Gen. III
Créateur et les biens qui devaient en résulter, on ne fait que résumer les points où le suffrage traditionnel est unanime ; si Ton ajoute que les données géographiques du récit n'ont rien de précis et ne permettent pas de localiser le paradis terrestre, qu'elles n'ont presque rien à voir avec la géographie réelle, on ne fait que constater la banqueroute indéniable de toutes les hypothèses qui ont été proposées à ce sujet; si Ton soutient enfin que les autres éléments du récit n'ont pas plus de réalité matérielle, on conteste l'historicité de données que les commentateurs n'ont jamais pu définir historiquement. On ne con- I redit donc pas réellement la tradition, mais l'on remplace des hypothèses fragiles, compliquées, contradictoires, par une explication tout aussi respectueuse de la doctrine, et qui échappe à toutes les objections de la science positive.
Pour d'autres récits, le déluge par exemple, les anciens commentateurs s'accordent mieux dans leurs interprétations, grâce à la simplicité de la narration, et parce qu'ils n'en voyaient pas les difficultés. Mais les divergences existent dans la tradition p^us moderne. Le texte biblique, interprété à la lettre, favorise évidemment l'idée d'un déluge universel, non seulement pour le monde connu de l'auteur sacré, mais pour tout pays, toute race humaine, toute espèce animale existant alors. Il est clair que le déluge, d'après l'économie du récit, est aussi uni-
versel que la création terrestre*. On a sollicité les textes pour le ramener aux proportions d'une inondation partielle, occasionnée par des causes naturelles, et qui aurait couvert seulement le séjour de rhumanité primitive. On est allé même jusqu'à vouloir prouver par TEcriture que certaines branches de rhumanité avaient échappé au déluge. Ces déluges rétrécis nous transportent dans le domaine de Thypothèse pure, et la Bible n'a plus rien qui permette d'en fixer les causes, l'étendue et les effets. On nie malgré soi le caractère historique de la narration, et on lui cherche une base en dehors des données bibliques. On veut interpréter la Bible par la science, tout en prétendant l'interpréter au nom de la théologie, et l'on présente ces essais de conciliation, hâtifs et manques, comme une défense de la tradition. Si, d'aventure, quelqu'un de ces systèmes était vrai, ce ne serait pas une explication traditionnelle du récit biblique, ce serait une explication scientifique, réduisant à ses proportions réelles et historiques le fait qui a donné lieu au récit ; ce serait une explication analogue à celle que nous avons insinuée dans notre article sur le déluge chaldéen.
On ne devrait pas étayer de telles explications sur la tradition, où elles n'ont point déracines. Au point de vue critique et scientifique, la Bible a besoin d'un commentaire nouveau, d'un commentaire auquel la