‹ Etudes biographiques pour servir à l'histoire des sciencesChapitre 8 sur 23 · DB NOVO · texte numérisé non relu

DB NOVO

Il ne manquait à cet appareil qu'un tube recourbé, in* dépendant du vase générateur^ pour que Boyle pût étudier à son aise les gaz recueillis^ et pour qu'il devançât les savants du xvm* siècle dans la carrière de la chimie pneumatique. La construction de cet appareil parait aujourd'hui bien simple^ mais on sait que les idées simples arrivent trop souvent les dernières. Après lui^ Mayow , son élève, se servit pour recueillir les gaz d'une vessie vide ajustée sur un matras ; Hook employa un ballon à deux ouvertures dont l'une était aussi munie d'une vessie. Ber- QOjllUx^au XYiii* siècle^ recueillit l'acide carbonique en faisant plonger un tube renversé dans un vase rempli d'une liqueur acide et dans lequel il avait introduit de la craie. Haies remplit d'eau un matras renversé sur une cuvette également pleine et dans lequel le gaz était conduit par le col allongé d'une cornue dont la pointe avait été recourbée. Enfin, plus tard^ il remplaça cette pointe par un tube en S^ qui s'adaptait d'une part à la cornue et de l'autre à l'ouverture du matras renversé. Ainsi^ il a fallu plus d'un siècle avant que cet appareil arrivât au point où l'ont trouvé les chimistes du siècle dernier, c'est-à-dire prêt à servir glorieusement aux recherches de Priestlôy, de Black, de Cavéïjidj^h et de Lavoisier.

Quant à l'action de l'air sur les métaux, Boyle qui ignorait, comme tout le monde alors, la théorie instinctive de Jean Rey, cherchait la cause de l'augmentation du poids des métaux par la calcination, dans la fixation des molécules du feu, que les savants de l'époque regardaient

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encore comme une matière pondérable (1). Cependant il avance que le vert-de-gris et la rouille de fer sont engendrés par les effluves corrosifs de l'air^ et il ajoute que Té-* tude de ces effluves et de leur action sur les métaux conduira à la connaissance de la composition de Tair. Il avait même imaginé dans ce but un appareil connu sous le nom à' Enfer de Boyle, C'est un matras à fond plat et à col très-long^ dans lequel il faisait bouillir du mercure qui^ au bout de quelques jours^ se trouvait converti en précipité per se.

Boyle se doutait de la composition de Teau^ attendu^ dit-il^ qu'elle sert d'aliment aux végétaux et qu'elle donne naissance à des produits fort divers. L'eau de mer attira vivement son attention. Aristote avait dit que la salaison de la mer était produite par l'action du soleil et que les eaux marines n'étaient salées qu'à la surface. §cali£er avait renouvelé, à ce sujet, les assertions d' Ari stot e. Robert Boyle^ pour s'assurer du fait, fit construire un bâtiment à soupape, au moyen duquel il se procura de l'eau de mer puisée à diverses profondeurs, et il reconnut, non-seulement que cette eau est partout également salée, mais que sa densité spécifique ne diffère pas sensiblement, du moins dans les points éloignés des courants et des sources qui existent près des côtes (2). II pensait que le sel existait en masses considérables au fond des mers comme on le rencontre parfois au sein de la terre, où il donne lieu à des sources salines. Il eût désiré que l'on comparât le

(1) New experiments to make fire and fiame itahle and pondérable. Pire flame weigh' d in a balance, etc.

(2) Tracts consùting of obaer Dations about the saltnesg of the sea. Lond. 1674. Tracts about... the bottomof the sea. Oxf. J670.

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degré de salaison des différentes niers^ et^ pour cette recherche, il proposait l'emploi d'une dissolution d'argent

dans Teau-forte, réactif tellement sensible^ disait-il^ qu'il faisait découvrir un grain de sel commun dissous dans 3000 grains d'eau distillée^ en donnant naissance à un nuage blanc très-apparent. Enfin^ il proposa de rendre l'eau de la mer potable en la distillant. Il remarque, toutefois, qu'elle conservait ainsi une saveur peu agréable, qu'il attribuait à la présence d*un bitume.

