Cf. AcT, XVII, 25-xix
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qu'elle ait eu encore un assez grand nombre de représentants, dans le même pays, vers la fin du premier siècle, nous n'avons pas lieu d'en être surpris, et ce sont plutôt pour nous de vieilles connaissances.
Si les disciples de Jean formèrent une secte, il n'en est pas de même des chrétiens que saint Épiphane a dénommés Aloges, et qui, pour enlever aux montanistes les témoignages que ceux-ci pensaient trouver en leur faveur dans les écrits johanniques, attribuèrent le quatrième Evangile et l'Apocalypse à Cérinthe. Leur opinion fut repoussée; mais on ne voit pas qu'ils aient formé groupe en dehors de l'Eglise. Après eux, le prêtre romain Caïus a pu dire que l'Apocalypse était de Cérinthe, sans être pour cela taxé d'hérésie. Il est évident que, de leur temps, le canon évangélique n'avait que la force d^une tradition respectable, non la consistance d'un dogme. Au lieu de les présenter comme des hérétiques, ce qu'ils ne furent probablement pas, il aurait fallu dire que leur opinion louchant l'origine de l'Évangile et de l'Apocalypse semble avoir été inspirée uniquement par des préjugés d'ordre théologique, ces écrits ne devant pas, selon eux, être d'un apôtre, mais d'un hérétique, puisque les hérétiques en tiraient si bon parti. Leur critique des livres de saint Jean ne reposait sur aucune donnée ou souvenir d'ordre historique. On aurait pu mentionner leur opposition
à côté du témoignage traditionnel, qu'elle éclaire ^ au lieu de mettre ces pauvres Aloges sur une même liste avec les adversaires modernes de Tauthenticité johannique.
Aux critiques contemporains qui déclarent ne pas comprendre comment un compagnon de Jésus aurait éprouvé le besoin de se définir à lui-même le Christ en tant que Verbe fait chair, et de prêter au Sauveur des dissertations subtiles sur ses relations avec le Père céleste, notre savant commentateur répond que la divinité de Jésus-Christ n'est pas enseignée pour la première fois dans le quatrième Evangile, qu'elle est déjà dans les Epîtres de saint Paul et dans les Synoptiques : n'est-il pas inconcevable, au contraire, que les disciples des apôtres aient appelé Dieu celui que les apôtres leur avaient fait connaître en qualité d'homme?
Force nous est de l'avouer, ce n'est pas en ces termes, si simples et si absolus, que la question se pose devant la critique la moins prévenue. Il ne s'agit pas de savoir si la divinité du Christ est supposée ou enseignée dans les Synoptiques, dans saint Paul et dans saint Jean ; il s'agit de la façon même dont cette divinité a été conçue, et du développement de cette conception à travers la littérature apostolique. X 'est-il pas vrai que, dans les Synoptiques, on la pressent comme une réalité vivante qui ne se traduit pas en théorie, tandis que, dan&
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saint Paul, elle se traduit, comme naturellement et nécessairement, en idée, mais en idée qui n'a pas de rapport direct avec la philosophie hellénique ; et que, dans saint Jean, elle a rencontré sa définition métaphysique, intelligible pour la science grecque, définition qui n'était pas dans les trois premiers Evangiles ni dans saint Paul, et qui atteste un travail de pensée, préparé sans doute, mais non réalisé encore par la tradition synoptique et l'Apôtre des Gentils? Les critiques les plus avisés sont bien obligés de reconnaître qu'il y a dans ce qu'ils appellent la conscience du Christ historique, telle que les discours de la Synopse nous la font entrevoir, quelque chose qui déconcerte et qui dépasse leur analyse, un rapport unique avec Dieu. C'est ce quelque chose, et, pour employer le mot propre, disons ce mystère, que saint Paul essaie de traduire et que saint Jean définit.
Les critiques trouvent que la définition est prise de loin, et qu'un pêcheur galiléen, associé au minis- *tère de Jésus, gardant l'impression vivante de son enseignement, n'est pas l'homme désigné pour ce progrès doctrinal. L^argument des critiques n'est qu'une présomption contre l'authenticité johannique du quatrième Évangile. Mieux vaudrait dire simplement qu'il n'est pas décisif, que d'y opposer l'invraisemblance d'une contradiction doctrinale entre les apôtres et les disciples des apôtres. L'hypothèse
de cette contradiction, qui ne correspond pas à Tétai réel des documents, n'est guère plus conforme à l'interprétation qu'en donnent les critiques. On se persuade que les disciples auraient dû inventer un dogme que les apôtres auraient ignoré. Mais la divinité du Christ n'est pas dans l'Ecriture un dogme abstrait, comme elle Test dans la définition de Nicée ; même en saint Jean elle se présente comme une réalité vivante, c'est-à-dire que, nonobstant l'élément spéculatif qui s'y introduit avec la notion du Verbe, elle reste substantiellement ce qu'elle était dans les Synoptiques. Bien qu'elle tende à devenir un dogme, elle ne l'est pas encore, si l'on entend par dogme, non le fait révélé dont s'entretient la foi agissante, mais la détermination philosophique de ce fait, qui s'adresse principalement à la raison croyante. Le symbole des Apôtres ne dit pas : « Je crois à la divinité de Jésus-Christ », mais : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant... et en Jésus- Christ son Fils unique. »
La comparaison du quatrième Evangile avec les* trois premiers révèle quantité de différences qui, après avoir exercé la sagacité des anciens interprètes, sont devenues pour la critique moderne autant d^objections contre l'authenticité johannique. Le P. Knabenbauer, on doit lui rendre cette justice, ne les a pas dissimulées ; mais, suivant la méthode que nous venons de lui voir appliquer, il s'attache plu-
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tôt à réfuter l'objection qu'à rendre compte du fait d^où résulte la difficulté ; aussi bien ses réponses ne sont-elles pas toujours dans le droit fil de la question.
