LA QUESTION BIBLIQUE ET L INSPIRATION DES ÉCRITURES
Au commencement de cette année (1893), Mgr d'Hulst, dans le Correspondant^ et après lui, d'autres théologiens, dans diverses revues catholiques, ont traité la question biblique par rapport au dogme de rinspiration. Quoique ce point de vue soit très important, ce n'est pas le seul d'où Ton puisse envisager le sujet; peut-être même l'intérêt principal de la question doit-il être cherché ailleurs'. C'est pourquoi, après avoir analysé brièvement les dernières controverses, j'essaierai de dire en quoi consiste
* 1. Leçon de clôture du cours d'Écriture sainte à la Faculté de théologie catholique de Pari», pour l'année 1892-1893, publiée dans V Enseignement biblique^ nov.-déc. 1893.
* 2. On remarquera que la majeure partie de l'Encyclique de Léon XIII sur l'Écriture sainte est consacrée à recommander les études bibliques et à tracer la méthode qu'on doit suivre en s'y appliquant. La question théologique de l'inspiration y est traitée de façon très sommaire. Le pape, affirmant avec autorité la doctrine traditionnelle de l'Église, a enseigné simplement que la Bible est inspirée tout entière et qu'elle ne contient pas d'erreurs. Au fond, l'Encyclique Providentissimus Deus n'a pas modifié l'état de la question théologique ; elle n'a fait que le formuler clairement. La liberté de l'exégèse catholique n'a été ni augmentée ni diminuée par lès déclarations pontificales.
surtout la question biblique, quels sont les moyens dont on dispose pour la résoudre, enfin comment il est possible d'écarter les difficultés qu'elle présente au point de vue théologique.
C'est bien une question de théologie qui a été examinée récemment dans les revues et les journaux catholiques, sans être résolue. Il s'agissait de savoir si le dogme de l'inspiration permet ou ne permet pas de croire qu'il y ait des erreurs dans la Bible.
Ceux qui croient à l'existence^ d'erreurs dans les Livres sainte ne s'accordent pas entre eux. Les uns ont fait ces erreurs presque imperceptibles, les réduisant à de légères méprises ou distractions de l'écrivain sacré. Saint Paul, réclamant son manteau et ses livres à Timothée, aurait pu dire que ces objets se trouvaient chez Carpus à Troas, oubliant qu'il les avait laissés ailleurs.
D'autres admettent des erreurs plus considérables. Les auteurs bibliques, en tout ce qui touche aux sciences de la nature, auraient partagé les opinions de leur temps qui aujourd'hui sont reconnues fausses, et, de ce chef, il y aurait dans la Bible quantité d'énoncés en contradiction avec la vérité scientifique.
LA QUESTION BIBLIQUE ElT l'iNSPIRATION DES ÉCRITURES 141
On lit, en effet, dans rÉcriture, que la terre est à jamais immobile; que Dieu Ta fondée sur les eaux; que les cieux la couvrent comme un pavillon ; que les astres sont de simples luminaires destinés au service de la tërrfe, et dont les plus grands sont le soleil et la lune ; que le monde a été créé en six jours, ce qui réduit à cinq jours Thistoire du monde avant l'apparition de Thomme sur la terre, etc.
Quelques-uns enfin vont jusqu'à dire qu'il y a dans la Bible des erreurs de fait plus graves que les obiter dicta dont il était question tout à l'heure. Les récits de la création n'auraient rien d'historique, et le déluge aurait été aussi tout autre chose que ce que l'on raconte ; les patriarches antédiluviens et plusieurs des postdiluviens n'auraient pas existé, mais pourraient être la personnification de peuples, de villes, d'événements historiques très reculés. On dit aussi qu'il y a une chronologie biblique pour les temps primitifs, et que cette chronologie est insuffisante, artificielle, inexacte. On a relevé certaines contradictions qui se trouvent dans les livres historiques de l'Ancien Testament. Le livre de Samuel se contredit quand il présente David comme écuyer de Saûl, qu'il fait ensuite dire au roi, lorsque David s'avance contre Goliath : « Quel est donc ce jeune homme? » et qu'Abner, commensal de Saiil et de David, répond : « Je n'en sais rien ^»