‹ Etudes biographiques pour servir à l'histoire des sciencesChapitre 5 sur 23 · PIERRE BELON · texte numérisé non relu

PIERRE BELON

les matériaux sont distribués presque sans ordre^ mais dont la lecture ne laisse pas d'être attrayante autant qu'elle est instructive. La géographie de ces contrées alors si peu connues^ les usages des habitants^ Thistoire et les mœurs des animaux^ les lois^ la religion, les pratiques habituelles ou privées de TOrient^ mais surtout des détails précieux sur la matière médicale, tout s'y trouve réuni et mélé^ à peu près comme dans un journal de voyage, ce qui, pour cela même, donne à tout l'ensemble un attrait assez vif et un grand caractère de vérité. L'ouvrage est divisé en trois livres, mais uniquement sans doute pour mettre quelque repos dans ce singulier Campendium qui, autrement disposé, n'eût peut-être pas excité au même point l'attention et l'intérêt des lecteurs. Presque tous les naturalistes, depuis trois siècles, ont puisé abondamment dans ce précieux recueil. On y trouve, par exemple, sur les substances médicinales tirées de l'Orient, une multitude de documents très-nouveaux pour l'époque et encore très-véridiques de nos jours. C'est là que se rencontrent les premières notions positives qui nous soient parvenues sur la graine d'écarlate (cochenille), la terre sigillée, les gommes, l'alun, le mastic, la civette, la casse, le baume, la mumie, l'ambre jaune, la rhubarbe, l'opium (1), et sur une foule d'autres drogues. Observateur érudit autant qu'exact, Belon décrit et compare tous les objets qu'il recueille ; il montre que la plupart des plantes, des oiseaux et des poissons auxquels on

(f) Belon est le premier qui ait dit que l'opium pouvait être préparé en Europe, dans plusieurs contrées dont le climat est le même que celi^i de l'Anatolie. (Voy. Singularitex , etc. Liv. 111, chap. XV.)

80 ÉTDDES BIOGRAPHIQUES.

avait jusque-là donné les noms de Tantiquité^ n'étaient pas ceux que les anciens avaient décrits. Il rectifie beaucoup de préjugés, il relève une foule d'erreurs, et, lorsqu'il craint d'en faire lui-même, il ne manque pas d'exprimer ses doutes et d'en appeler à un nouvel examen. Les voyageurs et les géographes ne lui ont pas fait des emprunts moins nombreux. Us ne se sont pas fait scrupule de décrire des lieux, des aspects, des détails qu'ils ont tout simplement puisés dans son livre. Belon semble, en effet, avoir tout obsen*é : les antiquités, les mœurs, les objets naturels, les arts, l'industrie, les jeux, les danses, les exercices. On y trouve jusqu'aux détails de cette fameuse pèche au flambeau et au trident, dont un écrivain moderne a fait l'un des plus piquants épisodes de ses impressions de voyages.

On pourrait s'étonner d'une telle variété de connaissances, de cette sagacité, de cette sûreté de vues, dans des matières à la fois si neuves et si complexes ; mais Belon réunissait cet ensemble de facultés sans lesquelles on ne réussit point dans une pareille carrière : un courage infatigable, une curiosité intelligente, l'esprit d'analyse et celui d'observation. Ses récits portent toujours le caractère de la véracité et de la bonne foi. Son style, dépourvu d'artifice, mais naïf et animé, rappelle celui d'Amyot, tandis que sa perspicacité, sa persévérance et l'énergie de son caractère font parfois souvenir de son illustre contemporain Bernard Paljss^-

Ce livre fut traduit dans plusieurs langues et réimprimé un grand nombre de fois. Les éditions qui en furent publiées après la mort de Tautèur fourmiUent de fautes et d'erreurs grossières, qui peuvent souvent induire à de déplo-

PIBBRE BELON. 81

rables mécomptes. Les fautes typographiques^ on lésait, peuvent échapper au correcteur le plus attentif, mais les erreurs, les bévues scientifiques sont plus graves et frappent d'un juste discrédit les ouvrages qui les recèlent. J'ai cité quelque part un traducteur de Dioscoride, qui prétend que les éléphants s'apprivoisent avec du suc d'orge, tandis, que l'auteur avait dit simplement que Tivoire se ramollit quand on le fait tremper dans la bière ; mais en voici d'autres exemples malheureusement trop communs dans /histoire des sciences. On trouve dans plusieurs biographies que le botaniste Guilandinus, contemporain de Belon, a écrit l'un de ses ouvrages sur papyrus, tandis qu'il s'agit du commentaire d'un chapitre de Pline sur le papyrus et sa préparation. Citerai-je ce bibliographe qui plaça au nombre des livres de mathématiques un traité de l'opération de la taille : adextrahendum calculum, et parmi les ouvrages de botanique, un in-folio intitulé : Fuggei'orum et fuggerarum imagines, croyant qu'il s'agissait d'un traité des fougères mâles et femelles ? Or ce volume contenait l'histoire généalogique de la famille Fugger, ces fameux négociants d'Âugsbourg qui, ayant prêté à Charles-Quint des sommes considérables, l'en acquittèrent au milieu d'une fête, en jetant son obligation dans un feu allumé avecdes fagots de cannelle.

Ce n'est pas sous ce rapport seulement que la mémoire de Belon aurait à se plaindre de ses contemporains ou de ses successeurs. On ne conçoit vraiment pas comment un savant aussi modeste, aussi inoftensif, a pu être à la fois victime de l'envie, de la haine des uns et de la coupable ignorance des autres. On a d'abord prétendu que Belon avait été non-seulement }e domestique d'un prélat, mais

82 ÈTUntS BIOGUPHIQDBS.

celui de Pierre Giiius d'Alby qui avait, comme lui, parcouru rOrient, et qui, après avoir été fait prisonnier par les Barbaresques et racheté par le cardinal d'Armagnac^ était mort à Rome en 1555. Scévole de Sainte-Marthe^ dans un éloge de Giiius, énonça le premier cette absurdité, et y joignit la calomnie, en disant que Belon avait dérobé les manuscrits de son maître, et les avait publiés sous son nom. DeThou^ Bailletet d'autres ont reproduit la môme version sans Texaminer, et il a fallu l'autorité de plusieurs savants et près de deux siècles pour en racheter la mémoire du naturaliste du Mans. Il n'eût pas été difficile pourtant de s*assurer que Belon n'avait jamais voyagé avec Giiius, qu'il n'avait eu avec lui aucun rapport d'intimité ou de subordination, qu'il n'était pas à Rome en 1555, mais à Paris, chez le cardinal de Tournon ; enfin, et par-dessus tout, que Belon ayant publié ses principaux ouvrages avant la mort de jGfiliu s, celui-ci n'eût pas manqué de s'en déclarer l'auteur s'il en avait eu le droit. Mais la fatalité fut telle à cet égard que lojyiriiefortj ayant voulu laver la mémoire de Belon de cet indigne outrage, le fit dans des termes si ambigus que des biographes ultérieurs ont fait mourir Belon à Rome en 1555, et Giiius^ assassiné dans le bois de Boulogne, en 1564.

Belon' semblait avoir prévu les attaques auxquelles il pourrait être en butte, car il aborde ce sujet dans plusieurs occasions, a II n'est homme, dit-il, parlant de dia verses choses, qui puisse si bien dire que les lecteurs séa vères, envieux et de mauvais vouloir ne trouvent à a redire et à calomnier. » Il prend même pour épigraphe de son histoire naturelle des poissons, ces mots : Virtutis

t>lERR£ BELON. 83

et gloriœ cornes inoidia. Il s'élève contre les envieux et les indifférents a qui penâent que les choses de sciences doivent être a laissées aux gens de plus grand loisir^ ou à ceux qui les a cherchent plus par curiosité que par utilité. B Enfin il proteste partout contre les charlatans a qui promettent^ <x dit-il des royaumesà ceux dont ils empruntent un écu^ B montrant ainsi toute son horreur pour des passions méprisables et tout son désintéressement^ toute la sincérité de ses propres efforts.

Après avoir été dignement vengé de Tinjustice et de Terreur qui s'étaient attachées à son nom^ Pierre Selon n'avait pas besoin sans doute du nouveau et faible témoignage que je viens de lui rendre. Mais j'ai pensé qu'un naturaliste émineut^ un peu trop oublié de nos jours^ méritait d'être signalé au souvenir et à la reconnaissance des hommes de savoir^ dans une solennité toute scientifique. Au moment où la France se couvre de statues que chaque province élève aux grands hommes auxquels elle a donné le jour^la science me semble aussi devoir quelque hommage aux savants qui ont soutenu pour elles des luttes courageuses dont nous recueillons les fruits^ et à qui nos écoles elles-mêmes doivent les premiers éléments des connaissances sur lesquelles se fonde aujourd'hui leur juste célébrité.

(15SO-168ft).

Aucune biographie, aucun monument n'a consacré jusqu'ici la mémoire de Tun des hommes les plus recommandables qu'ait produits le seizième siècle^ et auxquels l'humanité et la science ont le plus de réelles obligations. Cet homme est Nicolas Houel, savant et vénérable pharmacien de Paris, qui, après avoir acquis une fortune honorable, l'appliqua tout entière à des fondations charitables et scientifiques, et à qui l'École de Pharmacie de Paris doit sa première origine.

