‹ Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous NéronChapitre 24 sur 44 · GENERI HUM • SUPER · texte numérisé non relu

GENERI HUM • SUPER

STITION • INCULCAB

PURGATAM •

On en tirait la preuve de la réalité de deux faits affirmés par les traditions ecclésiastiques et aussi contraires l'un que

4 Gruter, p. 238, n» 9.

l'autre à la vraisemblance : savoir, en premier lieu, que déjà SOUS Néron le christianisme était répandu en Espagne, et en second lieu, qu'il y eut un édit pour la mise à mort des chrétiens dans toutes les provinces de Tempire.

A ce sujet Gibbon écrit * : " Cette inscription est évidemment fausse et reconnue pour telle. Elle est de l'invention de ce célèbre imposteur Cyriaque d'Ancône, qui voulut flatter les préjugés et V orgueil des Espagnols, "

Mais ce n'est pas seulement Gibbon qui pense ainsi de la confiance que mérite Cyriaque. L'historien espagnol Juan de Ferreras ne le juge pas autrement. Profondément religieux, il était de ceux qui estiment qu'on ne doit point tenter de mettre la fraude et le mensonge au service de la foi. Il écrit 2 :

"Il parait vraisemblable, suivant Morales, .Baronius et d'autres, qu'en l'an 65 Fédit de persécution de Néron fut apporté en Espagne, où il y eut beaucoup de martyrs. Ces auteurs fondent leur sentiment sur une inscription que portait une pierre ou colonne de marbre trouvée à Clunia, qui est à la Corogne-du-Comte, près d'Osma, ou à Maramessar, à ce que prétend Padilla. Le titre de l'inscription était : A Néron Claude Auguste, souverain pontife, pour avoir purgé la province de voleurs et de gens qui avaient introduit sur la terre la nouvelle superstition. Tel est le nom que les Gentils donnaient alors à la religion chrétienne.

" Quoique j'avance ceci sur l'autorité de Morales, je ne puis rri empêcher d'observer que Cyrille d'Ancône fut le premier qui publia cette inscription et que c'est de lui que

1 Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, chap. XVI : " ...Is a manifest and acknowledged forgery contrived by that noted impostor Cyriacus of Ancona. " '

' Juan de Ferreras, Histoire générale d'Espagne, 2« partie, sect. 1", traduct. de d'Hermilly, 1. 1, p. 192; Paris, 1751.

les autres l'ont tirée; mais, comme la foi de cet écrivain

EST suspecte au JUGEMENT DE TOUS LES SAVANTS, que d'ail-

leurs il n'y a ni vestige ni souvenir de cette inscription dans les lieux où l'on dit qu'elle s'est trouvée, et qu'on ne sait où la prendre à présent, chacun peut en porter le jugement qu'il voudra. "

Tiraboschi et. tous ceux qui se montrent indulgents pour . Cyriaque, rie peuvent qu'invoquer en sa faveur des circonstances atténuantes, et demander qu'on croie qu'il s'est trompé sans intention frauduleuse.

Mais parmi ses contemporains, Antonio Agostini, Filippo délia Torre, Poggio, Can.dido l)ecembrio et autres ne le jugeaient pas moins sévèrement que Gibbon. Philippe-Marie Visconti, séduit d'abord par ses récits, se montra très généreux à son égar(J ; mais', désabusé ensuite sur son compte, le reçut fort mal et le chassa quand il se présenta une seconde fois à la cour de Milan*.

Trouvons-nous dans Calchi et dans Alciati des cautions sérieuses de Cyriaque?

Nous ne parlons pas de Giovanni Marcanuova, qui a également reproduit l'inscription. Il né fut qu'un compilateur, ainsi que l'établit Tiraboschi*.

Monti^ déclare, en accord avec Tiraboschi, que Calchi lui paraît, précisément à cause des défauts de son texte, avoir été sincère, et qu'on doit lui accorder plus de confiance qu'à Alciati.

