‹ Études BalzaciennesChapitre 5 sur 40 · VI AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT- PROPOS

gracieuses apparitions, voilées avec soin, dont les prénoms, — réels ou faux, — sont seuls révélés dans la Comédie humaine? Et ces visions n'évoquent-elles pas dans notre esprit comme un cycle caché d'aventures mystérieuses? En réalité, les Sarah, les Maria, les Sofka, les Constance- Victoire, les Louise, les Caroline, les Hélène, et quelques autres inspiratrices nommées en toutes lettres, ne sont encore, pour la plupart, que les plus manjuantes de ces héroïnes du roman d'un jour, de quelques nuits, de quelques mois •u même de quelques années, auprès desquelles Balzac, jeune, aussi bien que dans la force de l'âge, allait chercher l'introuvable mot fie cette énigme: l'éternel féminin. S'il no leur dut pas la découverte de ce secret toujours si bien gardé, il leur fut redevable, *^en partie du moins, de pouvoir modeler ses cliePs d'œuvre sur nature. Nul écrivain, pas même lui, le plus grand peintre des mœurs du début de son siècle, n'eût pu les enfanter.

AVANT-PROPOS Yll

s'il avait toujours vécu dans les conditions austères que la légende lui attribue si faussement. Nous donnerons plus d'une fois la preuve de tout cela au cours de nos pages.

Si nous nous plaçons à d'autres points de vue, nous verrons que les rapports réels de Balzac avec presque toutes les personnalités qu'il a côtoyées sont à peu près inconnus.

La plupart de ces relations furent marquées par des chocs pénibles, dont les premières

causes naquirent des contrastes de sa propre carrière, car celle-ci fut toujours traversée, jusqu'en 1830, par des tentatives en toi^jf genres pour atteindre au succès et à la fortune, lesquelles n'aboutirent qu'à dos échecs. Son amour-propre excessif pendant la lutte, sa foi immuable dans son avenir, affichée avec une sorte de bravade quand il était vaincu, lui créèrent bien des jaloux et bien des envieux.* Aussi, à chaque nouveau désastre, ses camarades lui faisaient-ils durement expier ses airs dominatei^, ainsi que son invincible

vin AYANT-PROPOS

confiance en lui-même pendant et après le combat. Ils le traitaient suivant les circonstances, et le souvenir de ces inégalités d'accueil, provoquées souvent par lui-même, il faut l'avouer, ne s'est jamais eflFacé de son esprit.

De 1818 à 1830, tour à tour clerc de notaire, auteur dramatique inédit, romancier, imprimeur, fondeur de caractères, collaborateur anonyme d'écrivains de tous genres et de publications de toutes sortes, Balzac connut, selon sa bonne ou sa mauvaise fortune, l'empressement ou le dédain de gens qui ne le valaient à aucun titre, mais que ses propres allures avaient blessés les premiers. Ses démêlés avec H. de Latouche, avec Emile de Girardin et quelques autres, datent de cette époque et sont demeurés célèbres.

De 1830 à 1850, ce fut encore bien pis. La notoriété, enfin conquise, lui attira les ennemis habituels de tout succès grandissant. Il ne fit rien pour les apaiser. Au contraire. Sa vie cachée, les contrastes de son luxe appa-

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