‹ Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous NéronChapitre 36 sur 44 · RÉCITS DES AUTEURS CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

RÉCITS DES AUTEURS CHRÉTIENS

Mais ce ne sont pas seulement les auteurs profanes qui ont ignoré cette épouvantable persécution des chrétiens. Aucun des historiens ecclésiastiques qui ont écrit avant la fin du iv« siècle n'en a parlé.

Il est une épttre attribuée à un certain Clément Romain et adressée aux Corinthiens, dans laquelle on lit* :

"Ayons devant. les yeux les saints apôtres. L'enthousiasme fit accomplir à Pierre de nombreuses et grandes œuvres, et c'est pourquoi, ayant subi le martyre, il est monté au lieu réservé à la gloire. Par l'enthousiasme, Paul put être chargé sept fois de fers, battu de verges, lapidé, et remporter le prix

de la constance Ces hommes ayant ainsi montré ce que

devait être une vie sainte, il y eut un grand nombre d'élus qui, par enthousiasme, souffrirent la mort et les tortures, nous laissant leur exemple à imiter. Par l'enthousiasme aussi, des femmes (Danaïdes et Dircé) subirent d'affreux et impies traitements sans laisser faiblir leur constance dans la foi, et de faibles créatures méritèrent ainsi le noble prix du courage."

Est-il possible de voir dans cette épître un document historique au sujet de la persécution de Néron? Nous ne le croyons pas.

Quel est, en effet, ce Clément Romain? Les écrivains chrétiens qui en parlent le font tantôt Juif, tantôt Italien, et ne peuvent s'accorder sur son compte. Quant à ses aventures en Egypte, en Palestine, en Asie-Mineure, ses disputes avec Appion, son intimité avec l'apôtre Pierre, tout cela tient de la fable. La venue à Rome de Pierre accompagné de Clément qui lui sert de secrétaire et l'élévation de celui-ci à l'épiscopat en remplacement de son patron sont choses tout au moins contestables.

Admettons toutefois un instant qu'il en ait été ainsi. Que n'a-t-on pas fait écrire à ce Clément ? On lui a attribué des

* Clément Romain, Épître aux Corinthiens, V et VI : Toutoi; xoîç àvfipadiv Ôeifa); 7roXi'rev(Ta{j.évoi; (T\jrffipoi<T^ noXù itXtjOoc sxXexT&v, otTivec TcoXXatc alxfatc xoct paffàvoi; ôià ÇrjXov ira66vxeç, CiTc6Ô6iY|i.a xaXXiOTov eyévovuo ev yjfiîv. Aiot ÇtjXov SmoyOet^at Yuvaîxftc [Aava^dec xa\ Aipxv]] oLf*l<y[LaxoL Setvà xai àv6(rta icaBoOcrat, kià t6v TTj; mtmtùç ^éSaiov ôpé|xov xaTT^vT/)(jav xa\ *iXa6ov yépa; yewaîov at à(r9«v6îç tw

volumes d'actes, d'épîtres, d'homélies que les théologiens eux-mêmes ont dû reconnaître comme des écrits dépourvus d'authenticité ou remplis d'interpolations. Cette épître aux Corinthiens fait-elle exception? La discussion de ce texte nous entraînerait hors de notre sujet. Il nous suffira de dire que Laurent Mosheim et avec lui d'autres savants ne peuvent se refuser à convenir qu'elle est en maintes parties interpolée, et toute œuvre interpolée dans quelques-unes de ses parties est légitimement suspecte dans les autres.

Cette lettre d'ailleurs aurait, paraît-il, été adressée à l'Église de Corinthe à l'occasion de dissidences graves et même d'un schisme accompagné de violences survenus parmi les chrétiens de cette cité. Or, comment admettre que l'Église de Rome eût dès lors une supériorité, un droit de remontrance sur celle de Corinthe*? Il y est encore question de canons, de liturgie et d'autres détails attestant l'existence d'un culte organisé, ce qui n'a pu être à l'époque supposée de la rédaction de cette lettre *.

D'autre part, en parlant du courage montré par des chrétiens dans les épreuves, le texte ne contient que des banalités, et l'on conviendra qu'il n'indique point d'une façon plausible qu'il s'agisse de faits arrivés sous Néron. Aussi, beaucoup d'écrivains ecclésiastiques croient qu'il est plus vraisemblablement fait ici allusion aux martyrs qui auraient, dit -on, péri sous Domitien.

Cependant, l'éminent auteur des Origines du christianisme^ écrit à propos de la persécution de Néron ce qui suit

* Selon les Clémentines (Hom.y XI, 36), Pierre, en quittant la Palestine, aurait reconnu que l'autorité centrale restait fixée à Jérusalem et que le chef de l'Église était Jacques, le frère de Jésus.

2 On en trouve encore la confirmation dans l'emploi de {j.ocp'ojpYÎa'a; au sens de ayant subi le martyre appliqué à Pierre et à Paul. Nous verrons que ce mot n'a eu cette acception que plus tard.

