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ETUDES RELATIVES A LA TRADITION CHRÉTIENNE

SECTION PREMIÈRE

LE PAPE S. GAri/3TE ET LES PHILOSOPHUMENA

ARTICLE PREMIER

HISTf RIQUE ET ÉTAT DE LA QUESTION

Sommaire. — L Le pape S. Caliiste jusqae-là popaUire, poursuivi depuis quinze ans avec S. Zéphyrin son prédécesseur, M. de Bunsen, M. Wordsworth, M. de Rémusat, M. Réville. — II. Les Philosophumena ou réfutation de toutes les hérésies, œuvre importante, mais incorrecte, attribuée ^ S. Hippoiyte, mon martyr. Travaux duB** Doelliager, de M. Cruice, du P. Armeliini. M. Rcville disciple de Baur, va de l'arbitraire aux contradictions et aux bizarreries : hostile à Ste Félicité, à Ste Perpétue et à S. Caliiste, il est favorable au brouillon Paul de Samosate. But: dérendre S. Caliiste en grande partie, par les Philosophumena.

De tant de saints pontifes qui gouvernèrent TÉglise de Rome au m® siècle, et dont plusieurs l'arrosèrent de leur sang, il n'y en eut pas de plus populaire que celui dont nous inscrivons le nom en tête de cet article.

Malgré la courte durée d'un règne de cinq ans (de 218 à 223), il laissa après lui un nom si universellement vénéré, que sa gloire éclipse en quelque sorte celle de ses successeurs, jusqu'au grand Sylvestre, le contemporain et Tami de Constantin. S'il fut calomnié de son vivant et après sa mort, comme nous en avons aujourd'hui la preuve, ces calomnies ne firent aucune impression sur un peuple qui le connaissait; elles ne laissèrent aucune trace, et disparurent dans Tadmiration générale pour ses vertus *.

Cette . mémoire si pure, couronnée ^'une auréole seize fois séculaire, sera-t-elle flétrie? Ce reflet du ciel, ne sera-ce plus qu'un jeu d'optique qui se dissipe?

Plusieurs s'en îlattent, et depuis douze ans ne se lassent point de produire contre saint Calliste, et contre saint Zéphyrin son prédécesseur, des pièces de conviction qu'ils disent accablantes^.

A les en croire, Zéphyrin fut un vieillard faible d'esprit, avare, ignorant, dominé par un ministre indigne, qui abusa de sa confiance au point de l'entraîner dans l'hérésie. €alliste est plus noir encore. Intrigant, habile, astucieux, élevé par la brigue au sommet des dignités ecclésiastiques, il sacrifia les règles de la discipline, et de la morale même la plus vulgaire, au besoin de se créer un parti; il sacrifia jusqu'au dogme le plus fondamental de notre foi, et nia hautement la Trinité des personnes en Dieu. Gouverné par de tels

* Voir une dissertation du chev. J.-B. de Rossi, analysée dans la Civiltà Cattolica, Ser. III, v. XI, p. 363-64.

2 Bunsen ; Hippolytus and his âge.., London, 1852. — Wordswûhth; 5. Hippolytus and the church of Rome in the earlier part of the third century. London, 1853, etc.

pasteurs, quel pouvait être le troupeau? Quel tableau nous en fait -on? L'Église de Rome, toute l'Église catholique qui la suit, n'est plus qu'une cité de confusion, une Babel od l'on parle toutes les langues, où rien n'est fixe, ni l'enseignement qui flotte incertain entre les opinions les plus contradictoires, ni la forme du gouvernement qui tend à grands pas, nous dit-on, vers l'absolutisme épiscopal, mais retient encore une large ^ part du presbytéranisme primitif; ni la règle des mœurs, qui fléchit dans la main trop complaisante et trop molle de chefs ambitieux et intéressés*.

L'Angleterre et TAUemagne ont retenti de ces accusations, dont les journaux français se sont faits plus d'une fois les bruyants échos ^, H y 3' P*^^ de mois

* C'est ridée qu'en donne M. Alb. Ré ville, dans la Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1865.

