Jean, xix
2. Elle est même expressément définie par le concile de Vienne, ce que le P. Knabenbauer n'a pas remarqué.
bènbauer s'efforce d'établir, par voie démonstrative, qu'il n'y a pas allusion à ce trait dans le passage de la première Épître johannique où il est parlé du triple témoignage que rendent au Christ l'Esprit, l'eau et le sang. Puisqu'il est question de l'Esprit, nous dit-il, l'allusion se rapporte au baptême de Jésus, et le sang n'est pas celui qui est sorti par l'effet du coup de lance, mais celui que le Sauveur a versé avant d'expirer.
On peut répondre que le sang est bien plutôt celui dont saint Jean a parlé dans l'Evangile, et que le témoignage de l'eau se joignant à celui du sang, cette eau doit être celle qui est venue avec le sang, et non pas l'eau du Jourdain, d'autant que celle-ci ne rend au Christ aucun témoignage particuKer. Mais, quand il s'agit des écrits johanniques, il ne faut pas se hâter de dire qu'un sens exclut un autre sens. Les trois témoins sont représentés matériellement dans le récit de la passion par le souffle que rend Jésus expirant, par l'eau et le sang qui sortent de son côté après le coup de lance * ; en même temps, c'est l'Esprit lui-même qui rend témoignage par celui qui a vu, et l'Esprit qui donne efficacité aux sacrements figurés par l'eau et le sang.
1. Il y a encore une allusion au coup de lance dans Jean, vu, 37-38, qu'on doit sans doute lire,. avec l)eaucoup d'anciens témoins : <( Siquis sitit, veniat ad me, et bibat qui crédit in me. Sicut dicit Scriptura : Flumina de ventre ejus fluent aquœ vivae. » La citation paraît devoir se rapporter à Jésus. Mais nous ne voulons pas discuter ce passade.
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Les trois témoins réels sont donc TEsprit-Saint, Feau du baptême et le sang de Teucharistie, TEsprit agissant dans les deux sacrements, ce qui fait Tunité du témoignage. L'Epître se réfère directement à ces trois témoins et aux faits sensibles qui les figurent ; ce qui ne Tempêche pas d'atteindre aussi le baptême de Jésus, qui marque la première action souveraine de l'Esprit dans Teau, et sa mort, qui inaugure, par le moyen de Teucharistie, l'action de l'Esprit dans le sang. L'unité se l'ait dans la pensée de Técrivain sacré par l'accord permanent de ces termes : esprit et eau, esprit et sang, esprit, eau et sang, relativement au Christ et à ses élus. Le premier groupe est expliqué dans le témoignage de Jean-Baptiste et dans le discours à Nicodème ; le second dans le discours sur le pain de vie ; le troisième, c'est-àdire les deux premiers réunis en un, est figuré dans la scène du Calvaire et formellement défini dans la première Épître : « C'est lui, Jésus-Christ, qui est venu par l'eau et par le sang ; non dans l'eau seulement, mais dans l'eau et dans le sang ; et c'est l'Esprit qui rend témoignage (ce témoignage a été rendu au Christ venant par Veau, à l'occasion de son baptême, et au Christ venant par le sang, à l'occasion de sa mort ; mais il est actuel et durable dans l'eau baptismale et le sang eucharistique), parce que l'Esprit est la vérité. Car les témoins sont
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trois : l'Esprit, Teau et le sang, et les trois sont
un
Œuvre unique dans la Bible par l'originalité de sa conception générale, la profondeur de ses développements et l'intensité du sentiment mystique dont il est pénétré, le quatrième Evangile avait tout à craindre des critiques modernes qui ne pouvaient manquer de méconnaître son véritable caractère, en lui appliquant leur logique étroite de philosophes raisonneurs et d'historiens méticuleux. Saint Jean n'a été rien moins qu'un philosophe à système ou un historien curieux du fait matériel ; il est avant tout le témoin du Christ, et son témoignage est une partie de celui que l'Esprit de vérité rend au Verbe fait chair. La tradition chrétienne l'a mieux compris, à beaucoup d'égards, que la critique d'aujourd'hui. C'est pourquoi les commentateurs catholiques, sans perdre de vue les mouvements de l'exégèse ra'tiônaliste, feraient sagement d'entrer plus avant dans l'esprit des anciens Pères, qui est l'esprit du quatrième Evangile ; sinon ils s'exposent, eux aussi,
1. Voici comment ce passage est lu dans le traité De rebaplismate (contemporain de saint Gyprien etconservé parmi les œuvres de ce Père; voir éd. llartel, Appendix, 87) : u Hic est qui yenit per aquam et sanguinem, Jésus Christus, non in aqua tantum, sed in aqua et sanguine. Et spiritus est qui testimonium perhibet, quia spiritus est veritas : quia très testimonium perhibent, spiritus et aqua et sanguis. Et isti très unum sunt. » Saint Gyprien a fait application de ce dernier membre de phrase à la Trinité [De cath. Ecclesiœ unitale, 6. Ha r tel, 215.)
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à rapetisser dans leur exégèse la plus haute pensée religieuse qui ait été exprimée en langage humain. Grand est TÉvangile et grande la tradition qui lu conserve. Gardons-nous de les enfermer dans le cadre étroit de notre propre doctrine ; élargissons plutôt notre esprit à leur mesure.
Le commentaire que nous venons d'étudier esl un monument d'exégèse savante et traditionnelle. Si nous y avons noté quelque défaut au point de vue de la science et de la tradition, ce n'est pas pour en déprécier le mérite, qui est incontestable. Mais de tels travaux semblent parfois s'annoncer comme des archétypes absolus, des miroirs de critique orthodoxe. Ils n'ont pas ce privilège de perfection obligatoire, et nous avons dit pourquoi,