AMPLIUS DEDIT IN ALIMENT • PUEROR • ET PUEL
LAR • PLEB • URB • HS
CGC • IN TUTELAM BYBLIOTHECAE HS C
Examinons-en les termes.
"On voit, dit à ce sujet Tillemont*, par l'inscription qui est au commencement de ses œuvres, qu'il fut envoyé gou-
* De la tribu Oufentina.
» Hiitoire des Empereurs, t. II : Trajan, art. 15.
120 l'ERSKClTION DES CHRÉTIEXS SOLS NÉRON.
veinoi" le Pont en qualité non do proconsul comme Julius Ikissius et d'autres, mais «1»' lieutenant et de propréieur avec lu puissance consulaire. Cesst à dire qu'il n'eut pas ce pouveriienient par le sort connne envoyé par le Sénat, mais (juil fut tlioisi et coniniis par lenipei^eur, comme cela parait en effet par plusieurs de ses lettres.
" La même ha^cription ne le qualifie gouverneur que du Ponl, et l'on voit par plusieurs de ses lettres qu'il commandait dans cette province: mais la plupart pai-lent de la Hithynie rni, dus qu'il fut entré, il manda à Trajan qu'il était airivé dans son ^gouvernement. Ainsi il «gouvernait l'un et l'aiitre, et Ton remarque en effet que ces deux pays n'avaient <:ommunément (jue le même «gouverneur. La ville même (le Byzaiwe élail comprise thnis sa commission, quoiqu'il paraisse quelle reconnaissait ordinairement le gouverneur de Mésie, "
Nous remarquerons cKabord dans cette inscription que Pline y est qualifié d'administrateur du Pont, alors que le Ponl ne formait (pTune annexe de la Bithynie*, qui cons^ tituait la j)arlie principale, la plus inq)ortante <le la circonsrription formant la province administrative.
Puis l'allention ne i)eut manquer d'être attiœe sur la (|ualilé de propiéteur qui est donnée à Pline.
11 v avait, on le sait, deux sortes de provinces dans rciiipiic loiiuiin : celles qui relevaient du Prince et celles qui l'cicvuicnl du Sénat.
J.»' IV'ic qui était dési<ïi)é pour le gouvernement d'une prcniiKHî sénatoriale i)r('nait le titre de procotisul, portait le latichivc, uiurchait précédé de douze licteurs avec leurs haches sui- les faisceaux, et dès qu'il avait franchi le pomoe-
* Straboii, Géoijmphie, XU, 3.
rium, il avait le droit d'étaler toutes les marques de sa dignité.
Les gouverneurs des provinces impériales n'étaient point d'aussi grands personnages. Ils ne portaient que le titre de propréteurs, même s'ils avaient été consuls; cinq licteurs seulement marchaient devant eux; encore ne pouvaient-ils les avoir que dans leur départements
Le propréteur était nommé par le Prince et soumis directement à son autorité. Le proconsul était désigné par le sort entre les sénateurs qui remplissaient certaines conditions déterminées et formaient un groupe dans le Sénat*. Il n'avait de compte à rendre de son administration qu'à ses pairs, à sa sortie de charge, sur les plaintes qu'auraient formulées les habitants. Si l'intervention du Prince, pour ou contre lui, était parfois décisive dans le débat, ce n'était qu'en sa qualité de chef de l'ordre sénatorial.
Or, la Bithynie constituait une province sénatoriale', la dixième, et ses gouverneurs en conséquence prenaient le titre et les attributions de proco7isul. C'est ainsi que dans Tacite nous voyons Pétrone qualifié de proconsul de Bithynie; Pline lui-même donne ce titre à Varenus^; et l'on peut voir que les gouverneurs qui lui auraient succédé sont aussi des proconsuls. Ce ne fut que sous Adrien que la Bithynie passa sous l'administration du Prince par voie d'échange; en prenant la Bithynie il donna la Pamphylie au Sénat ^.
On est donc amené à supposer que ce fut par une mesure exceptionnelle que Pline aurait été envoyé en mission dans
* Victor Durny, Uiatoire des Romains, t. III, ch. 40.
* Pline, Lettres, II, 12. Ainsi Priscus, sur la motion d'Ac. Nen'a, fut exclu du partage des gouvernements. " In sortitione provinciae rationem ejus non habendam.'*
* Strabon, Géographie, XVII, 3 ; AsxaTïjv $à BiOuv^otv ne-rà tf,; OpoTcovriSo; xa\
* Tacite, Ann., XVI, 18. — Pline, Lettres, V, 20.
