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avantage pour Calliste qui lui dut peut-être celui de connaître Jésus-Christ. En dehors des influences chrétiennes, où aurait-il puisé ces sentiments élevés, et cette largeur de. vues qui le portèrent sans effort au niveau du premier rang, et Ty niaintinrent sans vertige? La Providence l'y conduisait par des voies cachées; elle trempait son âme par le malheur. Son maître, riche habitant de la ville des Césars, occupait un poste à la cour. Frappé de Tintelligence qui reluisait en ce jeune homme, il ne tint pas assez compte de son âge et de son inexpérience. Par ses ordres, et avec ses fonds, Calliste ouvrit une maison de banque, où la confiance qu'inspirait aux fidèles le nom de Garpophore, fit affluer aussitôt leurs modiques épargnes. Tout allait au mieux pour Calliste. Hélas I c'était le rayon du matin, précurseur de l'orage. Un jour, sans qu'on nous dise comment, ses fonds furent dissipés, et sa caisse vide. Tout ce qu'il est permis d'entrevoir, au travers de réticences calculées, c'est que des jiiifjs avides avaient abusé de sa confiance trop candide. Calliste en fut frappé comme d'un coup de foudre. Qu'on se Représente un pauvre esclave, un ilote qu'aucune loi ne protège, obligé d'affronter le courroux de son maître, les clameurs de ses créanciers, les malédictions du pauvre et de la veuve, qui s'élèvent pour implorer vengeance au ciel et sur terre. Sous l'aiguillon de cette pensée qui le poursuit, il franchit à la course les dix-huit milles qui le séparaient de la mer, arrive au port, et monte précipitamment sur un navire qui mettait à la voile. Mais le départ tardait trop. Calliste respirait à peine que soudain ses yeux inquiets, fixés sur le rivage, rencontrent, ô comble d'infortune, l'aus»tère et sinistre figure du maître qui le réclame. Il lui
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restait une suprême ressource; il se jette à l'eau, et tente de se sauver A la nage *. Vains efforts d'un homme qui lutte seul contre son mauvais sort I De quelque côté qu'il regarde, sur le navire ou sur le port, il compte autant d'ennemis que de spectateurs. Pas une seule âme compatissante dans la foule que la curiosité rassemble sur le rivage I Chaciiji le poursuit de ses cris, et anime les matelots, qui, sautant dans un esquif et ramant à toute vitesse, l'atteignent, le saisissent, et le ramènent à son maître. Désormais il n'en éprouvera plus que des rigueurs. Il subira la peine des esclaves rebelles; il sera appliqué à tourner la meule. C'était un genre de supplice que redoutaient les plus braves, et auquel les plus robustes ne résistaient pas toujours. Il faut lire dans Apulée la peinture qu'il nous a laissée de cet étroit cachot, de cette atmosphère obscure et malsaine, où le patient, sous des haillons qui le couvrent à peine, le dos meurtri par les sillons de la verge ou du fouet, le corps pâle et défait, les pieds dans les entraves, les yeux, presque éteints par la fumée, la tête à demi rasée, le front marqué d'un fer ardent, s'épuise dans un travail excessif, et peut-être invoque la mort comme un soulagement ^.
Calliste entra dans cet affreux séjour; mais il avait beau y languir de misère, les plaintes des créanciers n'en continuaient pas moins à importuner les oreilles
* M. Réville donne à entendre que Calliste se jetait à Teau dans un dessein de suicide. Mais cette interprétation du texte, bien que proposée par plusieurs avant lui, me parait tout à fait inadmissible. Hippolyte n*a point pensé à une aussi odieuse calomnie. Si Calliste avait voulu plonger, les matelots se seraient jetés à l'eau pour le repêcher, et ne l'auraient pas poursuivi dans un canot, comme ils firent.
* Apuleu Mefamorph.y 1. IX, cité par Doellinger, p. 118.
de Carpophore. On s'en prenait à lui comme au véritable débiteur. On avait compté sur sa caution; on avait cru traiter avec lui. Il paraît cependant qu'il s'était arrangé de manière à ne répondre de rien devant la loi. Il consentait à supporter la perte de ses avances, non à réparer celles du public. On revint donc à Calliste. Celui-ci donq^iit de meilleures espérances. Tout n'était pas dissipé; déposé dans des mains connues, l'argent pouvait être réclamé, restitué, recouvré. Carpophore, que ces promesses rassuraient peu, céda toutefois aux instances des veuves, des orphelins ruinés, et relâcha son prisonnier. Le voilà libre, respirant le grand air, joyeux et content.
Loin de là, si nous en croyons Hippolyte, il s'ennuie de vivre; et, à peine échappé à la mort, il se jette audevant d'une mort plus cruelle, mais aussi plus honorable. Il ambitionne la gloire du martyre. Ce désir dans la circonstance est assez étrange. Le moyen qu'il prend pour le satisfaire l'est encore plus. Au lieu de renverser un autel, une idole de Mars ou de Jupiter, son caprice le pousse brusquement dans une synagogue où nous le trouvons aux prises avec les juifs. Quoi qu'on en dise, il n'est pas clair qu'il y fût conduit uniquement par la vaine gloire, et par le dégoût de la vie. « Si j'étais, » dit fort à propos M. Réville, « l'avo- » cat chargé de sa défense, je chercherais, et peut-être » bien je réussirais à prouver qu'il avait réellement » des débiteurs parmi les Israélites, qu'il était allé les » trouver à la synagogue pour être sûr de les rencon- » trer, et qu'il n'avait fait du bruit que parce qu'on » refusait de le payer. Qui sait, après tout, en quelles » mains il était tombé dans ses premières spécula- » tiousî » A merveille I cette explication est si natu*
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relie que d'autres l'avaient déjà rencontrée. Mais nous
sommes heureux de la recueillir chez un écrivain avec
.lequel nous aimerions à être moins rarement d'accord.
Toutefois, si Calliste avait compté sur l'influence des chefs Israélites, et sur l'honneur du corps, pour les intéresser à sa cause, il s'était lourdement trompé. Rompu de coups, et traîné devant le tribunal du préfet de Rome, Fuscianus, il y fut, en dépit des réclamations intéressées de Carpophore, condamné, comme perturbateur et comme chrétien, à une cruelle flagellation d'abord, puis à l'exil en Sardaigne et au travail des mines.
A n'envisager que les dehors, c'était la pire disgrâce, ' et Calliste n'avait rien gagné à changer de geôle. Mais, pour l'observateur attentif, il s'opérait dans sa situation une trausformation d'autant plus profonde, qu'elle avait sa racine dans l'âme. Il puisera désormais du courage dans la cause pour laquelle il souffre. Il en puisera dans la société de ses frères condamnés aux mêmes labeurs que lui, pour la profession de la même foi, et l'amour du divin Crucifié. Il conversera avec de généreux athlètes, l'honneur du nom chrétien, des cœurs de diamant, des âmes dignes du ciel. L'injustice du monde les reléguait dans ces antres profonds, comme pour en débarrasser la terre. Et Dieu, qui tourne tout à ses desseins, l'avait permis pour préparer à son serviteur cette école d'héroïsme. Il en recueillit les fruits pendant quelques années, et eut tout le loisir de contempler, admirer et suivre de si beaux exemples.