Nous avons peu de renseignements sur cet historien^; mais pour qui connaît les passions locales qui agitaient de son temps toutes les villes d'Italie, leurs rivalités, l'orgueil

^ * Tiraboschi, Storia délia litteratura italiana. ' Loc. cit., t. VI, lib. I, c. 5, § 15.

8 Monti, loc. c, note : " É manifesto che più al Calchi che aU' Alciati si dee fede." ♦ Tiraboschi, loc. cit., t. VI, part. Il, lib. Ill, c. 1, § 55.

municipal qui animait les Milanais, la renommée qu'acquéraient dans la grande cité lombarde ceux qui flattaient sa vanité, le titre seul de l'ouvrage de Calchi, Historia patriae^ nous montre que le zèle patrfotique n'a pu lui laisser toute la clairvoyance et la sincérité désirables * .

Les mêmes sentiments animaient également Alciati; lui aussi voulut faire une glorification de Milan dans son Historia patriae. D'autre part, si l'on ne saurait refuser de reconnaître son savoir, sa connaissance du droit, on ne peut manquer de convenir qu'il ne fut pas un homme d'un caractère estimable. " On attribue sa mort, dit Ginguené?, à des excès de table auxquels on avoue qu'il était sujet, comme aussi à l'amour de l'or 5, à l'inconstance et à l'orgueil, vices qui ne sont pas tous également honteux, mais dont la réunion est déplorable chez une aussi grande célébrité. "

Aucun de ces historiens ne nous offre, on le voit, des garanties suffisantes pour être cru sur parole.

Les recueils de Cyriaque, les histoires Milanaises de Calchi et d' Alciati, restèrent en manuscrit jusqu'au milieu du XVII® siècle. Ce ne fureht donc pas eux qui firent d'abord connaître au public européen le texte de l'inscription relative à Pline.

Selon M. Mommsen, elle aurait été imprimée pour la première fois dans l'édition des lettres de Pline que donna Cataneo en 4505 à Milan. En ce cas, Alciati, n'ayant alors que treize ans, n'a pu y être pour rien, et Cataneo aurait

* C'est ainsi que Tiraboschi ne reconnaît que contraint par Tévidence le mal fondé des prétentions de Milan, et dit (t. II, part. II, lib. III, c. 4) : " lo ancora in altro tempo ho pensato çosi {07\ de Patria Historiae, p. 17), ma a dir vero, quantunque io desideri sinceramente di sostenere le glorie di una città, etc."

' P. L. Ginguené, Histoire littéraire d'Italie, t. III, ch. 21, p. 409.

' Ce qu'il trouvait le plus à louer chez son maître Jason Maino, de Pavie, c'était d'avoir fait monter le prix des consultations d'avocat de 4 ducats à 100 ducats.

tout simplement reproduit la version de Cyriaque. Si M. Mommsen a eu sous les yeux une édition originale où se lisait cette inscription, nous n'avQiis qu'à nous incliner. Mais dans le cas contraire, nous croirons qu'il fait erreur, parce que Cataneo n'en parle pas dans sa préface. Nous douterons même qu'elle ait été imprimée dans l'édition de 4548 de Rome, parce qu'il n'en est pas non plus parlé dans la dédicace à Sadoleto, où Cataneo nomme les collaborateurs qui l'ont aidé dans son travail et qui furent Thomas Phoedro, Baptista Pio et Andfea Alciati*. Il n'aurait certainement point passé sous silence la découverte de* cette inscription, si importante pour la cause qu'il soutenait.

Il est probable qu'Alciati n'eut à s'en occuper que plus tard, lorsqu'il écrivit son histoire de Milan, dans le séjour qu'il fit dans cette ville de 4524 à 4528. Or, si le texte de Cyriaque avait été publié, Alciati n'aurait pu se vanter aux yeux des Milanais d'avoir, par ses habiles conjectures, déchiffré l'inscription qui établissait une page illustre dans l'histoire de leur ville. ,

Une autre raison milite en faveur de notre sentiment : c'est que, selon Ottavio Boari, à l'opinion duquel se range Tiraboschi^, la première impression de cette inscription eut lieu dans une édition du De interpretandis notis Romanorum de M. Valerius Probus, faite à Venise en 4525.