A cette époque, l'état de la civilisation n'avait pas encore donné naissance à ce sentiment assez froid de justice distributive, que l'on décore du nom de philanthropie, et l'on connaissait à peine les principes rigoureux et calculateurs qui président de nos jours à l'administration publique de la bienfaisance. Hais il existait dans quelques âmes généreuses un sentiment plus relevé, plus ardent, plus fécond qui, s' appuyant à la fois sur la compassion et sur la piété, répandait assez largement sur les classes laborieuses des secours qu'elles eussent vainement attendu de l'état précaire de la fortune publique. La charité privée venait heureusement en aide à la pédu-

rie du gouvernement ; elle fondait de toutes parts des hospices^ des asiles^ des institutions^ des coHéges^ et^ ne séparant jamais le bienfait moral du soulagement matériel^ elle offrait en même temps au malheureux les consolations qui relèvent son courage et l'instruction qui lui prépare un meilleur avenir.

Nicolas Houel^ né à Paris en ibW, fut un de ces hommes pleins de zèle et de lumières, moins rares qu'on ne le suppose à une époque que Ton croit, mais à tort^ enveloppée comme les siècles précédents des ténèbres de rignorance et de la barbarie. Retiré des affaires à un âge qui lui permettait encore d'apporter une véritable activité à sa noble entreprise^ il conçut la belle pensée de fonder uu établissement destiné a à nourrir certain « nombre d'enfants orphelins, nés de loyal mariage, pour a y être instruits, tant à servir et honorer Dieu, que es « bonnes lettres, et aussi pour apprendre Tart d'apothicai- « rerie. Dans la maison, et par le ministàre de ses orphe- « lins, devaient être fournis et administrés gratuitement Q[ toutes sortes de médecines et de remèdes convenables « aux pauvres honteux de la ville de Paris, sans que ceux'^ « ci soient forcés de sortir de leurs maisons pour aller à « V Hôtel-Dieu. » Houel demanda au roi Henri III qu'on lui abandonnât pour cet établissement, ce qui restait à vendre de l'hôtel des Tournelles. Le roi y consentit, mais l'évêque de Paris s'y étant opposé, il fallut recourir au parlement qui, après une enquête, et sur le rapport d'une commission spéciale, permit à Nicolas Houel de s'établir dans la maison des Enfants-Rouges. Deux ans après, pour des motifs que l'histoire n'a pas conservés,

l'institution dut être transférée au faubourg Saint-Marcel^ dans les bftthnents de Thospice de Lourcine.

La reine Marguerite de Provence^ veuve de saint Louis, avait fondé au treizième siècle cet hôpital qui avait pris le nom de Lourcine, du territoire sur lequel il avait été bâti (i). Au siècle suivant^ il se trouvait sous le patronage de Guillaume de Chanac, évéque de Paris et patriarche d'Alexandrie, ce qui lui fit prendre le nom d'Hôtel-Dieu du Patriarche. Deux siècles après Thospice de Lourcine, comme le disent les chroniques du temps, a se trouvait « désert et abandonné par mauvaise conduite, tout ruiné, <K les pauvres non logés, et le service divin non dict ni « célébré. »

Tel était le local que Ton accordait à Houel pour y fonder son institution. Après s'y être installé, il lui donna le nom de Maison de la Charité chrétienne. Protégé par le roi^ parla reine Louise de Lorraine, pai* le parlement, et secouru par les donations de madame de Dampierre, l'établissement ne tarda pas à prospérer. Il comprenait dès lors : 1° une chapelle; 2<> une école de jeunes orphelins, instruits à préparer et à distribuer les médicaments aux pauvres honteux de la ville et des faubourgs ; 3^ une pharmacie complète ; A^ un enclos nommé Jardin des Simples y a lequel étant rempli de beaux arbres fruitiers et a plantes odoriférantes, rares et exquises de diverses espè- « ces, devait apporter un grand plaisir et une grande décoa ration pour la ville de Paris (2); o 5"" un hôpital contigu

(1) Le nom de Lourcine parait venir d'un lieu situé le long de la rivière de Bièvre, où l'on brûlait les morts, ce qui lui avait fait donner le nom de Terra de loeo cinerum, (Lebeuf, Hi$t. du diocèse de Paris,)

(2) Ce jardin, le premier de ce genre qui ait été établi en France^

à la maison de charité^ a auquel par chacun jour^ suivant a les termes de Tinstitution^ sont logés les pauvres bona teux passant leur chemin f lesquels^ avant que de se a coucher^ la cloche du dict hôpital sonne l'espace d'un a demi-quart d'heure^ et tout les pauvres se mettant à gea noux et en grande dévotion, chantent le psaume : « Miserere meî, Deus, et une antiphone à la vierge Marie, « priant Dieu le créateur pour tous ceux ou celles qui a font aumône de leurs biens à ladite Maison de charité a chrétienne. »

Ce n'était pas là que Houel voulait borner son admirable fondation; suivant les termes de sa requête à la reine Louise de Lorraine, il se proposait encore d'ajouter à l'instruction déjà établie a l'enseignement des a sept arts libéraux avec les autres disciplines et sciences, a jusqu'aux langues grecques, hébraïques et autres lan- « gués étrangères. » Le reste de sa vie fut consacré à donner à son institution tous les développements que lui suggéra sa générosité éclairée. Après sa mort, qui eut lieu en 1584, la maison fut administrée par son successeur, Charles ^ude ns. aussi apothicaire; mais plus tard, elle changea de destination. Henri IV ordonna que a les a pauvres gentilshommes, officiers et soldats estropiés, a vieux ou caducs, y seraient reçus, logés, nourris et méa dicamentés; » En 1624, Louis XIII ayant transféré l'hospice militaire au château de Bicêtre, les pharmaciens rentrèrent dans l'administration de la Maison de Charité

et qui fut disposé sur le modèle de colui de Padoue, donna plus 4ard l'idée de la fondation du Jardin des plantes, provoquée en 1626, par Hérouardet Guy de la Brosse, médecins du roi Louis XIII.

88 KTIîDRS BIOGRAPHIQUES.

chrétienne^ dont le jardin n'avait pas cessé de leur appartenir (i).

Nicolas Hûuel a laissé quelques écrits qui prouvent qu'il était un des hommes les plus instruits de son époque. On a de lui un Traité de la Peste imprimé en 1573^ un traité de la Thériaque et du Mithridate^ publié la même année; un petit volume inWivAé: Advertissement et déclaration de l* institution de la Maison de la charité chrétienne établie es faubourg Saint-Marcely par V autorité du roi et celle du parlement (2). Houel s'occupa aussi de littérature. M. Paulin Paris (3) a donné la description d'un fort beau manuscrit de cet auteur^ destiné à Catherine de Hédicis^ et ayant pour titre : Histoire de la royne Arthémise. C'est un roman poétique et allégorique^ relatif aux affaires du temps. Cet écrit est suivi d'un ospuscule intitulé : Petit Discours de f excellence de la plate peinture. Enfin Nicolas Houel écrivitune Histoire des Français, ei un Abrégéde cette histoire a contenant la vie de chacun roy de France^ avec a leurs visages et ressemblances^ tirés d'après le naturel^ a la description des batailles qu'ils ont données^ etc. » On voit que son activité remarquable s'était appliquée à plus d'un objets et que la charité ardente dont son âme paraissait remplie^ avait encore laissé une assez large

(0 Voyez un excellent article sur le jardin des apothicaires y par M. Chereau. [Journal de pharmacie, t. XVllI, p. 644.)

(2) On doit à Houel, dit Gobet, [Anciens minéraloqistes. t. IL p. 700] un Commentaire avec ce titre : Pharmaceutices Libri duo. Prtor continet omnia Mesuœ theoremata, canones universale» vacant , in tabulas redacta, per N. H. Pharmac. Pars posterior est Joan, Tagautii D, M. de simplieibus medicamentis purgantibus, annotationibut illuMtratus per eumdem Houel. 80 Parisiis, 1571.

(3) Manuscrits français de la bibliothèqw du roi, par M. Paulin Paris; T. 11. p. 309. '

place aa goût des arts^ des lettres^ et à la culture des hautes sciences.

•Voilà tout ce que les chroniques nous ont permis de recueillir sur Texistence d'un homme modeste^ éclairé, généreux, dont le nom même a échappé à tous les biographes ; et toutefois, comme ces fleuves dont on ignore la source, il a répandu sur son passage de nombreux et durables bienfaits. On retrouve dans la pensée qui a présidé à la fondation de la Maison de la charité chrétienne le germe de quatre des plus belles institutions dont jouit eilcore notre siècle : celle des dispensaires, qui épargnent au pauvre le chagrin de quitter son domicile, de renoncer aux soins de sa famille, lorsque Tàge et la maladie le forcent de recourir aux secours publics ; Pidée d'un asile ouvert aux voyageurs souffrants, qui, fécondée par Henri IV, donna naissance à la fondation des Invalides ; son Jardin des simples inspira la création du Jardin des plantes, auquel il servit de modèle; enfin, on lui doit le premier enseignement public, régulier de la pharmacie, et la fondation de Y École, aujourd'hui la plus vaste et la plus complète qui existe, pour l'étude de cette profession. Est-ce donc là une de ces mémoires que la postérité doive laisser dans l'oubli ? beaucoup de noms fameux ont-ils de meilleurs titres à sa reconnaissance et à la célébrité (1) ?

(2) On voit au-dessus de la porte de la salle des réceptions, à l'École de pharmacie, un portrait de Nicolas Houel, dont on ignore Tauteur, la date, et dont on peut contester l'authenticité.