* E. Renan, 4» conférence à Londres.

qull emprunte, déclare-t-il, à Clément Romain, Épître aux Corinthiens, chapitre VI, savamment interprété par Hefele :

"Des femmes, des vierges furent mêlées à ces jeux horribles. On se fit une fête des indignités sans nombre qu'elles souffrirent. L'usage s'était établi sous Néron de faire jouer aux condamnés, dans l'amphithéâtre, des rôles mythologiques entraînant la mort de l'acteur. Ces hideux opéras, où la science des machines atteignait à des effets prodigieux, étaient fort courus. Le malheureux était introduit dans l'ai'ène richement costumé en dieu ou en héros voué à la mort, puis représentait par son supplice quelque scène tra- . gique des fables consacrées par les sculpteurs et les poètes. Tantôt c'était Hercule furieux brûlé sur le mont Œta, arrachant de dessus sa peau la tunique de poix embrasée ; tantôt Orphée mis en pièces par un ours, Dédale précipité du ciel et dévoré par des bêtes, Pasiphaé subissant les étreintes du taureau, Athys meurtri. Quelquefois, c'étaient id'horribles mascarades où les hommes étaient accoutrés en prêtres de Saturne, le manteau rouge sur le dos, des femmes en prêtresses de Cérès, portant les bandelettes au front; d'autres fois enfin, des pièces dramatiques au courant desquelles le héros était réellement mis à mort comme Lauréolus, ou bien des représentations d'actes tragiques comme celui de Mucius Scévola. A la fin de ces hideux spectacles. Mercure, avec une verge de fer rougie au feu, touchait chaque cadavre pour voir s'il remuait; des valets marqués, représentant Pluton ou VOrcu&, traînaient les morts par les pieds, assommant avec des maillets tout ce qui palpitait encore.

" Les dames chrétiennes les plus respectables durent se prêter à ces monstruosités. Les unes jouèrent le rôle des Danaïdes, les autres celui de Dircé.

"Il est difficile de dire en quoi la fable des Danaïdes pouvait

fournir un tableau sanglant. Le supplice que toute la tradition mythologique attribue à ces femmes coupables et dans lequel on les représentait, n'était pas assez cruel pour servir aux plaisirs de Néron et des habitués de son amphithéâtre. Peut-être défilèrent-elles portant des urnes et reçurent-elles le coup fatal d'un acteur figurant Lyncée. Peut-être ces malheureuses traversèrent -elles successivement devant les spectateurs la série des supplices du Tartare et moururentelles après des heures de tourments...

" Quant aux supplices des Dircés, il n'y a pas de doute...

•Attachées nues par les cheveux aux cornes d'un taureau furieux, les malheureuses assouvissaient les regards d'un peuple féroce. Quelques-unes des chrétiennes immolées de la sorte étaient faibles de corps ; leur courage lut surhumain ; mais la foule infâme n'eut d'yeux que pour leurs entrailles ouvertes et leurs seins déchirés. ''

Est-il permis de tirer légitimement des conclusions semblables à celles de M. Hefele?

Ces deux noms de la Fable Danaïdes et Dircé, mis entre parenthèses, sans aucune explication, sans aucun lien avec le texte, ont fortement embarrassé les commentateurs. Devait-on y voir des noms de chrétiennes? Étaient-ils mis là pour montrer, comme il arrivait souvent aux panégyristes,

' que les chrétiens pouvaient opposer leurs héroïnes à celles de la mythologie grecque? Chacune de ces conjectures et

d'autres encore ont eu leurs partisans. Mais les meilleurs esprits pensaient que les mots Danaïdes et Dircé constituaient une addition au texte primitif ^

Il semble que les esprits les plus éminents, en s'absorbant dans l'étude des martyrologes, perdent à ce contact une

* Patrologia Graeca, édit. Migne. Saint Clément, t. I, p. 219, notes.

partie de leurs brillantes (qualités. Laissons aux théologiens allemands leur façon d'étudier l'histoire; conservons, nous autres Français, dans nos recherches notre lucidité d'esprit et notre bon sens; gardons-nous d'imaginer de nouvelles légendes néroniennes; il y en a déjà trop.