* Voir p. 112, note. — Alciati était alors à Rome, appelé par Sadoleto, qui avait été avec lui élève de Jason Maino. Il allait obtenir, en 1518, une place de professeur de droit à Avignon.

' Tiraboschi, Storia délia litteratura italiana, t. H, part. II, lib. III, c. 1, § 9: Questa mia brève dissertazione ha data occasione aL sig. co. Ottavio Boari Ferrarese, morto non ha molto in età g^iovanile, di publicare nel 1773 una assai più diffusa, in cui con molto ardore combatte la mia opinione. E in alcune cose egli ha rischiarato questo punto di storia più ch'io non avessi fatto. Egli ha avvertito che non fu il primo TApiani a publicare questa iscrizion'e ; ma che prima di lui era essa stata data alla luce in un' edizione délie Note di M. Valerio Probo, fatta in Venezia nel 1525.'*

Il y a donc lieu de croire que cette inscription fut placée en tête des volumes des Lettres de Pline^ non pas dans l'édition de Cataneo, mais dans celles qui furent ensuite publiées dans d'autres villes, d'après là sienne et celle de Aide.

Il faut d'ailleurs le remarquer, ni Cataneo ni Aide ne songèrent à en arguer pour démontrer que Pline avait été réellement propréteur de Bithynie et avait pu écrire, sur les côtes d'Asie, des lettres à Trajan.

Cette inscription paraît n'avoir eu d'abord qu'un intérêt local.

Quand en effet les habitants de Côme demandaient à ceux de Milan à quel titre Pline aurait fait montre d'une si somptueuse générosité à l'égard de leur ville, ceux-ci, nous apprend Tiraboschi*, répondaient avec Calchi et Sassi^ que c'était en sa qualité de proconsul et légat de Trajan dans la capitale de la Lombardie que Pline lui avait accordé ses libéralités. N'est-il pas permis de présumer qu'ils en appelaient au témoignage de l'inscription gravée sur le marbre qui était conservé à Saint-Ambroise?

Le cardinal Frédéric Borromée fit en Tan 1612 d'activés mais vaines recherches pour petrouver cette célèbre table de marbre, dont l'existence problématique occupait tant les savants. Au temps de Tiraboschi, elle était déjà considérée comme définitivement perdue. Monti, en 1829, faisait la même déclaration.

Vers 1858 réapparut cependant dans l'église Saint-Ambroise à Milan une inscription en l'honneur de Pline.

* Tiraboschi, îoc. cit., t. II, lib. III, c. 1, § 9: "E in primo luogo, ciô que il Sassi, citando ancora l'autorità del Calchi, asserisce, cioè que Plinio fu proconsole in Milano, non so con quai monu menti possa provarsi. "

* Giuseppe-Antonio Sassi, De Studiiç Ut^rariis Mediolanensium antiquis et novis. Milan, 1729,

LA CORRESPONDANCE DE PLINE ET DE TRAJAN. li

Nous en mettons la reproduction photographique sous l yeux dii lecteur,

rSOTOQRAFBIË F:

Est-on fondé à voir dans cette table un des fragments de celle que Cyriaque, Galchi et Alciati prétendaient avoir eue sous les yeux? Les savants déclarent que les caractères sont antiques. Mais si la disposition des mots sur les lignes était aussi claire, comment Galchi se serait-il trompé de la sorte en plaçant augur sur la première, consulari sur la seconde, etc.? Devant des lettres si nettement formées, comment aurait-il pu se produire des divergences dans leur relèvement? Cornment expliquer enfin qu'on ait retrouvé ce fragment et pas les autres? Et remarquons encore ici la fatalité qui s'attache à tout ce qui se rapporte au séjour de Pline en Bithynie : la partie de l'inscription où était mentionnée, dit-on, sa qualité de propréteur du Pont est précisément au nombre de celles qui manquent.

