‹ Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous NéronChapitre 22 sur 44 · AMPLIUS DEDIT IN ALIMENT • PUEROR • ET PUEL · texte numérisé non relu

AMPLIUS DEDIT IN ALIMENT • PUEROR • ET PUEL

LAR • PLEB • URB • HS

CGC • IN TUTELAM BYBLIOTHECAE HS C

Examinons-en les termes.

*' On voit, dit à ce sujet Tillemont^, par Tinscription qui est au commencement de ses œuvres, qu'il fut envoyé gôu-

^ De la tribu Oufentina,

* Hittoire des Empereurs, t. II : Trajan, art. 15.

verner le Pont en qualité non de proconsul comme Julius Bassins et d'autres, mais de lieutenant et de propréteur avec la puissance consulaire. C'est à dire qu'il n'eut pas ce gouvernement par le sort comme envoyé par le Sénat, mais qu'il fut choisi et commis par l'empereur, comme cela paraît en effet par plusieurs de ses lettres.

" La même inscription ne le qualifie gouverneur que du Pont, et Ton voit par plusieurs de ses lettres qu'il commandait dans cette province ; mais la plupart parlent de la Bithynie où, dès qu'il fut entré, il manda à Trajan qu'il était arrivé dans son gouvernement. Ainsi il gouvernait l'un et l'autre, et l'on remarque en effet que ces deux pays n'avaient communément que le même gouverneur. La ville même de Byzance était comprise dans sa commission, quoiqu'il paraisse quelle reconnaissa,it ordinairement le gouverneur de Mésie. "

Nous remarquerons d'abord dans cette inscription que Pline y est qualifié d'administrateur du Pont, alors que le Pont ne formait -qu'une annexe de la Bithynie*, qui constituait la partie principale, la plus importante de la circonscription formant la province administrative.

Puis l'attention ne peut manquer d'être attirée sur la qualité de propréteur qui est donnée à Pline.

Il y avait, on le sait, deux sortes de provinces dans Tempire romain : celles qui relevaient du Prince et celles qui relevaient du Sénat.

Le Père qui était désigné pour le gouvernement d'une province sénatoriale prenait le titre de proconsul, portait le laticlave, marchait précédé de douze licteurs avec leurs haches sur les faisceaux, et dès qu'il avait franchi le pomoe-

* Strabon, Géographie, XII, 3.

rium, il avait le droit d'étaler toutes les marques de sa dignité.

Les gouverneurs des provinces impériales n'étaient point d'aussi , grands personnages. Ils ne portaient que le titre de propréteurs, même s'ils avaient été consuls; cinq licteurs seulement marchaient devant eux; encore ne pouvaient-ils les avoir que dans leur département * .

Le propréteur était nommé par le Prince et soumis directement à son autorité. Le proconsul était désigné par le sort entre les sénateurs qui remplissaient certaines conditions déterminées et formaient un groupe dans le Sénat 2. Il n'avait de compte à rendre de son administration qu'à ses pairs, à sa sortie de charge, sur les plaintes qu'auraient formulées les habitants. Si l'intervention du Prince, pour ou contre lui, était parfois décisive dans le débat, ce n'était (Ju'en sa qualité de chef de l'ordre sénatorial.

Or, la Bithynie constituait une province sénatoriale^, la dixième, et ses gouverneurs en conséquence prenaient le titre et les attributions de proconsul. C'est ainsi que dans Tacite nous voyons Pétrone qualifié de proconsul de Bithynie ; Pline lui-même donne ce titre à Varenus ^ ; et l'on peut voir que les gouverneurs qui lui auraient succédé sont aussi des proconsuls. Ce ne fut que sous Adrien que la Bithynie passa sous l'administration du Prince par voie d'échange; en prenant la Bithynie il donna la Pamphylie au Sénat ^.

On est donc amené à supposer que ce fut par une mesure exceptionnelle que Pline aurait été envoyé en mission dans

* Victor Duruy, Histoire des Romains, t. HI, ch. 40.

* Pline, Lettres, H, 12. Ainsi Priscus, sur la motion d'Ac. Nerva, fut exclu du partage des gouvernements. " In sortitione provinciae rationem ejus non habendam."

• Strabon, Géographie, XVII, 3 : AsxàTy]v 6è BtÔuviav {/.exot tyi; TIpoTrovTfôoc xa\

TOO n6vT0V TtVÔV {JieptdV.

♦ Tacite, Ann., XVI, 18. — Pline, Lettres, V, 20.