2 Les catholiques. sont accoutumés à prendre patience. Ils se taisent longtemps, et leur silence, qui passe pour un aveu, enhardit à l'attaque. Quand le moment arrive où la conscience ne leur permet plus de se taire, leurs réponses, pour être véridiques, démasquent de telles erreurs qu'elles risquent fort, aux yeux des indifférents, de passer pour trop mordantes, et pour injurieuses. L'ennemi confus se fait un rempart des lois de la bonne compagnie qu'il prétend violées. M. Ch. de Rémusat écrivait ce qui suit, à propos des Philosophumena, dans la Bévue des Deux-Mondes^ 15 juin 1863 :

« On conçoit ' la sorte de rumeur que l'apparition d*un tel » ouvrage a pu causer dans le monde savant, et devrait pf o- » duire dans le monde dévot, bi ces deux mondes n'étaient pas soi- » gneusement séparés» Quel scandale en effet, s'il fallait admettre

> qu'un saint et un martyr, comme Hippolyte, eût caractérisé

> si sévèrement un autre saint et im autre martyr comme saint » Gallistel II aurait osé écrire d'un pape qu'il avait passé de

> l'erreur de Sabellius à celle de Novatusî » (sic.) Et un peu plus loin : « Les bonnes âmes s'en tireront en disant, comme » font d'ordinaire nos docteurs français sur ces sortes de quesi tions, que ces saints personnages ont bien pu avoir quelque » désaccord spéculatif, mais qu'ils se sont enfin réunis dans l^

(15 juin 1865), la Revue des Deux-Mondes renouvelait ces attaques dans un article signé de M. Albert Réville. L'auteur n'est pas à son premier essai. Entre autres ouvrages sortis de sa plume, il s'en trouve un sur l'Évangile de saint Matthieu, honoré du suffrage de M. Renan. C'est là qu'avec un sérieux comique, le frivole auteur de la Vie de Jésus, qui n'aime pas à s'occuper

» charité, dans la foi, dans le martyre et dans la gloire, puis- » qu'ils sont également canonisés. »

Les bonnes âmes auraient bien eu quelque chose de mieux à dire, et les docteurs français auraient pu répondre, sans cesser d'être français, que passer de Sabellius à Novatus, c'était aller du coq à l'âne ; qu'Hippolyte, et non Galliste, a été un précurseur de Novatus. Ils n'ont rien dit; et M. Révillo les en a récompensés par la diatribe à laquelle nous allons répondre.

Quand parut au contraire « la Vie de Jésus », le scandale fut tel, et les trompettes de l'impiété firent retentir de tels airs de triomphe, que les chrétiens fufent obligés de parler. Gela suflBt aujourd'hui pour qu'on les accuse d'avoir substitué les injures aux arguments, la passion à la raison. « Bientôt, « lisons-nous dans la Revue des Deux-Mondes, 1er sept. 1865, « bientôt sans doute » l'attention générale sera ramenée avec éclat sur cette époque » (des origines du christianisme) cofiime elle le f ut il y a deux ans » sur la vie de Jésus-Christ. Les polémiques auxquelles nous » avons assisté vont recommencer. Les discussions seront de » nouveau remplacées par les disputes. Gomme c'est l'usage, le

> bruit assemblera les badauds. La science, qui ne reconnaîtra

> plus là son public ordinaire, et que d'ailleurs le tumulte effa- » rouche, ne tardera pas à s'éloigner, etc. »

C'est en ces termes que M. Gaston Boissier annonce la prochaine apparition du Ile vol.- de M. Renan. Ne croirait-on pas que tout le bruit vient de notre côté, et que toute la science est contre nous ? Maigre ce qu'un tel compliment a de peu gracieux, je ne dirai rien de blessant à M. Boissier. Sauf la première et la dernière page, je louerai môme presque sans réserve le corps de son article destiné à nous faire connaître le pr vol. de la RoMA sotterranea. de M. le chevalier de Rossi. Il a suivi un guide sûr, et si tous en avaient d'aussi bons, nous serions ' bien vite d'accord.