On nouir dira, sans doute : Ce ne sont pas seulement dans ies martyrologes que se puisent de tels renseignements ; ouvrez Suétone, il dit de Néron * :

" Il donna une naumachie où des monstres marins nageaient daris Veau de mer; il fit danser la pyrrhique à des jeunes gens auxquels il donna ensuite des diplômes de citoyen romain; parmi les sujets de ces pyrrhiques, le taureau saillit Pasiphaé qui était, ainsi que le crurent beaucoup de spectateurs, renfermée dans une vache de bois ; dès son premier effort, Icare tomba à côté de la loge de Néron et le couvrit de sang. '^

Mais si nous nous refusons à admettre que tout ce qui se lit dans la Bible soit vrai par la seule raison que cela y est écrit, nous n'admettons pas non plus que tout ce qui se trouve dans la Vie des Césars soit vérité historique par cela seul que l'ouvrage est de Suétone. Sous prétexte que

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable,

on n'a pas droit de nous demander de croire toutes les fantaisies qu'il plaira aux écrivains de nous débiter. Ce serait exiger l'abandon de la raison humaine au profit des mystificateurs; et Suétone a, en bien des cas, compté sur la naïveté des lecteurs. Quand de nos jours, avec nos chemins de fer et nos

* " ËiLhibuit et naumachiam marina aqua innantibus belluis, item pyrrhicas quasdam e numéro epheborum; quibus post editam operam diplomata civitatis romanae singulis obtulit. Inter pyrrhicarum argumenta, taurus Pasiphaen ligneo juvencae simulacro abditum iniit, ut muiti spectantium crediderunt. Icarus primo statim conatu juxta cubiculum ejus decidit, ipsumque cruore respersit. "

bateaux à vapeur, nous ne pouvons hors des bords de l'Océan alimenter d'eau de mer le moindre aquarium et y entretenir quelques poissons, est-il admissible qu'on ait vu à Rome des baleines nageant dans l'étang d'Agrippa?

La pyrrhique fut-elle une danse obscène, comme il paraît ici, et non pas, comme nous l'affirment Lucien* et Athénée *, une danse guerrière? Est -il possible de se faire une idée claire de ce qui nous est dit de la scène de Pasiphaé? S'il y avait d'ailleurs à Rome des spectacles où les danses et les comédies immorales étaient en honneur, les magistrats réprimaient cependant les trop grandes licences, châtiaient de verges ou expulsaient les acteurs coupables^.

On peut voir dans là mort d'Icare un accident arrivé à quelque acrobate; mais Suétone, il faut le remarquer, se garde de prétendre qu'on faisait tuer les personnages qui avaient figuré sur. la scène.

Lés gladiateurs eux-mêmes ne périssaient pas tous en combattant dans l'arène. Beaucoup d'entre eux, après avoir acquis de la gloire et de la fortune, passaient leur vieillesse dans la retraite*. Mais les chanteurs, les comédiens, les tragédiens n'avaient pas à redouter la mort dans l'exercice de leur rôle. L'acteur qui représentait Hercule sur TŒta, fou de douleur dans la robe empreinte du sang de Nessus, reparaissait le lendemain dans le même drame, aux applaudissements de la foule ; et en rebrûlant ainsi nombre de fois, il trouvait dans son métier renom et profit^.

^ Lucien, De la Danse.

« Athénée, XVI.

' Tacite, Annales, IV, 44; XIII, 25. — Suétone, Auguste, 45; Néron, 46; Dotnitien, 7. — Pline, Panég,, 4, 46.

♦ Juvénal, Sat. VI, 403-443. — Horace, / Épîtres, I, 4 :

... Vejanus, ai*mis Herculis ad postem fixis, latet abditus agro. .

* Tacite, Orateurs, 29.

Des représentations théâtrales dans lesquelles les acteurs seraient réellement décapités, ne se verraient probablement pas à la cour du roi de Dahomey. Or, sommes -nous chez de sauvages et misérables peuplades d'Afrique, ou dans la Grande Ville, à cette brillante époque de civilisation où le monde gréco- romain s'acheminait dans une heureuse paix du siècle d'Auguste à celui des Antonins? Souvenons-nous qu'alors les hommes célèbres et honorés entre tous étaient Perse, Lucain, Sénèque, Silius Italiens, Pline, Thraséas, Helvidius, Musonius Rufus, etc. N'oublions pas qu'une ardente et généreuse jeunesse remplissait alors les écoles philosophiques et acclamait les maîtres qui leur parlaient de courage, de vertu et de fraternité humaine, caritas humani generis. De tels spectateurs constituaient la classe influente, et ils étaient nombreux sur les bancs des théâtres subventionnés par les édiles. On y voyait même les Vestales*, dont on n'aurait point osé offfenaer grossièrement la pudeur.

Parmi les pièces de ce temps qui nous sont parvenues, nous n'avons point de tragédies romaines ou prétextes, Médée, Thyeste, les Phéniciennes, Œdipe, Hippolyte, les . Troyennes, Hercule sur l'Œta, sont des imitations grecques. Mais, chose remarquable, le public éclairé de Rome ne pouvait se résoudre à croire que les crimes qui faisaient le sujet de ces drames, aient jamais été réellement perpétrés*. Ce

JuYënal, Sat VI, ^6 :

Laevibus athletis ac vasa novissima donat.

Sat. VI, 379, 395 :

Si gaudet cantu, nullius fibula durât

Vocem vendentis praetoribus...

Haec de comoedis te consulit ; illa tragoedum

Commendare volet...

* Tacite, Ann,, IV, 16.

