figura à Texposition lilloise de 1810.
Si la ville fut généreuse envers Wicart, jamais dette de reconnaissance ne fut plus noblement acquittée que celle dont Wicart se crut débiteur envers la ville où il avait pris ses premières leçons , et qui subventionna ses études à Paris. En léguant à la Société des Sciences et des Arts les inestimables collections qui portent son nom, et qu'il avait formées pendant son long séjour en Italie, Wicart a fait de Lille, sa ville natale, un centre artistique, un des sanctuaires de l'art.
C'est aussi avant l'établissement du concours triennal , dont nous avons parlé plus haut, que les graveurs J.-B.
l\) Vniri In IrLIrc An Davïtl.
Ptrit , 9S ivril 1180.
Jai 1 honneur de vous aUMter que le tabletn que f oui tlla voir de M. Vioert, et dont j ai été on ne peut plu» content, eet bien de luy et qu'il y • tout à etpérer d'un jeuno homno qui (ait un pareil tableau d histoire , surtout pour son premier; jo ne saurais trop voue exhorter à tuy procurer lee fiicultés de pouvoir lo mettre k même de tirer parti deeheareoeee dlspoeitious qu'il a reçaee de le câture,
J'ai l'hoaoeur d'être, etec reepect, Meeeieuri, voire trèe-haable et trè^obeieeeat eerviteor ,
DAVID, peintre du roy.
Liénard, Helman, Louis Masquelier, qui avaient commencé leurs études à Técole de Lille , allèrent perfectionner leur talent dans la capitale, avec les subsides de la ville. Ce fut plus tard Masquelier , le compatriote de Wicart , qui prêta à celui-ci son concours pour la gravure des planches de la Galerie de Florence, Ces gravures valurent à Masquelier la médaille d'or à l'exposition de 1802. Masquelier , le jeune, également pensionné par la ville, termina ses études à Paris, dans l'atelier de L. Masquelier, son parent.
Le peintre François Watteau , fils de Louis Watteau , le professeur adjoint de l'école, fut également envoyée Paris pour suivre les cours de l'Académie royale , et les archives municipales possèdent le certificat original, signé de Cochin, secrétaire perpétuel de l'Académie, qui constate que François Watteau a remporté un .prix de dessin à Paris, en l'année 1777.
Les peintres pensionnaires nommés au concours, à partir de 1785, n'arrivèrent pas à la même célébrité que leurs prédécesseurs. Ce furent L. Martin Meuris se, lauréat en 1785, qui travailla à Paris dans l'atelier de Renaud, peintre du roi ; Alexandre-Joseph Denoyelle, lauréat en 1788, qui obtint à Paris une première médaille. Tous deux figurent sur les livrets des expositions lilloises pour de nombreux tableaux, mais aucune de leurs œuvres ne nous est restée. Enfin, en 1791, ce fut un élève sculpteur, Henri Lortioit, qui obtint la pension. Il était fils de A. Lortioit, également sculpteur, et qui fit partie de l'Académie lilloise. Nous parlerons plus loin des travaux du père et de ceux du fils.
Arrivons à la création de l'Académie lilloise.
En 1775, pour mettre fin aux conflits sans cesse renaissants qui s'élevaient à tout propos entre les peintres étrangers et la corporation des peintres lillois, le Magistrat décréta, par une ordonnance, que « dorénavant, pour ne pas laisser plus longtemps les arts libéraux confondus avec
— gales arts méchaniques » , les peintres et les sculpteurs seraient divisés en deux classes : la première (c formerait un corps académique affranchi des assujettissements de la maîtrise » , la seconde resterait soumise aux ordonnances et statuts qui régissaient la corporation des peintres et celle des sculpteurs. Pour réaliser cette décision, il ajoutait que l'Académie en question était, dès lors constituée par les artistes dont les noms suivent :
Gueret, peintre et professeur à V École de dessin,
Watteau, Louis, peintre, professeur-adjoint.
Borne , Etienne, doyen des peintres, [ ""^^^H^ ^^^^IX^^""^^
Dusillon, peintre, ) dessio.
Beghin (P.-L.-J.) , peintre.
Noël, C, peintre.
Baudoux , ciseleur.
Lorthioit (A. J.), sculpteur.
