‹ Études BalzaciennesChapitre 26 sur 40 · In-12, Charpentier, page · texte numérisé non relu

In-12, Charpentier, page

2. Le livre des Vingt et un, par divers auteurs. Ia-12, Galmann Uyj, page 101. (1889.)

truite, en 1870, par les Prussiens, dans sa villa de Saint-Cloud.

Celle qui nous occupe fut donnée d'abord par M. Pierre Gavarni fils à M. Silvy, alors photographe à Londres ; elle appartient aujourd'hui à M. Nadar*.

Dès 1867, M. Victor Frond, fondateur du Panthéon des illustrations françaises au xix^ siècle, s'en servit pour le portrait de Balzac lithographie par Bornemann, publié dans sa galerie. Mais il en trouva sans doute la pose trop négligée pour oser livrer sans retouches cette image à ses souscripteurs. Elle fut donc modifiée, et ornée (?) d'une tenue bourgeoise, plus correcte, il est vrai, mais infiniment moins curieuse et moins artistique. C'est ce même portrait du Panthéon des illustrations françaises au xix^ siècle, réduit et légèrement remanié de nouveau, qui fut re-

\. Depuis lors, ce daguerréotype est devenu notre propriété.

produit, en 1876, — mais çravé par M. Gustave Lévy, — en tête de la Correspondance du maître.

Cette fois enfin, voici le puissant auteur de la Comédie humaine saisi dans sa vérité, et dans un moment de complet abandon, où l'élégance et la convention n'ont aucune part.

C'est le seul portrait connu de ce grand homme qui ne soit point une interprétation^ car son visage mobile prêtait à tant de visions diverses, que toutes ses reproductions sont fort différentes les unes des autres.

Celle-ci même n'est point absolument conforme à la plaque photographique. Les traits sont ici quelque peu accusés et durcis. L'ensemble parait plus âgé que sur le daguerréotype, dont la meilleure traduction est encore la petite photographie exécutée autrefois par M. Silvy, au moment où cette plaque tomba entre ses mains. Balzac y apparaît moins creusé, moins marqué, plus

jeune, plus vivant. C'est à cette photographie, dont les exemplaires sont rarissimes, qu'il faut recourir, en définitive, pour connaître la plus parfaite image de l'auteur de Eugénie Grandet.

Il existe encore une autre photographie de ce même daguerréotype, dont la date est inconnue. Elle a été exécutée par M.Gustave Legray, dont tous les clichés sont perdus, ou du moins introuvables. D'ailleurs, elle ne diffère pas sensiblement de la précédente. Le seul exemplaire connu appartient à M. Alexandre Houssiaux, fils de l'éditeur de la première édition de la Comédie humaine complétée, et formant vingt volumes, publiée peu d'années après la mort de Balzac. Cette photographie a été lithographiée aussi en 1891, dans le Magasin pittoresque; mais cette reproduction ne donne qu'une très faible idée de la pièce originale.

Peintres et statuaires ont tous vu leur modèle sous des aspects particuliers à cha-

cun d'entre eux, en sorte qu'il n'en existe aucune image parfaite. Devéria, Boulanger, David d'Angers, Bertall, et quelques autres, du vivant même de Balzac, ont vainement essayé de fixer ses traits dans le marbre ou sur la toile. Aucun n'a pu donner le type définitif. Meissonier, qui l'eût produit peutêtre, n'acheva pas le portrait commencé par lui en 1840, et son esquisse est aujourd'hui recouverte, — s'il faut en croire le récit de M. Jules Claretie, dont nous avons parlé plus haut, — par son Homme choisissant une épiej l'un des célèbres tableaux de la collection Van Praet, à Bruxelles.

Pourtant Meissonier avait d'abord sérieusement tenté l'entreprise. Voici la lettre inédite qu'il écrivait dans ce but à Balzac le 26 janvier 1840 :

« Monsieur,

9 II était trop tard ce matin, et je n'ai pu vous trouver. Cependant, j'aurais désiré

causer avec vous de votre portrait. Souverain ne connaît rien en fait d'édition de gravure et n'ose encore se décider pour la grande gravure. Il veut avant, je pense, prendre ses renseignements. Si nous l'attendons, nous risquerons, vous de ne point avoir votre portrait, moi de ne point le faire, lequel dernier cas est fort vexant pour moi. Une fois fait, et exposé, la question du graveur se résoudra facilement, j'en suis sur; cela dépendra du succès du tableau.

» Veuillez donc, je vous prie, que nous commencions. Le temps nous pousse, mais nous pousse si fort, qu'il n'y a pas à en perdre le moindre peu. S'il vous est possible, commençons demain à l'heure convenue de trois heures, trois heures et demie, à cinq. Je vous attendrai impatiemment.

Dans le cas où vous ne pourriez venir, jetez-moi, je vous prie, un petit mot à la poste.

» Recevez, monsieur, mes salutations empressées.

Page 1