Au nom de Van Helraont^ comme à celui de Paracelse^ se rattache assez généralement l'idée des derniers efforts de Talchimie^ du théosophisme^ des sciences occultes en un mot^ prêtes à disparaître devant un ordre d'idées plus rationnel^ que Tàge suivant s'appliquera à poursuivre et à développer. C'est à tort pourtant que Ton réunit sous le même point de vue ces deux personnages^ que des oppositions bien tranchées distinguent et devraient empêcher de confondre. Van Helmont est souvent regardé comme le successeur^ le continuateur immédiat de Paracelse, tandis qu'il emprunta à peine à ce dernier quelques vagues aperçus systématiques^ qu'un siècle presque entier sépare leur apparition^ et que les dissemblances qui s'élèvent entre eux portent à la fois sur les travaux comme sur les théories^ sur le savoir comme sur le caractère personnel.

Jean Baptiste Van Helmont^ issu de l'illustre famille de Mérode^ naquit à Bruxelles^ en 1577. Sa mère^ d*une famille noble du même pays^ se nommait Marguerite de Stassart (Â). Ayant perdu son père de bonne heure^ il fut élevé au collège de Louvain. L'un de ses professeurs^

VAPI HELMONT. 91

Martin del Rio^ qui avait publié un ouvrage sur la sorc^ lerie, Tinitia aux doctrines de la cabale^ encore très-repandues à cette époque^ et disposa son esprit aux idées mystiques; ces premières impressions agirent sur lui dans tout le cours de son existence. Van Helmont annonça de bonne heure une aptitude remarquable pour la culture des sciences ; peu touché des-honneurs comme des emplois auxquels rappelaient sa fortune et son rang^ il ré** solut^ malgré quelque opposition de la part de sa famille^ de s'adonner à l'étude de la médecine. Il y fit de si rapides progrès qu'à peine sorti des bancs de l'école, oû lui confia la chaire de chirurgie à TUniversité, où, de son propre aveu, il enseignait ce qu'il ne savait pas encore. Afin de.se rendre un compte exact des doctrines scientifiques de l'antiquité, il se mit à apprendre les langues anciennes et parvint bientôt à lire, dans le texte même, les écrits des pères de la science ; mais loin d'y puiser de l'admiration pour leurs travaux, il sembla n'y avoir trouvé que des armes pour combattre leurs théories. Il ne goûta pas mieux leurs doctrines philosophiques, surtout lorsqu'il les retrouva, modifiées et détournées de leur véritable sens, dans les écoles du moyen âge. Plus accessible aux idées des théosophes modernes, il s'y livra sans réserve, et dirigea désormais dans ce sens toutes ses études. Il abandonna même à cette époque les sciences médicales, et, tournant toutes ses recherches sur la philosophie naturelle, il s'appliqua à faire concorder avec ses convictions, non-seulement tous les faits qu'il parvint à connaître, mais toutes les suppositions qu'il imagina, au milieu des rêveries et des extases les plus fantastiques.

92 éti:des biographiques.

Il se mit ensuite à voyager^ et après avoir consacré plusieurs aînées à visiter les universités étrangères^ il revint dans sa patrie. A cette époque^ une circonstance fortuite vint donner un nouveau cours à ses idées. Atteint d'une maladie cutanée très-rebelle^ il avait eu d'abord recours à la thérapeutique du temps, qui attribua sa maladie à la combustion de la bile et à l'état salin du phlegme. On employa par conséquent lès moyens ordinaires^ Tarsenal obligé des humoristes, les purgatifs surtout, qui l'affaiblirent sans le soulager. Il se révolta contre les doctrines et la pratique de l'école, et s'étant adressé à un empirique qui lui prescrivit l'emploi du soufre et du mercure, il fut guéri. Frappé d'un tel résultat. Van Heimont revint à l'étude de la médecine et se montra dès lors Tun des plus fervents adeptes dé l'école chimiatrique. Il abandonna à sa famille la plus grande partie de sa fortune ; il se retira dans une terre qu'il avait conservée près de Vilvorde, se maria, et ne quitta plus sa retraite, où il se livra pendant plus de trente années à ses recherches, à ses méditations savantes et philosophiq[ues, comme à la pratique des plus nobles vertus.

Il éprouva néanmoins vers la fin de sa vie de cruelles tribulations. Quelques-unes de ses opinions devinrent l'objet des poursuites de l'autorité ecclésiastique ; il fut plus d'une fois en butte aur récriminations, aux attaques des médecins ses confrères ; enfin, il perdit successivement sa femme et quatre de ses enfants. Sa santé s'étant affaiblie par l'âge et par le chagrin, il mourut en 1644, à l'âge de soixante-sept ans, deux ans après la mort de Galilée et la naissance de New^ton.

L'histoire de la science, surtout depuis quelques an-

nées^ s'est beaucoup occupée de Van Helmont (B). C'est en effet un spectacle du plus haut intérêt que les efforts de cet homme de génie, s'appliquant à dégager la science des idées préconçues qui la dominaient alors et qui le dominaient lui-même ; cherchant à s'élever par la méditation et par l'expérience jusqu'aux causes primordiales^ jusqu'à la pensée mên^e du Créateur^ et^ du sein de mille conceptions plus ou moins étranges^ faisant jaillir des traits de lumière qui éclairèrent après lui la marche de la science^ ou des vues profondes qui servirent à en élargir le vaste champ. Il est asse2 difficile toutefois de découvrir^ au milieu de ses écrits fort divers et parfois assez obscurs^ la suite des idées qui constituent son système. Van Helmont lui-même n'en a pas réuni toutes les pièces par un enchaînement rigoureux ; ses vues n'ont pas eu un but unique bien déterminé^ du moins si l'on en sépare la pensée religieuse à laquelle il subordonna tous ses travaux. Ces titres scientifiques se rapportent à la chimie^ à la métaphysique^ à la physiologie et à la médecine; c'est par conséquent sous ces principaux chefs qu'il faut ranger les faits et les théories répartis dans ses ouvrages. La pensée théosophique domine^ comme nous l'avons dit, tout son système. Après avoir combattu victorieusement les doctrines à priori de l'antiquité, peutêtre croit-on qu'il y va substituer une méthode plus rationelle; s'il condamne les idées spiritualistes de l'école, sans doute il saura les remplacer par d'autres, fondées sur des bases plus certaines... Il n'en est rien. C'est encore la méthode à priori, ce sont des idées spiritualistes qui le préoccupent ; seulement, il s'évertue à les faire concorder avec la Genèse, avec les livres saints, et il y

94 ÈITJDBS BIOGJIAPHfQITBS.

réunit une foule de suppositions bizarres, mais souvent aussi ingénieuses que hardies, tirées de sa féconde ima* gination.

La nature, selon lui, créée par le Verbe de Dieu, comprend : I* les corps ou la matière ; ^ les accidents, c'està-dire les propriétés, les puissances, les qualités; 3® le principe du mouvement. Il partage ensuite les choses sublunaires en éléments et en pixxluctions séminales : métaux, végétaux, animaux, auxquels il faut joindre les ferments, les âmes, les formes et les corps célestes. Ses éléments ne sont point ceux d^mpédocle ou d'Aristote, pas même ceux de Basile Valentin et de son école. Il n'en compte que deux : Tair et l'eau; encore l'air n'est-il point à ses yeux un élément matériel, mais un fluide sec, compressible et dilatable, par conséquent pourvu de pores et d'interstices. Il admet une substance, le magnale, autre fluide intermédiaire entre l'air et les corps célestes, entre la matière et l'esprit, qui communique aux choses terrestres l'influence des astres, qui dilate ou condense l'air atmosphérique, et par conséquent en occupe les pores. Il explique l'extinction des corps qui brûlent dans un volume d'air limité, ainsi que l'altération de l'air dans les mines, en disant que la fumée, les émanations métalliques ou l'esprit sylvestre remplissent ses pores et gênent l'action du magnale. On voit qu'il était encore bien loin de la vraie théorie qu e Jean Rej allait bientôt découvrir, quoiqu'elle dût rester longtemps encore méconnue ou ignorée.

La terre n'est pas non plus un élément pour Van Helmont, car il croit, avec Thaïes, qu'elle peut se réduire en eau, naturellement ou par des moyens artificiels. Elle renferme des ferments qui deviennent les germes des

\AN HEUIONT. 95

corps qui se développent dans son sein. Quant à Feau^elle représente à ses yeux l'élément unique et universel. Il compare son rôle dans toute la nature à celui du sang dans le corps de Thomme ; l'eau est incompressible et inerte; elle forme la matière de tous les corps^ elle les constitue en changeant de forme sous Tinfluence de l'orchée ou esprit séminal. Il l'obtient de la distillation de tous les corps oi^anisés^ de la combustion des huiles^ de Tesprit-de-vin^ des corps inflammables les mieux desséchés. Sa vapeur peut aussi changer de forme en se combinant avec d'autres corps^ mais elle ne peut point se convertir en air. Cependant la vapeur qui se dégage de l'eau froide diffère de celle produite par l'eau chaude^ et se rapproche de la nature des gaz; c'est elle qui donne naissance aux météores.

£ginJHel|aont tira toutes ses idées sur Tuniversalité de l'eau comme principe matériel, d'une expérience célèbre, qui lui fournit^ il est vrai, des conséquences erronées, mais qui légua à la science des principes aussi vrais que féconds en applications. Il planta une branche de saule^ d'un poids donné (5 livres), dans un Vase contenant un poids également connu de terre bien desséchée (!200 livres). Il laissa croître ce saule pendant cinq ans, en se bornant à l'arroser avec de l'eau distillée. Au bout de ce temps, le saule avait pris un accroissement considérable i il pesait 169 livres 3 onces, et la terre, desséchée de nouveau, n'avait perdu que 2 onces de son poids. Van Helmont en conclut que l'eau seule avait suffi pour donner naissance à 164 livres de bois, d'écorce et de racine de saule, non compris les organes qui s'étaient développés et flétris chaque année. Cette consé(iuence était évidem-

ment fausse^ car il n'avait tenu aucun compte ni des sels contenus dans la terre, ni des éléments que l'atmosphère avait fournis à la plante ; mais Texpérience n'eç avait pas moins une haute portée scientifique, car elle iutroduisait pour la première fois l'emploi de la balance dans lesobservalions de cette nature, comme Sanctorius, à peu près en même temps, venait de l'appliquer aux recherches de physiologie animale.