Le Magistrat, en nommant académiciens les artistes ci-dessus, décida que chacun d'eux offrirait au Salon des Arts une œu\Te exécutée par lui , en remplacement du morceau de réception dont il était dispensé. Quant aux artistes qui, postérieurement, voudraient faire partie de V Académie et jouir ainsi des immunités que ce titre conférait, ils auraient, d'abord, à présenter, pour l'agrégation, une de leurs œuvres , et ensuite à exécuter un morceau dont le sujet et la dimension leur seraient indiqués. Après examen de ce travail , les académiciens titulaires se prononceraient sur l'admission définitive des agrégés.
Le Salon des Arts^ qui devait conserver toutes ces œuvres, était situé rue Comtesse. En décrétant cette création , le Magistrat jetait, dès 1775, les bases d'un Musée qui se serait enrichi successivement des morœaux de réception de tous les agrégés et académiciens. Nous citerons les œuvres principales qui y furent déposées, et dont un certain nombre a figuré, jusqu'aujourd'hui, dans noire Musée, avec cette mention : provenance inconnue.
C'était aussi dans ce Salon des Arts qu'avaient inu .
à l'époque de la foire, les expositions annuelles organisées par le Magistrat.
Il nous reste à donner une courte notice sur les académiciens de la fondation et sur ceux qui furent postérieurement reçus. Nous suivrons leur ordre d'inscription.
GuERET, professeur de l'école de dessin. Cet artiste n'a laissé, à notre connaissance du moins, aucune œuvre qui jouisse de quelque célébrité. En 1767, il exécuta les décorations pour la célébration du Centenaire du retour de Lille à la France ; en 1770, il fut chargé de restaurer le grand tableau d'Arnould de Wuez, au Conclave.
En compulsant les livrets des expositions , nous avons constaté que, de 1773 à 1777, il exposa une trentaine de tableaux de genre, ou paysages, généralement d'assez petites dimensions ; voici la désignation de quelques-uns de ces tableaux : Vue d'Alger au clair de la Ume. — Un clair de lune , V atmosphère étant orageuse. — Une Boucherie. — Une Poissonnerie. — Représentation des ruines de Rome. — Ruines de Palmyre. — La Rencontre fortunée. — La Déclaration d'' amour. — Ces désignations serviront peut-être à faire retrouver où attribuer quelques œuvres de ce peintre qui doivent encore exister à Lille.
En 1777, et comme morceau d'académicien, il peignit pour le Salon des Arts un vaste tableau allégorique « haut de huit pieds sur quatre pieds six pouces de largeur » afin, dit le livret , de consacrer le souvenir de la création des écoles de dessin. Voici l'analyse écourtée de la description de ce tableau :
(c La ville de Lille , figurée par une femme vêtue des couleurs de son écusson, présente à Minerve les génies de la peinture , de la sculpture et de l'architecture ; dans le ciel , la Renommée vole vers le temple de Mémoire où elle va placer une médaille aux armes de la ville. » Ce tableau lui-même ne nous a pas été conservé, et le Musée de peinture de la ville ne possède aucune œuvre de Guéret.
Nous avons retrouvé dans un des cartons des archives municipales, un dessin à la plume signé Guéret. C'est un projet de cartouche pour le couronnement sculpta qui devait être placé au haut du cadre que le Magistrat fit faire, pour le portrait du Gouverneur, M. le prince de Soubise, offert par celui-ci à la ville. Ce dessin, représentant des Amours soufflant dans la trompette de la Renommée et entourés d'attribus guerriers est assez bien composé ; il fut exécuté en 1767. Ce portrait du prince de Soubise, qui était placé au Conclave^ figure encore dans un inventaire de 1790.
Le musée Wicart possède un portrait de Guéret , peint en miniature, par Hélant, élève des écoles de Lille, qui exposa de 1776 à 1782.
Watteau Louis, professeur adjoint, né à Valenciennes , le 10 avril 1731, mort à Lille le 27 août 1798. Il était neveu du célèbre Antoine Watteau. x\djoint à Guéret comme professeur, en 1770 , il lui succéda en 1778. Les livrets d'exposition, de 1773 à 1799, qui nous sont parvenus, énumèrent plus de deux cents tableaux exposés par lui pendant cette période , au Salon des Arts, Le genre de L. Watteau, est trop connu, pour que nous ayons besoin de donner ici la nomenclature des œuvres exposées. Il peignit aussi pour les églises du pays , de nombreux tableaux religieux, mais ce n'est pas à ce genre de travaux qu'il doit sa célébrité. Parmi beaucoup d'œuvres inégales , certains de ses tableaux de genre sont composés et peints avec esprit et facilité. Le musée do Lille possède quelques unes de ses œuvres les plus remarquables.