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de minuties, nous renvoie pour les preuves et pièces justificatives. Non que M. Réville soit un ennemi de Jésus- Christ. Il Ta prêché, dit-on, et le prêche peut-être encore dans une de ces Églises séparées qui reçoivent rÉvangile de toute main *. Mais il ne fait cas ni de ses dogmes, ni de ses institutions, toutes choses « desti- » nées à périr, sous l'action dissolvante du temps et de » son inexorable logique, » Il ne prend de l'Évangile que le noyau, que le suc le plus exquis ; c'est-à-dire que, marchant tpujours de front avec son digne ami, M. Renan, il le réduit tout au sentiment. L'histoire, de gré ou de force, sortira pour lui de cette idée mère. Et puisqu'elle doit à la critique moderne de lui avoir ouvert cette voie, honneur à la critique moderne t C'est l'idole de M. Ré ville, non toutefois une idole muette : car elle lui dévoile le passé en des termes aussi clairs, ou peu s'en faut, que les anciens oratfles dévoilaient l'avenir. Aussi comme il entonne un hymne à sa gloire ! Comme il se rit agréablement de ces honnêtes gens qui « en ont tellement peur qu'ils finiront par en faire une puissance du premier ordre! » Comme il saisit avidement la belle occasion qui se présente « de la montrer à l'œuvre I » Ce n'est rien moins qu'une révélation qu'il nous promet sur ïétat de la société chrétienne et de ses croyances au commencement du m* siècle, « époque » encore si mal connue naguère, mais que l'érudition )> contemporaine éclaire désormais d'un jour, sinon » complet, du moins suffisant pour avancer en toute » sécurité. » (P. 893.)

4 C'est un trait distinctif de notre époque que cette classe d'hommes qui ont toujours les deux mains ouvertes, et qui touchent deux salaires en même temps, l'un poHr annoncer Jésus- Christ en chaire, et l'autre pour le vendre sur la. place publique.

Pourquoi ce ton de demi-prophète? Quel jet de lumière a percé les ténèbres de cet âge, et assuré les pas du voyageur qui l'explore? Le voici : un écrit a-été découvert, important, ancien, fait à Rome par un homme qui se pose en face du pape saint Galliste, comme son accusateur public et son adversaire déclaré. De toutes les hérésies que cet écrit a pour but de combattre, celle que l'auteur impute à son rival est naturellement celle qu'il déteste le plus. Mais ce grief n'est pas le seul dont il le charge. Il s'étend sur l'histoire de sa vie, remonte aux années de sa jeunesse, en raconte avec un tour malin les piquantes aventures,. arrive à ses jours de grandeur, et recueille dans les actes de son gouvernement une ample matière à sa censure. Qu'on ne dise pas qu'un libelle diffamatoire anonyme est toujours suspect; car l'auteur de celui-ci, sans se nommer, se distingue fort, bien des pamphlétaires vulgaires. Sa science est assez vaste pour que plusieurs aient attribué son traité au grand Origène. C'est un écrivain de mérite, fort mêlé aux controverses religieuses de son époque. Il a précédemment composé d'autres ouvrages auxquels il renVoie ça et là, s'honore de la dignité d'évêque, et se pose sur la scène comme y jouant un des premiers rôles. Le nom de cet homme doit être gravé quelque part dans les monuments ecclésiastiques, •et l'on pouvait sans trop de présomption se flatter de l'espérance de l'y découvrir. On se mit donc à cette recherche avec zèle; môme chez plus d'un le goût de la vérité toujours belle fut réveillé, soutenu, stimulé par

d'autres motifs faciles à deviner. Toutes les convenances de position, de doctrine, de style ont été interrogées, étudiées, et la critique, après quelques fluctuations inévitables, a rendu son arrêt qui semble définitif. Or, le nom qu'elle a prononcé s'est trouvé être celui d'un saint illustre, d'un martyr que l'Église a inscrit dans ses fastes. Seul, saint Hippolyte a satisfait à toutes les conditions du problème, et l'ouvrage connu sous le double titre de « Philosophumena, » et de « Réfutation de toutes les hérésies*, » lui a été adjugé. Que de fervents catholiques, émus d'une douloureuse surprise, aient protesté d'abord contre ce jugement jusqu'à plus ample examen , qu'ils aient manifesté du doute, de l'incrédulité, cela se conçoit. Ils défendaient trois noms chers à leur piété, les noms de trois martyrs. Ils entendaient les cris de joie de ces superbes Goliaths qui s'imaginaient avoir trouvé l'arme dont ils dissiperaient le camp d'Israël. Mais les rôles devaient changer. La justification des deux pontifes incriminés

4 L'ouvrage a déjà eu trois éditions. La lf« a paru à Oxford en 1851; eUe est due aux soins de M. Miller, membre de Tlnstitut, auquel revient l'honneur de la découverte du manuscrit. MM. L. Duncker, et F. G. Schneidewin, professeurs à Gœttingue, ont publié la 2", en 1859. Ils l'ont accompagnée d'une traduction latine littérale et généralement exacte. M. l'abbé Gruice, depuis évoque de Marseille, éditait en môme temps, à l'imprimerie impériale de France, le texte grec avec une traduction latine moins littérale, mais plus élégante. Chacun des trois éditeurs a fort avancé la correction du texte, extrêmement corrompu dans le seul manuscrit qu'on en possède. Et toutefois il reste encore beaucoup à faire pour achever ce travail de révision. Je dois à l'habile helléniste, M. l'abbé Nolte, qui a luimême étudié le manuscrit avec une attention minutieuse, quelques bonnes leçons dont je ferai usage dans cet article.

