I.A QUESTION BIBLIQUE ET l'iNSPIRATION DES ÉCRITURES
des opinions communes de l'antiquité, et que ces opinions ont laissé leurs traces dans les écrits et même dans les croyances bibliques.
Toutes ces conclusions ont pour objet des faits généraux qu'il ne paraît guère possible de contester absolument. Il importerait plutôt d'en déterminer la portée, de les analyser soigneusement dans leurs détails, afin de reconstituer avec précision et justesse l'histoire de la composition des Livres saints, l'histoire du peuple de Dieu, l'histoire de la Loi et de l'Evangile.
On peut regretter que nos exégètes, renfermés dans le rôle d'apologistes, se soient attachés surtout à réfuter les hypothèses des savants non catholiques, au lieu d'examiner directement, dans un esprit de sage liberté, les problèmes nouveaux que la critique soulevait à propos des Livres saints. Nous essayons encore de prouver l'authenticité mosaïque du Pentateuque tout entier, et nous employons à cet effet des arguments qui ne sont pas assez concluants, parce qu'ils ne reposent pas véritablement sur l'analyse des textes : nous pourrions prouver plus facilement et avec plus de fruit, que Moïse, quelle que soit la part qui lui revienne dans la composition du Pentateuque, a réellement existé, qu'il est le fondateur indispensable de la religion israélite, le point de départ historique du grand mouvement religieux qui aboutit au christianisme. Nous avons aussi
perdu beaucoup de temps à échafauder sur le premier chapitre de la Genèse des systèmes à prétentions scientifiques et dont le défaut commun est de violenter le texte biblique pour y introduire les résultats d'une science qui lui est étrangère. Dans la question, des Évangiles, pour ne toucher que les points essentiels, nous tenons à ce que chaque évangéliste ait écrit indépendamment des autres ; à ce qu'il s'accorde parfaitement avec eux, même dans les détails où les témoignages sont contradictoires ; à ce que les discours du quatrième Évangile aient été prononcés par le Sauveur dans la forme sous laquelle ils nous ont été transmis. Et pourtant la dépendance des Synoptiques, au moins celle du piemier et du troisième Évangile, à l'égard de sources antérieures, paraît bien établie ; l'opposition des données évangéliques sur des points secondaires très nombreux est indiscutable, et au lieu de la nier, il faut en chercher des explications satisfaisantes ; l'auteur du quatrième Évangile a, pour le moins, rapporté librement les discours du Sauveur, en sorte qu'il convient d'étudier ses procédés de rédaction, afin de déterminer autant que possible la part qui lui revient dans l'arrangement et la forme des enseignements qu'il reproduit. Au lieu de se perdre dans les détails d'une apologétique subtile, il faudrait faire valoir l'autorité substantielle du témoignage évangélique, en dépit des