OPINIONS CATHOLIQUES SUR LORÏGINE DU PENTATEUQUE
celle que le catholicisme oppose maintenant à Tincrédulité, il faudrait qne la religion juive eût été attaquée par des rationalistes; mais, tant qu'un doute n'était pas soulevé contre l'autorité de la tradition, Ton n'éprouvait aucunement le besoin d'en démontrer la certitude par des syllogismes, ni de trouver dans l'authenticité mosaïque du Pentateuque la condition indispensable de cette certitude. La foi des Israélites reposait sur la confiance légitime qu'ils avaient dans la valeur substantielle de leur tradition religieuse, non sur des raisonnements abstraits où une question purement littéraire, comme est celle de la rédaction du Pentateuque, aurait tenu la moindre place. Mais avec le parti pris que Ton a de mêler toujours la question de rédaction à la question d'historicité, dans l'impossibilité où Ton paraît être de concevoir un état d'esprit différent de celui que crée « la formation intellectuelle » dont on nous dira bientôt l'excellence, on fait longuement raisonner les Juifs sur la question dont on est soi-même préoccupé, sans seulement se demander s'ils ont pu y penser.
Croyant avoir prouvé que les critiques catholiques veulent renverser « une des bases sur lesquelles repose l'apologétique tant juive que chrétienne », le P. Méchineau va plus loin et déclare qu'il n'est pas permis non plus d'attaquer les arguments sur lesquels on fonde la thèse de l'authenti-
cité mosaïque, « sans faire courir à la foi quelque danger ». Ces arguments sont la tradition israélite de l'Ancien Testament, la tradition du Nouveau Testament et principalement les paroles du Sauveur, enfin la tradition chrétienne.
On nous dit avec assurance que le Pentateuque est attribué à Moïse par une tradition constante, attestée par TEcriture, et qui remonte jusqu'à Josué. Rien ne pourrait donc être ajouté à sa valeur probante, à moins que Ton ne fît prophétiser l'authenticité par les patriarches, ou qu'on n'invoquât l'autorité d'Abraham citant Moïse dans la parabole du Riche et de Lazare. Mais on doit peser le sens et mesurer la portée des témoignages avant de les mettre en ligne. Ainsi, pour avoir le droit de citer Josué comme témoin, il faudrait avoir établi qu'il est l'auteur du livre qui porte son nom ; s'il ne Test pas, si le livre a été compilé bien longtemps après lui, ce n'est plus le témoignage personnel de Josué que nous avons, c'est le témoignage des documents qui sont entrés dans le livre ; on devra faire le triage des sources, pour déterminer au juste ce qui est appelé « Loi de Moïse » dans les divers endroits où il en est question. Il est évident que les textes rendent témoignage à la tradition pour le temps où ils sont écrits, et qu'on doit bien étudier leur caractère avant d'affirmer l'existence de la même tradition, sous la même forme, au temps des personnages
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qu'ils mettent en scène. La loi que mentionnent les parties deuléronomistes du livre de Josué est le Deuléronome; dans les parties plus anciennes, il n'est rien dit delà Loi, et c'est un fait remarquable que Josué, avant sa mort, adjure les tribus ^ de rester fidèles à leur Dieu, sans invoquer Taiitorilé de la Loi, et en prenant à témoin de leur fidélité, non pas le livre divin, mais la stèle qu'il dresse sous l'arbre sacré de Sichem. Le témoignage de David, celui d'Ezéchias se présentent dans les mêmes conditions que celui de Josué : aucun texte historique remontant au temps de ces princes ne parle de la Loi. Quand les anciens prophètes emploient ce nom de« Loi », (( loi de lahvé », «loi de Dieu », ils n'ont ordinairement en vue que la religion traditionnelle et leur propre enseignement. Pour l'histoire de Josias, le récit des Rois est à peu près contemporain de ce prince ; mais la Loi dont il parle est le Deutéronome, non le Pentateuque tout entier. Tous les textes qui mentionnent la Loi et où cette désignation s'applique sûrement au Pentateuque sont de date relativement récente et représentent l'opi" nion qui s'est formée peu après l'époque d'Esdras ; on peut dire qu'ils la représentent sans l'affirmer authentiquement, la question littéraire se perdant en quelque sorte dans l'autorité religieuse du livre, qui