« Juvénal, Sat. VI, 643 :

Credamus tragicis, quidquid de Colchide torva

Dicitur et Procne. Nil contra conor...

qu'a paraissait trouver plaisir à entendre, c'étaient les questions philosophiques qui étaient traitées sur la scène. Presque tous les personnages étaient, en effet, comme le remarque justement Nisard, des stoïciens ou àj^eu près, armés de sentences et conversant ou discutant par aphorismes.

Il est un autre écrit qui, pendant les premiers siècles du christianisme, fut attribué à ce même Clément Romain, et auquel plus tard on a jugé' à propos de donner Luc pour auteur : ce sont les Actes des Apôtres, Or, on n'y trouve rien de semblable à ce qui est dit dans cette épître aux Corinthiens.

Le livre se termine ainsi * :

" Paul demeura à Rome deux ans entiers dans son logement privé, ou il recevait tous ceux qui le venaient voir, prêchant le royaume de Dieu, enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus- Christ, avec toute liberté et sans aucune entrave, "

A ce sujet, M. Renan écrit* : "L'auteur coupe brusquement son récit au moment de l'arrivée de Paul à Rome, peut-être pour éviter d'avoir à raconter les cruautés de Néron envers les chrétiens, "

C'est là une hypothèse gratuite. Nous verrons, en effet, dans la suite que tout au contraire les chrétiens eurent intérêt à se flatter d'avoir été les persécutés de Néron.

Aussi M. Havet dit-il^, avec le grand sens qui caractérise ses ouvrages : "Comment l'écrivain a-t-il pu finir ainsi? Le plus probable est que le récit continuait, qu'on y lisait comment Paul avait été relâché, et que peut-être l'écrivain

i Actes des Apôtres, XVIII, 30, 31.

* Renan, Apôtres, Introduction, p. xxiii.

' È, Havet, Le Christianisme et ses origines, t. IV, p, 218,

le suivait après cela jusqu'à sa mort, une mort naturelle concevable après tant de fatigues et d'épreuves; mais que plus tard, quand la légende du martyre de saint Paul s'est établie,, on a supprimé cette fin qui contredisait la tradition. " Quelles que soient les conjectures qu'on puisse faire, on ne saurait se refuser à convenir que les Actes des Apôtres ne font aucune mention de la venue de Pierre à Rome, ne parlent point de sa mort violente ni de celle de Paul, et ne donnent même pas à entendre que les disciples furent l'objet d'aucune persécution sous Néron, soit à Rome, soit ailleurs.

Justin, dans son Apologétique^ fait en maintes occasions l'éloge du courage des chrétiens, de leur insensibilité aux tortures, et en conclut que c'est là une preuve manifeste des effets merveilleux de la foi. Mais nulle part il ne parle dé la persécution attribuée à Néron; il n'y fait jamais la moindre allusion* Tout indique qu'il a vécu dans une parfaite ignorance 4e cet événement.

Origène, qui connaissait l'histoire de l'Église aussi bien que tout autre docteur, qui discutait avec des adversaires éclairés, déclare que peu de chrétiens périrent à cause de leur culte, et que leur nombre serait facile à déterminer ^ . Or, notons qu'Origène avait fait un séjour à Rome, avait vécu parmi les disciples et s'était nécessairement entretenu avec eux de toutes les traditions de leur Église. Si donc cette légende de la persécution de Néron eût été alors accréditée, Origène ne se serait certainement pas exprimé ainsi.

Ce qui faisait autorité dans les Églises, ce qui se répétait, c'étaient les diverses relations des Actes de Pierre et de Paul

/ Advera. Celsum, HI, S': oXi'yoi xaToi xaipou; xa\ a^iôpa eOapiôjJirjxoi Tcepi twv ^pi9Tiocvâ>v OeovêSeia; TiOvTjxaai.

attribuées à Marcel, Abdias et Hégésippe. Elles nous font connaître les fables qu'on rapportait sur leur compte pour édifier la crédulité des fidèles ^ Nous y voyons Pierre et Paul, venus, on ne sait quand ni comment, à Rome, comparaître en compagnie de Simon, leur rival, devant Néron. Le César doit décider qui d'entre eux est réellement inspiré de Dieu. Dans ce but il a fait construire une tour du haut de laquelle Simon, ainsi qu'il s'en est vanté, doit s'élever dans les airs. Aux yeux étonnés de la foule et du prince, le magicien s'élance dans l'espace et semble monter vers le ciel. Les apôtres sont stupéfaits; leur ennemi va triompher. Pierre alors adresse une pressante invocation au Christ, et le satanique Simon retombe sur terre; on le relève brisé et ensanglanté. Néron, irrité de la mort de son protégé, condamne les deux apôtres, pour crime d'homicide, à être noyés dans le bassin du cirque; puis, sur l'avis de son préfet. Agrippa, il décide de les faire mettre en croix. Dès que la sentence impériale est connue, une multitude de gens de tous pays, animés d'indignation, veulent s'emparer de Néron et le faire brûler; mais Pierre les en détourne pour laisser s'accomplir la volonté. de Dieu. La mort des apôtres cependant porte malheur à Néron. Dès ce moment il devient l'objet de la haine du peuple et de l'armée; forcé de s'enfuir, il meurt de faim dans les bois.