Les critiques observent, par exemple, que la puissance miraculeuse du Christ paraît agrandie dans le quatrième Évangile. Pour détruire cette assertion, le docte commentateur cite tels et tels miracles de rhistoire synoptique. Mais c'est plutôt le mode d'exercice que le pouvoir même, où une différence esta constater. Les cas de possession diabolique, si nombreux dans la Synopse, n'ont pas une mention dans saint Jean ; les autres sortes de miracles sont représentées par un cas typique, auquel est joint d'ordinaire un enseignement particulier ; Jésus lui-même prend l'initiative du prodige, tandis que, dans la Synopse, les miracles, non liés à la doctrine, sont provoqués, en quelque façon, par ceux qui les demandent. On peut donc faire la critique des critiques et montrer qu'ils ont mal caractérisé les différences qui existaient entre la Synopse et l'Évangile johannique au sujet des miracles ; mais il convenait de constater aussi le véritable caractère et la portée de ces différences, qui tiennent sans doute au but didactique et polémique de l'Évangile.
De même, quand les critiques disent que le Christ johannique, parlant, dès le commencement, de son origine céleste, ne ressemble pas au Christ synop-
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Ikjue, qui n'avoue sa qualité de Messie, et seulement devant ses disciples, que peu de temps avant de terminer sa carrière, on peut répondre que saint Jean raconte ce que les autres évangélisles ont omis ; mais il vaudrait mieux déterminer avec précision les traits caractéristiques de la prédication du Sauveur selon la Synopse, et de son enseignement selon le quatrième Kvangile. Il y a un enseignement hiérosolymitain dans la Synopse, et un enseignement galiléen dans rKvangile johannique ; le premier ressemble à Tenseignemenl galiléen fourni par la même source, et le second à renseignement hiérosolymitain qui lui est associé : ladifterencene vient donc pas, du moins pas uniquement, de ce que Jésus a voulu donner aux chefs de la Synagogue les témoignages les plus abondants de son oriiîine et de sa mission divines, vu que les mêmes témoignages sont supposés avoir été offerts aux Juifs de Galilée : elle doit être en rapport avec les conditions mêmes de la rédaction des Evangiles et le but que les auteui*s ont eu en vue, la méthode qu'ils ont suivie.
Tant que cette différence de caractère n'est pas clairement analysée, on peut opposer plus d'une vérité aux conclusions incomplètes ou erronées de la critique : on laisse inexpliqués des faits qui sautent aux yeux du lecteur le plus novice. Le but du commentateur ne doit pas être de prouver l'homogénéité parfaite des quatre Evangiles, tant pour le fond que
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pour la forme ; car si cette homogénéité était absolue, elle n'aurait pas besoin d'être prouvée ; l'interprète a plutôt à expliquer les divergences, qui ne sont pas des contradictions pour qui sait les bien entendre, et qui ne sont pas pourtant de simples apparences sans réalité. C'est faire trop d'honneur à certaines hypothèses rationalistes que de les combattre en détail, et l'on peut même les réfuter congrûment l'une après l'autre sans toucher au fond du problème johannique. Les critiques sérieux n'accordent maintenant qu'une importance très secondaire à la question d'auteur, et ils commencent à se préoccuper davantage de l'Évangile pour lui-même et pour son contenu. Ramener tout à l'affirmation ou à la négation de l'origine apostolique est rapetisser singulièrement le problème et ne le poser pas dans son vrai jour.
Une autre erreur de méthode, que l'on remarque dans beaucoup de publications catholiques relatives à l'Ecriture sainte, consiste à faire une place très large aux données d'une érudition toute matérielle, qui recouvre d'un voile très opaque et très lourd la Bible et son contenu, qu'elle est censée éclairer.
liOi tnriDKâ BIBUQUES
Nous avons des manuels et des commentaires bourrés de noies, de ivfêrences, d'indications bibliogra- |)lui|ues, ce que nous croyons être tout l'attirail de la science mi>denu\ surtout de celte science allemande, pour laquelle nous affectons une médiocre estime et que nous ci\)yons pourtant devoir imiter. Si loul liviv esl mal fait qui contient des choses inutiles ou qu'on ne lait pas contribuer à Tintelligence du sujet traité ; si toute science est de mauvais aloi qui awiuuule des données incohérentes et d'où ne jaillit aucune lumièiv, nos publications scripturaires les plus vantées ont quelques chances de n'être pas sans détauls. Le i\>mmentaii»e du P. Knabenbauer, hàlons-nous de le dire, est plein d'érudition, mais il n*en est pas encximlnv, bien moins encore en estil aveuglé: on ne ti*ouvemit même pas qu'il en est chargé, si Ton vovait mieux la signification de certains renseignements qui sont apportés sans que l'auteur paraisse en faiiv usi\ge.
Des matériaux considérables de critique textuelle V ont été rassemblés. Le texte î^i'ec du manuscrit Vatican esl imprimé à coté de la Vidgate ; les variantes notables des autres manuscrits et des anciennes vei^sions sont indiquées au bout de chaque paragraphe : à pi\>pos de la section de l'Adultère, les renseignements sont aussi détaillés, peutêtre plus, que dans les plus doctes commentaires proleslants. El pourtant la critique du texte évangé-