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neau enfonce une porte ouverte ; il établit un principe que pas un des critiques visés par lui n'a eu ridée de contester, que plusieurs ont formulé aussi nettement que lui. Il n'y a qu'une différence : elle consiste en ce que les critiques ont soin de distinguer la valeur testimoniale d'un texte, de son attribution à tel auteur, quand cette attribution n'est pas suffisamment garantie, tandis que le P. Méchineau s'efforce de confondre perpétuellement les deux choses, croyant avoir prouvé que telle attribution est indispensable à la démonstration chrétienne, parce que la valeur testimoniale du livre y importe nécessairement. C'est pourtant chose évidente que le fait : « Moïse a existé. Moïse a été le fondateur du peuple et de la religion israélites, Moïse a été l'organe de la révélation qui- se continue dans les prophètes, la tradition qui le montre dans ce rôle est redevable historiquement », et l'assertion : « Moïse a écrit le Pentateuque », n'importent pas également à la foi. La vérité ne trouve donc pas son compte à cette confusion de l'authenticité nominale avec l'autorité historique. La justice non plus, car c'est en voyant contester l'authenticité nominale du Pentateuque ou de tel autre livre, que le P. Méchineau s'est imaginé que les critiques ne regardaient plus les Livres saints comme des documents historiques. « Ce monstre d'erreur » ne répugne pas moins à leur sens chrétien qu'à celui du savant Jésuite.
Passant de ces considérations générales à la question particulière du Pentateuque, le P. Méchineau a cru pouvoir citer, comme représentant l'opinion des critiques catholiques, quelques lignes du fameux article de Mgr d'Hulst sur la Question biblique^ où le regretté prélat déclare que la révélation mosaïque ne peut plus « se défendre elle-même et toute seule »; et que « la valeur humaine du Nouveau Testament est beaucoup plus facile à vérifier ». D'un bond prodigieux, qui fait honneur à sa puissance de déduction logique, sinon à la sûreté de son raisonnement, le P. Méchineau conclut que les critiques renoncent « à établir directement l'authenticité, la valeur humaine de n'importe quel livre de l'Ancien Testament », à commencer par le Pentateuque, ce qui n'était pas la pensée de Mgr d'Hulst, et ce qui est moins encore celle des critiques. Personne aujourd'hui n'ignore, ou ne devrait ignorer, que Mgr d'Hulst, dans l'article cité, n'était l'interprète d'aucun exégète catholique ; la théorie de l'inspiration formulée par lui sous le nom de a l'école large » était un système tout nouveau, qu'aucun professeur de l'Institut catholique de Paris n'avait adopté auparavant et n'a adopté depuis. Mgr d'Hulst n'ayant été, en aucune façon, l'organe des critiques catho-. liques, ceux-ci ne sont pas responsables des erreurs involontaires qui ont pu se glisser dans son article. Il n'y avait pas lieu d'évoquer, dans la présente con-
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troverse, un mort qui, par son dévouement à TEglise et les services qu'il a rendus à la cause catholique, a bien mérité qu'on respecte la paix de sa tombe. M. von Hûgel el le P. Lagrange, Tauteur du présent article, dans son étude sur Renan historien d'Israël^ qui a paru dans la Revue anglo-romaine, n'ont pas fait autre chose que d'établir scientifiquement l'autorité de la tradition mosaïque. Les critiques ne songent nullement à sacrifier cette autorité ni, en général, celle de la tradition biblique de l'Ancien Testament ; ils ne sont pas disposés à admettre que le caractère surnaturel de la religion israélite ne soit garanti que par le Nouveau Testament, et non par le témoignage que lui rendent les documents de l'Ancien; ils n'ignorent pas que, si notre foi repose directement sur l'aulorité du Nouveau Testament, cette autorité se fonde en partie sur celles des anciennes Écritures, que les deux Alliances sont solidaires l'une de l'autre, et que l'autorité du Nouveau Testament serait en péril si celle de l'Ancien était nulle. D'où il suit que l'argumentation du P. Méchineau part encore d'un fait controuvé, d'un fait qu'il suppose gratuitement, et qui n'existe pas. Elle se termine dans un paralogisme analogue à celui que nous avons constaté pour la thèse générale. Il importe à la vérité surnaturelle de la religion israélite que la tradition concernant Moïse ait une base historique incontes-
table, et il suit de là que Thistoricité de la tradition est réclamée pour la preuve de la foi ; mais le P. Méchineau ne s'en tient pas à cette conclusion, qui est celle des critiques, et la seule qui semble pouvoir être lof^iquement déduite du principe posé ; il ne cesse pas d'impliquer la rédaction mosaïque du Pentateuque dans l'autorité de la tradition mosaïque. C'est toujours la même confusion et la même injustice. Le P. Méchineau, qui se couvrait du nom de M. Maurice Vernes pour ridiculiser la critique documentaire, appelle Renan à son aide pour montrer (ce que nul ne conteste) que la question du Pentateuque est, avec la question des Évangiles, <( le plus important problème qu'ait eu à résoudre la critique moderne », et pour livrer tout doucement à l'indignation de son public les « quelques catholiques que Ton voit faire chorus avec l'impiété et crier sus à l'authenticité du Pentateuque •>. Les critiques catholiques prennent garde seulement de confondre l'autorité de la tradition mosaïque avec l'attribution rédactionnelle du Pentateuque à Moïse.
Les réflexions du P. Méchineau sur les motifs de crédibilité qui recommandaient aux yeux des Juifs la religion traditionnelle sont une construction logique dont les Juifs eux-mêmes ne faisaient point usage, et qu'un historien, fût-il « homme de théologie », se serait abstenu de produire. Pour qu'il y eût une « apologétique de l'ancienne Loi » pareille à