Pendant la Révolution^ il joua un certain rôle politique, et son pinceau nous a laissé de curieux souvenirs de cette époque: La Fédération lilloise " — Lille a bien mérité de
(i) Il reçut une pvtification de 800 UyrM pour U grtYtiro de ce ttbleau d4dié au
MagiKtrat In lOjtiillnt 1701.
la patrie ^*^ — Le Siège de Lille ^^^ ; ce sont des pages , qui, en outre du mérite artistique , ont et conserveront pour la ville un intérêt de plus en plus vif.
Nous ne savons ce qu'est devenu le tableau de réception que L. Watteau peignit pour le Salo7i des Arls, où il figura en 1776. Ce tableau de dix pieds neuf pouces de hauteur, sur six pieds neuf pouces de largeur, représentait Bélisaire, mendiant dans les rues de Constantinople, et reconnu par un de ses anciens lieutenants. C'est le sujet du tableau de David , qui figure dans notre Musée. M. Langlart-Tripier possède, parmi de nombreux tableaux de Watteau, les grandes compositions où il a peint les expériences aérostatiques de Blancbart, et son retour triomphal à Lille. — Ces deux tableaux ont été gravés.
Enfin ce fut Watteau qui dressa en 1795 l'inventaire des tableaux des églises et des communautés que nous avons publié en appendice ; nous ne pouvons que regretter, sans lui en faire un reproche (le goût de l'archéologie artistique n'existait pas encore à son époque), qu'il n'ait compris, parmi les œuvres dignes d'être conservées, aucun des tableaux primitifs qui existaient encore alors à Lille en si grand nombre.
Borne Etienne (doyen des peintres). Il était fils d'Etienne Borne , peintre sur faïence, originaire de Nevers , qui vint s'établir à Lille au commencement du XVIIF siècle, appelé par Jacques Février, le faïencier lillois. Borne était déjà vieux lorsqu'il fut nommé académicien.
(1) Ce tableau qui figura à l'exposition de 1*794 a été donné au musée par M. Lenglart- Barrois,
(2) Le tableau qui existe sous ce titre au musée n'est qu'une reproduction en petit du grand tableau qu'il peignit pour la ville , et qui fut exposé , en 1196 , mais il a tellement souffert qu'il ne figure plus dans nos collections. Lors de l'apparition de ce tableau la Société populaire provoqua une souscription publique pour payer les frais de la gravure qui fut exécutée par Masquelier le jeune, élève des écoles de Lille. Nous connaissons de magnifiques épreuves de cette gravure.
Les livrets qui nous sont parvenus ne mentionnent pas Toeuvre qu'il exécuta pour le Salon. Nous n'y avons vu figurer son nom que trois fois. En 1773, par conséquent , avant sa nomination , il exposa deux copies d'après Garrache et Jordaens. En 1775, il envoya un bas-relief représentant l'Enfant - Jésus avec saint Jean et deux tableaux formant pendant : Vertumne eu Pomone, Zéphyre et Flore. En 1782, « il exposa un tableau représentant un petit chien tel qu'il a été présenté à la Reine ^d.v\e. S' Clavel M** rue des Bonnes Filles , à Lille (h. buit pouces sur onze pouces et demi de 1.)
Nous ajouterons que nous avons vu à Lille un portrait signé de lui. Ce portrait, d'une bonorable médiocrité, ne fait pas trop regretter ses œuvres disparues.
DusiLLON J.-B., peintre. Encore un artiste aujourd'hui inconnu. Il figure dans toutes les expositions de 1773 à la fin du siècle ; généralement ses tableaux représentent des bas-reliefs, des architectures, des ruines, des paysages. Il peignit pour le Salon un grand tableau de dix pieds, neuf pouces de haut, sur six pieds, neuf pouces de large, représentant: Pygmalion voyant ^''animer la statue de Galathée. Les quelques tableaux de lui qu'il serait intéressant de retrouver, sont ceux où il a représenté des vues de Lille et des châteaux des environs.