^ Dion Cassius, Hist. rom., LXIX, 14, cité page 122.

une province sénatoriale avec la qualité de propréteur. Mais alors, pourquoi cela? dans quel but?

Si la Bithynie, en effet, réclamait la présence d'un commissaire extraordinaire, — et, notons-le, ce n'est qu'une hypothèse gratuite pour essayer d'expliquer la mission de Pline, — qu'était-il besoin d'amoindrir le titre du délégué, d'empiéter sur les droits du Sénat? Pline y aurait-il consenti? Écouté d'ailleurs et influent comme il l'était dans la Curie et d'autre part ami de Trajan, rien n'eût été plus aisé qu'une entente entre le Prince et les Pères conscrits pour l'envoi de Pline en qualité de délégué sénatorial ou de proconsul.

On ne saurait, on le voit, expliquer d'une façon pleinement satisfaisante comment la quaUfication de propréteur aurait pu être attachée à la personnalité de Pline à l'époque et dans les circonstances où il aurait reçu sa mission.

Il faut encore remarquer que dans cette énumération Si détaillée des dignités de Pline, il n'est point fait mention de son plus important titre d'honneur, de celui dont se qualifiait avant tout un Romain, nous voulons dire le titre de consul. Or jamais, dans une inscription gravée sur le marbre en l'honneur de Pline par un Romain, fût-il du iv« siècle, une pareille omission n'eût été commise.

Cette inscription ne saurait donc manquer de nous paraître dès l'abord quelque peu suspecte.

Les autres parties n'offrent pas moins de difficultés à résoudre. On y voit, en effet, énumérés de nombreux legs ou dons pour la construction de bains et de portiques, pour l'entretien d'établissements de bienfaisance, pour la fondation d'une bibliothèque. A quelle ville auraient été accordées de telles libéralités?

Au XV® siècle, toutes les municipalités d'Italie voulaient

avoir leur histoire et en tirer vanité ^ Dans le désir d'illustrer leurs annales, les Milanais affirmaient que leur cité avait été l'objet de la sympathique générosité de Pline; et ils appuyaient leurs prétentions sur les termes de cette inscription qui, trouvée sur leur propre sol, ne saurait, disaient-ils, désigner aucune autre ville.

De là, grande et ardente querelle soulevée par Corne. Ses habitants soutenaient que Pline fut trop bon patriote pour combler Milan de tant de faveurs aux dépens de son lieu de naissance, et que les dons mentionnés dans Tinscription devaient concerner Côme; ils prétendaient que le marbre avait été transporté de chez eux à Milan, soit à la suite d'une guerre où les Milanais vainqueurs mirent leur ville à contribution, soit que les Milanais l'eussent acheté avec d'autres pierres et marbres qu'ils tiraient ordinairement de leur contrée.

Les Milanais répondaient que la pierre était d'une grandeur trop considérable pour avoir été transportée de Côme à Milan; que l'inscription ne pouvait concerner Côme, attendu que cette ville n'avait jamais été dans l'antiquité qu'une bourgade, tandis que Milan possédait, ainsi que le déclare Ausone^, un temple monumental, des thermes importants, une grande bibliothèque.

Cette querelle a duré deux siècles ; et, quoique à regret, les Milanais ont cependant fini par abandonner la lutte et admettre que la pierre avait été apportée de Côme^. Mais si leurs prétentions étaient injustifiables, les raisons qu'ils avaient opposées aux revendications de Côme n'en conservent pas moins toute leur valeur. .

^ Tiraboschi, Storia délia litteratura italiana, t. VU, lib. L ' Ausone, Clarae urbes : Mediolanum.

' Tiraboschi, StoHa délia litteratura italiana, t. VU, lib. I, c. 5 : Scoprimento e Raccolte d'antichità. — Maurizio Monti, Storia di Como. Como, 1829, 1. 1, p. 96-103,

Avons -nous donc là une inscription vraiment antique et d'une authenticité certaine? Nous ne le croyons pas. Elle semble n'avoir eu de raison d'être que de servir d'appui aux prétentions historiques de Milan.

Quand, en effet, on veut examiner la pierre, savoir d'où elle aurait été tirée, vérifier l'exactitude de la transcription, qu'apprend-on?

. Cette pierre si précieuse pour la ville, qui était l'objet de contestations entre savants, dont on parlait sans cesse, qui était confiée à la garde du clergé de la cathédrale, a disparu! La fatalité s'attacherait donc à tout ce qui touche les preuves de la mission de Pline en Bithynie !