Voilà ce que pensaient les fidèles des rapports des premiers chrétiens avec Néron et le peuple de Rome. Le peuple, loin d'avoir de la haine contre eux, prend fait et cause pour les apôtres. Les mesures violentes ne s'appHquen,t qu'à Pierre et à Paul, et la cause de leur supplice est déterminée, c'est l'échec et la mort de leur rival Simon.

* Fabricius, Codex apocryphus Novi Testatnenti, donne les parties principales des Actes de Pierre et de Paul par Marcel, Abdias, Hé^ésippe. — Lactance, Eusèbe, etc., les prennent pour autorité.

Plus tard, TertuUien, dans son Apologétique, entreprend de faire Thistorique des rapports de l'Église et de TÉtat. "Néron, dit-il*, est le premier qui ait frappé du glaive césarien la secte des chrétiens, qui précisément alors commençait à s'établir à Rome. Nous nous faisons gloire d'avoir en un tel prince celui qui le premier a porté des arrêts contre nous. '' Et plus loin^ : " Les apôtres, sur Tordre du Maître, se dispersèrent pour parcourir le monde. Après avoir beaucoup souffert des Juifs avec le courage et la confiance que donne la vérité, ils semèrent enfin le sang chrétien à Rome par la cruauté de Néron. "

Par secte naissante et sang des apdtres, on ne peut. voir qu'une allusion à la mort de Pierre et de Paul, les seules victimes dont parlait la légende chrétienne. Gomment TertuUien en saurait-il plus qu'elle? En tout cas, par ces expressions vagues : '' Néron a tiré le glaive césarien " et " les apôtres ont versé leur sang ", il est manifeste que TertuUien ne connaissait aucun détail des supplices inusités qui auraient été infligés aux chrétiens, à la suite de l'accusation portée contre eux d'avoir incendié Rome. Pour lui, les victimes de Néron ne sont que les apôtres qui ont été frappés pour leur foi religieuse, ou plutôt pour la propagation de cette foi.

Les fables relatives à la mort de Pierre et de Paul, au supplice de Jean plongé dans de l'huile bouillante^, ne trouvaient aucune créance au dehors des Églises; on traitait d'imposteurs ceux qui les racontaient. TertuUien se vit ainsi dans la nécessité de donner quelque preuve à l'appui de ce

* Apolog., 5 : " Primum Neronem in hanc sectam cum maxime Romaé orientem caesariano gladio ferocisse; sed tali dedicatore damnationis nostrae etiam gloriamur. "

2 Id., 21 : " Discipuli quoque diffusi per orbem ex praecepto magistri... Romae postremo per Neronis saevitiam sanguinem christianum seminaverunt. "

' TertuUien, Contre les hérésies, 26.

qu'il avait dit. '' Nous justifions, affinne-t-il, par des documents authentiques l'histoire de notre secte. "

Mais promettre est un et tenir est un autre. Quels sont, en effet, ces documents authentiques qu'il invoque, sur lesquels il prétend s'appuyer? " Consultez vos annales^ dit-il * ; Consulite commentarios vestros. "

" C'est un trait de foi punique, " ont dû dire les Romains; et sans doute le Carthaginois savait bien ce qu'il faisait quand il renvoyait chercher aux archives toutes ces fameuses pièces telles que le rapport de Pilate, le procès-verbal de la séance du Sénat où Tibère proclame la divinité de Jésus, la lettre de Pline à Trajan, et enfin les décrets et arrêts contre les chrétiens. Comment lui prouver que ces pièces n'existaient pas?

Lactance, rhéteur lettré, attaché à la cour de Constantin, dans son livre De la mort des persécuteurs, place Néron parmi eux. Selon lui*, il tombe du pouvoir et meurt sans sépulture pour avoir fait tuer Paul et crucifier Pierre, suivant les Actes de ces apôtres. Mais il ignore que d'autres fidèles aient été livrés aux plus épouvantables supplices ou même qu'ils aient été inquiétés. Qui mieux que lui aurait pu consulter à ce sujet les archives de l'empire?

Eusèbe de Césarée, qui fut un des principaux personnages du concile de Nicée et a écrit une Histoire ecclésiastique qui fait autorité, Eusèbe' rapporte la légende de Pierre et de Paul mis à mort par Néron, et reconnaît n'avoir d'autre preuve à fournir à ce sujet que l'existence à Rome de tombeaux et de reliques qu'on disait être ceux de ces apôtres. Il parle en outre cependant de sang versé par Néron en

* Apolog., 5 : " Consulite commentarios vestros. lUic reperietis Neronem, primum, etc. " Id., 21 : " Relatum in archivis vestris habetis. "

* De Morte persecutorum, II.