Il souffrait cependant, et sa résignation n'était pas celle du stoïcien. Le jour vint où ses gémissements redoublèrent, et où sa douleur parut s'accroître sans
mesure. En l'an 290, le pape saint Éleuthère mourut, et Victor prit sa place. Ce fut peut-être l'occasion du rappel des exilés tel que nous allons le rapporter. Le palais impérial abritait bien d'autres chrétiens que Carpophore. Commode, malgré ses débauches, ne les persécutait point. Qui le croirait? Une chrétienne partageait son lit. Marcia, que l'histoire nomme sa concubine, parce qu'elle n'eut pas le titre et le rang d'im^ pératrice, était en réalité son épouse légitime. Et Marcia n'aimait pas seulement, mais professait le christianisme. On n'en saurait douter, après le témoignage d'Hippolyte, qui la qualifie de femme aimant Dieu *
1 On trouvera dans la Revue numismatique, année 1857, nôuv. série, t. XI, p. 212 et suiv., une « Notice sur une pierre gravée » représentant Marcia, par Gh. Lenormant. » L'auteur y montre par de bonnes raisons que Marcia était chrétieniae, et que sous le nom de concubine, elle fut la femme légitime de Commode.
Commode, dit le savant numismate, « après la mort de sa » femme Grispine, agit de même que son père et que son aïeul » adoptif. Mais à la différence de ces princes il donna à sa con- » cubine une situation exceptionnelle. » En effet, « il la traitait » à peu de chose près non- seulement comme sa femme légitime, » m^is encore comme une impératrice, si ce n'est qu'on ne por- » tait pas le feu sacré devant elle. » Marcia eût été, et peut-être fut la première à repousser cet honneur superstitieux. Elle avait assez d'ascendant sur l'empereur pour s'y opposer. Qu'on en juge par les médailles qui nous ont conservé son portrait, joint à celui de Commode, et sous le costume d'une amazone : « Quel- * que chose, dit le célèbre archéologue, de la sévérité, j'allais « dire de la pureté propre à la nouvelle religion, a passé dans sa » physionomie. On conçoit que cette femme ait répugné à se » voir représentée sur la monnaie, 3t n général sur les monu- » ments publics, sous un aspect p -u conforme à la décence, et » que le prince qui subissait son influence, ait mieux aimé faire » fléchir les traditions de l'art, que Je froisser les scrupules de » celle qui lui était chère. Il a voulu rendre hommage aux prin- » cipes austères dont elle faisait profession, en lui donnant > l'extérieur plutôt enco^'o d'une Minerve que d'une amazone. »
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(ç^QÔeoç), Elle voulait faire une bonue ceuvre (^(K^^olq9, çpyov Ti âyaôov ^pyocGacOai), — peut-être honorer par una royale faveur Tavénement du nouveau Pontife, — et obtint de Vemperçur la grâce des confesseurs qui se consumaient vite sous le climat meurtrier de la gar^daigne. Mais, soit oubli, soit omission volontaire, comme le prétend le narrateur malicieux, sur la JistQ dressée par Victor, et munie du sceau impérial, le nom de Calliste ne figurait pas. Qu'on juge de sa surprise et de son chagrin, quand il mesure par la pensée le sort qui l'attend désormais, tout ce qu'on lui ôte, et ce qui lui reste. On lui ôte ses anges consolateurs, ses frères aimés. On lui laisse la compagnie de criminels ennemis de Dieu et du nom chrétien, sa lourde chaîne, ses durs travaux, et d'impitoyables surveillants à la main toujours armée du fouet et du .bâton. Cette vue ^ lui perçait le cœur. Il se jetait aux pieds d'Hyacinthe, l'envoyé de Marcia, embrassait ses genoux et s'efforçait
Mais le sujet particulier de la Notice est un autre portrait de Marcia, d'autant plus intéressant et plus véridique qu'il a dû ôtre destiné à un usage privé. Un simple voile remplace ici le casque. Les traits du reste sont les mêmes et parfaitement re-^ connaissables. Ils ont quelque chose de sévère et do singulièrement viril. C'est à peu près le type sous lequel les artistes repré-»sentaient la pudeur, avec quelque différence dans les détails du costume, d'où l'auteur croit pouvoir conclure au christianisme do celle qui y est représentée. « Je ne doute pas, ajoute-t-il, que » l'artiste, probablement chrétien, qui exécuta pour des chré- » tiens le portrait de leur protectrice, n'ait voulu la représenter » telle qu'elle vivait dans le palais de Commode, faisant profes- » sion publique de la nouvelle religion. »
Il est plus difficile de justifier Marcia de la part qu'elle aurait prise à l'assassinat de Commode, pour sauver il est vrai sa propre vie. Cependant il n'est pas impossible que tout son crime, comme celui de Marie Stuart, n'ait été la dure nécessité où on la mit d'accepter la main du meurtrier • de son époux, et de donner lieu par là à d'odieux mais injustes soupçons.
de rémouvoir par ses supplications et par ses larmes. Hyacinthe, qui était chrétien et prêtre *, se laissa facilement persuader. Obéissant aux intentions présumées de Marcia, plutôt qu'à la teneur du rescrit impérial, il réclama Calliste, et le fit mettre en liberté : liberté cette fois véritable et complète ; car, selon la loi romaine, la condamnation qu'il avait subie l'affranchissait, et Carpophore n'avait plus aucun droit sur sa personne *.
Ces faits s'accomplissaient sous le règne de Commode, et les dates en peuvent être déterminées avec quelque rigueur. Le nom de Fuscianus fixe la condamnation de Calliste à l'an 188 de notre ère^. Ceux de Victor et de Commode combinés ensemble placent son retour entre l'année 190, première de Victor, et la fin de l'année 192, dernière de l'empereur.. Huit ou dix ans nous séparent encore de ce jour où Calliste, appelé parZéphyrinà occuper la seconde place dans le gouvernement ecclésiastique, y paraîtra le premier par.
* Hyacinthe était l'ancien tuteur de Marcia. Comme il était eunuque, le P. Armellini a craint de lui donner en même temps la qualité de prêtre. Il a donc traduit le mot TrpeoêuTgpoç dans le sens de « vieillard. » Mais on a un exemple assez illustre d'un évèque eunuque au ne siècle, dans la personne de saint Méliton, évoque de Sardes. Il est vrai qu'Origène, vers le même temps, fut traité avec plus de rigueur, pour s'être mutilé dans sa jeunesse, malgré sa louable intention. Mais la nécessité pouvait rendre l'Église plus indulgente à l'égard de ceux qui étaient eunuques avant leur baptême.
2 Le Dr Doellinger l'établit par un rescrit d'Antonin, qui décerne dans un cas semblable : < quia semel domini esse desierat, » servus pœnœ factus, non esse eum in potestatem domini posiea red^ » dendum, »
3 Cette date a été fixée par le comte B. Borghese dans jjne lettre au R. P. Garucoi S. J. — Voyez-en le texte dans l'ouvrage déjà cité du R. P. Armellini, p. 20.
