‹ Études bibliquesChapitre 35 sur 54 · Dan. xi, 4-xir, 3, où Michaël est le champion de lahvé · texte numérisé non relu

Dan. xi, 4-xir, 3, où Michaël est le champion de lahvé

avec Israël contre Sisara '. Le point de vue s'est élargi; mais c'est le même sentiment de religieuse confiance qui a inspiré le vieux cantique et les prophéties plus récentes. C'est pourquoi l'expression même de ce sentiment se transmet avec lui de siècle en siècle, avec la même image de lahvé Sebaoth, le Dieu des combats victorieux.

Il est une autre victoire que lahvé a remportée à l'origine du monde et qu'il poursuit encore chaque jour: c'est celle qui éclate dans Tordre de la nature. On sait que les anciennes légendes de la création ne craignaient pas de mettre en scène lahvé domptant les monstres du chaos pour introduire l'ordre dans le monde ^. Cette lutte n'était pas finie, car les récits hébreux de la création, comme toutes les cosmogonies de l'antiquité, n'étaient pas autre chose, au fond, qu'une transposition, dans le passé le plus lointain, des expériences que Ton faisait dans le présent. La succession du jour à la nuit, celle du printemps à Thiver, la mort de la nature et sa résurrection annuelles étaient des œuvres divines : c'était par la puissance de divinités bienfaisantes, plus fortes que les esprits des ténèbres et de la mort, que la lumière, et Tordre, et la vie se produisaient dans le

\, JuG. V, 4-6 ; cf. 23.

2. Cf. Job. ix, 13 ; xxvi, 12-13 ; xxxviii, 8-11 ; Is. li, 9-10 ; Ps. Lxxiv, 12-17 ; LxURix, 7-8, 10-13 ; et le commentaire de ces passages, Mythes babyloniens^ 31-40.

l'espérance messianique d'après ERNEST RENAN 269

monde. La création n'était pas autre chose que ce grand œuvre à son début, quand les dieux avaient fait sortir des ténèbres le premier jour, que les contours du ciel et de la terre s'étaient pour la première fois dessinés, que, pour la première fois, la végétation printanière était sortie du sol, que les poissons avaient pris possession deTeau, les oiseaux de Fair, les animaux et l'homme du continent terrestre, malgré Tobstacle suscité dès lors, et avec une audace d'autant plus grande qu'il n'avait pas encore été vaincu, par les monstrueuses déités du chaos. lahvé, lui aussi, avait vaincu Rahab et ses auxiliaires ; il tenait la mer enchaînée. Quand viendrait le grand jour de sa gloire, il achèverait son œuvre dans la nature, et plus rien de ténébreux, de funeste, de malplaisant n'y subsisterait ^

C'est pourquoi Isaïe nous dépeint les animaux féroces transformés subitement en bêtes innocentes ^, comme on se figurait sans doute qu'ils avaient été au paradis terrestre ; les anonymes de la captivité feront fleurir le désert uniquement pour saluer le retour des exilés, et tous ceux-ci seront aiitant de rois dans la nouvelle Jérusalem ^ ; Ezéchiel fera de

1. Il est possible que la mythologie babylonienne ait contenu quelque trait analogue, mais on n'en a pas jusqu'à présent trouvé le moindre iiKlice. Le triomphe final d'Ahura-Mazda sur Ahriman, dans la croyance des Perses, accuse beaucoup plus de réflexion que l'eschatologie des prophètes.

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