ALBERT SEBA
La pharmacie, en revendiquant^ à juste titre^ la plus grande part dans les progrès qu'ont faits à toutes les époques les sciences chimiques, n'a peut-être pas attaché assez d'importance à ceux que d'autres sciences doivent au zèle de quelques-uns de ses membres. On peut citer en effet, parmj les pharmaciens, un grand nombre de savants, de voyageurs^ de naturalistes, qui consacrèrent leur vie et leur fortune au développement des sciences naturelles. C'est ainsi que Çharas, Lémery^^ Georges Marggraffjles deux Geoffroy et une foule d'autres mirent à profit de lointains voyages, ou se livrèrent à de laborieuses recherches pour éclairer la nature, l'origine d'un grand nombre de substances exotiques, et contribuèrent par de longs et pénibles travaux au perfectionnement des diverses branches de l'histoire de la nature.
Il faut ajouter à ces grands noms celui d' Albert Séba, pharmacien d'Amsterdam, qui, fils d'un pauvre paysan, entreprit de nombreux voyages, parvint à acquérir une fortune considérable, et en fit le plus noble emploi> en la consacrant en grande partie à l'avancement des sciences. Séba réunit dans un cabinet célèbre les plus
rares productions de la nature^ et les reproduisit dans une riche collection de gravures et de dessins^ longtemps la plus exacte^ la plus complète connue^ et que de nos jours aucun naturaliste ne peut encore se dispenser de consulter.
Albert Séba naquit à Eetzel^ village de TOst-Frise^ en i665. Son père^ simple cultivateur^ ne put lui donner qu'une éducation fort modeste. Cependant on lui fit apprendre le latin^ et son maître^ qui reconnut en lui d'heureuses dispositions^ poussa ses études aussi loin que s'étendaient ses propres connaissances. Un goût prononcé pour Phistoire naturelle avait inspiré au jeune Séba la pensée d'étudier la pharmacie^ et il entra en apprentissage chez un pharmacien de Neustadt. Peu d'années après, il vint à Amsterdam, travailla dans quelques pharmacies de cette ville, puis s'embarqua sur un vaisseau de la Compagnie des Indes. Il fit successivement plusieurs voyages, et non-seulement il y trouva l'occasion de s'enrichir, mais il rapporta chaque fois un grand nombre d'objets précieux et rares, empruntés aux trois règnes de la nature. Il se fixa à Amsterdam, où il établit une pharmacie, et où il se maria. Sa fortune s'accrut rapidement, et, toujours préoccupé de son goût pour l'histoire naturelle, il s'appliqua à former une collection qui surpassa bientôt toutes celles de l'Europe, en richesse et en célébrité. En 1816, Pierre le Grand ayant fait un voyage en Hollande, visita la collection de Séba, qu'il acheta pour une somme considérable, et dont il fit présent à l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, qui la possède encore. Séba se mit aussitôt à en former une seconde plus riche que la première; malheureusement