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l'influence de gon génie. Que devint-il dans l'intervalle et comment se prépara-t-il à remplir ce poste éminent? Hippolyte nous en apprend peu de chose, et nous devons combler cette lacune. Victor, nous dit-il, que la- présence de Galliste inquiétait, qui redoutait les plaintes de ses créanciers, et la mauvaise humeur de Carpophore , l'envoya vivre à Antium, d'une petite pension qui lui serait payée tous les mois. Si ce récit est vrai, il n'est pas complet. 11 fallait ajouter que Galliste ne coula point des jours oisifs à Antium; qu'il n'y vécut point des deniers de l'Église sans la servir utilement. Car, dès lors, selon toute apparence, il fut incorporé dans le clergé. Cet honneur était souvent la récompense des tourments endurés pour la foi. « Quoi de plus juste, » disait S. Cyprien, en une semblable rencontre, « que de faire monter à l'ambon, pour » y annoncer la parole de vie, celui qui l'a portée » devant les juges de la terre avec une intrépide fer- » mefé? » Victor en jugea de même. Appréciant le mérite du jeune affranchi, dès qu'il l'eut connu, il en conçut sans doute de hautes espérances, proposa son ordination à l'assemblée des fidèles, et ceux-ci lui répondirent par de joyeuses acclamations. On n'ignore pas, en effet, qu'en ces jours de ferveur où les chrétiens formaient une famille, ils avaient leur rôle marqué dans le choix des ministres de l'autel. On tenait à cette discipline dont les apôtres avaient donné l'exemple dans l'élection des premiers diacres, et on en recueillait les avantages, sans aucun des inconvénients qu'on en pourrait craindre aujourd'hui. Les choix étaient presque toujours irréprochables. Origène [contre Celse^)^
4 Orig. c. Gels. 1. VIII, vers la fin : « Nos ut ecclesias regant eos hortamur qui potentes sermone, et quorum inores sani sunt. Qui
TertuUien {ApoL, 39, et alibi passim), s'en glorifiaient en face des hérétiques et des païens. Que dis-je? les païens eux-mêmes en témoignaient leur admiration, et l'empereur Alexandre Sévère, enviant à l'Eglise cette discipline, proposait son exemple à suivre dans la promotion aux emplois civils.
Instruit des antécédents de Calliste, quoique convaincu de son innocence, Victor, en des circonstances si délicates, se serait moins que jamais dispensé du suffrage populaire. Calliste réunit donc en sa faveur la voix du pasteur et celle du troupeau. Les veuves, les orphelins, les pauvres qui avaient souffert de son désastre, ne voulurent plus s'en souvenir. C'était un échec plutôt qu'une faute. Sa réputatioa restait pure et sans tache. Et toutefois il fut sage de ne pas la poser en face de Carpophore, et de ne pas obliger le maître à des soumissions respectueuses envers l'esclave qu'il avait si sévèrement traité. De là son séjour à Antium, de là son droit d'y vivre de l'autel.
Di^ ans n'étaient pas trop, selon les usages reçus, pour se préparer au sadbrdoce. Calliste y parvint régulièrement, en traversant pas à pas tous les degrés intermédiaires. Rome n'oublia pas pour lui les canons dont elle se montrait toujours la gardienne vigilante et la plus fidèle observatrice. Elle fit bien. Le futur Pontife y trouva le secret de sa force et le présage de ses succès, qu'une élévation trop prompte aurait com-
dignitates amant y eos repvdiamus; cogimus vero illos qui pro multa modestia communem Ecclesiœ curajn in se facile recipere nolunt. »
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promis infailliblement. Qu'eût fait un homme nouveau, passant sans intermédiaire de la condition laïque à la tête d'un olergé nombreux, puissant, éclairé, et juste^ ment jaloux de ses prérogatives? Je le vois arrivant de sa petite ville d'Antium pour prendre les rênes du gouvernement dans la première et la plus grande église de l'univers, pour se mêler aux plus graves af» faires du dedans et du dehors, pour répondre aux consultations que les évêques des provinces les plus éloignées font affluer à Rome comme à un centre; entreprendre de tout diriger sans une étude préalable des hommes et des choses, sans aucune de ces connaissances spéciales que demande la conduite des âmes; tout dominer enfin, sans autre appui que celui d'un pape récemment élu, qu'on se plaît à nous peindre sous les traits d'un vieillard ignorant, faible et pusillanime. En vérité, niZéphyrin n'eût pu concevoir une si folle pensée, ni Calliste- n'eût été capable de la réaliser.
Je conclus sans hésiter que ces années furent pour Galliste celles d'un sérieux et long noviciat, d'une promotion successive aux degrés divers de la hiérarchie. La prière, la lecture méditée des saintes lettres, l'étude des canons et des cérémonies de l'Église, absorbaient tous les moments que les devoirs du ministère extérieur ne réclamaient point. Jours- paisibles, dont le charma était grand pour celui qui n'en avait vu jusque-là que de sombres I Jours trop vite troublés par des bruits alarmants et terribles' I La persécution endormie se réveillait sous Septime Sévère.
En Europe,, en Asie, en Afrique, elle abattait des milliers de têtes innocentes. Elle inspira à TertuUien, alors catholique, ces mouvements d'éloqueuce indignée
qui vous émeuvent encore, quand vous relisez les pages véhémentes de son apologie. Vous vous étonnez avec lui que l'État sacrifiât sans regret ses meilleurs citoyens, qu'il se fît en quelque sorte homicide de luimême, tant était immense le nombre des victimes. Vous partagez son horreur pour ces juges infâmes, plus ennemis de la pudeur des vierges que de leur vie, qui les exposaient, non aux lions de l'amphithéâtre, mais à d'effrontés libertins. Mais que pouvait la voix de la raison et de l'éloquence réunies contre de sauvages fureurs? Cette solennelle protestation fut étouffée, comme le cri plaintif de la colombe entre les serres dû vautour. Le massacre suivit son cours. A Rome surtout, Plautien, le favori de l'empereur, son avare et cruel ministre, multipliait les supplices, se gorgeantde confiscations, et s'enivrant de carnage. Le clergé, placé aux premiers rangs, dut recevoir les premiers coups. Il fut traqué, décimé, dispersé. Souvônt les ministres de la tyrannie surprenaient les chrétiens au milieu de leurs assemblées les plus secrètes (Tertul., ApoL, 14). Que de- ^ venaient le prêtre et ses assesseurs ? Que devenaient les vases de l'autel, et tout l'ameublement du sanc-. tuaire? Que devenaient les lieux de prière, et les aumônes recueillies pour le soulagement des pauvres, la subsistance des clercs, l'ornement des chapelles et des sépultures des martyrs ? Ce qui échappait au soldat , était la proie de geôliers avides. On achetait à prix d'or le droit de visiter dans leurs cachots les valeureux combattants que chaque jour y entassait, et si quelques oboles restaient encore après tant de rapines, elles suffisaient à peine à leur procurer les soulagements les plus indispensables.
Le glaive qui frappait souvent au hasard discerna le
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pasteur. Victor mêla son noble sang â celui de ses ouailles. Remplir le vide qu'il laissait, c'était jeter un épi sous la faux des moissonneurs. On s'empressa pourtant de le combler. Chacun prévoit ce que fut une élection faite parmi tant de sanglantes horreurs. Ceux qui la faisaient n'attendaient rien de la terre ; l'élu qu'ils proclamaient courba la tête, et ne la releva que dans l'espérance du martyre. Zéphyrin fut cet élu. Noble vieillard, destiné à réparer les ruines du sanctuaire, à ramener au bercail les brebis perdues, à joindre la force à la modération, et la prudence du serpent à la simplicité delà colombe. Oui, en dépit de mensongères accusations, la gloire de Zéphyrin restera unie à celle de Calliste, dont il sut pénétrer le talent, prendre les avis, et qu'il associa à ses travaux, sans jalousie comme sans faiblesse. Effrayé du poids de sa charge, il tourna les yeux vers lui, dès qu'il se vit assis sur le trône de S. Pierre, et lui demanda l'appui de son bras. C'eiU été lâcheté de ne pas accourir à cet appel.
