PRÉFACE. VII
à éliminer des traditions anciennes une foule d'erreurs qui défiguraient Thistoire de l'humanité. Il reste cependant beaucoup à faire encore.
Dans nos Étud^'s sur la vie de Sènèque, nous avons eu à constater que parmi les auteurs grecs et latins dont les œuvres nous sont parwnues, la plupart de ceux qui ont parlé de Rome au temps des Césars, étaient loin de ne nous avoir transmis que des témoignages impartiaux et véridiques.
S'il fallait les croire sur parole, Rome srtors n'eût guère renfermé dans son sein que des tyrans insensés, un. Sénat avili, un peuple dégradé. Pour entrevoir une partie de la vérité, il faut peser attentivement et avec défiance leurs témoignages, les comparer entre eux, rejeter ce qu'ils contiennent d'évidemment faux ou absurde. On reconnaît alors que les princes payaient toujours de leur vie l'exercice despotique du pouvoir; que, constitutionnellement et de fait, le Sénat avait un rôle important, sinon le principal, dans l'empire; que l'opinion publique, inspirée surtout par les écoles philosophiques, constituait dans l'État une puissance avec laquelle il fallait compter; et que, soutenus par elle, des hommes éminents par leurs vertus et leur sagesse, tels que Sénèque, acquéraient une grande autorité dans la direction des afiaires publiques.
Si, en effet, la domination de Rome fut durant des siècles acceptée sans conteste de l'Océan à l'Euphrate par tant de nations diverses et 'd'une civilisation si avancée, c'est qu'elle donnait au monde une heureuse paix, pax Romana. Elle se flattait, nous dit Tite-Live,