‹ Études BalzaciennesChapitre 18 sur 40 · PAR H. DE BALZAC · texte numérisé non relu

PAR H. DE BALZAC

Le récit des tribulations par lesquelles a passé L'École des ménages forme un des épisodes les plus curieux de cette odyssée du papier au xix« siècle dont, à diverses reprises, nous avons essayer d'ébaucher quelques chapitres.

Nous parcourions, il y a dix-sept ans, un catalogue de livres à prix marqués, daté du 15 mars 1878, et provenant de la librairie Bailleu, à Paris, quand notre attention fut subitement attirée par l'article suivant.

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dont nous reproduisons scrupuleusement le texte :

354 H DE BALZAC. L'Ecole des Ménages, tragédie bourgeoise. 48 pages gd in-8, demi-rel. 50 >

Exemplaire unique, avec les corrections de l*auteur et s'arrôtant à la scène V do 5c acte. Cette pièce fut abandonnée par Balzac, qui plus tard en reprit quelques scènes qu'il adapta à la comédie de Mercadet.

Cette note, malgré les imperfections signalées de l'exemplaire, nous intéressa si vivement que, de Bruxelles, nous télégraphiâmes sur-le-champ pour demander l'ouvrage.

En attendant la réponse, notre inquiétude était grande, car il nous semblait impossible que cette œuvre, même incomplète, n'eût pas éveillé d'autres curiosités, plus faciles à satisfaire sur l'heure que la nôtre. Aussi, quoique préparé à cette déception, fûmesnous cependant désolé d'apprendre officielle-

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ment qu'avant même la réception de notre télégramme, la brochure avait déjà trouvé amateur.

L'acquéreur était un lettré délicat, un érudit tout k fait distingué, M. Eugène Crépêt, l'auteur, ou plutôt Véditeur, ainsi qu'on l'entendait jadis, de cette belle anthologie nationale : les Poètes français (quatre volumes in-octavo, 1861-1862), dont seul, et exclusivement à ses frais, il entreprit la publication.

Nous faisons grâce au lecteur des démarches de toutes sortes que nous avons tentées après notre déconvenue, ainsi que de nos diverses entrevues avec M. Crépèt, pour arriver au moment où nous avons obtenu de lui la promesse de nous céder son acquisition en échange de lettres ou d'œuvres inédites de Charles Baudelaire, dont notre heureux concurrent s'occupait alors sérieusement. Cette fois, nous avions presque atteint notre but, car, peu de temps après,

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nous avons eu la chance de pouvoir mettre à la disposition de M. Crépôt des pièces qui l'intéressèrent, entre autres les lettres du poêle à Sainte-Beuve, que notre confrère publia, en 1887, dans son intéressant ouvrage : Œuvres posthumes et Correspondances inédites de Charles Baudelaire.

Enfin, par un beau jour de mai, nous sortîmes triomphalement de chez l'aimable écrivain, en serrant entre nos bras, avec toutes les ardeurs de la possession, la bienheureuse École des ménages^ et certes aussi ravi de notre conquête que si, le premier, nous avions pénétré dans une de ces royales sépultures inviolées de la vallée du Nil, dont Théophile Gautier, dans le Roman de la momie, raconte avec tant de feu la recherche passionnée. Au reste, les amateurs de documents inédits et les explorateurs d'hypogées sont poussés par le même mobile :

la curiosité de l'inconnu. Aussi, les émotions de leurs fouilles et de leurs découvertes ont-

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elles beaucoup d'analogie et, par conséquent, de nombreux points de ressemblance.

Une fois possesseur du trésor, notre premier soin fut de vériûer les allégations du catalogue Bailleu. Quelle ne fut donc pas notre satisfaction en découvrant que, non seulement FÉcole des ménages était absolument complète et terminée, mais encore que pas un seul fragment de la pièce n'avait été utilisé dans Mercadet! Son aspect d'épreuve interrompue, précisé surtout par l'absence du mot fifij au bas de la dernière page, avait très logiquement abusé le libraire.

En revanche, la seconde indication du catalogue Bailleu était tout à fait exacte.

L'exemplaire de l'œuvre que nous examinions si attentivement était bien celui de l'auteur lui-même, qui l'avait enrichi de nombreuses corrections autographes. Ce précieux volume, dérobé sans doute chez madame de Balzac, dont la santé était déjà

fort altérée à celte époque*, a dû tomber ainsi dans le commerce, sans éveiller chez ses détenteurs successifs un intérêt bien marqué.

Il eût été difficile, d'ailleurs, d'en apprécier à première vue la véritable valeur, car son aspect extérieur n'a rien de remarquable. C'est une mince plaquette, revêtue d'une reliure fort ordinaire, avec coins et dos en veau rouge, portant pour titre, imprimé en lettres d'or sur toute la longueur de ce dos : « VÉcole des ménages^ tragédie bourgeoise, par M. de Balzac. Copie corrigée ».

Sous cette médiocre enveloppe, qui paie si peu de mine, cet exemplaire n'en est pas moins le seul connu jusqu'à ce jour. Et, fort probablement il demeurera tel, car, selon toute apparence, Balzac n'a dû conserver de son œuvre que cette unique épreuve

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