Entre tant d'immenses besoins, le plus pressant était de pourvoir au gouvernement des Églises, de faire refleurir la tige du sacerdoce, et de rendre à la tribu sainte, malgré la persécution qui sévissait toujours, quelques traits de cette splendeur et de ce bel ordre que la dispersion avait nécessairement obscurcis. Calliste s'y appliqua avec un dévouement sans bornes et avec un succès auquel . Hippolyte n'a pu refuser de rendre hommage. C'est là, je n'en doute pas, la réforme dont il parle, et ce solide établissement du
ôlergé ()tat3t(îTà(7t(; tou x^vipou) par lequel Calliste, en qualité d'architecte, se concilia, dès le début, Testime et s'assura la confiance inaltérable de Zéphyrin.
Cette oeuvre exigeait des ressources financières, et Calliste n'en possédait point. Le feu de la persécution avait tout dévoré. Que de chrétiens aisés étaient réduits à l'indigence, que d'enfants étaient restés orphelins, combien de femmes chrétiennes étaient veuves par le martyre de leurs époux, oli de leurs pères I Qui remédierait à tant de désastres? Qui bâtirait, ou, si l'on veut, qui creuserait sous le sol de nouvelles églises ? Qui les pourvoirait des objets nécessaires au sacrifice? Qui les ornerait décemment, et surtout qui nourrirait les ministres de l'autel, dont le nombre était dès lors considérable î D'après un document parfaitement authentique, et qui appartient au milieu du même siècle, le clergé de Rome comptait dans ses rangs, au temps du pape saint Corneille, plus de cent cinquante personnes, dont quarante-six prêtres ; l'Église nourrissait en outre plus de quinze cents pauvres. Je ne parle point des pieuses largesses dont elle se transmettait comme un dépôt l'usage traditionnel, qui de U\ comme du centre de la charité, autant que de la foi, allaient chercher au loin les Églises les plus pauvres pour les assister. En de telles angoisses, se faire mendiant pour Jésus-Christ, tendre la main, émouvoir la compassion du riche, se créer des ressources, et lés administrer avec une scrupuleuse économie, c*était prudence, religion et charité ; ce n'était ni bas intérêt, ni avarice.
Pourquoi donc en faire un crime à Calliste, comme s'il avait, par de viles manœuvres, capté la faveur et flatté les goûts cupides de son maître ? Pourquoi faire un crime à celui-ci d'avoir encouragé son ministre dans
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cette bonne oeuvre ? On ne les accuse point d'avoir thésaurisé pour eux-mêmes. Ce qu'ils recevaient, ils le dépensaient noblement. Ils entreprirent de grandes choses avec de faibles moyens. Doué du sentiment de la beauté et de la grandeur dans les arts, Galliste attacha son nom au vaste cimetière dont Zéphyrin luî avait confié la garde ; il l'agrandit et le décora avec magnificence * *
Le liber Pontificalis ou ancienne chronique pontificale, qui parle de ce cimetière avec une exactitude irréprochable 2, parle aussi d'autres règlements faits à la même époque pour maintenir dans le clergé cette belle et sainte ordonnance qui le rendait plus vénérable. Ces traditions, trop légèrement soupçonnées comme apo-
4 L'emplacement et les limites de ce cimetière ont été déterminés avec une grande sagacité par l'illustre archéologue dont le nom est devenu inséparable de celui des catacombes romaines. V. le premier vol. de la Roma sotterranea Christiana, descritta ed illustrata dal cav. G. B. De Rossi : Roma, 1864, in-fol. L'auteur promet de nous faire connaître plus exactement dans le second volume ce qui, dans cette reine des catacombes, appartient en propre à Galliste. Ce fut pendant le m® siècle le lleii ordinaire de la sépulture des papes; et le Gh. de Rossi a retrouvé plusieurs fragments de leurs pierres tumulaires. Les noms des pontifes y sont gravés en langue grecque.
2 Hippolyte parle de Galliste comme préposé à la direction de ce cimetière. Mais' il n'est pas le seul, comme le pense M. Ré- Ville, à qui nous devions la connaissance de ce détail d'archéologie. « On lit dans le Liber Pontificalis à l'article Galliste ; « Et » fecit aliud cœmeterium via Appia, ubi multi sacerdotes et martyres 9 requiescunt, quod appellatur usque in hodiemum diem ecsmeterium » Callisti, »
cryphes, s'accordent si merveilleusement avec le mot d'Hippolyte sur la réforme (/.aracTactç) introduite dans ce corps par la commune influence de Zéphyrin et de Calliste, qu'elles en reçoivent un gage d'authenticité auquel on ne s'attendait pas.
Je voudrais même étendre cette remarque *aux fameuses décrétales d'Isidore, qui ont fourni l'occasion de tant d'invectives et de déclamations. Chaque jour apporte un nouvel indice du fonds de vérité qu'elles recèlent sous une brodure de passages plus récents, empruntés aux Pères et aux Conciles, et qui leur, servaient peut-être de commentaire, avant qu'on eût conçu l'idée maladroite et malheureuse de coudre le tout ensemble dans un texte suivi. Quatre de ces décrétales sont attribuées aux deux pontifes dont nous examinons les actes. J'en rapporterai les principales dispositions, résumées, comme il suit, dans une chronique du XI® siècle. «Calliste voulut que. l'accusation contre les » évêques fût rendue fort difficile, et défendit absolu- » ment d'admettre à déposer contre eux les hommes » infâmes, suspects ou ennemis. Il traite d'hérétiques » ceux qui enseignent que les prêtres tombés en quel- » que péché ne peuvent, après une juste pénitence, » rentrer dans leurs anciennes fonctions *. » Rapprochons ces textes de celui d'Hippolyte : « Calliste décréta qu'un évêque , lors même qu'il » tomberait en, quelque péché mortel, ne doit pas être » déposé. De son temps, des évêques, prêtres et dia- » cres mariés deux ou trois fois, commencèrent à être » soufferts dans le clergé. Si même quelque clerc se
4 Exlibris decreti Bonizonis episcopi excerpta, — dans la Nova SS. Pairum Bibliotheca du G. Maï, t. VII, pars III, p. 35.
