Cf. II PlER. II
tradition ecclésiastique fournit peu d'éléments, parce que le point de vue de la tradition n'est pas celui de la science moderne. En alléguant plus haut les divergences des anciens commentateurs, nous ne voulions pas autoriser nos opinions de critique par le suffrage de tel Père qui aurait émis sur tel point particulier une idée semblable aux nôtres. La tradition, prise en masse, a entendu à la lettre les récits bibliques et a considéré leur contenu comme réalité d'histoire, sauf à concevoir cette réalité de mille façons différentes. L'incohérence du témoignage traditionnel ne saurait prouver la vérité d'aucune théorie particulière ; elle démontre seulement que la tradition ne contient pas le commentaire scientifique de l'Écriture. C'est là une vérité si simple, si naturelle, si nécessaire, qu'on a presque honte d'y insister. Et pourtant nous devons encore l'expliquer, sinon la prouver.
Lé commentaire scientifique de la Genèse et, en général, l'étude critique des textes et des documents bibliques sont des choses nouvelles, qui répondent à un état nouveau de la science, à une application nouvelle de l'esprit humain. On ne peut s'attendre à les trouver dans les Pères de l'Eglise. Les Pères ont interprété l'Écriture en théologiens et en pasteurs, au point de vue dogmatique et moral, sans discuter à fond, le plus souvent même sans soupçonner toutes les questions que la critique littéraire et
historique peut soulèvera propos de la Bible. Ajoutons que l'esprit de leurs commentaires était celui de rEcriture elle-même, où la préoccupation de renseignement religieux domine tout autre souci. Or, dans ces derniers temps, la science du monde et de rhistoire ancienne de Thumanité a subi une transformation complète ; la conception non scientifique de Tunivers et de Thistoire primitive, conception qui avait été celle des écrivains sacrés et de leurs premiers interprètes, a fait place à une conception toute différente; l'astronomie a été renouvelée, la géologie est née ; l'histoire ancienne, surtout celle de rOrient, a été profondément mo(î iée, ou, pour mieux dire, elle a été découverte. Le rapport de la Bible avec les données de la science contemporaine n'a pu être prévu, ni déterminé, ni expliqué par les Pères. Ils restent nos maîtres pou l'interprétation doctrinale des Ecritures; ils n'ont] 3 pu et ils n'ont pas voulu être nos maîtres pour l'ir^' rprétation critique exigée par le mouvement de la lence moderne . Si donc il est permis de contester caractère historique du premier chapitre de la jenèse, ce n'est point parce que saint Augustin a iii'erprété ce chapitre d'une façon idéale, c'est parce que la tradition, unanime sur le sens dogmatique d3 ce chapitre, ne nous en donne pas le commentaire scientifique. La tradition n'autorise pas plus qu'elle ne condamne l'interprétation idéale et liturgique de Mgr Clifford, ou les jours-époques de M. Vigouroux.
LES ONZK PREMIEHS CHAPITRES DE LA (JENÈSE 193
Quant à notre hypothèse sur le rapport des premiers chapitres de la Genèse avec les documents assyriologiques, nous la considérons comme accessoire. Ces chapitres, s'ils n'ont pas un sens rigoureusement historique, viennent cependant d'une tradition que la science a intérêt à suivre. Il nous semble que cette tradition a une origine chaldéenne. La principale difficulté qu'on puisse nous opposer consiste en ce que la tradition polythéiste de la Chaldée aurait influencé la tradition monothéiste, supposée continue depuis Forigine du monde. Cette difficulté n'est qu'apparente ; mais comme de longs développements sont nécessaires pour la faire comprendre et pour la résoudre, nous nous réservons de la traiter plus tard. Disons seulement que la tradition chaldéenne a pu fournir certains éléments descriptifs, mais que /idée religieuse et l'esprit du récit, qui sont tout^e :>artiennent en propre à la tradition hébraïque, et iiae la tradition monothéiste n'a pas eu, ne pouvais; . :)ir, dans les temps primitifs, ni la continuité abs^'^ie ni la ferme consistance que nous voyons à la trad tion de l'Eglise depuis la venue de Notre-Seigneur.
A. LoisY. — Études bibliques. 13