ROLAND
A Monsieur Roland, de l'Académie royale de Paris.
Noos avons reçu , Monsieur , avec beaticoup de satisfaction le portrait de Louis XVI que vous avez bien voulu nous adresser. Ce monument de votre amour pour le roi aéra encore ici celui do votre reconnaissanco et de vos progrès. Nous le faisons placer dans la salle de l'hôtel de-ville où sont couz des autres souverains et où il transmettra à la postérité toute 1 estime quo nous feisons de vos ouvrages. Continues , Monsieur , à honorer votre patrie par vos talents , l'Boole de deasin se glorifie de vous avoir eu pour élève , et votre exemple est bien fiiit pour enooorsgsr tous ceux qui la fréquentant. Nous ssistrons toujours avec empressement l'occasion ds vous donner les preuves àm tsaU- ■lenls que vous mérites de notre part, et avec lesqvsls nous somuss , etc.. sle«
encadré avec soin, fut placé à la maison de ville, et le poète Feutry, ami du sculpteur, composa à ce sujet un quatrain qui fut inscrit au bas du cadre.
Nous ne referons pas ici une biographie de Roland; David d'Angers , " son élève , s'est chargé de ce soin avec une compétence sans égale, et la Société des Sciences a décerné à ce travail une médaille d'or. Nous dirons simplement qu'un jour viendra sans doute, où l'organisation d'un musée de sculpture permettra d'exposer les moulages du Condé, de Y Homère et des chefs-d'œuvre de Roland.
CoRBET (Charles-Louis), sculpteur^ reçu à l'unanimité le 23 août 1782, dit le registre de l'Académie , sur la présentation de la Mort de Méléagre, Nous nous contentons d'inscrire ici le nom de cet artiste, auquel nous consacrerons plus loin une notice plus complète.
Lemire (Noël), graveur, recule 9 juillet 1783. Comme Masquelier de Lille, Lemire, né à Rouen en 1724, fut élève de Le Bas ; il a gravé beaucoup de tableaux de Teniers. Le Portrait de Washington^ qu'il présenta à l'Académie liUoise, passe pour un de ses meilleurs ouvrages. Son œuvre la plus célèbre est le Gâteau des Rois (partage de la Pologne), dont la planche fut brisée par ordre supérieur.
Le livret de 1783 le qualifie de graveur des Académies impériales et royales, de celle des Sciences et Arts de Rouen. Il exposa :
La Crainte, estampe ;
Le portrait du général Washington.
Le livret de l'année suivante mentionne encore son nom et signale :
Le portrait de M. le marquis de La Fayette, pour sa réception à l'Académie.
Il exposa pour la dernière fois en 1787.
DuPRÉ (Augustin), graveur en médailles à Paris. 11 fut reçu le 3 mai 1784, et présenta pour sa réception les six médailles suivantes , dont le livret reproduit toutes les inscriptions :
Le portrait de M. de Suffreu;
Le portrait de M. de FranckUn ;
FrédéricII, roi de Prusse, passant ses troupes en r^Mi^ :
Médaille représentant un Sacrifice à V amour ;
Médaille commandée par Louis XVI, à la gloire de M. de Montgolfler ;
Médaille représentant V Amérique indépendante, pour sa réception à l'Académie.
Nous ne savons si Augustin Dupré est un descendant du célèbre graveur de Henri IV, Guillaume Dupré.
Legrand, peintre, agréé le 3 mai 1784, nommé académicien le 16 août.
Nous n'avons pu trouver ni le prénom , ni le lieu de naissance de ce peintre dont le nom ne figure sur les livrets d'exposition qu'en 1784, année de sa réception. S'il n'exposa qu'une fois , il faut reconnaître qu'il fut prodigue dans l'exhibition de ses œuvres. EUes comprennent vingt-cinq numéros parmi lesquels des portraits, des tableaux de genre , des esquisses de tableaux ; parmi celles-ci , nous citerons : Eurypile dédiant la statue de Bacchns au temple de Diane, le Palais du sommeil] parmi les tableaux terminés: la Mort d'Hippolyte, le Combat des Centaures et des Lapithes , le Massacre des Innocents , et enfin son morceau de réception dont le sujet lui avait été imposé : Les Pèlerins au hour(j d^Emmails^ de trois pieds de largeur sur quatre pieds do hauteur. Ce tableau ne figure pas dans le Musée de la ville, nous ne savons s'il y u lieu de regretter sa disparition.