» mariait, il permettait qu'il restât dans le clergé, » comme s'il n'avait point péché. Il répétait à ce propos » le mot de l'Apôtre : « Qui êtes -vous pour juger le sery> viteur d' autrui? » Il y appliquait aussi la parabole de » l'ivraie : « Laissez l'ivraie croître avec la moisson, » y> c'est-à-dire, souffrez les pécheurs dans l'Église. Il » disait encore que Farche de Noé avait été une figure » de l'Église, portant dans ses flancs des chiens, des y> loups, des corbeaux et des animaux de tout genre, » purs et impurs ; qu'il devait en être ainsi de l'Église.» Le ton diffère dans ces deux chroniques, l'une censurant amèrement ce que l'autre rapporte avec éloge, et pour servir de règle aux siècles futurs. Mais, cette divergence d'appréciation mise à part, les actes sont les mêmes, et il est impossible que cette coïncidence soit l'effet du hasard. Le faux Isidore a donc eu entre les inains des documents anciens, dont sans lui nous aurions perdu la trace. Suivons cette trace, et les imputations malveillantes que nous venons de lire s'éclairciront d'elles-mêmes. Car, ou elles ont rapport à des faits dont la preuve juridique manquait; ou elles se bornent à constater l'équité du juge qui proportionne la peine au délit, et ne punit pas toutes les fautes, même'graves, avec une égale sévérité; ou elles ont trait à des lois dont l'intérêt public légitime quelquefois la dispense ; ou enfin , dans l'hypothèse la moins favorable, elles n'établissent qu'une simple tolérance, souvent exigée par les circonstances. Il n'y a point de législateur humain qui atteigne et réprime toutes les transgressions. Tolérer n'est pas approuver. C'est plutôt, en cédant à une nécessité qu'on déplore, imiter la conduite du Sauveur, se garder d'éteindre la mèche qui fume encore, et de rompre entièrement un
roseau à demi brisé. Calliste n'ignorait pas que le plus juste châtiment, s'il est infligé à contre-temps, tourne à la ruine du coupable, quelquefois à la ruine d'un grand nombre. Il ne voulait précipiter les pécheurs ni dans le désespoir, ni dans une révolte ouverte. La patience dont il usa longtemps envers deux esprits égarés, Sabellius et Hippolyte, se plaçant entre les deux,, et tâchant de les ramener à ce milieu dans lequel était la vérité, cette patience et cette longanimité, il eut à l'exercer envers d'autres. Mais rien ne prouve qu'elle ait jamais dégénéré en faiblesse. Nous apprécierions mieux sa conduite, si nous savions quels pièges étaient semés sous ses pas. La persécution violente n'était que le moindre péril pour des chrétiens entourés d'ennemis couverts ou déclarés, qui s'efforçaient de les entraîner dans l'hérésie ; sectaires ardents, semblables à un essaim de guêpes autour d'une ruche^ qui troublent l'abeille industrieuse , et veulent lui dérober ou corrompre son miel. Cerdon, Marcion et Valentin avaient paru à Rome dans le siècle précédent, et y avaient laissé des disciples. Blastus et Florin, dogmatiseurs impudents, ou vivaient encore, ou avaient à peine disparu de la scène-: Blastus, le chef des quartodécimans occidentaux, qui, non content de célébrer la pâque avec les juifs, taxait d'erreur ceux qili la célé^ braient autrement, et que le décret sévère du pape- Victor n'avait pas suffi à réprimer; Florin, le disciple de Polycarpe, qui oublia trop les leçons de son maître, et obligea L^énée, son ami d'enfance, à prendre la plume pour les lui rappeler. 11 faudrait nommer encore et les monlanistes divisés en deux partis contraires, sous les étendards rivaux d'Eschine et de Produs, et surtout Théodote le byzantin , enflé d'une-
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science tout humaine, apostat par lâcheté, puis hérétique par dépit, qui crut échapper à la honte d'avoir renié Jésus-Christ dans les tortures, en soutenant qu'il n'avait renié qu'un homme. L'anathème dont Victor le frappa n'empêcha point sa secte de pulluler au point de se partager bientôt en trois ou quatre branches opposées. Pourquoi faut-il qu'à tant de noms flétris s'ajoutent les chefs de deux écoles rivales, Hippolyte d'une part, Gléomène et Sabellius de l'autre, que des flots opposés poussaient également dans l'abîme? Quand la séduction tendait ses filets sur toutes les voies, le père de la grande famille, oppressé de cruelles angoisses , pouvait craindre qu'une rigueur déplacée n'éloignât quelque prodigue du toit paternel.
Mais quels sont-ils, après tout, ces prêtres bigames, ou mariés depuis leur ordination, dont la tolérance excite la bile d'Hippolyte? Sont-ce des prêtres romains, italiens, latins du moins? Le censeur ne le dit pas, et je suis convaincu du contraire. Qu'on remarque en effet le tour qu'il donne à sa phrase, quand il veut parler de désordres qui ont cours en dès régions éloignées, et en faire retomber sur Calliste la responsabilité. S'il parle des Rebaptisants, c'est-à-dire, de ces nombreux évêques qui, en Afrique et dans l'Asie-Mineure, contestèrent la validité du baptême donné par les hérétiques, et introduisirent l'usage de le renouveler à ceux qui se convertissaient, il en jette indirectement le blâme sur le pape , qui soufi'rait ces évoques dans sa communion. « Sons luU dit-il, ils osèrent (les évêques adhérents à Calliste) renouveler le baptême. » Il est certain toutefois que l'Église romaine n'approuva jamais cet abus. Ni l'éclat de la doctrine, ni celui de la sainteté, ni la considératioa du nombre n'arrêtèrent le pape S.
Etienne, dans sa ferme résolution de le combattre. Toujours il opposa à S. Cyprien l'ancienne et constante tradition de son Église, et S. Cyprien ne la nia point: « Nihil innovetur, répétait-il, nisi quoi traditum est, ut ma- » nus eis imponanttir ad pœnitentiam ; — qu'on ne change » rien à l'ancienne coutume,, et qu'on réconcilie les hé- » rétiques par Timposition des mains , » c'est-à-dire, par le sacrement de la pénitence.
Revenons aux prêtres bigames, et la même remarque y trouvera sa place. Mais disons d'abord ce que c'est. C'est une discipline établie par S. Paul, et rigoureusement gardée même en ces temps primitifs où elle était d'une observation plus difficile, qu'un second mariage, quoique légitimement contracté après la mort de la première épouse, exclut pour toujours des saints ordres. Ce second engagement, après la rupture du premier lien, était regardé comme la marque d'une infirmité peu compatible avec l'obligation de la continence parfaite, et, pour le dire en passant, c'est une preuve de plus que cette obligation de la continence pour les prêtres remonte aux temps apostoliques.
Cependant les églises d'Orient, qui se relâchèrent vers cette époque de la rigueur primitive sur la continence des clercs, s'en relâchèrent aussi sur l'irrégularité dite de bigamie. Sans abroger la loi, ils en donnèrent une interprétation plus douce, et restreignirent l'empêchement à ceux qui contractaient un second mariage après leur baptême. Le baptême qui lave toutes les fautes, ne devait-il pas abolir aussi cette marque d'infirmité plus ancienne? Une telle explication, qui s'écartait visiblement de la lettre et de l'esprit de la loi , n'eut jamais cours chez les latins. Hippolyte, d'ailleurs, ne les désigne pas et enve-
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loppe sa pensée dans le même tour de phrase que nous avons observé quand il s'agissait de Rebaptisants : Sous lui (de son temps), on vit, etc.
L'histoire à la main, et fort de cette analogie dans les termes, je suis en droit de rejeter sur les Grecs l'inculpation qu'on a fait à tort peser sur les Romains. J'en dis autant, et avec plus d'assurance encore, des clercs mariés après leur ordination. Le mariage n'était pas interdit dans les ordres inférieurs. Quelques églises d'Occident l'ont, pendant un temps, toléré dans les sous-diacres. En Orient, la discipline moins exacte offre des exemples de mariages contractés par des diacres avec le consentement de l'évêque, bien que ce fût par dispense et dans des cas exceptionnels. Ces exemples expliquent le texte d'Hippolyte qui parle de clercs, non de prêtres ou d'évêques. Sa vue se portait tout au plus sur les diacres, et sur les diacres des régions orientales*.