Une autre expérience importante, également due à Yan Helmont, eut aussi beaucoup de retentissement, et devint l'origine d'une branche toute nouvelle de recherches chimiques. Ayant opéré la combustion de 62 livres de charbon de chêne, le savant expérimentateur n'en retira qu'une livre de cendres, et il en conclut que 61 livres de charbon s'étaient converties en espriï sylvestre ( sauvage) j c'est ainsi qu'il appela d'abord une sorte d'air, qui ne pouvait être ni retenu dans les vaisseaux, ni coercé par la compression ou le refroidissement. On voit qu'il s agissait de l'acide carbonique, qu'il sut fort bien distinguer de l'air atmosphérique ainsi que de la vapeur d'eau. Cet esprit sylvestre, il le retrouva plus tard dans le produit aériforme des cuves en fermentation, dans l'air impropre à la respiration des mines et des cavernes, dans celui que dégagent certaines eaux minérales, ainsi que dans les substances calcaires attaquées par des acides. Il lui reconnut la propriété d'éteindre les corps en igriition et d'être irrespirable. Dès ce moment, son génie se tourna vers l'étude de ces corps invisibles qui se produisent dans diverses circonstances naturelles ou artificielles. Il en re* connut d'autres produits par la combustion du soufre, par l'action de l'eau-forte sur un métal, par la distillation

de l'urine^ ^ il imposa à tous ces corps un nom générique^ celui de gaz (qu'il remplaça quelquefois par celui de flaitts) , et qui est resté dans la science. Tel est le premier point de départ des recherches relatives à cette nouvelle classe de corps^ qui depuis ont joué dans la chimie moderne Tun des rôles les plus vastes et les plus importants.

Le mot gaz, ou plutôt gas , comme Pécrit Van Helmont (1)^ dérive du mot allemand gahst ou geist, qui signifie esprit. Au moyen âge^ on donnait le nom d^esprit à tous les corps volatils qui résultaient d'un phénomène de mouvement^ comme de la fermentation^ de l'affervescence et de l'explosion. Ces esprits avaient souvent effrayé les alchimistes des siècles précédents^ qui se les représentaient comme des démons furieux et révoltés contre leurs recherches sacrilèges. Après Van Helmont, le mot esprit fut restreint dans son acception^ et^ depuis Boerhaave^ on ne l'appliqua plus qu% des liquides alcooliques ou a]'omatiques.

Van Helmont définit ainsi le mot gaz: a J'appelle de a ce nom nouveau un esprit inconnu jusqu'à présent^ qui d ne peut être contenu dans les vaisseaux^ ni se montrer « sous une forme visible (2). » Il remarqua qu'il en existait de diverses espèces; que les uns éteignaient les corps en ignition^ que d'autres brûlaient et s'enflammaient; il établit que^ dans certaines conditions^ des matières solides et liquides pouvaient prendre l'état aériforme^ enfin

(1} C'est Macquer qui l'écrivit le premier par un x, (3)) Btinc t^iriiwn (sylvestre) ifKcognitum hactenut^ nùvo nomine gas f06o, qui nec^ vatU cogi, née in corptM vi$ihHe reduct potett. [Ortut

iMdiein<e.,Lugd., 1656, p.68.)

98 ÉTUDES BIOGBAPHIQUES.

que les gaz constituent une classe de corps particuliers qui diffèrent les uns des autres par des propriétés nouvelles (i). Il signala la propriété rutilante du gaz({^teux) qui se dégage quand on fait agir Teau-forte sur l'argent ; il remarqua que le salpêtre^ soumis à une forte chaleur^ donne un gaz qu'il appeiki gaz du feu. Malheureusement^ il ne parvint pas à les recueillir et à les étudier isolément; et pourtant il en caractérise quelques-uns avec beaucoup de sagacité ; il les désigne par les épithètes de gaz pingue, iiccum^ fuliginosum ; il appelle la fumée qui s'échappe d'une chandelle éteinte : corpus gas. Il donne le premier une définition de la flamme aussi juste que lumineuse^ en disant que c'est un gaz qui brûle. Il dit que le gaz sylvestre^ qu'il ne confond pas avec la vapeur de l'esprit-de-vin, étant comprimé avec force dans les tonneaux^ rend les vins pétillants et mousseux (2). C'est à l'émission des gaz qu'il rapporte les explosions des laboratoires et celle de la poudre à canon. N'y avait il pas une certaine force d'esprit à choisir ainsi pour objet de ses recherches des corps invisibles^ impalpables^ au sujet desquels avaient régné si long-temps des préjugés terribles? Ses travaux^ en effets exposèrent plusieurs fois sa vie^ non parce qu'il était mauvais préparateur^ comme on l'a dit, mais parce qu'il s'exerçait le premier sur une classe de corps difficiles à manier et naturellement explosifs. Van flelmont fut le véritable créateur d'un sujet d^étude qui se rattache aux idées les plus élevées de la chimie moderne ;

(1) Il observa, entre autres, que ceux qui s'échappent des intestins diifèrent de c^ux des tympanites : Differunt itaqw flatui in tio6û, iNatma, forma, loco, fermenta , proprietatibue. {Ortus tnedie,)

(2) Gae, êi multo vi intra cadoê eoereeatur, tina furioea reddiU {Ortuê medie»)

il est donc juste d'en rapporter la première pensée à son génie^ comme d'en faire honneur à son courage et à son dévouement pour la science.

Mais ce n'est pas à Tétude des gaz que se bornèrent les travaux de Van Hèlmont relatifs à la physique et à la chimie. Afin de montrer la différence qui existe entre Fair et la vapeur d'eau, il fit des expériences sur la compressibilité et le refroidissement de l'un et de l'autre, moyens qui sont encore ceux dont on se sert pour distinguer les gaz des vapeurs. En s'occupant de la mesure de la chaleur il est le premier qui établit comme des points fixes celui de la glace fondante et de Teau en ébullition. Au delà de Feau bouillante, il prit pour termes de comparaison la sublimation du soufre, la fusion des pyrites; arrivé à la chaleur rouge, il distingua fort bien le rouge sombre du rouge vif et du rouge blanc. Il remarque que les eaux souterraines sont d'autant plus chaudes qu'elles partent d'une source plus profonde. Il montre que le sel marin dissous dans l'eau ainsi que l'argent dissous dans l'eau-forte, ne perdent rien de leur essence et ne sont point détruits. Il explique la précipitation de la silice de la liqueur des cailloux , lorsqu'on y verse un acide, par la saturation (c'est le terme qu'il emploie) (i] de l'alcali dans lequel elle était dissoute. A cette occasion, il se sert aussi pour la première fois de l'expression affinité électi" ve, qui est également restée dans le langage chimique. C'est encore par la balance qu'il détermine la quantité de silice contenue dans le verre (2).

(1) Quœ saturando alcali êufficit, immuta penittit ,

(2) Inveniet statim in fundo arenam iidere eodem pondère qtujs priHn faeiendo vitro aptatwr.

Il savait que Famalgame de plomb, chauffé avec le soufre, s'enflamme spontanément. Il précipita le premier le carbonate d'ammoniaque de sa solution aqueuse par Tesprit de vin. En analysant la suie, il en retira un sel volatil concret et une huile volatile. Il reconnut que le fer jeté dans Teaude cémentation ne se changeait pas en cuivre, mais séparait seulement ce métal de Teau qui le dissolvait.

En chimie organique^ il examina la réaction de l'air sur le sang et du sang sur l'air. Il connut l'acide contenu dans l'estomac des oiseaux et sa propriété dissolvante; il étudia la nature de la bile. Il appelle la fermentation la mère de la transmutation des corps, et il remarque qu'elle ne se produit dans les sucs végétaux qu'au contact de l'air.

On se sert encore aujourd'hui de son expression de fermentation digestive, et son fermentum digestivum, à l'excès duquel il attribue les rhumatismes, les palpitations, les accidents inflammatoires, n'est autre chose que . notre suc gastrique ou la pepsine. Le mot flatuosité des intestins lui appartient.

Comme les recherches de Van Helmont avaient toujours un but d'application à la médecine, il ne pouvait manquer de travailler aux progrès de l'art pharmaceutique. On lui doit en efl'et l'huile de soufre per campanum (J), d'abord appelée esprit de soufre, un laudanum analogue à celui de Paracelse, l'esprit de corne de cerf, un sel

( t ) L'huile de soufre per campanum se préparait en faisant brûler du soufre concassé dans un creuset sur lequel était suspendue une cloche de verre, disposée en forme de chapiteau d'alambic, et préalablement exposée à la vapeur de l'eau chaude,, pour rendre humide sa surface interne. Le liquide recueilli par le bec de cette cloche n'était autre chose que de l'acide sulfureux.

volatil huileux^ l'esprit de sang humain , la liqueur des cailloux, solution de silice dans un excès d'acali. L'offà Helmontii était un mélange d'esprit d'urine et d'espritde-vin (alcool ammoniacal). Van Helmont connaissait la concentration des vins par la gelée^ le raffinage du sucre au moyen de la chaux et de l'argile ; il parle de l'arôme végétal et de quelques autres principes immédiats. Il introduisit d'utiles réformes dans la pharmacie pratique ; il proscrivit les bols^ les poudres^ les sirops^ les électuaires pharmaceutiques et toutes les préparations qui contiennent de faibles proportions de matières actives sous un grand volume. Il accorda une grande confiance aux médicaments minéraux^ aux préparations anti^noniales, mercurielles^ ainsi qu'à l'emploi dû soufre. Il fit remarquer l'influence de la température dans l'action de l'eau sur les substances végétales^ il distingua le premier la macération de Vinfusiony de la décoction, et montra que c'est l'infusion qui se charge le mieux des principes volatils et aromatiques. Précurseur des chimistes de la fin du XYiie siècle^ il se livra à des recherches immenses sur l'analyse par le feu des fossiles,des végétaux^ des produits animaux. Malheureusement il confondit comme eux la combustion avec la distillation^ et il est étonnant que son peu de succès n'ait pas éloigné Quuids^ %.ç!ps^ Boulduc. et surtout Boerhaave. des vains travaux que ces chimistes entreprirent d'après les mêmes vues.