11 existe à Lille dans la collection de M. Lengla 11 un t.ibirau de J.-B. Dusillon , peint en tro7n})e-rœil. 11 représente une gravure à Teau forte clouée sur une planche de sapin. C'est un ouvrage de patience plutôt qu'une œuvre artistique.
Dusillon eut un fils, Fidèle, qui suivit les cours do l'école de dessin et qui , comme son père , s'adonna à la peinture. Il peignit dans le pays un grand nombre de portraits en miniature. Jusqu'à ce jour, le plus grand mérite que nous reconnaissions à Dusillon, le père , c'est d'avoir été le premier maître de Donvé, dont nous p;«»'^"rniw nln< î.un
Beghin P.-L.-J, peintre. Il exposa en 1773 deux tableaux ovales, représentant saint Pierre et samt Paul ^ et un grand tableau, la Samaritaine. Il avait 72 ans lorsqu'il fut, en 1775, nommé académicien. Son tableau de réception , de même dimension que ceux de Watteau et de Dusillon, représentait Susanne au bain, surprise 'par les deux vieillards. Son titre d'académicien ne lui servit qu'à une chose: à obtenir de la ville une pension de 180 livres, qu'il était dans l'impossibilité de payer , pour entrer à l'hôpital des Vieux Hommes^ où il fut admis en 1786, à 83 ans.
Noël C, peintre. Il peignit beaucoup de portraits à l'huile et au pastel, et d'après les noms portés aux livrets, il avait une belle clientèle. On voit figurer parmi ses modèles des évoques, des chanoines en habit de chœur, des officiers en uniforme, et même ime actrice , Mile ***, en costume de théâtre (rôle de Zelmire). Pour payer sa dette à V Académie il peignit , par exception, un grand tableau de dix pieds , neuf pouces de haut, sur cinq pieds, huit pouces de large , qui fut exposé en 1777. Il représentait: Apollon et la Syhille de Cumes; cette dernière demande à Apollon de vivre autant d'années qu'elle a de grains de sable dans la main. Nous n'avons aucun renseignement sur la destinée de ce tableau. Quant aux portraits de G. Noël il doit encore en exister à Lille, mais jusqu'ici il ne nous a pas été donné d'en voir.
Baudoux^ François-Joseph, ciseleur. C'était un orfèvre ciseleur qui jouissait, et avec raison , d^une grande réputation. Le compte de l'église de La Madeleine enregistre en 1766 un paiement de trois mille livres à valoir sur la façon delà châsse de l'église. Cette église possède encore de cet artiste une porte de tabernacle en argent doré représentant le Serpent d'airain, et signalée , comme un magnifique travail, dans l'inventaire des objets d'art des églises de Lille. En 1773 il exposa au Salon des Arts un
médaillon d'argent dans un cadre en cuivre orné de trophées ; ce médaillon représentait une Chasse aie lion, et un autre, le Crucifiement. En 1774 il exposa un bas-relief en cire, Alliance de Jupiter et de Junon; en 1785 une porte de tabernacle en argent, représentant la Descente de croix; fia 1776 quatre médaillons d'argent, etc.; enfin, en 1777, après sa nomination à V Académie ^ il offrit au Salon des Arts un bas-relief en cuivre ciselé et doré représentant V Enlèvement d'Hélène. Du Salon des Arts cette pièce est passée dans le musée archéologique de la ville. Le travail en est excessivement remarquable ; quant aux qualités du dessin elles se ressentent du goût de Tépoque , c'est du grec comme on le comprenait alors. Baudoux figure sur les comptes de la ville pour la fourniture de pièces d'argenterie destinées à faire des cadeaux. Nous citerons entre autres une soupière de 1200 florins que le Magistrat offrit à Lequeux, architecte, qui avait dirigé les décorations exécutées à Lille pour la fête de la naissance du Dauphin (1782). Baudoux eut un fils qui fut élève des écoles de la ville , et qui , après y avoir obtenu la médaille en 1779 , alla travailler à Paris dans l'atelier de Moitte, sculpteur du roi ^'^ 11 exposa à son tour en 1784, au Salon des Arts un grand bas-relief (quatre pieds de 1. surtroisp. deh.) représentant le Fratricide de Caxn\ ilfut agrégé à l'Académie le 25 octobre 1785, après lui avoir soumis un bas - relief : La Présentation de Notre- Seigneur au Temple.