On est ainsi réduit à se. contenter des témoignages des personnes qui déclarent avoir lu cette inscription et en avoir pris copie. Voyons-les.

Tristano Calchi, dans son Histoire de Milan \ écrite vers l'an 1500, prétendait qu'elle était ainsi conçue ^ :

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POTESTATE • IMP • CAESAR || I N • EAM • PROVINCIAM NERVA • CVRATOR • ALVEI || E • TRAIANO • AVG • GER- TI • PRAEF • AERARIl ||mAERIS • ET • RIPARVM SAT • Q.VAESTÔR • IMP||enI • PRAEF*' AERARIl • MIL ADIECTIS • IN II SE • VIR • EQ.VITVM

LIVS • IN • TVTELAM • LIBER- || TIB • IVDICANS • THERA JORVM • SVORVM • HOM || ORNATVM • HS • CC * HS * CC EMENT • POSTEA • AD • EPV- || T • F • L •

LVM • S • DEDIT • ALIMENTA || HS • XVIII • LXVI • DCLXVI PVERI • N • TVTELAM II RE

BIBLIOTH IfPLEB • VRBAN • VOLVIT

Il PERTIN • ET • PVELIARVM Il PLEB • VRBAN • HS • CAES Il HS • C

Plus tard, vers 1525, Andréa Alciati publia une nouvelle Histoire de Milan^, dans laquelle il réunit un certain nombre

* Historiae patriae libri XX.

' D'après Monti, loc. cit., note.

5 Rerum patriae, seu Historiae Mediolanensis, libri IV.

d'inscriptions relatives à la ville, et parmi elles se trouvait celle de Pline. Il en donnait une copie qui se rapproche sensiblement de celle dont nous avons donné le texte plus haut. Il n'y a donc pas lieu de la reproduire ici.

On ne pouvait s'empêcher de remarquer des différences assez notables entre la transcription de Calchi et Ja sienne. La première n'offrait en bien de^ cas aucun sens ; celle d'AIciati, au contraire, paraissait claire. Il se flattait, en effet, d'avoir par d'habiles conjectures réussi à la donner parfaite et achevée*.

Dans son Histoire de la littérature italienne, Tiraboschi avait d'abord écrit que la découverte de cette inscription devait être attribuée à Calchi. Mais il reconnut plus tard*, dans une des éditions suivantes, qu'Ottavio Boari de Ferrare, dans un mémoire publié en 1773 à rencontre de son opinion, avait établi que c'était Gyriaque d'Ancône qui le premier l'avait fait connaître. C'est aussi ce qu'établit Olivieri dans ses Commentaires sur les inscriptions recueillies par Cyriaque^.

Quoique en effet Alciati se soit vanté d'avoir le premier lu clairement l'inscription de l'église Saint-Ambroise, sa version se trouve presque conforme à celle de Cyriaque. Or Alciati n'ignorait pas et ne pouvait ignorer le texte de celui-ci, et il est par suite à présumer qu'il s'en est servi plus que de ses propres yeux et de son savoir pour donner sa copie.

Aussi M. Mommsen^ laisse de côté les témoignages de Calchi et d'AIciati et accorde toute préférence à Cyriaque.

D'autre part si, laissant de côté l'interprétation plus ou

* Tiraboschi, loc. cit,: " L' Alciati, corne, ëgli stesso confessa, a forza di conghietture la diede intera e finita. "

* Tiraboschi, loc. cit,, note.

' Annibale Olivieri degli Abbati, Comentariorum Cyriaci Anconiiani nova fragmenta.

* Mommsen, loc. cit., p. 111 et 112.

moins arbitraire du texte, on passe à une question plus simple, si Ton demande à ceux qui prétendent avoir vu la pierre qui contenait cette inscription, où elle se trouvait exactement, comment elle était, quelle était sa grandeur, quel était son état de conservation, on reçoit des réponses peu concordantes*.

Toutefois ces auteurs s'accordaient à dire que la table était brisée et en même temps ils déclaraient ou laissaient du moins entendre que les morceaux qu'ils avaient eus en mains, constituaient la table complète, et qu'ils avaient de la sorte pu rétablir Fint^alité du texte.

M. Mommsen cependant suppose que deux autres morceaux avaient dû exister autrefois, et apportant à son tour des rectifications et additions, croît pouvoir, avec sa compétence en pareille matière, rétablir ainsi l'inscription :

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