Les doctrines médicales de Van Helmont ont été si habilement exposées et approfondies par les savants que nous avons cités plus haut^ qu'il nous suffira d'en résumer les points principaux^ au moins en ce qui touche aux sciences physiques. Après avoir, dans son livre : Des er-

i02 ÉTUDES BIOGRAPHIQUES.

reurs de l'école humoristique (i), porté des coups vigoureux à la doctrine de Galien et sapé profondément les théories de la médecine arabe. Van Helmont s'efforça d'y substituer un système physiologique, dont il emprunta la première idée à Varchée de BasUêJ^alentin et de Para:: celse. Ce mot (apx^, principe, commencement) représentait un principe immatériel, général, qui préside à toutes les fonctions des corps organisés. Outre Tarchée principale qui règle tout Tensemble de Torganisme, il admettait plusieurs archées secondaires, chargées, dans chaque organe, de remplir des fonctions particulières, tout en restant placées sous Tinfluence de Tarchée principale. Cette hiérarchie d'archées subalternes porte le nom de Bios. La santé résulte de leur bonne harmonie, et les maladies du trouble qui peut régner entre elles. Van Helmont en décrit le système avec détail, comme s'il s'agissait d'une théorie positive, et dans un style souvent pittoresque et poétique ; mais il se laisse trop souvent éblouir par ses propres métaphores, en sorte que le lecteur reste plus frappé de l'originalité de ses idées que convaincu de leur exactitude.

A côté des archées. Van Helmont plaçait les ferments. Il appelait ainsi tout corps capable d'en convertir un autre dans sa propre substance, et dont l'action donne lieu au mouvement de la fermentation. C'est le ferment qui communique l'impulsion à Farchée, car celle-ci sommeille dans les corps comme la plante sommeille dans la graine. Il existe un ferment universel, être neutre, créé dès l'origine du monde, indestructible, situé

(1) Sehplfvnm hwnorittarum paniva deceptto atqynê ignorantia. (Ort. med. Àmstel., 1652, p. 289.)

en dehors des êtres organisés^ qui agit sur rarchée placée à leur intérieur et lui transmet lé mouvement. Au-dessous du ferment principal se trouvent des ferments secondmres^ aussi nombreux que les archées spéciales et que les espèces des corps organisés ; par conséquent^ chaque espèce se trouve formée d'eau, élément matériel, unique, modifié dans ses formes par les archées, et qui, animé parles ferments, devient capable de produire des germes. Van Helmont, comme on voit, était partisan déclaré des générations spontanées.

Cette conception, aussi vaste que bizarre, semble à peine mériter le nom de système, car elle ne s'appuie sur aucun fait matériel, sur aucune donnée expérimentale capable de la confirmer. Cependant il y a là une pensée primordiale qui a fait son chemin, qui a pénétré jusque dans la science moderne, et qui s'applique jusqu'à certain point à tout l'ensemble des phénomènes naturels. Ainsi, cette archée principale des végétaux, qu'il nommait Ze/as, n'est autre chose que la force qui préside à tous les actes de la physiologie végétale. Une autre archée BuVy qui présidait à la métallisation, ne diffère pas notablement de Y affinité y qui donne naissance aux combinaisons de la chimie minérale. Une troisième, qui réglait, selon lui, le système et le mouvement des corps célestes, n'offre-t-elle pas le premier germe des tourbillons de Descartes, ou même de l'attraction newtonienne ? et quant à Tarchée des animaux, qu'il appelait Aura vitalis, diffère-t-elle beaucoup de la force physiologique du principe vital, aujourd'hui généralement admis par les physiologistes modernes ?

Cette dernière pensée est celle à laquelle Van Helmont

attacha le plus d'importance^ et dont la médecine a tiré le plus grand parti. Il plaçait le siège de cette archée à Torifice cardiaque, il l'appelait a le portier de Testomac* (JanUor stomachi), et proclamait ainsi la suprématie des forces épigastriques, la prééminence que l'estomac exerce sur les autres organes et celle de la digestion sur toutes les fonctions physiologiques. Il expliquait cette influence, moins par la structure des organes qui y sont soumis que par une sensibilité propre déterminée par leurs archées particulières. Poussant encore plus loin cette généralisation, il remarquait que la plupart des fièvres ont pour point de départ l'estomac et l'intestin grêle , idée qui, de nos jours, a repris une grande faveur, et qui a donné lieu à un système célèbre dont elle formait le principal fondement. .

On voit que cette partie de la doctrine de Van Uelmont reposait sur de véritables observations de médecine pratique; d'autres s'appuyaient sur de saines recherches de physiologie expérimentale. Ainsi, il se livra à des études suivies sur le sang, sur la digestion, sur les phénomènes de la respiration et de l'inhalation cutanée. U reproche à la phiébotomie .ainsi qu'aux évacuants d'affaiblir toute l'économie > de troubler l'archée dans ses efforts réparateurs, d'empêcher les crises favorables de se manifester. Il dit que c'est l'influence d'un gaz qui fait contracter les artères, qui excite la puissance nerveuse, qui développe l'intelligence, et il le nomme air vital, sans le confondre pourtant avec celui qu'il retirait du salpêtre. La loi de sensibilité organique, qu'il exprime par le mot de blas intelligent, n'échappe pointa sa sagacité. Toutes ces doctrines, épurées par la

VAN HBLMONT. 105

suite au creuset de la philosophie expérimentale^ ont préparé des explications plus satisfaisantes des phénomènes de la vie^ et forment les précieux anneaux de la chaîne qui unit les idées de son époque avec celles qui ont prévalu dans la science de nos jours.

Ajoutons qu^il y a même dans sa théorie des ferments^ une pensée féconde dont la science moderne n'a pas manqué de faire son profit Le ferment agit sur les corps sans s'altérer lui-même ; c'est le levain qui détermine dans la pâte le mouvement fermentatoire^ avec ses réactions et ses phénomènes tumultueux; ce sont les agents extérieurs qui agissent sur tous les corps naturels; système nouveau^ tranché^ qui s'éloigne notablement de tous ceux qui l'ont précédé^ et qui porte le cachet de son esprit inventeur et original. Il ne serait pas difficile d'y voir encore une frappante analogie avec l'influence que les modernes attribuent aux fluides impondérables^ le calorique^ la lumière^ l'électricité^ le magnétisme^ sur tous les phénomènes naturels. Préoccupé comme il rétait de ces corps invisibles et incoercibles^ dont il signalait pourtant les propriétés très-appréciables à nos sens^ il n'est pas étonnant que son imagination les multipliât outre mesure et leur attribuât mille emplois divers. De là ses théories relatives aux âmes^ aux formes^ aux astres et à leur influence sur les corps terrestres^ ses tendances à la démonologie^ à la divination, à l'interprétation des songes^ idées qui se ressentaient à la fois des erreurs admises par son siècle^ de la fécondité de son esprit et de la sincérité de ses convictions.

106 ÉTUDES BIOGRAPBIQUES.

Placé sur la limite du seizième et du dix-septième siècle^ Van Helmont forme la transition entre les chimistes mystiques et les chimistes rationnels qui depuis^ s'emparant de la science^ rétablirent sur un terrain plus solide et plus relevé. Il est le dernier représentant de la méthode alexandrine^ le dernier adepte de l'école de Cardan^ de Sylvius^ de Paracelse ; il clôt^ en un mot^ la période alchimique et commence celle de la science sérieuse dont^ à partir de ses travaux^ la marche progressive ne s'arrêta plus. Voilà ce qui donne à ce point de l'histoire scientifique un intérêt tout spécial^ et ce qui explique les nombreuses études dont cette période à été l'objet.

Comment se défendre, en effets d'admirer les savants de cette* grande époque^ obligés^ à défaut de faits bien constatés^ de s'en tenir à la méthode à priori , torturant leur esprit pour devancer l'essor des principes que révéleront plus tard les recherches expérimentales, et quelquefois émettant^ parles seuls élans de l'inspiration^ les germes des théories qui régneront bientôt sur la science. Génies pleins d'audace^ impatients de secouer le joug des traditions surannées^ sublimes lors même qu'ils n'imaginèrent que des erreurs, c'est à eux, il faut le reconnaître, que nous sommes redevables de ces pensées hardies qui mirent leurs successeurs sur la voie des plus grandes découvertes. Leurs conceptions souvent bizarres, quelquefois fécondes, arrachées par la puissance de la méditation aux profondeurs de la pensée humaine, leurs prévisions instinctives, anticipationes

VAN HEUfONT. iO?

mentiSj comme les appelle Bacon^ avancèrent évidemment le savoir^ n'eussent-elles fait que susciter la controverse, mais elles laissèrent aussi d'heureuses traces qui servirent à jalonner la route et des sillons lumineux qui en dissipèrent l'obscurité. L'idéal, on l'a dit, n'est parfois que la vérité à distance ; une hypothèse bien conçue n'est souvent que le pressentiment d'un principe tout prêt à s'établir dans la science ; c'est la vérité de la veille, comme l'expérience est celle du lendemain.

