‹ Études bibliquesChapitre 28 sur 54 · Il · texte numérisé non relu

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dans lesquelles Fauteur inspiré a exécuté son œuvre, et ce qu'il a prétendu faire. Un compilateur qui ne garantit pas autrement les données de ses sources ne se trompe pas si tel détail vient à ne pas se trouver conforme à Thistoire. u C'est en ce sens, remarque de nouveau le docte Jésuite, que j'avais parlé d'erreur relative. » Il voit avec satisfaction que le D'" Clarke se préoccupe maintenant de l'intention des auteurs sacrés ; il comprend que la théorie de l'inspiration économique, ainsi entendue, n'est pas condamnée dans l'Encyclique, et il lui reconnaît une solide probabilité théologique [solid probability in theological sensé).

Mais il reste toujours la question des lois. Le P. Lucas ne voit pas que le D^ Clarke ait encore expliqué comment on a pu présenter comme mosaïque à Josias une loi qui n'était pas de Moïse. Une autre lettre, de M. H. Williams, publiée dans le même numéro du Tablet^ demande à M. Clarke si ce qu'il a dit des discours de l'Ancien Testament s'appliquerait à certaines parties du Nouveau, par exemple au Magnificat et à tel morceau du quatrième Évangile. Une troisième lettre, censée écrite par un a étudiant », demande comment on s'y prendra pour reconnaître la vérité dans la Bible, s'il s'y trouve tant de choses qui ne sont pas vraies, bien qu'elles ne soient pas erronées.

M. Clarke répond (1*^ janvier 1898) que la Bible

ne contient que des choses vraies, mais que beaucoup de choses peuvent être mal comprises, et que l'erreur est dans cette fausse intelligence de la Bible. Ainsi présentée, la réponse est peut-être plus subtile que juste; car, après tout, les six jours de la créa^ tion sont dans là Bible, bien que l'auteur ne les enseigne pas formellement; rien dans l'Ecriture ne prévient l'interprétation erronée, qui était, d'après M. Clarke, l'opinion de l'écrivain sacré lui-même. Le P. Lucas aurait probablement tourné cette réponse d'une autre manière, et dit qu'il n'y avait pas erreur formelle dans la Bible, parce qu'il n'y avait pas intention d'enseigner l'opinion rapportée, bien qu'il y ait dans cette opinion même un défaut de connaissance qui équivaut, relativement à nous, à une erreur matérielle. Si les six jours ne sont pas dans la Bible comme un enseignement divin, on n'y dit pas non plus que ce soit une opinion simplement reproduite. Si Fauteur sacré n'a pas songé à les enseigner comme vérité de science, il n'a pas songé non plus à dire que ce n'était pas de la science. Il y a vu surtout un symbole très approprié aux vérités religieuses qu'il voulait inculquer à ses lecteurs. L'imperfection du symbole n'est apparue que dans les temps modernes.

En dépit de son « économie », la conception du D^ Clarke est encore un peu trop abstraite et mécanique ; elle ne s'adapte pas entièrement à la réalité

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du fait biblique. Ses considérations sur le critérium de vérité présentent le même caractère. Pour les choses de foi et de mœurs, nous dit-il, il y a renseignement de l'Eglise, le consentement des Pères ; là où ces guides font défaut, les règles communes de Texégèse. Pas un mot du sens historique de TEcriture, pour autant qu'il se distingue des conclusions doctrinales que TÉglise en déduit légitimement. Il est vrai que si M. Clarke avait dit que le sens historique de rÉcriture se détermine par les moyens dont dispose l'exégèse critique, et le sens dogmatique par la tradition de TEglise, « Tétudiant » se serait peutêtre efforcé de ne pas comprendre.

A M. Williams le D"^ Clarke répond que les cantiques de saint Luc ne sont pas dans les mêmes conditions que les discours de l'Ancien Testament; ils sont comme les psaumes reproduits au second livre des Rois : ce n'est pas l'historien qui les a composés. Quant aux discours évangéliques, ils ne sont pas rapportés mot à mot, mais en substance : la parabole du Semeur peut être débitée en une demiminute; il est permis de penser que le Sauveur Ta développée davantage. M. Clarke dit avoir été surpris par la question de M. Williams, et Ton s'en aperçoit; mais il a raison de dire que la rédaction des discours évangéliques, même dans saint Jean, n'a rien de commun avec le procédé littéraire dont il a fait l'application au discours de Salomon.

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Nous revenons enfin à la question du Penlateuque [Tablet du 29 janvier et du 5 février 1898). La Loi de Moïse était conservée par tradition orale plus encore que par écrit. La rédaction du Deutéronome put donc être présentée sans fraude comme la Loi de Moïse. Même la loi concernant l'unité du sanctuaire n'était pas une innovation absolue ; elle accentuait, pour subvenir aux besoins du temps et remédier aux abus, l'ancienne prééminence du temple. La tendance de la Loi mosaïque, dès le commencement, allait à l'unité du sanctuaire, à cause de l'arche qui était l'unique centre du culte national. Le Deutéronome lui-même laisse clairement entendre que l'autorisation de sacrifier en divers lieux n'a dû être retirée qu'après l'installation de l'arche à Jérusalem et la construction du temple. D'ailleurs, on ne peut pas dire que le principe de l'unité de sanctuaire domine tout le livre. Le but du Deutéronome est la répression de l'idolâtrie, qui était associée aux sanctuaires locaux. Le D"* Clarke s'engage dans une discussion un peu confuse sur la distinction des prêtres et des lévites dans le Deutéronome, où il n'y a aucun intérêt à le suivre pour le moment. Sa conclusion est que, pour le fond, le Deutéronome s'accorde avec les autres documents législatifs ; que, dans la forme et pour les détails, il est en rapport avec la situation religieuse du peuple juif sous les derniers rois de la dynastie davidique.

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La réponse aux difficultés du P. Lucas ne ressort pas très clairement de remarques exégétiques plus ou moins subtiles. Mais il ne faut pas nous en inquiéter. Le P. Lucas n'a pas renouvelé ses questions. Il a compris le D^Clarke, et âe Tétat des faits critiques il aura dégagé la formule qui conviendrait pour exprimer de façon satisfaisante, en langage théologique, la pensée de Texégète qu'il a si bien su interroger. Moïse a fondé la tradition de la Loi ; il était naturel qu'on en mît les rédactions successives sous la protection de son nom ; et la loi de l'unité du sanctuaire, déduite des principes posés par lui, a pu être d'autant plus légitimement placée dans sa bouche que les habitudes littéraires du temps ne permettaient pas de faire autrement.

N'est-il pas vrai que nos frères d'outre-Manche nous donnent un excellent exemple de controverse pacifique, et qu'ils ont une manière honnête, point banale, très sincère, très chrétienne, de traiter les questions bibliques?

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