' Ëusébe, Hist. ecclés., liv. II, ch. 23 et 24.

dehors de celui des deux saints. Et que dit-il, que sait-il à ce sujet? Il suppose que Tertullien, par Neronem in hanc sectam çaesariano gladio ferocisse, a voulu parler d'une persécution des fidèles autre que celle dont il avait dit : Discù puli sanguinem christianum seminaverunt, c'est à dire des apôtres; et alors, après avoir invoqué le témoignage de Tévêque africain, il renvoie comme lui et d'après lui le lecteur aux archives de l'empiré.

Ainsi la légende écrite par Marcel, ce soi-disant disciple ou secrétaire de Pierre, et V Apologétique, sont les seules sources auxquelles les écrivains ecclésiastiques, qui les premiers entreprirent de donner une forme historique aux légendes, ont trouvé à puiser des renseignements au sujet de la persécution des chrétiens par Néron; et ils n'ont jamais connu d'autres témoignages.

Au xiv© siècle on ignorait encore complètement dans les ÉgUses d'Orient les causes et les détails de cette persécution tels qu'ils se trouvent rapportés dans les œuvres de Tacite. Quand l'érudit Nicéphore* vient, dans son Histoire ecclésiastique, à parler de Néron, il peint sa cruauté, sa passion du théâtre, etc. ; " il ne veut cependant pas, dit-il, entrer dans les détails de sa vie, que de nombreux écrivains ont racontée avec soin et fidélité ; il ne veut s'occuper que de sa conduite à l'égard des chrétiens. " Or, après avoir consulté tous les auteurs grecs, il est contraint de se borner à suivre Eusèbe.

Au ivc siècle cependant, la légende néronienne se développait en Occident. Dès ce moment, tous les auteurs ecclésiastiques latins en parlent.

* Nicéphore, liv. U, ch. 37.

Saint Augustin, dans la Cité de Dieu^^ traite la question de savoir s'il faut croire ceux qui pensent que le nombre de dix attribué aux persécutions contre les chrétiens étant atteint, il n'y a plus à redouter que la onzième qui aura lieu à la venue de TAnti-Christ. Il est ainsi amené à parler de la persécution de Néron, et à ce sujet il s'exprime en ces termes :

"Au temps de Néron, malgré les plus atroces persécutions au sujet desquelles il serait trop long de tout dire, l'Église ne cessa de grandir."

Mais de ces vagues paroles, il n'est pas possible de conclure que l'évêque d'Hippone ait connu les abominations qui se trouvent rapportées dans les Annales.

Paul Orose, en effet, qui fut l'ami et l'admirateur de saint Augustin ainsi que de saint Jérôme, dans ses Adversas paganos Historia^, dit ^ :

" Néron augmenta l'énormité de ses crimes par son audacieuse impiété envers Dieu. Le premier il envoya à la mort et aux supplices les chrétiens, et ordonna que dans toutes provinces de l'empire on leur fît subir une pareille persécution; il voulut même supprimer leur nom, et il fit périr les saints Pierre et Paul, l'un sur la croix, l'autre par le glaive."

Remarquons ici l'attribution à Néron d'une sorte de plan politique pour la destruction du christianisme, plan qui n'a jamais existé, ce qui rend le témoignage de l'auteur suspect; il ne dit cependant pas que des mesures atroces aient été spécialement prises contre les chrétiens.

* Saint Augustin, De Civitate Dei, XVIII, 52 : " Cur ergo eis a Nerçne videtur ordiendum, cum ad Neronis tempora inter atrocissimas persecutiones de quihus nimis longum est cuncta dicere, Ecclesia crescendo pervenerit? "

* Liv. VII, eh. 4 : " Auxit hanc molem facinonim ejus temeritas impietatis in Deum. Nam primus Homae christianos suppliciis et mortibus affecit, ac per omnes provincias pari persecutione excruciari imperavit; ipsumque nomen extirpare conatus, beatissimos Christi apostolos Petrum cruce, Paulum gladio occidit. "-

Ainsi, les traditions de TÉglise, qui avaient formé une si nombreuse collection de contes fantastiques sur la mort des martyrs, n'ont gardé aucun souvenir dé la persécution qui se trouve rapportée dans Tacite. Sans aucune assistance divine, sans aucun miracle pour l'édification des fidèles, une foule de saints auraient trouvé la mort au milieu de circonstances épouvantables, sur les débris fumants de Rome, parmi les ravages de la peste et de la famine? Ce n'eût pas été admissible aux yeux d'un croyant au Christ. Si donc les légendes n'en ont rien dit, c'est qu'on n'en a rien su dans les Églises.

l'apocalypse

Un tel silence avait quelque chose d'étrange. On cherchait, sans les pouvoir trouver, quelques motifs plausibles pour l'expliquer.