Que pouvait faire l'évêque de Rome pour arrêter efficacement ces abus? Fallait- il s'armer du glaive de l'excommunication contre de grandes églises, au risque de les séparer pour toujours de l'unité catholique, en réveillant chez elles des rivalités nationales ? Tous les siècles ont loué la condescendance de Victor envers les
* Gomme Hippolyte no désigne ceux dont il se plaint que par le nom de clercs, on pourrait croire qu'il n*a en vue que des clercs inférieurs aux diacres, ou même aux sous-diacre?; telle est en effet l'explication du D' Doellinger qui a clé reproduite par Mgr. Gruice et par le P. Armellini. Quant à moi, cette restriction me semble excessive, puisqu'elle ôterait jusqu'à l'apparence d'une faute, là où Hippolyte parle évidemment d'une brèche faite à la discipline («; y.yi T^uapTY.xora;,) et avouée de Gailiste, qui ne dit pas « cela est bien, » mais « c'est un mal qu'il » faut tolérer. »
quartodécimans asiatiques, et ont exalté la prudence de saint Irénée, qui, par ses prières, obtint dû Pontife romain cet acte de sage tempérament. N'ayons pas deux poids et deux mesures. Ne condamnons pas les successeurs de Victor pour avoir suivi ce bel exemple de pastorale mansuétude. Cet amer déclamateur qui s'en va parcourir l'Asie et l'Afrique, pour y glaner des abus à reprocher à l'évêque de Rome, ne prouve que la faiblesse de sa cause, et rend sans y penser un glorieux témoignage au clergé romain, et à celui qui le maintenait dans une plus exacte discipline. Qu'il me soit permis d'ajouter, contre les hérésies des derniers siècles, que c'est un hommage éclatant rendu à la primauté romaine.
Irréprochable dans ses rapports avec le clergé, Calliste le fut-il également dans sa conduite envers les laïques ? Il est accusé d'avoir favorisé le relâchement des mœurs, et par son indulgence excessive envers les pécheurs, et par les unions illicites qu'il aurait autorisées. <( N'alla-t-il pas, » dit M. Réville, en chargeant les couleurs du tableau qu'il devait simplement reproduire, « n'alla-t-il pas jusqu'à permettre aux pa- » triciennes de vivre en concubinage avec des esclaves » ou des hommes de condition inférieure, si, restées » dans le célibat et ne voulant pas perdre leur rang par » une mésalliance, elles ne pouvaient donner un autre » cours à leur impudique ardeur? Le résultat fut qu»'on » vit des femmes, dites chrétiennes, imiter les infâmes > débordements des matrones païenne's, et recourir à » l'art des avortements pour faire disparaître les suites * de leurs honteuses faiblesses. »
« Telles sont les terribles accusations qu'Hippolyte » ne craint pas de lancer contre l'évêque Calliste. »
Terribles, en effet, et telles que Voltaire eût refusé de les signer, même contre Alexandre VI. Le censeur contemporain est moins délicat. Il veut bien absoudre •Calliste de toute complicité dans les avortements. Mais à ses yeux « Tindulgence accordée aux unions illicites » est un fait bien précis, et a malheureusement pour la » mémoire du trop complaisant évêque , un rapport » étroit avec ce que nous savons par d'autres sources » sur les mœurs de la société romaine à cette époque. » Suivez ce raisonnement : La société romaine (païenne) était alors fort dépravée. Donc, pour convaincre Calliste d'avoir approuvé la même dépravation parmi les chrétiens, il suffira de l'en accuser. — En vérité, il y a <;ontre les papes une logique qui serait honnie partout ailleurs. Celui qui s'en sert ici est d'autant plus inexcusable, qu'il n'ignore pas la réponse nette et précise que plusieurs ont déjà faite à cette indigne calomnie. Tout ce qui résulte du texte grec, pesé et discuté avec soin, c'est qu'il fut permis aux femmes de qualité, encore dans le feu de l'âge, et qui n'étaient point mariées, de contracter, pour ne pas déchoir de leur condition par une mésalliance, une de ces unions que plus tard on a appelées mariages de conscience^ ou morganatiques^ avec un homme libre, ou même avec un de leurs esclaves *. Il importe peu que Calliste, en permettant
* Tous s'accordent à reconnaître que le texte est altéré en cet •endroit, quoiqu'on se divise sur le choix de la meilleure Iççon. J'use du droit de chacun, en proposant aussi la mienne : Kal-^àp
xxl yjtan^h iv àÇia lirtTps^l^iv, it avav^pci eIev xoù inXixia ^6 ixxxioivTO, tt)V ÉauTwv à^iav TiV (seu et) piri êoûXcivTo xa^AipsIv ^là to vc{xt|i.(i>; «Yaptr.O-îivai e^xeiv
Ivx X. T. X. On obtiendrait le môme sens, en lisant avec M. Tabbé
Nolte : xal inXixia ^Itivo; xaioivto àvaÇiou TÎi; éautûv àÇia; xv puTiPouXcivro...
« Si, par l'effet de Tâge, elles sont éprises d'affection pour un » homme inférieur à leur condition, dont elles ne veulent pas -» déchoir... >
ces alliances, ait eu ou n'ait pas eu dessein de combattre rinstitution de l'esclavage. L'esclavage, déplorable, mais inévitable conséquence de l'état du monde païen, a succombé moins par une volonté réfléchie des hommes que par la force des principes. Calliste avait appris de l'Évangile que tous les hommes sont frères, que le droit au mariage est fondé sur la nature, et qu'il en est peu d'aussi sacrés; qu'il ne peut être entravé par des lois arbitraires, mais seulement pour de graves motifs d'ordre public, dont l'appréciation, dans la société chrétienne, appartient à l'Église. Il a pesé ces motifs, il a vu quels inconvénients pouvaient découler de ces unions que l'État ne sanctionnait pas, mais qu'il ne proscrivait pas non plus absolument et sans réserve. Ces inconvénients étaient assez graves, je l'avoue; mais ils s'effaçaient devant des considérations d'un ordre plus élevé. Il fallait respecter le droit de ces nobles dames chrétiennes, et ne pas leur imposer la virginité qui n'est la vocation que du petit nombre. Elles étaient dans la dure alternative ou d'accepter la maiti d'un infidèle , peut-être d'un ennemi juré du nom chrétien, ou de s'unir à un époux inférieur parle
Je restitue ainsi la phrase suivante : Évôêv -ïipÇavTo smxtipsTv waral
Xsp'aÊvai aTox'.av iz&^i^iau.oiç tê xxl <papu.à)coi; x. t. X.
Ces eorrections s'éloignent des leçons du manuscrit moins que plusieurs de celles qui ont été proposées par d'autres; elles conservent la leçon evaÇta, mais en la déplaçant et la divisant en deux mots. Elles conservent à l'expression -Hkmct èxxaiEiv son sens naturel, juvenili œtate uri. Elles établissent entre tous les membres de phrase une connexion logique. Dans la 2* phrase j'introduis le mot Trepî^eajxc; dont je doute qu'on trouve 'ailleurs des exemples. Mais le verbe est usité, la formation d'ailleurs régulière, et enfin c'est le mot propre en cet endroit. Si l'on recule devant l'introduction d'un mot nouveau, on peut lire aveo
M. Nolte àîo'xix; TTspl ^ca«.cT; t« xai ^ocppt,xxci$.
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rang. Un pape pouvait-il les blâmer de préférer à tous les avantages humains l'intérêt supérieur de la conscience et du salut ?