LoHTHioiR, LoHTHioiT OU LoHTioiT pèro * , sculpteur. En 1773 il exposa une statue en terre cuite de quatre pieds de haut, représentant Milon de Crotone^ et deux bustes : le Printemps et l'Été ; en 1775 un S t- Pierre pleurant ses
(1) En n85 Moitto exposa a Lille l'esquisse d'une frise on hnsrrHef représentant une Ate k U déesse Cybelle.
(t) Le nom de ce sculpteur est écrit dans les oorapteh .. »... .. - ...ou de ces trois fsçons , quant tui signatures autographes du fils elles sont toujours ortliographiéaa l.orlioil.
jiéchéSy figure en bois ; en 1777 il offrit au Salon la Déesse des Arts , figure en terre cuite , de trois pieds de haut , et exposa deux statues en bois, saint Pierre e>i saint PauL En 1781, deux torchères, figures de femme, et en 1782 trois figures modelées, représentant Junon, Pallas et Vénus. Mais Lortioit le père n'était pas , paraîtrait-il , un artiste de premier ordre. Cette même année 1782 parut à Lille une petite brochure « Martin au salon, » qui passait en revue les œuvres exposées. Le Diderot anonyme, à propos des déesses de Lortioit, fait malignement remarquer que « les beautés et les grâces sont nuisibles à notre salut, et qu'en méprisant les créatures, le sculpteur s'achemine vers le ciel. »
Son fils, Lortioit Henri, suivit la même carrière , mais avec plus de succès. En 1787 il exposa une première œuvre en terre cuite représentant V Aurore. En 1790 il obtint la première médaille et la pension pour aller continuer ses études à Paris. En 1790, il exposa un Apollon en albâtre , un Prométàée et un groupe en terre cuite représentant Procris et Chépale.
Pendant les études de Lortioit à Paris , le Magistrat écrivit à Lortioit père une lettre de félicitation sur les succès de son fils. En 1793 le pensionnaire de la ville fit présent à la commune de deux de ses œuvres ; voici la lettre qui accompagnait cet hommage :
Aux citoyens Maire et officiers municipaux de la ville de Lille '^^l
Citoyens ,
Au milieu des études que la bienveillance de la commune me donne la facilité de poursuivre , je n'ai rien de plus à cœur que de lui soumettre une preuve de mes efiPorts et de ma constante reconnaissance. Daignez donc , s'il vous plaît , Citoyens municipaux , agréer et accepter les deux figures de Cicéron et de Scévola , que j'ai Thonneur de vous présenter. Que ces objets rappellent quelquefois sur mes faibles essais votre indul-
(1) Archives municipales.
— iO\ —
geuce et vos bontés. Je m'applaudirai d'avoir prévu vos intentions, en leur offrant d illustres, modèles , mais pour prouver seulement qu'à Lille, aussi bien qu'à Rome , le patriotisme soutient les plus grandes comparaisons et qu'il s'honore par d'aussi belles vertus.
Lille, ce février 1*793, l'an deuxième de la République Française.
Henri LORTIOIT ,
Sculpteur, élève de l'Académie; pensionné à Paris par la municipalité.
Ce Cicéron et ce MiUius Scœvola figurèrent au salon de 1794 avec cette désignation : Figure de Cicéron , en plâtre , de deux pieds de hauteur ; figure de Mufius Scœvola^ même grandeur. Il exposa en même temps une esquisse lavée à l'encre de Chine représentant Brutus jurant de venger la mort de Lucrèce et d' abolir la royauté.
En 1796 parut son œuvre la plus importante: Prométhée le bras levé vers le ciel. Cette statue, de cinq pieds et demi de hauteur , a de grandes qualités et obtint un légitime succès ; il exposa la même année une Flore , un Zéphire^ et deux esquisses en terre cuite, VEfjalité et la Liberté. Bientôt après Lortioit fut chargé par la ville de modeler des bas-reliefs en terre cuite destinés à décorer le péristyle deVÉcole centrale, installée dans l'ancien couvent des Récollets. Les esquisses de ces bas-reliefs qui furent exécutés de quarante-huit pieds de longueur sur cinq pieds de hauteur, figurèrent à l'exposition de 1798. Les curieux en trouveront au livret la longue description. Ces bas-reliefs, qui ne furent placés qu'en 1807, furent payés 1500 francs. Il expose la même année une esquisse en terre du Virr/inius poignardant sa fille et deux grandes figures en plâtre: Bacchus et Ariane.