Le doute, la défiance de soi-même commençait à s'emparer partout des savants de bonne foi. C'était l'idée dominante, chez les meilleurs esprits, que tout était à réviser dans nos connaissances, et qu'il fallait rompre complètement avec le passé, pour fonder le savoir humain sur de nouvelles bases. Bacon avait pris pour devise ces mots : Instauratio facienda ab imis fundamentis, et cela se conçoit dans un siècle où l'on n'avait pas d'autre argument à opposer à Galilée, affirmant la rotation de la terre, que cet apophthegme, dont on détournait le sens : Terra, aiUem, in œtemum stabit, quia in oetemum stat. On comprend ce besoin général des bons esprits, quand on voit combien la scolastique avait encore de crédit dans les écoles. Van flelmont dit que lorsqu'il fut chargé du cours de chirurgie à TUniversité, il avait pour mission d'enseigner ce qu'il ne comprenait pas lui-même. Il raconte (1) qu'ayant demandé à un docteur de Louvain pourc^uoi il ne recherchait pas une chaire à l'Université, Celui-ci lui répondit : « Il n'est permis d'enseigner que d'après Galien ; or je damnerais sciemment mon âme, si j'enseignais de mauvais principes, quand j'en connais de

(l)Pe lithiasi.

i08 ÈTUDBS UIOGRAPHIQUBS.

meilleurs, o On sait aussi qu'ayant, dans un accès d'humeur contre la même doctrine^ donné sa bibliothèque à des étudiants, il s'en repentit, et déclara qu'il eût mieux fait de la brûler.

Mais un autre mobile animait encore Van Helmont. Il se crut appelé par la volonté divine à la mission de régénérer les sciences médicales (1), et il dit que cette vocation lui fut révélée pendant un sommeil ou plutôt uae extase ; comme Déscar tes, dans un songe, conçut le plan de sa méthode analytique. Yan Helmont^ nourri de la lecture des alchimistes, doué d'un caractère enthousiaste, religieux, naturellement porté au paradoxe et aux idées. fantastiques devait mettre dans ses conceptions l'empreinte de ses dispositions habituelles. C'est à cette époque qu'il conçut le projet de reprendre la philosophie à son principe (ab ovo) ; mais ce fut plus tard qu'il imagina le système des archées et des ferments, auquel il soumit non-seulement la physiologie humaine, mais tout l'ensemble des phénomènes naturels. Aussi, après avoir déployé autant de verve que d'habileté dans sa lutte contre les systèmes antérieurs, et ce qu'il appelle a l'idiotisme des écoles, x> montre-t-il de la timidité et de l'hésitation quand il s'agit d'y substituer une autre théorie. Il enveloppe ses pensées dans une forme allégorique qui annonce l'incertitude ; il donne à son ouvrage le plus important le titre d'Ortus medicinœ, commencement, naissance de la médecine ; « peut-être, ajoute-t-il, ne ;suis-je a qu'une cloche destinée à convier les fidèles, tout en « restant moi-même en dehors du sanctuaire. »

ii) Et visus sum mihi nwu$ medieinœ authoff hactenus duntawat nomine cognitœ, {Or t. medic.)

VAN HELVONT. 109

Van Helmont anticipa de deux siècles sur les connais « sances de son époque, à Tégard du feu, de l'air, des gaz, de la terre, de Teau. Il distingua fort bien la lumière de la chaleur; il eut une véritable prévision de l'influence des fluides impondérables dans les phénomènes naturels. 11 s'occupa le premier de chimie organique, introduisit la balanO/C et le calcul dans les expériences de cet ordre. II détermina la nature de la flamme ; il fut le créateur de la chimie pneumatique. Ses travaux sont le premier point de départ de Tétude des gaz, étude dont la marche, retardée quelque temps par Tavénement du système de Stahl, n'en aboutit pas moins aux belles découvertes de PriesUev, de Scheele et de Lavoisier.

II ne tient pas une place moins importante dansPhistoire de la médecine. Après avoir combattu d^une manière victorieuse le galénisme et Vhumorisme, Van Helmont introduisit dans la science le système des ferments et des forces chimiques. Ses recherches sur le suc gastrique et sur la bile montrèrent leur influence dans Tacte de la digestion et la prépondérance des fonctions nutritives et assimilatrices sur toutes les autres. Son système médical, fondé sur la double base du vitalisme et de Taction chi' inique, plaçait néanmoins les propriétés vitales sous Tinfluence de l'imagination et des causes occultes. Il regarda les maladies comme résultant de deux causes, l'une physiologique et l'autre matérielle. Il reconnut aux ferments la propriété de développer des acides qui agissent comme des épines, et il combattit ces acides par les alcalis et les diaphorétiques. Son système spiritualiste des archées préserva pendant quelque temps les écoles médicales de l'invasion des théories mécaniciennes et anatomiques qui,

1 1 2 ÉTCDBS BIOGRAPBIQCES.

Les alchimistes du moyen Age avaient puisé leur illuminisme dans leur soif de Tor. Paracelse Tavait trouvé dans son orgueil; Van Helmont puisa Texaltation de ses idées dans une source plus respectable^ dans une piété sincère et dans son dévouement à la science. S'il fallait le distinguerpar d'autres traits du chef de l'école chimiatrique^ nous dirions que s'il lui ressemble par l'ardeur avec laqu:elle il combattit le galénisme^ si, comme Paracelse^ il fit des concessions à la théosophie, à l'astrologie^ à la philosophie cabalistique et surnaturelle, il en difiëra notamment en ce qu'au lieu de renchérir sur la doctrine du maître, il ne chercha qu'à en affermir les bases, à spécialiser ses applications. Si la pente de son esprit le porta, comme lui, à exagérer ses opinions^ à émettre des vues excentriques, il le surpassa hautement par un savoir positif, par une érudition étendue^ par la patience, par la logique, mais surtout par la noblesse et l'élévation des sentiments. Il tient à la fois de l'illuminé et du savant consciencieux^ mais l'honnêteté de l'âme forme avant tout son principal caractère. Tantôt penseur vigoureux, au raisonnement sévère^ au langage prophétique, tantôt humble et modeste^ crédule et superstitieux^ il se montre partout d'une candeur et d'une sincérité irréprochables. C'est un des savants qui honorent le plus l'histoire de la science; c'est un des hommes qui ont mêlé le plus de vues profondes et hardies aux erreurs et aux caprices d'une imagination enthousiaste, l'un de ceux qui, à travers les bizarreries et les conceptions d'un cerveau fantasque, ont laissé dans la science le plus d'idées neuves et de vérités positives.

Le style de Van Helmont, bien que poétique et fécond

en images^ manque souvent de clarté et ne laisse pas de causer quelque fatigue au lecteur. Son obscurité vient de remploi qu'il fait très-fréquemment des formes de la dialectique du moyen ftge^ de Tallégorie si familière aux alchimistes^ et des métaphores empruntées au mysticisme. On y trouve néanmoins des fragments remarquables par Télégance ou par une simplicité toute biblique. Son système des archées est une sorte d'épopée dont le sujet est la physiologie du corps humain. Dans ses écrits contre le galénisme et la scolastique^ il fit preuve d'une vigueur et d'une logique qui relèvent parfois à la hauteur de Bacon^ de Descartes ou de Galilée. Malgré toute son horreur pour la faconde des théosopbes^ il fut plus d'une fois obligé d'employer leur langage pour exprimer des opinions aussii ingénieuses que fondées, a C'est sur la voie de l'erreur^ dit Cabanis, qu'il fit d'heureuses découvertes^ et c'est dans la langue des charlatans qu'il annonça de brillantes vérités. »

La majeure partie des écrits de Van Helmont ne fut publiée qu'après sa mort par son fils^ François-Mercure^ né en 1618 (C). Ce fils qui avait étudié la médecine^ esprit singulier^ vif et original^ se piquait d'érudition et s'adonna également à la chimie. Son existence fut assez désordonnée ; il se joignit plus d'une fois à des caravanes de bohémiens pour connaître leurs mœurs^ leurs habitudes et pour surprendre quelques-uns de leurs secrets relatifs aux arts. Arrêté en Italie^ par l'inquisition^ pour quelques propos indiscrets^ il s'échappa et se retira en Allemagne. Il annonça plus tard qu'il avait retrouvé la langue primitive^ universelle^ car elle pouvait être comprise par les sourds-muets. I^ei^nitz^ avait été frappé de

m Én'DES BIOGRAPHIQCCS.

cette idée et il y ajoutait quelque foi. La variété de ses talents et de ses connaissances lui avait donné une certaine réputation^ et comme il faisait de grandes dépenses^ on le fit passer pour avoir découvert la pierre philosophale.

Qu'on nous pardonne ces détails en faveur de l'intérêt qui s'attache au nom célèbre de Yan Helmont. C'est à ce nom y en effet^ que s'arrête la liste des savants du moyen ftge auxquels l'histoire scientifique rapporte les premières notions positives que nous possédons sur la chimie. A ce titre^ qui déjà commanderait notre respect^ les écrits de ces savants méritent^ plus qu'on ne croit peutrêlre^ une étude attentive. A côté des faits importants et avérés qu'ils nous léguèrent^ se trouve encore plus d'une brillante intuition de leur génie qui gagnerait sans doute à être dégagée de la gangue un peu abrupte qui la recèle. Plusieurs de ces pensées^ développées et mûries par le temps^ par le concours des fous et des sages^ des hommes à théorie comme des expérimentateurs sérieux, sont les éléments d'où sortirent et sur lesquels se fondent la plupart de nos connaissances actuelles. Ne soyons donc ni injustes, ni dédaigneux à leur égard, et peut-être leur examen nous inspirera-t-il quelque réserve au sujet des théories qui nous semblent aujourd'hui l'expression réelle et définitive de la vérité. .