On crut enfin avoir découvert dans V Apocalypse un écho chrétien de ce sinistre événement, et pouvoir reconnaître les victimes brûlées à Rome dans ceux que le poème appelle les témoins de Jésus et qu'il glorifie pour avoir versé leur sang en témoignage de leur foi.

M. Reuss* déclare qu'à ses yeux il n'y a pas d'écrit apostolique dont la date puisse être fixée plus exactement que celle de V Apocalypse, et que les chapitres VI et VII nous montrent que la persécution de Néron qui éclata d'abord dans la capitale, sévit bientôt dans les provinces, surtout en Asie-Mineure.

M. Renan ^ pense que V Apocalypse , écrite en l'an 68, est

* Histoire de la Théologie chrétienne au siècle apostolique, liv. IV, ch. IV : VApocalypse.

* Apôtres, Introduction.

pleine des infamies de Néron, et que Thorrible haine contre Rome, qui y déborde, a sa source dans cette pm*sécution.

M. Aube écrit* : "La clef de la clef, c'est donc la persécution. C'est elle qui explique l'exécration particulière vouée à Néron par les chrétiens, et le symbole même qui le désigne dans ce livre;... qu'on fasse abstraction de la persécution, Y Apocalypse n'est plus qu'une œuvre sans date, une fantaisie d'halluciné..." Et plus loin: '' U Apocalypse prouve donc deux choses : d'abord l'immense retentissement produit dans les Églises d'Asie -M'ineure par l'immolation des chrétiens à Rome; en second lieu, que ce fait ne fut pas isolé et circonscrit dans les murs de la capitale, mais qu'il eut dans plusieurs villes d'Asie son contre-coup. "

L'opinion de ces éminents auteurs au sujet de la date de la composition de V Apocalypse n'est point partagée par tous les savants. M. Graetz* la conteste; et M. E. Havet^ a montré qu'on n'avait aucune raison suffisante pour la fixer aux années qui suivirent la mort de Néron.

On pourrait même, croyons-nous, se convaincre par des indices manifestes que le poème se compose de parties écrites à des époques successives. La défense d'y rien ajouter montre d'ailleurs* qu'on ne s'en faisait pas faute.

Toutefois, plus on rapprochera la date, de la composition de V Apocalypse de l'époque supposée de l'abominable persécution de Néron, plus on aura raison de croire que l'apôtre n'a pu y rester indifférent, plus il paraîtra naturel qu'il ait dû exhaler sa haine et sa colère contre le prince et glorifier les victimes.

Admettons donc que la prophétie ait été envoyée' aux

* B. Aube, Histoire des persécutions de VÉglise, ch. III.

* Graetz, Sinaî et Golgotha.

* Le Christianisme et ses origines, t. IV, ch. V.

* Apoc, XXII, 18, 19.

LA FRAUDîT PIEUSE. 299

Églises entre la mort du dernier des Césars de la famille d'Auguste et la prise de Jérusalem par Titus.

La révélation avait été répandue dans toutes les Églises d'Orient et plus tard dans celles d'Occident. Tous les dignitaires, tous les fidèles en faisaient l'objet de leurs lectures et de leurs méditations*. On l'interprétait de mille façons. Or, si elle avait été inspirée par les événements de Rome, comment expliquer que les anciens commentateurs ne l'aient pas su, n'aient même pas pensé qu'il y fût fait allusion?

Est-il donc bien sûr que les critiqués modernes aient été plus clairvoyants? N'est-il pas à craindre qu'ils se soient au contraire laissé égarer par leur foi dans la légende néronienne?

Examinons les passages où l'on veut que l'apôtre ait parlé des chrétiens suppliciés par Néron, et voyons s'il en a bien été ainsi.

Au chapitre XVII, on lit :

" Sur le front de cette femme était écrit (mystère!) le nom de Babylone, la mère des fornicateurs M des abominations de la terre. Je vis cette femme enivrée du sang des saints et du sang des témoins de Jésus^; et en la voyant je fus saisi d'une grande stupeur. L'ange me dit alors : Pourquoi es-tu troublé? Je te dirai le mystère de la femme et de la bête aux sept têtes et dix cornes qui la porte. La femme que tu as vue, c'est la grande cité qui règne sur les rois de la terre. "

Il faut d'abord se demander si l'apôtre a entendu dire que

* Aux yeux de la primitive Église, dit M. Reuss (loc. cit.), V Apocalypse était non seulement ce que nous appellerions un livre canonique, mais le seul de ce genre dont elle fit usage.

* Le texte porte ; Kai eTSov ttjv yuvaîxa {jis6'J0U(iav ex xoO arjjiaToç xôv âyiwv xa\ ex ToO arfjiaToç «ûv jxapxupwv *Iy)(toO. Mapxupe; ne peut pas être pris ici dans l'acception spéciale qu'il eut dans les Églises plus tard, celle de victime de la foi, et qu'on transporta en lalin par le mot martyres, d'où le mot français martyr. Nous reviendrons dans la suite avec plus de développements sur cette intéressante question.

c'est dans les murs de Rome qu'on doit voir le sang qu'auraient versé les disciples d^e Jésus.

