‹ Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous NéronChapitre 25 sur 44 · LA RECHERCHE DES INCENDIAIRES · texte numérisé non relu

LA RECHERCHE DES INCENDIAIRES

Néron, nous l'avons vu, n'avait point eu à se justifier d'une accusation qui circulait dans le peuple contre lui ; il aurait pu, toutefois, vouloir prévenir tout soupçon et montrer que le gouvernement savait retrouver et punir d'une façon exemplaire les auteurs de Tincendie.

En ce cas, quels sont ceux qu'avec l'aide de ses partisans il offrira à la vindicte publique ?

Prendra-t-il parmi les grands personnages ceux qui le détestent et qu'il hait, ceux qui sont ou qui peuvent devenir des conspirateurs? Ne serait-ce pas l'occasion de les faire périr en les vouant à l'exécration du peuple? S'il le veut, lesdélateurs et les faux témoins ne manqueront pas. Qu'il évoque l'affaire à son tribunal ou à celui du Sénat, les accusés n'en sortiront pas acquittés et reconnus innocents.

S'il ne veut pas frapper les grands, parmi les petits, que de débiteurs se réjouissaient d'être libérés par la mort de

leurs créanciers et la destruction des titres qui constituaient leurs dettes! que de gens s'étaient enrichis par des vols opérés pendant la confusion causée par Tincendie ! Ceux qui en ont retiré profit ou satisfaction, ne peuvent-ils pas être recherchés et traduits devant le préteur? 7s fecit cui prodest. Cinquante malfaiteurs suffiraient à satisfaire la vindicte publique.

Ce ne seront cependant ni les ennemis du Prince ni les voleurs qui porteront la charge du crime. On veut que Néron ait choisi des Juifs dissidents, ceux de la secte qui sera ultérieurement appelée chrétienne. Pourquoi donc ceux-ci plutôt que d'autres? Que sont-ils?

C'étaient, lisons-nous dans les Annales, des gens infâmes et détestés de la population.

Si le peuple de Rome avait les Juifs ou une partie des Juifs en abomination, le choix de Néron ne pouvait être meilleur; il n'aura aucune peine à les faire passer pour coupables. Dans l'état d'agitation des esprits, un mot, un signe devait suffire pour qu'ils fussent massacrés ou tout au moins dénoncés aux licteurs pour être conduits au tribunal du préteur.

Avait-on au moyen âge besoin de beaucoup de preuves pour convaincre le peuple que les Juifs causaient les épidémies, empoisonnaient les fontaines et qu'il fallait leur courir sus? Ils étaient haïs, cela suffisait. En 1666, fut-il difficile de persuader aux Anglais que l'incendie de Londres était dû aux papistes? Quelque temps plus tard, en 4678, songea-t-on seulement à contrôler les dénonciations de Titus Oatès? Qui eût osé exprimer le doute que les catholiques voulussent de nouveau brûler la ville et avec elle les navires ancrés dans la Tamise? Qui eût osé défendre un papiste? Une vie sans tache n'était pas une preuve d'innocence; au contraire, aux

yeux du peuple, plus le papiste était consciencieux, plus sûrement il devait être conspirateur. Le gouvernement n'avait aucun effort à faire dans la recherche des coupables ou des complices; la haine publique en dénonçait plus que les prisons n'en pouvaient contenir ; aucun supplice ne paraissait assez cruel pour eux.

Cherchons donc d'abord à connaître quels pouvaient être les sentiments de la population romaine à Tégard des Juifs en général, comment ceux-ci se trouvaient dans la capitale, ce qu'ils y faisaient, ce qui aurait pu les empêcher de trouver dans la grande ville cette patrie commune, communis patria, où fusionnaient les étrangers*. Puis nous nous demanderons en quoi les Jesséens ou Nazaréens auraient pu se distinguer de leurs coreligionnaires.

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