NOTES

(A) Je dois à Tobligeance d'un savant et digne membre de cette dernière famille, M. le baron de Stassart, quelques détails biographiques que je suis heureux d'avoir pu recueillir. J. 6. Van Helmont, qvg possédait le titre de seigneur de Royenborch, Mérode, Oorschot, Pellines, etc., avait épousé Marguerite Van Ranst, qui se montra constamment la plus dévouée des épouses. Il en eut plusieurs enfants, dont quatre moururent à la fleur de l'âge. L'un de ses fils François-Mercure, baron Van Helmont, fut l'éditeur des œuvres de son père et écrivit lui-même quelques ouvrages assez bizarres, entre autres un travail sur la linguistique, dans lequel il s'appliqua à rechercher les éléments de la langue primitive, et où l'on trouve le germe de la méthode suivie par l'abbé de TÉpée. Une de ses petitesfilles fut chanoinessede Sainte- Gertrude, à Nivelles. Parmi les huit quartiers de noblesse paternelle qu'elle eut à produire, figuraient les noms de Van Helmont, de Stassart, de Renialme, de Van Ranst, de Vilain et de Mérode. Ce sont les armes de ces ancêtres que l'on Toit, avec les portraits de J. B. et de Fr. Mercure, en tête des trois éditions des œuvres de Van Helmont données par son fils, à Amsterdam.

(B) Après Cabanis, G. Cuvier, Gmelin et le docteur Hoefer, qui ont découvert dans ses écrits des aperçus qui avaient échappé à plus d'un biographe, la mémoire du chimiste de Vilvorde doit beaucoup aux études que M. Chevreu l a récemment consignées dans \e Journal des Savants (février eTïBars~l860). Nous devons encore citer, parmi ceux qui ont exploré ce sujet intéressant, le docteur Marinus {Bulletin de l'Académie dé médecine de Bruxelles, t. X), le docteur Michéa [Gaxette médicale, 1846), M. Bordes Pages (il0Vtteind<fpendant6, juillet 1847), le docteur Guislain {La nature considérée comme force instinctive des organes, Gand, 1844), et M. Melsens, qui a fait de Van Helmont le sujet d'une excellente leçon à l'École de médecine vétérinaire et d'agriculture de Bruxelles, en 1848).

i i 6 ÉTUDES BIOGRAPHIQUES.

(Cj Van Heimont, dans sa Jeunesse, ayait composé des commentaires sur plusieurs livres d'Hippocrate. Le manuscrit s'étant trouvé parmi les papiers saisis par rofQcial de la cour ecclésiastique de fila- Unes, lors des poursuites que Tauteur éprouva en 1634, il ne fut pas connu de son fils et ne figure point dans la collection de ses œuvres. M. le docteur Brceckx étant parvenu à se procurer ce manuscrit, en a déjà publié plusieurs fragments, qui font attendre avec impatience la suite de cet intéressant travail.

MOÏSE CHARAS

Il n^y a pas plus de soixante ans que Ton voyait encore^ dans la rue des Boucheries Saint-Germain^ à quelques pas de la rue du Cœur-Volant^ une ancienne pharmacie ayant pour enseigne : aux Vipères d'or. On remarquait en effets de chaque côté et au-dessus de la porte d'entrée^ un énorme groupe de vipères^ en bois jadis doré^ entrelacées à la manière d'un caducée antique^ au milieu d'un cadre formp d'arabesques bizarres^ relevé par des guirlandes naturelles^ de racines et de plantes médicinales. Si l'œil pénétrait dans l'intérieur du rez-dechausisée obscur qui formait l'officine^ on reconnaissait aussitôt la disposition générale et l'ameublement complet d'une de ces boutiques du dix-septième siècle, èi minutieusement décrites par Jean de ftettgu^ et que je ne puis m'empêcher de décrire à mon tour, ne fût-ce que pour aider nos amateurs des formes de la renaissance, à recomposer quelque classique officine, dans le goût d'une époque qu'ils admirent et affectionnent si exclusivement.

Lorsqu'on entrait dans la pharmacie des Vipères d'or, après s'être fait jour à travers l'épais berceau de verdure

HB ÉTDDE6 BIOGRAPHIQUES.

desséchée qui obstruait la porte principale^ on remarquait deux vastes comptoirs^ placés à droite et à gauche^ et audessus desquels se trouvaient les balances suspendues à une pièce de bois en forme de T renversé, fixée ellemême aux solives du plancher. Une série de mortiers de métal, de pierre, de marbre, de porphyre et d'agate ' occupait le pourtour des comptoirs, aux flancs desquels étaient suspendus les spatules, les couteaux, les limes et lestranchets. Plus loin, et contre les murs latéraux, s'éle* vaientdeux fourneaux en maçonnerie dont les hottes étaient chargées d'ustensiles de diverses formes, et les ouvertures garnies d'alambics, de bassines, et d'une foule d'autres instruments, arsenal indispensable de la profession, que le pharmacien de nos jours relègue judicieusement au laboratoire, mais qui formaient alors l'ornement des plus riches officines. Aux deux côtés.de la porte du fond, on remarquait deux énormes vases de faïence, à dessins bleus sur un fond blanc, à large panse, à gorge étroit^, ornés de deux anses contournées, et dont le couvercle était surmonté d'une sorte de dragon aux ailes déployées et à la gueule béante. L'un de ces vases contenait l'électuaire de Mithridate, et l'anU^e VAurea Alexandrina de Nicolas Myrepsus. Ces deux vases semblaient n'être que les acolytes d'un troisième, plus grand encore, qui occupait une vaste niche au-dessus de la porte, et sur lequel étaient écrits en lettres d'or, ces mots : Theriaca magna Andromachi. Au centre de la boutique, était établi comme pièce capitale, à la fois d'utilité et d'ornement, le grand mortier de bronze, si fréquemment cité dans les dispensaires de l'époque, et dans lequel se préparaient les poudres composées, les électuaires solides, les trochisques

moïse charas. 119

et les masses piliilaires^ principale richesse des antidotaires et des pharmacopées arabes. Sur les tablettes qui ré« gnaient autour de Tofficine étaient disposés avec ordre et symétrie^ au rang inférieur^ de larges cruches de grès pour les eaux distillées^ Thydromel et Thypocras ; au deuxième rang^ les chevrettes de terre vernissée où se conservaient les sirops et les oxymels ; au-dessus^ dans des boites d'étain^ les électuaires^ les confections^ les bières, les opiats. Plus haut^ les silènes (1) et les poudriers^ en forme de verres à pied^ terminés en poire tronquée et recouvert» de parchemin^ logés isolément dans les découpures d'une boiserie légère^ à festons et à colonnes torses. Ici^ les huiles médicinales daqs des burettes en terre cuile ou en étain; là> les onguents et les cérats dans des pots à canon en faïence peinte et vernissée ; sur les tablettes moins apparentes^ les minéraux^ les résines^ les larmes et les gommes^ dans des coffrets de bois ; les épices dans des sacs de cuir^ les fruits secs^ dans des paniers de jonc ou d^osjer ; les écorces^ les fleurs^ les tablettes^ dans des boites tournées^ d'une forme plus ou moins élégante ; enfin^ des guir-* landes de plantes indigènes étaient suspendues, aux solives et terminaient d'une manière assez pittoresque la décoration des parties supérieures de l'ofticine. Hais ce qui frappait surtout dans cet ensemble^ c^était

(1) Silènes estoyent jadis petites boytea« telles que voyons de pre* sent es bouticques des apothecaires, painctes au dessus de figures Joyeuses et frivoles, comme de harpyes^ satyres, oysons bridez, lièvres cornue, canes bastées ^ boucqs volans, cerfs lymonniers, et aultres telles painctures contrefaictcs a plaisir j pour exciter le monde a rire :... mais au dedans, l'on reservoit les fines drogues, comme baulme, ambre gris, amomon, muscq, livette, pierreries et aultres choses précieuses. . RWIMfljL liv. 1, Prologe.)

un caractère de gravité^ de science^ de mysticismey qui régnait, dans l'ordonnance générale^ et qui ressoi*tait en même temps des peintures^ des attributs^ des signes cabalistiques que le décorateur avait répandus avec profusion sur les boiseries^ sur les plafonds^ sur les vases et jusque sur les pieds et les supports des ustensiles ou des meubles les plus apparents. C'étaient de toutes parts des griffons^ des chimères, des centaures, des caractères symboliques, des emblèmes d'alchimie, des animaux fantastiques, des images grotesques, mais surtout un nombre infini de vipères qui glissaient sur les chambranles, couraient le long des corniches, enlaçaient les colonnes, étreignaient le pied des urnes, formaient leurs anses en se contournant sur elles-mêmes, et parfois semblaient animer de leur souffle venimeux la flamme qui s'élevait des coupes, des trépieds et des patènes.

On me pardonnera peut-être cette longue description d'une officine, dernier type de la boutique modèle, à une époque que l'on regarde aujourd'hui comme l'âge d'or de la pharmacie, lorsque je dirai que la maison des Vipères d*or avait été fondée par Moïse Chabas, l'un des hommes qui, vers le milieu du dix-septième siècle, fit le plus d'honneur à l'art pharmaceutique, l'un des derniers sectateurs de la polypharmacie arabe, l'un des derniers adeptes de l'alchimie expirante, enfin le précurseur le plus immédiat de l'époque de Lémery.