Dans aucun passage de V Apocalypse le nom de Rome ou de Bdbylone n'est pris dans l'acception au sens matériel de la ville elle-même; c'est toujours et uniquement la puissance romaine personnifiée dans sa capitale et s'étendant dans toutes les provinces. Ainsi, au chapitre suivant (XVIII), nous lisons : " J'entendis une voix du ciel qui disait : Sortez du milieu d'elle, ô mon peuple ! prenez garde que, participant à ses péchés, vous n'ayez part à' ses plaies; " et plus loin : "Ainsi sera précipitée Rabylone, on ne la retrouvera plus; car c'est en elle qu'a été trouvé le sang des prophètes et des saints et de tous ceux qui ont été mis à mort sur la terre, " Il est évident que l'apôtre ne veut pas dire que tous les saints qui ont été mis à mort sur la terre l'ont été dans les murs de Rome. Rome n'est donc à ses yeux que la puissance romaine*.

- Cherchons maintenant à connaître quels sont les personnages qui sont eïi jeu ici.

Au chapitre VII, 9-14, on lit :

" Ensuite je regardai et je vis une multitude innombrable de toute nation, de toute tribu, de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, tenant des palmes à la main, et ils criaient à haute voix : Le salut vient de notre Dieu qui est sur le trône et de l'Agneau... Puis un des anciens prit la parole et me dit : Ceux qui sont vêtus de robes blanches, qui sont-ils? d'où sont-ils venus? Et je lui répondis : Tu dois le savoir. Alors il me dit : Ce sont ceux qui arrivent du terrible écrasement. OZioi sWtv z\

* Rome était pour les provinces ce que serait Paris pour les départements si le pouvoir central en France appartenait au Conseil et au corps électoral de la capitale.

LA FKAUDE PIEUSE. 241

On nous dit : Ce sont bien les chrétiens mis à mort par Néron; on n'en peut douter, car ce sont des martyrs puisqu'ils portent des palmes à la main, et des martyrs récents puisqu'ils viennent du terrible écrasement.

N'y eut- il alors aucun écrasement dont les disciples de Jésus eurent à souffrir, de telle sorte que, sans la persécution de Néron, on ne saurait ce qu'a voulu dire l'apôtre? Mais l'auteur de V Apocalypse est incontestablement un iuif-chrétien ; or, croit-on qu'il fût alors un seul homme attaché aux institutions Israélites qui songeât à autre chose qu'à la grande insurrection? Qui d'entre eux ne s'écriait à la nouvelle des massacres des étrangers en Palestine : Traitez-les comme ils vous ont traités * ? Qui n'était ému des sanglantes représailles qu'on avait exercées sur les Juifs dans de nombreuses villes d'Asie? Qui n'était plein d'admiration pour ces pèlerins, ces pieux fils d'Abraham, qui de tous les points de l'Orient accoururent à la défense de Jérusalem et y trouvèrent la mort?

Admettant qu'il y eut une persécution à Rome, ordonnée par Néron, pouvait -elle être aux yeux d'un juif- chrétien le grand sujet de douleur? Qu'eût-elle été, en effet, par rapport au sang versé dans les émeutes des cités d'Asie, dans les luttes fratricides de la Judée^. dans les combats contre les Romains? C'était évidemment à Jérusalem et non à Rome qu'on voyait le grand écrasement.

Il faut encore observer que dans l'énumération des ÉgUses auxquelles V Apocalypse est adressée, il n'est question que des Églises d'Asie, et nullement de celle de Rome. Comment donc supposer que l'apôtre ait entendu glorifier les saints de cette Église sans la nommer, alors qu'il trouve dans

i Apoc, xvni, 5.

IG

la mort d'un certain Antipas roccasion de louer celle de Pergame?

Il est enfin une dernière considération qui n'est pas, croyons-nous, sans importance. Néron n'est pas, dans la prophétie, un personnage secondaire; il y joue au contraire un grand rôle, celui de l'Anti-Christ, le rival de l'Oint. Il y est mystérieusement, mais clairement désigné aux initiés. C'est le nombre cabalistique 666; c'est la bête qui n'est plus mais qui reviendra, etc. Cependant, il faut le remarquer, ce n'est pas lui personnellement, ce n'est pas la bête qui a bu le sang des martyrs, c'est la puissance permanente et indéterminée qui gouvernait le monde, c'est Rome. Or, si l'àpôtre avait eu en vue dans son poème l'épouvantable massacre dont Néron aurait été l'ordonnateur, ne l'aurait-il pas su faire comprendre? N'aurait-il pas eu soin d'ajouter quelque trait indicatif à son portrait? N'aurait-il pas imprimé d'un fer brûlant quelque stigmate au front de la bête?

Il nous semble donc difficile d'admettre que V Apocalypse soit un document historique qui démontre et confirme la véracité et l'authenticité du récit des Annales.

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