On connaît trois autres inscriptions relatives à Pline.

L'une, découverte par Alciati, à Fecchio, petit village près de Côme : Fegii, dit-il, qiiae Cantuariensis pagi villa est, in semiruta luliani aede nuper reperta^. Cette pierre fut plus tard apportée à Milan; elle fit partie de la collection d'Aixhinti et se trouve actuellement dans là galerie Brera.

En restituant les lettres disparues, M. Mommsen y lit :

oVF • CAECf/*o SECVNDO «OS AVGVR . CVR • ALV • TIB et ripa^lT CLOAC • VRB raef • a ER SAT PRAEF AER • MIL pr. tr, pi, IMP SEVIR • ECL- R -TR -Mil LEG- m -GALL- X- VIRO STLIVDFLDIVIT-AVG VERCELLENS

^ Momiiisen, loc. cit., p. 109.

EiT voici la reproduction photographique :

Cette inscription est formée, on le voit, de deux parties. Ont -elles bien appartenu originairement à la même table? Monti * croit devoir n'attribuer à Pline que le premier fragment. Mais nous n'avons pas à nous occuper ici de cette question, ni de celle de savoir si les Vercelliens qui figurent sur ce marbre doivent être considérés comme les habitants de l'antique Vercellae, aujourd'hui Vercelli, dans la province de Novare, ou ceux d'un village près de Côme, ainsi que le prétendent les patriotes de cette ville. Ce qu'il nous importe de constater et qui est hors de toute discussion, c'est que là encore nous trouvons en première ligne le titre de consul dans rénumération des dignités, et il n'y est point question de Bithynie, ni de Pont, ni de proconsulat quelconque.

Sur une des dalles de la vieille église de Sainte-Marie à Côme, se trouvait, au dire de Benedito Giovio, l'inscription suivante :

INIO

CAECI

IDO

Elle concernait sans doute Pline; mais ce fragment incomplet ne nous apprend rien sur son compte. ^

Une autre inscription a été découverte par le même Benedito Giovio, savant patriote de Côme, qui a rédigé en 1496 une collection des inscriptions de sa ville :

Gomi latitabat, dit-il, in ignobili domo, gradus inibi vicem praebens ; nuncin templi maximi exteriore structura posita est. C'est probablement par ses conseils que cette pierre a été scellée à l'endroit désigné par lui. Elle se voit encore au coin de la cathédrale. En voici le texte d'après la

* Storia di Como.

copie et le rétablissement par M. Mommsen des lettres qui manquent :

c • plInio . l • F •

OVF CAECILIO SECVNDO COS AVGCVR ALVEITIBER ET RIPar et cloackr VRB

A Caïus Plinius Lucii filius Oufentinus Caecilius Secundus, consul, augur, curator alvei Tiberis et riparum et cloacarum urbis.

Dans cette inscription, qui a tous les caractères d'une authenticité certaine, on voit figurer parmi les titres de Pline, en première ligne, la dignité consulaire, et il n'y est nullement question de gouvernement de province d'Asie ni de proconsulat.

Quand donc on examine les inscriptions qui ont été anciennement gravées sur la pierre en l'honneur de Pline dans sa contrée natale, dans la haute Italie, et qui nous ont été conservées, on ne rencontrlB rien qui puisse faire présumer que ses concitoyens, qui étaient si fiers de lui, aient eu connaissance de cette mission en Bithynie. Tout concourt ainsi à nous faire douter qu'elle ait jamais eu lieu, et que Pline puisse être l'auteur de la correspondance avec Trajan qui lui est attribuée.

Le lecteur, nous nous plaisons à le penser, conclura du moins avec nous que la lettre à Trajan n'est pas authentique et que Pline, pas plus que Tacite, ne s'est occupé des christiani et n'a parlé d'eux.

Page 1