L'ouvrage est divisé en dix livres. Les endroits relatifs à Noëtus, à Sabellius et à Galliste se lisent au IXe et au X® livre,

ressortait de l'acte même d'accusation. Il fut facile à leurs apologistes d'en convaincre les hommes droits et désintéressés*. En ce qui touche Hippolyte, il suffit d'en appeler aux plus anciennes traditions, pour distinguer en lui deux personnages fort opposés ; d'abord le sectaire dur, hautain, enflé de sa science et rebelle à l'Église; puis l'humble pénitent qui abjure, son erreur, la déteste, de vaut tous ceux qu'il a séduits, leur recommande l'obéissance avec plus d'ardeur qu'il n'en a mis à souffler le feu de la révolte, et lave dans son sang ses longs égarements 2. De ces deux hommes, l'Église a béatifié le second, non le premier. Je n'ajoute rien pour le moment à cette courte explication, me réservant de traiter à part de la personne de saint Hippolyte et de sa doctrine.

Au reste, qu'on ne pense pas qu'à ce poudreux manuscritse rattachent tous les progrès de Vérudition contemporaine, dont s'applaudit le collaborateur de la Revue rationaliste. Ces progrès, vrais ou faux, tiennent dans sa pensée à une cause beaucoup plus générale, je ne dirai pas plus profonde. L'écrivain appartient à cette école qui essaye de populariser parmi nous les théories historiques, de M. Je docteur Baur et de ses disciples de Tubingue. Grâce à lui et à ses amis, l'étude qui se couche déjà pour l'Allemagne projette sur nous quelques-

* L'Allemagne, la France et l'Italie se partagent l'honneur de ces travaux apologétiques. Nous citerons surtout :

DoELLiNGER. — Hippolytus und Callistus; oder Die romische Kirche in der ersten Haelfte des dritten Jahrhunderts. Regensburg, 1863.

Cruige. — Histoire de VÉglise de Rome.., de Van 192 à Van 224. Paris, 1856.

T. Armellini s. J. — De prisca refutatione hœreseon.., commentarins, Romse, 1862.

^ Doellinger, au livire indiqué plus haut.

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uns de ses derniers rayons. Or, le professeur wurtembergeois comptait parmi ses élucubrations les plus curieuses une histoire des trois premiers siècles , histoire refondue ou créée à neuf, qui ne ressemblait guère à ce qui s'était, dit avant lui. Pour montrer dans rétablissement du christianisme , dans le développement de ses dogmes et de sa hiérarchie, l'application des lois fatales qui entraînent l'humanité, en écarter ainsi le merveilleux, et réduire ce grand événement surnaturel aux proportions d'un fait ordinaire, il avait groupé, isolé, amoindri, agrandi, supprimé, déplacé les faits avec toute la liberté d'un libre penseur hégélien. Il en était résulté une œuvre vraiment originale, un édifice aux apparences grandioses avec une certaine cohésion de ses parties. Mais ce vaisseau mis à flot allait heurter à chaque mouvement contre les réalités historiques avec tant de violence que les habiles devaient craindre de s'y engager. Ils ont donc prudemment démembré ce gros navire, dont chacun a emporté quelque pièce , et s*en est fait un esquif qui glissât plus aisément sur les écueils à fleur d'eau.Pour parler sans figure, nous avons été infectés d'écrits où l'on suce tout le venin du système, sans le rencontrer jamais dans l'agencement de ses parties. La réfutation en devient plus longue et plus fastidieuse, parce que l'erreur, au lieu de se présenter dans tout son jour, se ménage d'obscures retraites , des faux-fuyants , des demi-rétractations qu'elle rétracte ensuite aussi aisément qu'elle les a faites. Peu sûre d'elle-même , elle avance, elle recule, elle observe' à droite, à gauche, craint de se compromettre, évite les théories historiques trop générales, et s'engage dans un labyrinthe de détails où l'on s'épuise à la poursuivre. Dès qu'elle