Moïse Charas naquit à Uzès en 1618, d'une famille protestante. Après avoir étudié la pharmacie à Montpellier, à Orange, puis à Blo.is, chez Noël Simard, il vint s'établir à Paris, et ne tarda pas à se distinguer par mi les plus habiles de sa profession. Il avait fait de très-bonnes études ;

moïse gharas. 121

il parlait latin avec facilité et avait même quelques dispositions pour la poésie. Il s'adonna à Tétude de l'histoire naturelle^ alors très-peu cultivée^ et à celle de la chimie qui, sous les mains de Yan Helmont et de Nicolas Lefebyre^ laissait déjà bien loin Técole vieillie de Paracelse et d'Âgricola. Charas voulut se signaler^ dès son débuts par des recherches qui annonçassent la portée de ses connaissance^^ et il choisit pour texte la préparation de la thériaque^ ce célèbre électuaire légué par les Grecs aux Romains et par ceux-ci aux Arabes^ regardé comme le type et le chef-d'œuvre de la polypharmacie du moyen âge. Le débit de la thériaque était alors réservé exclusivement à la ville de Venise, parce que cette cité, entrepôt géné« rai du commerce de TOrient, était censée retenir à son profit les drogues les plus recherchées qui lui parvenaient des Indes. La préparation de la thériaque, quoiqu'elle ne consistât qu'en un simple mélange, était, à Venise, l'objet d'une soiie de solennité à laquelle assistaient les médecins, les savants et les premiers magistrats. Charas voulut détruire le monopole que s'arrogeait à cet égard cette ville célèbre. Il rassembla à grands frais des drogues choisies, d'une origine certaine, et après les avoir élaborées avec le plus grand soin, il exécuta la préparation de la thériaque sous les yeux des magistrats de la capitale, des médecins de la cour et de plusieurs membres de la faculté. Il accompagna cette opération d'une dissertation savante, dans laquelle il trouva l'occasion de mettre au joiu* une foule de détaiU curieux et ignorés sur la plupart des substances qui entraient dans la composition du fameux antidote. Ce fut comme un cours d'histoire naturelle médicale qu'il venait de professer en présence des

ii'i ÉTUDES BtOGKAPHiQUES.

médecins et des naturalistes, et qui fit le [ilus grand honneur à son érudition. Telle fut Torigine de $on Traité de la thériaque publié pour la première fois en 1668 (1), qui lui acquit la renommée d'un savant^ et lui valut bientôt le titre de démonstrateur de chimie au Jardin du roi.

L'une des préparations secondaires auxquelles on attachait le plus d'importance^ dans la composition de la thériaque^ était les trochisques de vipère. La principale vertu attribuée aux alexipharmaques était^ conune on sait^ de combattre les accidents qui résultent de la blessure des animaux venimeux. Or une sorte de supposition .homœopathique avait^ de temps immémorial, fait regarder la chair des vipères comme le meilleur antidote des piqûres de ces animaux. Les poèmes d'Andromaque et de Nicandre n'avaient pas eu d'autre but que de prouver cette assertion, devenue plus que douteuse aujourd'hui, malgré une foi de près de vingt siècles, et alors que fleurit dans toute sa gloire la doctrine des semblables par les semblables. Quoi qu'il en soit, les vipères étaient, au temps de Charas, un objet de curiosité, de terreur et d'espérance : de curiosité, parce qu'on ne connaissait alors rien de positif sur l'histoire naturelle de ces reptiles ; de terreur et d'espoir, parce que la crainte d'être victime de leurs attaques disparaissait devant la confiance d'en être guéri par eux-mépies, et que mille témoignages, attestant leurs merveilleuses propriétés, les faisaient regarder comme la panacée par excellence, l'excitant universel, le conservateur de l'existence humaine, en vertu de la fiction

(1) Sous ce titre : fhiriaque â^Anâromaque^a^ec des raisonnementi et ohsettation$ néùeasairei tut Véleetion, la préparation et le mélange àet ingrédients, Paris, 1608, in-8. ;;

ïï

moïse ghabas. 123

mystique qui voyait dans un serpent qui se mord la queue, le symbole de Féternité (A) .

Charas se mit à étudier sérieusement la vipère. Il examina son anatomie, son mode de reproduction^ ses habitudes^ et tout en faisant certaines concessions à la croyance générale touchant ses vertus curatives, il acquit et propagea des idées saines^ rationnelles^ fondées en observation, sur Thistoire de ces reptiles ; il en fit, en un mot, Tobjet d'une monographie très-soignée pour Tépoque où elle'parut (1 ), et, à l'exemple de Nicandre et d'Andromaque, il fit suivre ce travail d'un poërae latin VEchiosophium, destiné à célébrer les propriétés des vipères, par le récit des cures merveilleuses que leur attri' buait la tradition.

Quelques années après cette publication, en 1676, parut la première édition de la Pharmacopée royale galénique et ehimique.Cei ouvrage est divisé en deux tomes.Le premier, consacré àla pharmacie galénique^ forme deux parties^dont Tune renferme les principes généraux de la pharmacie, et l'exposé des principales opérations pharmaceutiques; la seconde 'traite des compositions galéniques. Celles-ci sont divisées en internes et externes. Chacune de ces séries commence par les préparations les plus simples, surtout celles qui ne peuvent être conservées longtemps et qui s'exécutent à toute heure ; puis, viennent les préparations de

(1) Cet ouvrage parât eu deux séries. La première, qui a pour titre : NouvelUi expirieneeê sur la vipère^ les effet» ée so^ amin^ et le» remède» exquis que le» artietes peuvent tirer du corps de cet animal, porte la date de 1669. La deuxième, intitulée : Suite des nouvelles expérience» »ur la vipère, 'et di»»ertations sur son venin, pour servir de réponse à une lettre de M. Redi, etc., fut publiée en 1672. On les réimprima ensemble, avec des additions, en 1694.

plu$ grande conséquence, et dont on a coutume de faire provision dans les boutiques. Comme on le voit, cette distribution toute rationnelle est le premier exemple de la division méthodique encore usitée, de nos jours, dans les meilleurs traités de pharmacie. Elle appartient tout entière à Cbaras, et Lémery fut le premier à lui rendre justice, en l'adoptant, vingt ans plus tard, dans sa Pharmacopée universelle.

Si Ton envisage la Pharmacopée de Charas, au point de vue de Tart moderne, on conçoit facilement l'abandon qu'on a fait de ce volumineux dispensaire, Tun des derniers monuments de la pharmacie du moyen ftge. Comment, en effet, conserver quelque estime pour ces compositions monstrueuses qui ressemblaient à toute une collection de la matière médicale de Tépoque : ces décoctions, ces apozèmes, ces sirops où Ton soumettait à une ébullition prolongée des masses de substances qui ne pouvaient céder au véhicule la dixième partie de leurs principes solubles; ces électuaires, ces élixirs auxquels chaque siècle, chaque école, chaque célèbre empirique avait ajouté quelque série d'ingrédients! que penser de ce catalogue de poudres composées dont la pharmacopée d'Âugsbourg avait tenté vainement de faire justice, et qui reparaissait dans le livre de Charas, sous le patronage du premier médecin du roi, M. d'A- ^uin^ lequel, entre autres prétentions, avait celle d'enchérir encore sur Hésué, AvBrrho es et AvjjcexuiÊ : Poudre de pattes d'écrevisses et de crabes, poudre de perles rafraîchissante, poudre de joie, avec la raclure d'ivoire, l'os de cœur de cerf, les aromates, et les feuilles d'or, pour la rendre plus réjouissante à la vue ; poudre de Hongrie,

moïse €HARAS. 425

avec terre de Leranos, perles orientales^ pierres d'hyacinthe, émeraude^ saphir^ rubis^ corail blanc et rouge^ ivoire, feuilles d'or etj d'argent, plus, racine de tormentille, écorce de cilrori et semences d'oseille; poudres pour la rage et pour Tépilepsie, du même M. d'Aquin, et une foule d'autres compositions analogues, dont le nom même a heureusement disparu de nos souvenirs ? Toutefois, si Ton se reporte, par la pensée, au siècle où vécut Charas, loin de s'attacher au ridicule de ces recettes polypharmaques, peut-être devra-t-on lui tenir compte de la réserve qu'il a mise dans cette exhibition des moyens thérapeutiques alors en usage : réserve dont Lemonnier, son dernier éditeur, le loue de fort bonne foi, et qu'il ne pouvait guère porter plus loin, sous peine de ne point répondre aux habitudes de la pratique médicale de son époque.

Le tome second de\siPharmacopéeroyal€ comprend toutes les opérations chimiques appliquées successivement aux végétaux, aux animaux et aux minéraux. La chimie de Charas n'est autre que celle de Hicolas Lefebvre. Il paraît faire peu de cas de Glaser^ sous le nom duquel pourtant il avait publié plusieurs années auparavant un traité de chimie (1). Quoi qu'il en soit, Charas est le premier qui ait introduit dans une pharmacopée, une quantité considérable de médicaments obtenus par des opérations que l'on regardait alors comme exclusivement du ressort de la chimie, et qui ait réuni dans un même corps d'ouvrage la pharmacie chimique et la pharmacie galénique; rap-

(1) Cet ouvrage avait pour titre : Traité de la Chimie, enseignant par une briève et facile méthode, toutes les plus nécessaires préparation». Paris, 1663, in- 8, avec cette épigraphe : Sine igné nihil opéramus. (Voy. Phairm, royale de Charas, p. 324. Édition de 1753.)

Page 1