En 1807 , Lortioit fut nommé du jury chargé de juger les concours annuels de i'école de dessin. Lortioit ne pouvant trouver à Lille des commandes qui lui permissent d'exécuter en marbre les statues qu'il avait modelées, se cont«^nta de les mouler et d*on vendre
des exemplaires en plâtre. Les vestibules , les escaliers , les jardins des principales maisons de Lille étaient encore ornées, au commencement dusiècle, de ces reproductions du Prométhée et du Bacchus de l'artiste lillois ; mais, s'il en existe encore, la plupart sont défigurées par les peintures successives dont elles ont été chargées. Il serait bien désirable que l'on pût retrouver, pour les collections delà ville, des moulages intacts des principales œuvres de Lortioit. L'hôtel de ville ne possède de lui qu'un buste en plâtre de Gentil-Muiron, qui fut maire de Lille 1 de 1800 à 1804. Lortioit a aussi exécuté un certain nombre de petites statuettes en terre cuite.
Nous en avons fini avec les académiciens choisis et nommés par le Magistrat ; il nous reste à parler de ceux qui sollicitèrent et obtinrent postérieurement ce titre.
Sauvage ( Piat-Joseph ) , né à Tournai en 1744, membre de l'Académie de Saint-Luc de Paris, fut le premier étranger qui sollicita le titre d'académicien lillois. Il fut reçu le 12 septembre 1776 , et son tableau de réception figura au Salon de l'année suivante. Il représente, en bas-relief, La Peinture et la Sculft^re protégées jpar Minerve. Ce tableau figure actuellement dans le musée de la ville sous le numéro 495. En 1783 , Sauvage fut reçu à l'Académie royale de Paris, et, un an après, il exposa à Lille une Bacchanale d'enfants, tableau colorié ( de treize pieds de largeur sur neuf de hauteur). Nous retrouvons une dernière fois son nom dans le livret de l'année 1810; il exposa « deux tableaux coloriés sur marbre blanc » , l'un représentant un Sacrifice à Vénus, l'autre un Sacrifice à Bacchus^ Le Musée possède un beau portrait de Sauvage , peint par un académicien lillois dont nous parlerons plus loin.
Helman ( Isidore-Stanislas-Henri ) , graveur , né à Lille en 1743 , mort à Paris en 1810. Élève des écoles de Lille, Helman reçut, en 1770, du Magistrat, une gratification
de 300 florins . pour la dédicace de sa première gravure. Il était graveur de M^' le duc de Chartres , quand il se présenta à l'Académie, où il fut reçu le 1" mai 1779. Les premières gravui^es qu'il exposa , en 1773 , étaient : Les Pécheurs fortunés (Vernet); une Chute d'eau (Robert). Chaque année, il prit part aux expositions de sa ville natale , et, en 1787 , il offrit au Magistrat un riche Album où il avait fait relier , en magnifiques épreuves , un choix dé ses œuvres les plus remarquables. Helman reçut, à titre de remerciement, une lettre de change de 480 florins, qui lui fut adressée à Paris, rue Saint-Honoré, vis-à-vis l'hôtel de Noailles.
Ce recueil de gravures , sur lequel le Magistrat fit inscrire en lettres d'or le nom d'Helman, et la date du présent fait à la ville, figure actuellement dans la bibliothèque communale ^^\ Helman a gravé les tableaux les plus importants de Louis Watteau. Trois autres graveurs, comme Helman, élèves de l'école de Lille , s'ils ne furent pas académiciens , prirent part aux expositions lilloises. Ce sont J.-B. Liénart, qui exposa, en 1773, V Enfant prodigue {GTdi\é[oi) , et un Portrait de Vitruve, et qui reçut aussi du Magistrat, en 1775, une gratification de 240 florins pour la dédicace d'une estampe dont le sujet n'est pas indiqué, et les deux Masqueli'M-. dont lo nom et les œuvres sont bien connus.