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aflSrme, elle est perdue ; car n'ayant que dés vues partielles, et aucun ensemble scientifique, elle aflBrme pour le besoin du moment, et ses afiirmations se détruisent les unes les autres. Je ne cite point M. Renan, ce type incomparable du papillon qui se j.oue, se coupe dans son vol, et se croise avec grâce. M. Réville, à la marche plus lente, plus circonspecte, n'a pu se garantir de tous les pièges. Pour en donner quelques exemples, ses deux prétendues formes du sabellianisme sont aux antipodes Tune de l'autre, à peu près comme les fines nuances de son ami. Son hypothèse sur les motifs de Télection de Galliste est en désaccord avec ce qu'il écrit peu après sur la prépondérance du dogme dès le II* siècle .• Ailleurs il laisse trop paraître qu'il répète une leçon mal apprise. Il a lu dans un de ses maîtres, je ne sais lequel, que les deux illustres martyres Perpétue et Félicité furent montanistes, hérétiques ; peutêtre parce que Tertullien les a louées, peut-être parce que les actes de leur martyre racontent des visions célestes, comme on en lit dans les œuvres de sainte Thérèse, de sainte Brigitte et de tant d'autres saints. Il y avait là plus qu'il n'en fallait à un rêveur de Tubingue, pour faire son siège. Mais le disciple néerlandais, empressé de nous laisser jouir d'une si rare découverte, ajoute un mot de trop qui le trahit. De ces deux héroïnes, dont l'une était de race noble et l'autre esclave, il fkit deux sœurs germaines, et montre par là qu'il ne les connaît guère , qull n'a pas même essayé un sommaire examen de leur cause, et, pour trancher le mot, qu'il les a condamnées et diffamées sans les entendre. Injuste à leur égard, il l'est plus gravement encore envers Galliste, et le perce de traits calomnieux, qui pénètrent d'autant plus profondément, qu'il affecte à

LE PAt'Ë S. CÂLLlSf E m

son égard plus d'indifféreace systématique. S'il Texcuse sur quelques points secondaires , c'est une tactique ha-» bile, mais peu loyale. L'impression qu'emportera de cette lecture tout homme qui n'est point sur ses gardes .sera celle d'un profond découragement, s'il lui restait jusqu'alors un peu de foi, et d'un insurmontable dégoût pour le sanctuaire livré à des intrigants de bas étage.

Qui le croirait? Ce même écrivain, qui noircit de son encre tout ce qui porte un nom respecté , réserve son admiration pour l'homme qui fut au iii^ siècle l'opprobre de- l'épiscopat. Paul de Samosate, déposé par un célèbre concile comme hérétique, superbe, arrogant, suspect dans ses mœurs et oppresseur des pauvres , est à ses yeux « un grand homme calomnié, dontla vie » mériterait une étude à part. » Gibbon, malgré sa sympathie pour tous les libres penseurs , n'avait pas osé réhabiliter cette mémoire flétrie. M. Réville a trouvé sans doute des documents nouveaux, qui lui permettront d'être plus hardi et de nous montrer en lui le modèle des pasteurs.

Ce serait perdre le temps que de répondre à de tels paradoxes, et de fêle ver en détail tant d'allégations sans preuve. Nous nous bornerons à justifier la personne de Galliste des accusations intentées contre lui. Il nous a semblé que le moyen le plus court pour y réussir serait d'opposer simplement la vérité au dénigrement, et de tracer, autant que les documents nous le permettent, un portrait fidèle de sa vie privée, et

des actes de son gouvernement. Zéphyrin, son prédécesseur, son bienfaiteur et son fidèle ami, a porté sa part de la calomnie; nous essayerons aussi de l'en vensrer.

m ËîtJDSS BIBLIQUES

Il nous suffira le plus souvent de reproduire le récit d'Hîppolyte, en le dégageant des interprétations enve nimées par la colère et par la haine. Il existe pourtant un petit nombre de données éparses, dont la portée ne^ pouvait être bien comprise jusqu'ici, et que nous tâcherons de réunir, comme ajoutant d'importants éclaircissements au texte des « Philosophumena. »

ARTICLE DEUXIÈME

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