‹ Études bibliquesChapitre 17 sur 34 · II · texte numérisé non relu

II

âSg ÉTUDES BIBLIQUES

branler le respect dû aux apôtres, comme aux colonnes fondamentales de l'Église chrétienne, il nous offrait un argument de plus pour établir la divinité de son établissement et de sa permanence dans le monde? Si révidence n'est pas une illusion, et si toute l'histoire n'est pas un rêve, il faut bien en effet reconnaître que l'Église subsiste , et qu'elle n'a d'autre fondement humain que le néant. Non-seulement elle subsiste, mais sa fondation est le point culminant de l'histoire, et partage les siècles en deux périodes bien nettement séparées, comme le soleil à son lever fait la séparation du jour et de la nuit. A ce grand événement se rattache la révolution la plus étonnante dans l'ordre des idées et des mœurs, dans la vie privée -comme dans la vie publique, dans tout ce qui s'appelle société et civilisation. A cette immense transformation il faut assigner une cause. Les chrétiens n'en sont pas embarrassés. Ils la découvrent dans la puissance de Dieu, et de Dieu seuL II a, disent-ils, déployé sur le monde sa main forte et son bras étendu. Cette solution du problème est nette; elle est complète. Mais elle ne plaît pas à tous, et ainsi nous avons le droit d'en demander une autre à ceux qui la rejettent. En vertu de quelle loi naturelle, l'arche du salut, noyée dans un déluge de sang, a-t-elle surnagé sans périr? Comment cet édifice, assailli par les vents et la tempête, ne s'est-il point écroulé ? Gomment le monstre hideux à la tête de lion, au corps de léopard, au pied d'ours, n'a-t-il pas dévoré la Vierge sans défense ? Ou pour parler s^ns figure, comment le glaive des Césars, l'astuce des philosophes et les haines sauvages de la multitude courroucée ont-ils été vaincus par l'Épouse de Jésus- Christ? Quelques-uns ont dit que privée d'appui au

s. PIERRE ET S. PAUL 323

dehors elle était forte au dedans, forte par Tadmirable mécanisme de ses institutions et de son gouvernement, forte par la ferme cohésion de ses parties dans Tùnîté d'une même croyance, d'un même enthousiasme et d'un même amour. Cette explication n'en était pas une, et reculait la difficulté sans la résoudre, puisque cette unité même , assez forte pour résister à tant d'orages, est le phénomène qu'il s'agit d'expliquer. Et néanmoins cette solution telle quelle servait au moins à dissimuler pour un moment l'embarras de ceux qui la proposaient. Mais aujourd'hui ce sont les libres penseurs eux-mêmes qui s'ôtent ce dernier refuge. Que nous parlent-ils de la force du gouvernement spirituel, quand ils ont répété cent fois que l'Église, à son berceau, n'eut aucune organisation régulière, qu'elle fut d'abord une démocratie, ou plutôt uii composé de mille démocraties indépendantes, et gouvernées un peu selon le hasard des circonstances ; enfin que sa constitution actuelle est le produit lent du travail des siècles ? Que nous parlent-ils de l'unité de croyance, après avoir soutenu que le dogme flotta, trois siècles durant, dans le chaos des termes vagues et indécis, avant de se constituer et de se produire? Peut-être au moins que dans ce mélange des éléments destinés à former l'Église, il y a déjà une force immense d'attraction comparable à celle qui, au grand jour de la création, présida à l'organisation de l'univers? Peutêtre qu'à défaut de tout autre lien, un pieux élan d'amour, une charité plus forte que la mort rapprocha les âmes chrétiennes et les unit solidement entre elles ? Non, ne le croyez pas; M. Baur et ses disciples vous le défendent. Voyez plutôt cette guerre acharnée que se livrent les uns aux autres tous les fidèles de la pre-

mière génération. Non seulement les laïques, maïs les chefs eux-mêmes et les fondateurs les plus illustres de la société chrétienne se dévorent en des luttes intestines, mille fois plus pernicifiûses que toutes les oppositions du dehors. — Et Ton veut que ce royaume divisé contre lui-même se soit maintenu, étendu et fortifié sans miracle I Et l'on veut qu'un édifice bâti sur un sable aussi mouvant, formé d'assises si mal jointes et sans mortier, ne se soit pas écroulé au premier soufile de l'ouragan ! et qu'une autre main que la main divine l'ait soutenu I Credat Judœus t.

La belle merveille que celle du tiers-parti, pour fondre ensemble ces éléments qui se repoussent I «Il y eut des Érasme en même temps que des Luther ^ » A la bonne heure I Quand Erasme et ses pareils auront réconcilié les protestants avec l'Église-mère, nous croirons à l'influence de ce prétendu parti modérateur, au premier siècle.

Congregamini et vincimtni, dit un prophète aux ennemis de la nation sainte. C'est ce qui 's'accomplit sous nos yeux. Nos adversaires s'assemblent et se détruisent les uns les autres par les étranges contradictions où ils se précipitent. Ils tombent dans la fosse qu'ils ont creusée, et l'iniquité se charge elle-même de se donner le démenti : Mentita est iniquitas sibi,

* M. Nicolas, art. cit., p. 448.

; <■ ri

Page 1