Wetherill (Mlle Anne), Anglaise , reçue le 7 août 1780. Cette académicienne fut admise sur la présentation d'un tableau de paysage dont la dimension lui avait été indiquée par l'Académie. Il figura à l'exposition de 1780. <c Ce tableau , de vingt pouces de hauteur sur deux pieds de largeur, représentait une vue des environs do l'abbaye de Marquette, ornée de figures et d'animaux. » Le livret de 1780 mentionne aussi trois portraits peints par elle, entre autres
(i) N* 1665 c«t. ScitneM el Art».
celui du colonel Cambel. L'année suivante, elle prit encore part à l'exposition , et figure sur le livret avec son titre d'académicienne; bien qu'elle ait été reçue à titre de peintre de paysage , elle exposa des portraits , un tableau religieux, une miniature, et pas de paysage. Le livret de 1781 porte en effet sous son nom : Cinq portraits de grandeur naturelle dont on ne cite pas les modèles , un tableau représentant la Vierge , V Enfant Jésus et saint Jean- Ba][/tiste^^^ , et une miniature ovale représentant Hébé. Nous n'avons plus vu reparaître son nom aux expositions postérieures; elle avait sans doute quitté Lille.
Violet (Pierre-Noël), peintre en miniature. Il fut reçu le 23 août 1782 , après avoir exécuté , sous les yeux de L. "Watteau, une miniature représentant Louis XVI. Ce portrait , qui fut exposé au Salon de cette année , resta comme morceau de réception. Violet exposa en même temps un cadre renfermant cinq miniatures, et un portrait à l'huile de forme ovale , de deux pieds de hauteur sur un pied et demi de largeur. C'était, d'après les indications du critique anonyme dont nous avons parlé plus haut, et qui est un grand admirateur du talent du peintre Violet , le portrait de M. Piér élevé , capitaine de dragons.
On ne voit plus reparaître Violet aux expositions suivantes; probablement, il n'avait demandé le titre d'académicien que pour pouvoir, de passage à Lille, y exécuter des portraits sans être tracassé par la corporation des peintres qui prélevait un droit sur toutes les peintures exécutées par des artistes non inscrits dans cette corporation , droits dont les académiciens seuls étaient exempts. A propos de peintres en miniature, nous citerons ici un sieur Jacquerye, lillois , médailliste des écoles , qui ne se présenta pas à l'Académie, mais qui exposa et exécuta beaucoup de portraits à Lille.
(0 Deux pieds de haut sur vingt pouces de large.
Roland (Philippe-Laurent), né à Pont-à-Marcq , le 13 août 1746, mort à Paris en 1816. 11 fut reçu le 23 avril 1782. 11 avait été, Tannée précédente, admis comme agrégé à l'Académie royale. La réduction de son Caton d'Utiqioe, quïl avait offert au Magistrat, fut déposé, en 1782, au Salon des Arts, et figure sur le livret de cette année. La Commission du Musée de Lille vient de faire couler en bronze le Caion de notre célèbre concitoyen , et lui a assuré ainsi une conservation indéfinie. En 1774 , Roland, encore élève des écoles, avait exposé deux dessins, Judith tranchant la tête d' Holopherne , et le Martyre de saint Barthélémy. En 1785, il exposa un bas-relief représentant le portrait de Feutry^ poète lillois; la même année, il envoya au Magistrat le moulage en plâtre d'un médaillon en marbre représentant Louis ZVI, qu'il avait sculpté pour la nouvelle halle de Paris. Nous publions en note la lettre d'envoi de Roland et la réponse que lui fit le Magistrat de Lille ^^'. Le médaillon de Louis XVI,
(») Paris , le 29 juin n85.
Messieurs ,
Ayant été chargé de faire le portrait de Louis XVI , en médaillon de marbre , qui est placé à la nouvelle halle de Paris , jai cru devoir en tirer un en plfltre imitant la terre cuite , pour votre hôtel de ville.
José espérer, Messieurs, que vous voudrez bien recevoir ce juste hommage d'un lillois qui doit à vos bontés les premiers principes de son art. Si je pouvais me servir de la plume comme de mou ébauchoir ou de mon ciseau, je tracerai ici cet amour de la justice, ce goût des arts et surtout les vertus qui régnent dans votre corps municipal , l'honneur et Tappai du citoyen de Lille.
Je suis avec un très-profond rosport MM. votre etc., etc.