L^ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 30S
lique est à peine ébauchée; les témoins' sont cités, mais les témoignages sont peu discutés ; il se trouve généralement que le manuscrit Vatican ou la Vulgate ont raison, sans que Ton voie bien pourquoi.
La tradition qui a maintenu jusque dans l'édition sixtine, nonobstant Fobscurité du sens, la lecture : Sine ipso factum est nihil ; quod factum est in ipso vita erat^ est très lestement déclarée inadmissible, comme détruisant la connexion des idées. Encore faudrait-il s'assurer que cette connexion des idées est celle qu'a perçue l'évangéliste. On pourrait trouver que renchaînement des pensées est rompu par l'assertion que rien ne prépare : In ipso vita erat^ et qui n'introduit pas naturellement la proposition suivante : Et vita erat lux hominum. L'emploi de l'anacoluthe n'est pas rare en saint Jean. Si nous traduisons : « Tout a été fait par lui, et sans lui rien n'a été fait ; en ce qui fut fait (c'est-à-dire dans le monde) fut la vie, et la vie était la lumière des hommes », la leçon des anciens Pères ne paraît pas déjà si absurde. Mais comme la vie et la lumière se trouvent désigner plutôt le Verbe incarné, les belles choses qu'on nous dit sur l'institution de l'ordre surnaturel au commencement du monde ne viennent plus à propos.
Un peu plus loin, à seule fin d'autoriser une autre doctrine théologique, on écarte l'assertion de fait, beaucoup plus naturelle et mieux d'accord avec
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le contexte : « La vraie lumière, qui éclaire tout homme, venait dans le monde, etc. » En commentant un autre passage du prologue : « Qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu », on oublie de dire que TertuUien et saint Irénée, probablement aussi saint Justin, lisaient le verbe au singulier et appliquaient ce passage au Sauveur lui-même. Encore dans le prologue, le « Monogène Dieu », du manuscrit Vatican, se produit à côté de Vunigenitus Filius, sans qu'un avis soit émis sur cette variante : le commentaire ne parle que du Fils unique. Il nj a pas, à proprement parler, de discussion sur le verset de Fange, dans l'histoire du paralytique de Béthesda : on nous dit que ce verset est requis pour la clarté du discours, et Ton n'explique pas comment ce verset indispensable a pu être omis dans un grand nombre de manuscrits.
Le problème critique auquel donne lieu la section de la Femme adultère n'est pas nettement circonscrit : on nous signale bien les manuscrits qui ont cette péricope et les manuscrits qui ne l'ont pas, les Pères qui l'ignorent et ceux qui l'ont connue ; mais on ne montre pas comment il appert, de l'ensemble des témoignages, qu'elle a manqué très longtemps dans la tradition grecque du texte johannique, et qu'elle a manqué aussi d'abord à la tradition latine, à l'ancienne Vulgate, comme aux plus anciennes
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versions orientales. On affirme qu'il est plus facile d'expliquer Tomission que Taddition, et Ton parle, après saint Augustin, de ces maris faibles dans la foi, ou ennemis de l'orthodoxie, qui ont retranché ce morceau de l'Evangile, pour que leurs femmes n'y trouvent pas un encouragement au désordre : comme s'il y avait là autre chose qu'une hypothèse assez naïve pour expliquer après coup un fait traditionnel dont on ne voyait pas la véritable signification.
Une autre hypothèse, plus savante, sinon plus solide, que le P. Knabenbauer s'est abstenu de citer, se fonde sur le lectionnaire grec, où la lecture évangélique comprise dans la liturgie de la Pentecôte est formée par la dernière partie du chapitre VII, à laquelle s'adjoint le verset 12 du chapitre VIII, la section de l'Adultère se lisant dans l'office des pécheresses sanctifiées : on suppose que l'omission, pratiquée en vue de l'usage liturgique, se serait perpétuée dans les manuscrits ^ Mais cette conjecture se retourne contre la thèse qu'elle veut appuyer: il faudrait admettre, sans preuve et contre toute vraisemblance, que le lectionnaire d'Antioche et de Constantinople remonte à la plus haute antiquité, qu'il a influencé toute la tradition, même la tradition latine, qu'il est également ancien dans toutes
l. Cette hypothèse, née en Angleterre, a été combinée avec la précédente par l'abbé P. Martin, Introduction à la critique textuelle du Nouveau Testament, Partie pratique, I, iv.
ses parties, et que la distraction de quelques copistes a suffi pour compromettre, au degré que nous voyons, la conservation d'un morceau considérable de rÉvangile ; tandis que la leçon grecque de la Pentecôte a été visiblement constituée sur un texte qui ne contenait pas la section deutérocanonique, et de là vient que le verset 12 du chapitre VIII y suit la fin du chapitre VÏI : l'histoire de l'Adultère est employée dans l'office des saints, parce que cette partie du leclionnaire est moins ancienne que l'office du temps.
Le P. Knabenbauer essaie, après beaucoup d'autres, de trouver quelque point d'attache entre la péricope et son contexte. Mais il est aisé de voir que le discours qui la suit rejoint immédiatement les controverses du chapitre VII : le Sauveur y répond indirectement à toutes les objections qui ont été faites contre sa dignité messianique, aussi bien à ce qui s'est dit dans le sanhédrin qu'à ce qu'on a murmuré auprès de lui. -L'incident de la femme coupable brise violemment cette perspective, moins par ses données chronologiques que par son objet même et par sa seule présence. Si la suture du commencement ^ empêche F intercala tion d'être trop sensible, l'hiatus à la fin n'en est que plus remarquable. Les pharisiens qui avaient amené la femme ont disparu ; Jésus est resté seul, la femme elle-