‹ Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous NéronChapitre 34 sur 44 · RÉSUMÉ DE NOTRE ÉTUDE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE NOTRE ÉTUDE

Rappelons en quelques mots les résultats auxquels nous a conduits l'étude que nous venons de faire du récit de la persécution des chrétiens qu'on trouve dans les Annales.

Rien n'est moins probable que l'accusation d'avoir mis le feu à Rome ait été portée par le peuple contre Néron; celui-ci conserva toute sa popularité après le sinistre. Par conséquent, la persécution n'a pu avoir été provoquée par la cause que l'auteur nous indique.

Les Juifs qui habitaient Rome y venaient librement exercer le métier de devins, et loin de se plaindre de l'accueil qu'ils recevaient, ils tenaient à demeurer dans la capitale. Ils n'étaient donc pas détestés de la population. Il n'y eut en conséquence aucun motif de leur imputer, plutôt qu'à d'autres étrangers, le crime d'avoir incendié la ville.

Le supplice du feu n'était pas alors en usage à Rome. Des principes de mesure et de clémence servaient de règle aux hommes d'État au sujet du châtiment des coupables; ils repoussaient la cruauté dans l'application des peines. En tout cas, la combustion lumineuse de corps humains n'a pas été possible. Une telle barbarie eût été contraire aux idées qui régnaieiït généralement alors dans les esprits, et loin d'être vue avec plaisir elle aurait soulevé l'indignation.

Enfin les victimes n'auraient pu être livrées aux flammes dans les jardins de Néron, puisque ces jardins, dit l'auteur, servaient d'asile à la population.

Ce chapitre du XV® livre des Annales renferme donc dans ses énonciations presque autant de difficultés inexplicables que de mots. On est par suite amené à considérer ce récit comme une fable et à conclure qu'il y a tout lieu de l'attribuer à une main autre que celle de l'historien romain.

La qualification de christiani, en effet, ne servait pas ^ encore à spécifier les disciples de Jésus, et Tacite n'aurait pu l'employer dans cette acception. De plus, déclarer que leur nombre était immense constitue une erreur évidemment volontaire.

Or l'introduction dans les œuvres de Tacite d'un récit de |

telle nature ne peut être que le fait d'un chrétien. Nous trouvons la confirmation de cette présomption dans la remarque que Christ est pris ici comme un nom propre, comme le synonyme de Jésus, et qu'il est parlé de Pilate comme 3'un personnage fort connu du lecteur; un tel langage ne peut être en effet que celui d'un chrétien s'adressant à des chrétiens.

Enfin, l'exposé de la procédure et la description des supplices nous montrent un homme imbu des légendes de martyrs.

Ce chapitre doit être en conséquence supprimé du XV^ livre des Annales.

Cette suppression justifiera encore notre conclusion en faisant voir que l'interpolation nuisait à la narration et à Tenchaînement des faits.

Les chapitres 38, 39, 40 décrivent la marche de l'incendie ; le 40c et le 44 ^ font Ténumération des pertes; le 42« et le 43© nous entretiennent de la réédification de Rome ; la première partie du 44© (dont nous enlevons la seconde) décrit les cérémonies expiatoires ; le 45« nous fait connaître les contributions volontaires ou imposées que supportent les provinces pour subvenir aux dépenses de la métropole.

La deuxième partie du 44^ chapitre ne se rattache à rien de ce qui précède, à rien de ce qui suit. On ne trouve aucun événement ultérieur qui en découle ou qui s'y rapporte; dans toute la suite des Annales on ne rencontre même pas une allusion à un drame aussi épouvantable.

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