En ne permettant que ce qui était juste, il ne répondait point des conséquences, s'il s'en rencontrait de fâcheuses. Mais le moraliste improvisé, qui déclare ces unions illicites, ne prouver a jamais que Calliste, selon de tels principes, ne fût pas responsable des suites. S'il est une règle évidente en morale, c'est que celui qui approuve le mal répond de tous les maux qui en découlent, autant du moins qu'ils ont été faciles à prévoir. Notre casuiste n'y regarde pas de si près. Il approuve et condamne selon son caprice ; il tranche tout au hasard, et ne respecte pas plus les entraves de la logique que celles de l'histoire.
Cette première accusation si menaçante s'est évanouie en fumée. La seconde a-t-elle plus de consistance? Pour la faire disparaître, il suflBra d'en préciser le sens. Quand on reproche à Calliste un excès d'indulgence envers le repentir, le lecteur peu versé dans l'histoire des premiers siècles chrétiens, s'imagine sans doute que Calliste absolvait les plus grands criminels sans épreuves préalables, sans aucune garantie d'un sincère amendement. Il sera fort surpris d'apprendre que les travaux de la pénitence publique duraient plusieurs années, et qu'ils étaient tels que la vie d'un trappiste paraîtrait douce par comparaison. J'essayerais en vain d'énumérer les jeûnes rigoureux, les veilles prolongées, les prostrations à la porte des
églises et aux pieds des fidèles, l'usage de la cendre et du cilice, les mortifications de tout genre les plus humiliantes et les plus douloureuses, auxquels on se soumettait en acceptant la pénitence, et qui se continuaient, à des degrés divers , jusqu'à son complet achèvement *. Voilà l'extrême indulgence dont murmuraient un Montan, un Tertullien, et tous les rigoristes de cette époque, plus durs incomparablement
* Il nous reste dans les œuvres de S. Cyprien une lettre qui lui est adressée par le clergé de Rome, exerçant Tautorité suprême, pendant une vacance du Siège apostolique. G*est la réponse à une lettre dans laquelle le primat d'Afrique exposait sa conduite envers les tombés, c'est-à-dire envers ceux qui, pour échapper à la mort, avaient offert de Tencens aux idoles, c Le clergé de Rome, dit Fleury {Hist. eccles,^ 1. VI, t. II, p. 207), lui écrivit une grande lettre par laquelle il approuvait entièrement sa conduite, blâmant l'indiscrétion des apostats, et plus encore de ceux qui les excitaient. Ils marquent combien il est nécessaire, dans les temps les plus fâcheux, de se tenir ferme à la discipline de l'Église, comme de ne pas abandonner le gouvernail dans la tempête. Puis ils ajoutent : « Et ce n'est pas une réso- » lution formée depuis peu chez nous : nous trouvons que cette » sévérité, cette foi, cette discipline est ancienne.,. Dieu garde » l'Église Romaine de perdre de sa vigueur par une facilité pro- » fane, et de relâcher les nerfs de la sévérité on renversant la » majesté delà foi... A l'égard de ceux qui se trouvent en péril » de mort, après avoir fait pénitence, et témoigné souvent la » détestation de leurs péchés, s'ils donnent des signes d'un vrai » repentir par leurs larmes et par leurs gémissements... qu'on » les secoure avec grande précaution. Dieu sait ce qu'il en fait, » et comment il règle son jugement. C'est à nous à prendre bien » garde que les méchants ne louent notre excessive facilité, et » que les vrais pénitents ne nous accusent de dureté et de » cruauté. »
Cette lettre est de Tan 251, postérieure d'environ 20 ans à la composition des Philosophumena, Comme les Romains s'y appuient sur la tradition de leur Église, on peut juger par elle de la limite où s'était arrêtée l'indulgence de Calliste.
Cette lettre est précieuse par un autre endroit. Elle nous
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que les jansénistes des derniers siècles. Et que prétendaient-ils donc? Que le coupable fût expulsé de la communion des Saints sans la moindre espérance d'y rentrer jamais. Jusqu'à quel point lui laissaient-ils le droit de compter encore sur la miséricorde divine, je ne sais, et cette question n'a pas besoin d'être approfondie. Ce qui est certain, c'est qu'en ce qui touche à la société de la terre, il entrait pour ainsi dire dans l'ordre des réprouvés, et qu'il devait être, comme tel, exclu irrémissiblement de tous les sacrements et de la participation au sacrifice, jusqu'à son dernier soupir, jusque dans la lutte suprême et dans les étreintes de la mort. On frémit à la pensée des excès oli le désespoir pouvait porter des âmes ainsi abandonnées. Et c'est en notre siècle, après tant de déclamations contre les peines vindicatives, quand, au nom de la philanthropie, avec des intentions souvent moins efficaces que généreuses, on s'efforce de convertir toutes les peines en remèdes, les prisons en pénitenciers, etc., que l'on ferait un reproche à un évêque d'avoir repoussé avec horreur de désolantes maximes, et d'être resté fidèle à la mansuétude évangélique M
montre un primat de Garthage, et un primat des plus fermes pour le maintien de ses droits, recevant humblement l'approbation et les avis qu'il a demandés au clergé de l'Église-mère, Sede vacante,
1 Cette douceur modifia- 1- elle la discipline plus ancienne? TertuUien a donné lieu de le penser, en s'élevant contre elle comme contre une nouveauté^ et surtout en accusant les catholiques d'inconséquence, comme s'ils continuaient à refuser aux apostats et aux homicides la pénitence qu'ils accordaient désormais aux adultères.
Toutefois, 1% il est certain que l'Église Romaine au ne siècle admettait à la pénitence les chrétiens coupables d'excès scandaleux contre les mœurs. Nous en avons pour garant Hermas,
3C4 ETUDES BIDLIQUES
A partie reproche d'hérésie, nous n'avons rien omis, rien dissimulé des accusations intentées contre deux papes saints et martyrs. Et que reste-t-il dé ce formidable appareil de machines dressées contre leur réputation? Est- on encore en droit d'insinuer que l'élévation de Calliste au pontificat fut le fruit de lâches complaisances, « qu'on chercha moins à nommer un » évêque orthodoxe , qu'à nommer un évêque indul- » gent pour bien des fautes que la discipline primitive » condamnait rigoureusement? » Pour laver cet opprobre fait gratuitement à l'Église romaine et à son
dans son livre du Pasteur, Hermas frère du Pape Pie I, qui vivait à Rome, et dont l'ouvrage fut assez estimé de plusieurs pour être mis par eux au nombre des livres canoniques. Tertullien avait lu ce livre, et pour ce seul passage, il s'est déchaîné contre lui.
2" Il est certain que ni Zéphyrin ni Calliste n'ont admis la distinction que Tertullien semble leur reprocher avec tant de virulence entre tel péché et tel autre, par rapport au refus d'absolution. Nous en avons pour garant Hippolyte qui accuse nettement Calliste de remettre tous les crimes et à tous (^â<r.v Ocp'aÙTsû à92c(idai àu.aprîa;). DîHis sa pensée, cette accusation tombe certainement autant sur Zéphyrin, qu'il nous dépeint comme entièrement dominé par l'ascendant de son ministre, que sur Calliste.