* Dion Cassius, Hist. rom,, LXIX, 14, cité page 122.
une province sénatoriale avec la qualité de propréteur. Mais alors, pourquoi cela? dans quel but?
Si la Bithynie, en effet, réclamait la présence d'un commissaire extraordinaire, — et, notons-le, ce n'est qu'une hypothèse gratuite pour essayer d'expliquer la mission de Pline, — qu'était-il besoin d'amoindrir le titre du délégué, d'empiéter sur les droits du Sénat? Pline y aurait-il consenti? Ecouté d'ailleurs et influent comme il Tétait dans la Curie et d'autre part ami de Trajan, rien n'eût été plus aisé qu'une entente entre le Prince et les Pères conscrits pour l'envoi de Pline en qualité de délégué sénatorial ou de proconsul.
On ne sauniit, on le voit, expliquer d'une façon pleinement satisfaisante comment la qualification de propréteur aurait pu être attachée à la personnalité de Pline à l'époque et dans les circonstances où il aurait reçu sa mission.
Il faut encore remarquer que dans cette énumération si détaillée des dignités de Pline, il n'est point fait mention de son plus important titre d'honneur, de celui dont se qualifiait avant tout un Romain, nous voulons dire le titre de consul. Or jamais, dans une inscription gravée sur le marbre en l'honneur de Pline par un Romain, fùt-il du iv« siècle, une pareille omission n'eût été commise.
Cette inscription ne saurait donc manquer de nous paraître dès l'abord quelque peu suspecte.
Les autres parties n'offrent pas moins de difficultés à résoudre. On y voit, en effet, énumérés de nombreux legs ou dons pour la construction de bains et de portiques, pour l'entretien d'établissements de bienfaisance, pour la fondation d'une bibliothèque. A quelle ville auraient été accordées de telles libéralités?
Au XV® siècle, toutes les municipalités d'Italie voulaient
avoir leur histoire et en tirer vanité *. Dans le désir d'illustrer leurs annales, les Milanais affirmaient que leur cité avait été Tobjet de la sympathique générosité de Pline; et ils appuyaient leurs prétentions sur les termes de cette inscription qui, trouvée sur leur* propre sol, ne saurait, disaient-ils, désigner aucune autre ville.
De là, gi'ande et ardente querelle soulevée par Côme. Ses habitants soutenaient que Pline fut trop bon patriote pour combler Milan de tant de faveurs aux dépens de son lieu de naissance, et que les dons mentionnés dans Tinscriplion devaient concerner Corne; ils prétendaient que le marbre avait été transporté de chez eux à Milan, soit à la suite d'une guerre où les Milanais vainqueurs mirent leur ville à contribution, soit que les Milanais Teussent acheté avec d'autres pierres et marbres qu'ils tiraient ordinairement de leur contrée.
Les Milanais répondaient que la pierre était d'une grandeui" ti'op considérable pour avoir été transportée de Come à Milan; que Tinscription ne pouvait concerner Côme, attendu que cette ville n'avait jamais été dans l'antiquité qu'une bouî'gade, tandis que Milan possédait, ainsi que le déclare Ausone^, un temple monumental, des thermes importants, uye grande bibliothèque.
Cette querelle a duré deux siècles; et, quoique à regret, les Milanais ont cependant fini par abandoimer la lutte et admettre que la pierre avait été apportée de Come^. Mais si leurs prétentions étaient injustifiables, les raisons qu'ils avaient opposées aux revendications de Come n'en conservent pas moins toute leur valeur.
* Tiraboschi, Storia délia litteratura italiana, t. VU, lib. L
* Ausoiip, Clarae urbes: Mediolanum.
* Tiraboschi, StoHadella litteratura italiana, t. VU, lib. I, c. 5 : Scoprimonto e Raccolte d'antichità. — Maurizio Monti, Storia di Como. Como, 1829, 1. 1, p.9C-l(Ki.
Avons-nous donc là une inscription vraiment antique el d'un«^ authenticité certaine? Nous ne le croyons pas. Elle semble n'avoir eu de raison d'être que de semr d'appui aux prétentions historiques de Milan.
Quand, en effet, on veut examiner la pierre, savoir d'où elle aurait élé tiiée, vérifier l'exactitude de la transcription, ((u'apprend-on?
(lelle |)ierre si précieuse pour la ville, qui était l'objet de contestations entre savants, dont on parlait sans cesse, qui était confiée à la },^ard(^ du dei-^^é de la cathédrale, a disparu! i^ fatalité s attacherait donc à tout ce qui touche les preuves de la niission de Pline en Hithvnie!