Watteau , Joseph-François , né à Valenciennes , lé 18 août 1758, mort à Lille , le 3 décembre 1823. Il fut
agréé le 11 avril 1785, académicien en 1786; son tableau de réception figura à l'exposition de cette année.
Watteau François était fils de Louis Watteau. Comme nous l'avons dit, en partant des écoles de dessin , il étudia à Lille, puis à Paris, où il obtint une médaille ; en 1780 il dédia au Magistrat un tableau représentant la Mort de Socrate ^^\ et par une délibération en date du 3 mai 1780, le Magistrat lui accorda une gratification de 480 florins. En 1781 il exposa au Salon de Lille une esquisse terminée du Martyre de St-Pierre (de cinq pieds quatre pouces de largeur sur trois pieds et demi de hauteur) ; en 1783, la Mort de M, de Montcalm , « estampe gravée d'après le dessin orignal de F. Watteau. » Enfin en 1784, il aborda le genre auquel il doit sa réputation , et exposa trois petits tableaux : Une dame à sa toilette , V Amant difficile , V Amante offensée ^'^\ »
Nous ne savons ce que sont devenus ces trois tableaux. En 1785 il fut d^gvégé àe^V Académie sur la présentation d'un tableau de deux pieds de hauteur sur environ deux pieds et demi de largeur « représentant un Jardin ^pittoresque dans lequel se reposent et se promènent des jeunes gens, des femmes et des enfants habillés à la mode du jour. » C'est très-vraisemblablement le charmant tableau du musée de Lille ^^^ Les académiciens lui imposèrent, comme tableau de réception : « Une fête champêtre et galante , de cinquante-deux pouces de largeur sur quarante-cinq de hauteur. » Ce tableau de réception , qui ne figure pas au Musée , fut exposé en 1786 sous ce titre : « Un tableau de composition galante y de trois pieds neuf pouces de largeur sur quatre pieds quatre pouces de hauteur. » Sitôt agréé
(1) Ce tableau, qui figura à l'expostion de 1780 , est exposé aux écoles académiques , dans la salle aux délibérations.
(î) Tableaux de 9 pouces de largeur sur 14 de hauteur.
(3) NO 620 du cat. une fête au Colysée.
par rAcadémie , F. Watteau avait été adjoint à son père, avec promesse de survivance. En 1787 et en 1788 il exposa des tableaux de genre: la Saint-Nicolas , la Satisfaction du mariage^ les Baccoletcrs, une Revus, un Concert dans un salon. En 1790, le livret porte sous son nom : une Fête des environs de Paris ( deux pieds et demi de hauteur , trois pieds de largeur).
Le Musée de la ville est riche d'oeuvres de cet artiste **î. Il possède de lui : deux Batailles d'' Alexandre \ bien que ces tableaux aient valu à leur auteur une médaille d'or à l'exposition de Paris en 1802, nous leur préférons de beaucoup ses tableaux de genre. Watteau a peint aussi des tableaux historiques ou anecdo tiques précieux pour la ville de LiUe, ce sont : la Procession de Lille en 1787 , qui nous a conservé l'aspect de la place de Lille à la fin du XVIIP siècle, les costumes et les attributs des corporations ouvrières qui allaient disparaître ; la Braderie , coutume locale qui a survécu; le Broquclet ^ fête des dentelières. Ce dernier tableau, légué à la ville par M. A. Leleux, jouit à Lille d'une grande célébrité. 11 existe, en effet, une notice, imprimée chez Danel, qui décrit et commente, en six longues pages, le tableau du peintre lillois. François Watteau a laissé aussi un assez grand nombre de dessins et de croquis, curieux pour l'étude de la mode et du costume ^*^ La dernière œuvre exposée en 1820 est un tableau représentant le Mausolée de Monseignetf/r le dur de Berry^^K Les curieux pourront lire nn //>•>/•/ 1:> longue description de cette peinture allégorique .
Ommeganck(P.), peintre né à Anvers en 1755. Il fut reçu à l'unanimité le 6 juin 17^r) . à «barge de faiîv un
(1) N'»' 611 à 624, le N* 610 Choc de cavalerie fui apoeé on 1806 , 1 Lille. i«) La fomille Lenglart de Lille poiiëde an grand nombre de Ubloeui et de dewine de Louis et François Walteou.
(3j Un m^iiire 100 millimÀtrM do hauteur sur 893 milliaklTii dt largeur.
tableau « d'animaux et paysage ». Nous ne savons s'il remplit cette condition , car nous n'avons pas vu figurer son tableau sur les livrets d'exposition.