30 Tertullien lui-même écrivit avant sa chute un traité « De la pénitence, » où il en parle comme d'une planche que la bonté divine jette au naufragé pour le sauver de la mort : secunda post haptismum tabula. Il ne songeait pas encore à des péchés irrémissibles. Plus tard, il a parlé et pensé autrement. Mais il a la bonne foi d'avouer qu'il condamne ses propres sentiments en condamnant toute l'Eglise, et qu'il prévoit le reproche de légèreté auquel il s'expose : « quo magis hoc mihi in notam levitatis objectent. (De pudicitia, in proœmio.) »
Ces deux reproches que Tertullien déjà montaniste lit aux catholiques, l'un d'innovation par rapport aux adultères, l'autre d'inconséquence, par rapport aux apostats et aux homicides, ne peuvent donc s'aclresser avec quelque apparence de vérité qu'à certains évoques de son pays. Ces évoques, suivant le dur génie de leur nation plutôt que l'esprit de l'Évangile, voulurent en
chef, je pourrais me dispenser de tout argument et invoquer la bonne foi de celui qui le fait. De la même main dont il a souscrit les paroles qu'on vient de lire, il a signé celles qui suivent : « A chaque page de nos » études sur l'antiquité chrétienne, nous retrouvons » des preuves nouvelles de la faute à jamais déplorable » que commit l'Église chrétienne du ii« siècle, lors- » qu'elle donna au dogme, à l'expression intellectuelle » de la vérité, une pareille prépondérance. » Aucune page n'est exceptée, pas même celle qui raconte l'élection de Calliste, et la question d'orthodoxie y conserve
efFet refuser toute grâce aux violateurs de la chasteté conjugale. « A-pnd antecessores nostros, dit S. Cyprien, Epist. LU, quidam de episcops, istic in provincia nostra, dandam pacem mœchis non piitaverunt, et in totum pœnilentiœ locum contra aduU teria clauserunt » 11 est à croire que des pécheurs, rebutés ainsi par leurs évéques, recoururent au tribunal du Pape, où ils trouvèrent miséricorde. Ce fut l'occasion d'un sérieux avertissement adressé à ces pasteurs inexorables. Un ordre souverain les obligea à suivre une discipline plus humaine. C'est le décret qui réveille toutes les colères du montaniste africain, et dont il nous a conservé la précieuse mémoire par ses emportements mêmes. Il en parle comme d'une sentence sans appel, decretum et quidein peremptorium, émanée du pontife suprême de VÉvêque des évêques, « pontifex maximus, episcopus episcoporum » auquel il prête ironiquement ce langage : Ego et mœchiœ et fornicationis delicta pœnitentia fanctis dimitto. L'ironie amère du ton n'empêche pas la vérité du fond. 11 reste constaté que l'Église pardonne, mais qu'elle n'use point de ce pouvoir à la légère, et qu'elle exige des fruits de pénitence : pœnitentia functis.
Cependant le décret de Zéphyrin, limité par les circonstances mêmes, ne parlait ni de l'homicide, ni de l'apostasie ; et les trop rigides évoques, en acceptant la lettre plutôt que l'esprit, maintinrent apparemment leur sévérité outrée à l'égard de ces derniers crimes. L'argument de Tertullien avait contre eux toute sa force. Mais Zéphyrin l'eût mis à néant par une simple explication. C'est le seul moyen de concilier le témoignage de Tertullien avec celui d'Hippolyte que nous avons rapporté.
]e premier raug. Quand l'auteur aura fait son choix entre ces deux propositions contradictoires, nous pourrons songer à lui répondre.
En attendant, s'il nous permettait de lui donner un conseil, ce serait de relire quelques chapitres du 2® livre des Constitutions apostoliques, ce monument vénérable de la discipline des n® et lu® siècles. Il y reconnaîtrait sûrement que la voie de l'indulgence n'était pas toujours la plus conforme aux préjugés populaires; que l'évêque avait besoin de se roidir contre la crainte des hommes et les murmures de la foule, non pour se montrer rigide, mais au contraire pour se montrer compatissant. Ces chrétiens, amaigris par les austérités et les longues prières, que leurs ennemis comparaient à des spectres rôdant dans l'ombre, ces hommes accoutumés à braver la mort ne souffraient pas volontiers des gens scandaleux autour d'eux. Ils croyaient l'honneur du corps intéressé au retranchement des membres gâtés, et l'évêque a besoin d'être sérieusement averti, pressé, conjuré, excité par tous les motifs les plus touchants et les plus forts de se rappeler qu'il est père, qu'il est médecin, qu'il est pasteur, de se rappeler aussi qu'il est le maître et non le disciple de cette multitude ignorante qui se récrie à la seule image du pardon : Neque œquum est^ ô episcope, ut tu, qui caput es^ assenliaris caudœ, hoc est laïco homini seditioso^ idque in alterius perniciem^ sed Deo soli. Nam oportet te subditos regere, non ab iis régi cu7n nec filim imperet patrie nec servus domino sua, nec discipulus magistro, nec miles imperatori^ nec ergo latcus episcopo.
En étudiant ainsi l'histoire dans les monuments originaux au lieu de la lire dans le D' Baur, il serait conduit à soupçonner que Tambitieux qui captait les
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suffrages , c'était moins Calliste par sa modération qu'Hippolyte par sa rigueur.
La mort de Zéphyrin et l'élection de son successeur appartiennent à l'an 218. Calliste, qui avait passé sa jeunesse à Rome, y résidait depuis dix-huit ans comme vicaire du pape défunt, quand le suffrage populaire le désigna pour prendre sa place. Sa charge l'avait engagé dans des relations journalières de tout genre avec le clergé et le peuple qui relurent. On sait ce qu'il y a de péril à gouverner en second sous un souverain enclin à la mansuétucie comme Zéphyrin; combien il est rare que le ministre partage avec le maître qu'il représente les cœurs des sujets. Calliste les avait conquis; il fut élu sans trouble, et sans division sensible dans les suffrages, puisque Hippolyte n'en parle pas. Quelqu'un s'est pourtant avisé d'attribuer cette élection « au beau » parler de Calliste, aux brillantes couleurs sous les- » quelles il savait se peindre lui-même, enfin à une » surprise du suffrage universel. » Laissons-le dire. Les Romains ne s'aperçurent point de leur erreur ; ils ne regrettèrent point leur surprise. Calliste les gouverna pendant cinq ans ou environ, et alla rejoindre au ciel celui qu'il avait vénéré et aimé pendant la vie. Les circonstances de sa mort ne nous sont point connues avec une entière certitude *. Mais l'Église l'ho-
* Le bréviaire romain rapporte qu'il fut précipité dans un puits, et cette tradition, si elle n'est pas absolument certaine, est au moins fort vraisemblable. V. le P. Armellini, *dans l'ouvrage déjà cité.
nore, aussi bien que son saint prédécesseur, comme martyr ; comme elle, nous lui en conserverons le titre, et nous l'entourerons de nos hommages les plus respectueux, de notre amour le plus tendre, sans redouter les assauts d'une critique aussi peu sobre et aussi dévergondée que celle qui s'étale sous nos yeux.
ARTICLE TROISIÈME