On est ainsi réduit à se contenter des témoignages des personnels ([ui déclarent avoir lu C(»tte inscription et en avoir pris copie. Vuyons-les.
Tristano (lalchi, dans son Histoire de Milan ^^ écrite vers Tan ITyOO, jirétendait (|u\»lle était ainsi conçue ^ :
L • riiNlVS • l • F • AVOVK O • V • h • C ACC II I • PR •
lE.iM • PROCONSVLAKI PROVINCIAE • PON
r ^TIMAFl • I.NU' • l AFSAR IN • FAM • PROVINCIA.M
N£:.\ A • CVnAlOK • AIVFI '■ F • THAIANO • A\ • CFR-
r : • } Il \ l F • A H-. A R I I \ Nt A F R i S • El • k I P A R V M
S V: • O-^f^'f'-^R • IMi' ', IM • PKAFF • AFR^RI! • V.ll
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Plus tard, vers l.VJ."), Andréa Alciati publia une nouvelle Histoire de Milatt^^ dans hupielle il réunit un certain nombre
* Uiitoriae patv'me lil»ii XX.
* hapiè» Moiiti, loc. cit., notf.
^ Hei'um patria*\ xeu Historiae Medinlanensis, libri IV.
d'inscriptions relatives à la ville, et parmi elles se trouvait celle de Pline. Il en donnait une copie qui se rapproche sensiblement de celle dont nous avons donné le texte plus haut. 11 n'y a donc pas heu de la reproduire ici.
On ne pouvait s'empêcher de remarquer des différences assez notables entre la transcription de Calchi et la sienne. La première n'offrait en bien des cas aucun sens; celle d'Alciati, au contraire, paraissait claire. Il se flattait, en effet, d'avoir par d'habiles conjectures réussi à la donner parfaite et achevée ^
Dans son Histoire de la liltéralure italienne, Tiraboschi avait d'abord écrit que la découverte de cotte inscription devait être attiibuée à Calchi. Mais il recoiuiut plus tard^, dans une des éditions suivantes, ({u'Ottavio Ijoari de Ferrare, dans un mémoire publié en 1773 à l'encontre de son opinion, avait établi que c'était Cyriaque d' Aucune qui le premier l'avait fait connaître. C'est aussi ce qu'établit Olivieri dans ses Commentaires sur les inscriptions lecueillies par Cyriaque 3.
Quoique en effet Alciati se soit vanté d'avoir le premier lu clairement l'inscription de l'église Saint-Ambroise, sa version se trouve presque conforme à celle de Cyriaque. Oi' Alciati n'ignorait pas et ne pouvait ignorer le texte de celui-ci, et il est par suite à présumer qu'il s'en est servi plus que de ses propres yeux et de son savoir pour donner sa copie.
Aussi M. Mommsen^ laisse de côté les témoignages de Calchi et d'Alciati et accorde toute préférence à Cyriaque.
D'autre part si, laissant de coté l'interprétation plus ou
* Tiraboschi, loc. cit,: " L' Alciati, corne egli stesso confessa, a forza di conghiotture la diedc intera e finita.*'
* Tiraboschi, loc. cit., note.
3 Annibale Olivieri dcgli Abbati, Comentariorum Cyriaci Anconitani nova fragmenta.
* Mominsen, loc. cit., p. 111 et 112.
PERSÉCUTION DES CURKXrENS SOUS NÉROX.
moins arbitraire du texte, on passe à une question plus simple, si Ton demande à ceux qui prétendent avoir vu la pierre qui contenait cette inscription, où elle se trouvait exactement, comment elle était, quelle était sa grandeur, quel était son état de conservation, on reçoit des réponses peu concordantes*.
Toutefois ces autours s'accordaient à dire que la table était brisée et on même temps ils doolaraiont ou laissaient du moins enliMidre que les morceaux qu'ils avaient eus en mains, conslituaiont la tablo complote, et (lu'ils avaient de la sorte pu rétablir Tinli^ralité du texte.
M. Momms(»n cependant suppose que doux autres morceaux avaient drt oxistoi* autrefois, et apportant à son tour des l'octilications et additions, croit pouvoir, avec sa i'ompétenco on pareille matière, rétablir ainsi Tinscription :
C- PLIMIVS • l • F AVCVR . LEGAT • PRO CONSVLARI » POTtSTA IMP • CAESAR » NERVA . T CVRATOR . ALV t I • TI
OVF • CAECILIVS PR • PROVINCIAF • PON r*. IN EAM- PROVINCIAME