En se faisant recevoir académicien à Lille , Ommeganck acquérait le droit d'exposer et de vendre ses tableaux à Lille.
Dupont (François-Léonard), né en 1756, mort à Lille en 1821, fut agréé à l'unanimité, le 3 octobre 1785, à charge de faire un tableau de nature morte « de dimension à remplir l'espace qui reste au-dessus de celui du sieur Legrand ». Tels sont les termes de la décision qui relate sa nomination. Il fut reçu définitivement le 2 janvier 1786. En 1782, il avait épousé la fille de Louis Watteau, professeur de l'école ; aussi est-il surtout connu à Lille sous le nom de Dupont- Watteau. Il commença à exposer , en 1783, des pastels et des miniatures. En 1785, le livret mentionne un cadre renfermant plusieurs miniatures , un Christ sur fonds de velours noir , Bacchus , le Génie de la Santé, a Ces trois morceaux sont en nature morte, » ajoute le livret. Ce fut, en effet, son genre préféré, et le Musée possède son morceau de réception ^*^ : Attributs des Beaux- Arts , instruments de musique , buste en marbre blanc et statuette en terre cuite. C'est un tableau assez estimable.
Il exposa, la même année, un autre tableau, aujourd'hui dans la galerie de M. Lenglart, comprenant une pendule, (marbre blanc et bronze doré), représentant Louis XV ^^\ un verre de cristal et autres objets posés sur une table couverte d'un tapis vert. En 1787 et en 1788 , on eût de lui cinq tableaux, natures mortes et bas-reliefs , dont les sujets ne sont pas indiqués, et une étude peinte d'après le Vase Médicis.
(1) NO 181 du Catalogue.
(2) Cette pendule fait actuellement partie, nous a-t-on dit. de la collection de M. Double.
A la fin du siècle , Dupont-Watteau renonça à la peinture et s'adonna à l'élude de la mécanique ; il exposa , en 1796, un outil d'horloger, a à fendre toutes les rôties et pignons quelconques et à arrondir, »
DoNvÉ (Louis-Joseph), né à Lille le 6 janvier 1760, mort le 3 décembre 1802^*^ Il commença ses études dans l'atelier de Dusillon, l'académicien lillois. En 1777, il exposa, pour la première fois , trois dessins au crayon noir. Le livret de 1778 mentionne encore trois dessins au crayon noir exécutés par lui, dont un représentant le Tombeau du maréchal de Saxe, En 1779, il exposa un Portrait de Louis XV ^ à la terre d'Italie , deux dessins , aux crayons noir et blanc , représentant iVrm et F<^;^^^5, et un portrait, aussi au crayon, sur papier bleu.
Il entra ensuite à l'école , y obtint une médaiUe , et se rendit à Paris , où il devint l'élève , puis l'ami intime de Greuze. En 1783, il reparait sur les livrets de l'exposition lilloise, avec cette mention : élève de Dusillon et de Greuze, et y expose deux portraits dont les modèles ne sont pas indiqués. En 1785, il se donne toujours comme élève de Greuze et envoie à l'exposition de Lille :
Un portrait du sieur Deplanque fils, professeur de harpe à Paris, peint en pied, costume de chasseur ^\
Trois jyortraits en buste. — Cinq fêtes d'^ étude.
Un dessin sous glace, aux deux crayons, d'après le tableau original du sieur Fragonard, représentant Gabrielle de Vergie{siQ.).
Un tableau d'après Greuze, représentant les Sévreuses^^K
Connaissant le talent avec lequel il imitait ^oii maitro.
(01^ catalogue du Musée de Lille lui donne Icr prénomi de Jotn-Françoit , le fiiit ntttre à Saint- Amand en 1736 , et mourir à Lille en Vm. Cet prénoms ti OM datée ■^appliquent au père de Donvé ot non à cet orlieta, il y • mi conftiaioa dans lai MDaeigneroentn fournie à M. Reynart.
(t) 3 pieda 8 pooeea de large, iur 5 pieda 1 poooe de L>uUut
(S) 2 pieda 9 pooeea de large sur 1 pied 5 poooaa da haulaor.
il est à croire que cette copie de Greuze par Donvé est actuellement attribuée à Greuze lui-même.
Ce fut à la suite de cette exposition que Donvé fut agréé par l'Académie, qui le chargea d'exécuter, pour son morceau de réception , le portrait de Sauvage, membre des Académies de Paris et de Lille. Cette belle œuvre a passé du Salon des Arts dans le Musée de Lille. En 1787, il il exposa neuf portraits d'hommes et de femmes ; en 1790, Donvé exposa encore deux portraits.
