‹ Études artistiquesChapitre 33 sur 35 · PROGRAMME DU SUJET · texte numérisé non relu

PROGRAMME DU SUJET

(( Sur un piédestal de huit pieds de hauteur , s'élève un terme ou pierre milliaire quarrée, dont les anciens marquaient les limites des possessions et des pouvoirs particuliers. La Liberté décorée des attributs qui la caractérisent j attache les marques distiuctives des différentes communes ainsi que des corps militaires confédérés. Ces objets suspendus à l'Echarpe nationale sont enlacés de fleurs, afin de montrer que si nous avons encore des chaînes , elles nous viennent de la nature et sont légères à porter, ce sont celles de l'obéissance aux lois , des devoirs envers la société, etc.

La plus belle proportion de ce monument serait de vingt à vingt-cioq pieds de hauteur. »

(1) Probablement M. Van Ackère qui a donné au musée le buste de Bonaparte dont nous parlerons plus loin.

Voici la lettre que Corbet adressa à la municipalité et dans laquelle il avait formulé son projet de souscription. L'époque à laquelle appartient ce document vient encore ajouter à l'intérêt que le nom de Corbet suffirait à lui donner.

A Messieurs, Messieurs le Maire et Officiers Municipaux de la ville de Lille.

Messieurs ,

Cette ville , se proposant de consacrer à jamais la mémoire de la fêle touchante et religieuse de la confédération de nos provinces, je viens d'esquisser le projet d'un monument, qui serait élevé à l'endroit même où le serment d'union a été prononcé. Je le soumets à vos lumières. J'ai tâché de réunir de la manière la plus simple , les idées qui peuvent rappeler l'histoire de la Révolution française et le pacte sacré de tous les citovens des villes et des corps militaires confédérés.

Je demande votre appui, Messieurs, pour publier ce projet et ouvrir sur le champ une souscription à cet effet. Les citovens de la garde nationale , tous les autres citoyens patriotes de cette ville et des communes confédérées , s'empresseront de contribuer de tout leur pouvoir à l'exécution d'un monument, qui rappellera à l'esprit et au cœur, la plus belle, la plus attendrissante fête qu'on ait encore vue en France. Vous désignerez vous mêmes , Messieurs , en quelles mains l'on pourra souscrire et vous nommerez des commissaires qui seront particulièrement chargés de veiller à l'exécution de l'ouvrage.

Ce beau monument, érigé à la Liberté, sera exécuté en marbre; la pierre milliaire et le piédestal seront en marbre de couleur et la statue en marbre blanc; il peut encore être fait en pierre de Tonnerre ou de Conflans. Au reste, la richesse et la durée de la matière seront proporlionnéen nu produit de cette souscription patriotique.

Les noms des souscripteurs seront mis eu lettres d'vr ^^ w :• i r»s <î«î la pierre, et la contribution sera indétenium'c cL ù lu voKmUî tlt*s cil<»yt'ns, qui auront la gloire d'avoir été les premiers à élever uo trophée , an mémoire de la liberté française.

Veuillez , Messieurs , accueillir ce projet et prendre quclqu'intérél nu citoyen plein de zèle qui le propose. Depuis dix ans que je suis fixé dans

cette ville , j'ai été , je le dis hautement , le soutien de ma famille à qui je tiens lieu de père, je n'ai jamais pensé que l'on dût me tenir compte de cette vertu , puisqu'elle a sa seule récompense dans le plaisir même qu'il y a à l'exercer; mais il m'est bien douloureux de rappeler que dans toutes les occasions où j'ai montré mon amour pour les arts , j'ai toujours échoué, j'ai toujours été indignement traité, et par cela même souvent abattu, découragé. Il est vrai que nous étions esclaves alors ; nous sommes libres maintenant ! Je suis encore dans le malheur et si , sous l'ancien régime , c'était une des plus fortes raisons pour n'être pas écouté , parce qu'il n'j avait de considération , de protection , que pour les Riches et les Charlatans ; comme il est heureusement très-vrai que tout a changé, que tout ce qui était mal se convertit en bien ; que les honnêtes gens délivrés de l'oppression ne gémissent plus, mais au contraire, en se montrant sans obstables semblent, pour ainsi dire, sortir de dessous terre comme les hommes de Cadmus , je reprends donc , avec le courage , des espérances qui , si elles ne se réalisent pas sur moi , pourront peut-être au moins servir à me consoler de mes pertes et de toutes mes infortunes.

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