Nous avons aussi vu figurer sa signature au bas d'une requête adressée, en 1793, à la municipalité, parles artistes lillois chargés de présenter des esquisses pour la décoration du Temple de la Raison, Cette pièce est signée par Louis et François Watteau, Donvé, Denoyelle et L. Meurisse, qui avaient été les pensionnaires de la ville de Paris.
Donvé avait épousé Julie Telliez, le 18 fructidor an IL De ce mariage naquit un fils , Edouard, le 14 prairial an III (2 juin 1795), qui se fixa plus tard à Paris.
Le Salon de 1796 comprenait onze portraits de Donvé qui jouissait à Lille d'une grande réputation; en 1799 , il exposa encore trois portraits. Enfin, en 1801 (an IX), le livret porte sous son nom : -
Un portrait en pied (de cinq pieds six pouces de haut sur quatre pieds de large) ;
Deux portraits en buste ;
Le portrait d'une citoyenne habitante de Paris , portrait ovale.
C'est la dernière mention relative à ce peintre qui mourut le 3 décembre 1802, âgé de moins de quarante- quatre ans.
Nous l'avons dit , Donvé ne fut pas seulement l'élève de Greuze, il fut son ami. Greuze a plus d'une fois placé le portrait de son élève dans ses compositions ; c'est Donvé qui
îl) N" 112 du catalogue.
(2) Edouard Donvé ne suivit pas la même carrière que son père , il s'est acquis une certaine réputation comme chansonnier.
posa pour le fils prodigue, dans la Malédiction paternelle. Donvé s'est aussi peint lui-même , et le Musée de Lille possède deux très-intéressantes études où il s'est représenté avec des expressions de figure différentes.
Les trois beaux portraits du Musée de Lille , trois portraits de famille appartenant à l'auteur de cette notice ^*', une charmante tète d'étude peinte sur panneau, et qui a absolument l'aspect d'un tableau de Greuze *' sont tout ce qui reste, à notre connaissance du moins, des œuvres nombreuses sorties du pinceau de Donvé , à Lille et à Paris , et qui l'ont placé au rang des meilleurs portraitistes de son époque.
Il est une conclusion qui ressort tout naturellement de cet exposé rapide ; c'est Tinfluence féconde des écoles et des expositions provinciales. Ces vérités, qui sont aujourd'hui des lieux communs , n'avaient pas encore été vérifiées , au XVIir siècle.
En 1755, la ville avait fondé des écoles de dessin et de peinture ; en 1773, elle organisait des expositions annuelles; enfin en 1775 elle créait une Académie des Beaux-Arts. Grâce à ces mesures , qui étaient alors des nouveautés , en moins d'un quart de siècle, la ville de Lille vit sortir de ses écoles des graveurs comme J.-B. Liénart, Helman, les deux Masquelier ; des sculpteurs comme Roland , Corbet , Lortioit ; des dessinateurs et des peintres comme Wicart , ¥. Watteau et Donvé , nous ne citons que les noms les plus célèbres; de plus elle développait dans la population le goût des arts à un degré assez élevé pour (jue des artistes étrangers et d'une valeur réelle crussent de leur
'•i L un «le C.08 troiH [11 :: ::' ''ii-l.! ^i^•■ll:^tll^ ■ <!'• l.in' u! 'l In «lito j,'orinii».»l m» X, (mani 1802). C'est par •":■ ■•■j. .'■:.; ii:^ .li- .1.: iu.t.- : '. . i .■• .i- Doiur.
* rietta peintura wt U propriété do M. H. Verljr , ello ■ été donn< ; - Dmv.^ « i'mnçoif Verly, MO eooditeiple tux éeolw à» Lille.
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intérêt de venir solliciter chez elle le titre d'académicien et prendre part à ses expositions annuelles.
*Si, à l'époque actuelle, bien plus qu'au siècle passé, Paris seul peut donner aux artistes une célébrité définitive , la province n'en a pas moins son rôle à jouer.
Comme autrefois , en développant l'enseignement artistique libéralement et généralement offert à tous, en organisant des expositions fréquentes , elle révèle à eux-mêmes , des artistes, dont la vocation a besoin pour se manifester d'un concours de circonstances favorables. En ce qui concerne la ville de Lille , nous n'avons pas besoin de citer des noms, qui sont dans toutes les bouches, pour avoir le droit d'affirmer que nos écoles continuent dignement leurs traditions séculaires.
Charles-Louis CORBET