Il s'occupa également des eaux minérales et de leur analyse (i). Il étudia leur densité en la comparant à celle de l'eau distillée, et donna une table de cette densité pour les principales eaux minérales alors connues en Angleterre. Quant à leur analyse, il nous semble assez curieux de connaître les réactifs que possédait la science il y a deux cents ans. Boyle se servait de l'infusion de bois de Brésil ou du sirop de violettes pour y reconnaître la présence ^es acides ou des alcalis; la teinture de noix dé galle lui permettait d'y découvrir les sels de fer, et l'ammoniaque les sels de cuivre; la solution de nitrate d'argent y décelait des traces de sel marin ; l'esprit d'urine (carbonate d'ammoniaque), l'huile de tartre, le sublimé corrosif y indiquaient la présence de l'arsenic, et sa liqueur fumante (sulfhydrate d'ammoniaque) y montrait l'existence de divers métaux. Enfin, il annonça qu'elles contiennent des matières organiques et des êtres vivants qui pouvaient y être découverts à l'aide du microscope;

Boyle n'avait pas dés idées bien arrêtées sur la nature des métaux. Il pensait qu'ils se composaient d'une matière

(1) Short fiiemoir* for the natural expérimental hiitory of mtnerd^ \»ateTi. Lond. iG85.

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universelle et tout au plus de deux ou trois éléments qui, combinés dans un autre ordre ou dans des proportions diverses^ pouvaient en changer les propriétés physiques, le poids, la forme et la structure. On voit qu'il n'était pas très-éloigné d'admettre la possibilité de la transmutationé

n n'est pas sans intérêt pour l'histoire de la science de déterminer la part que Boyle peut avoir prise à l'une des découvertes chimiques les plus importantes duxTUtsiède : celle du phosphore. Voici, en peu de mots, l'histoire de cette découverte.

On avait depuis longtemps donné le nom de Pyrophorei (porte-feu) aux corps capables de donner de la lumière dans l'obscurité, comme le ver luisant, le bois pourri, le diamant, etc. Depuis 4667, Boyle s'était occupé de ce sujet et avait étudié les phénomènes de certaines phos* phorescences dans l'air et dans le vide. Au commence* ment du dix-septième siècle^ u n alchimiste de Bologne avait découvert cette propriété dans une pierre assez commune aux environs de cette ville, le sulfate de baryte, qu'il avait calcinée avec du charbon et du blanc d'œuf, et par conséquent réduite à l'état de sulfure de barium. Ce produit, exposé quelque temps aux rayons du soleil, devient, en effet, phosphorescent dans l'obscurité.

Quelques années plus tard, un bailli saxon^ nommé Baudouin (Balduinui)^ également livré aux recherches alchimiques, ayant calciné de la craie avec de l'esprit de nitre, reconnut à ce produit la même propriété, après qu'il a été mis en contact avec les rayons solaires. Kuoc* kel, savant chimiste de Dresde, à qui Baudouin avait dit quelques mots de sa découverte, sans lui en révéler le

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secret, découvrit à sou tour dans le nitrate de chaux calciné Xephosphore artificiel^ car c'est à Baudouin .que Ton doit ce nom, qu isignifie porte-lumière.

Peu de temps après, Kunckel ayant été à Hambourg, montra à un chimiste de ses amis le nouveau produit phosphorescent , et apprit de lui qu'un empirique de la môme ville, nommé Brandt, avait découvert une substance analogue, pourvue même de propriétés encore plus remarquables. Il alla voir Brandt qui, après lui avoir montré son produit, ne voulut rien lui apprendre sur sa préparation. Kunckel écrivit à ce sujet à Kraft, autre chimiste de Dresde. Celui-ci, sans lui répondre, arrive à Hambourg, se met en rapport avec Brandt, lui achète son secret sans en faire part à Kunckel, et part pour l'Angleterre, où il fait rapidement une sorte de fortune, en montrant et en vendant son phosphore comme objet de curiosité. Cependant Kunckel ne se tint pas pour battu. U savait que Brandt avait fait des recherches sur Turine ; il soupçonna que c'était de là qu'il avait tiré son phosphore, et, se mettant à l'œuvre, il ne tarda pas à découvrir à son tour le secret qu'on lui avait caché.

. Boyle, de son côté, ayant vu le nouveau produit entre les mains de Kraft, et n'ayant pu en obtenir la confidence de sa préparation, eut la même pensée que Kunckel et, après de nombreuses tentatives, finit par obtenir les mêmes résultats. C'est à quelque temps de là qu'il publia son premier mémoire sur les phosphores (1). Ce travail comprenait l'ensemble des matières phosphorescentes. Boyle y divisait les phosphores en naturels et artificiels. 11 met-

(t) TKe aerial nœtilueaf or iome new phenomena and ftrocesi of a faetitioui Mlf-ihining tub8t€Mee$, liOnd. 1680.

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tait au nombre des premiers le ver luisant^ le diamant^ le bois pourri^ les poissons phosphorescents^ etc. Les seconds comprenaient la pierre de Bologne, le phosphore de Baudouin^^ et il plaçait dans une sous-division le phosphore proprement dit, celui de Brandt, de Kunckel et le sien^ qui luit dans Tobscurité, sans avoir besoin comme lesautresd'étre préalablement exposé aux rayons du soleil.

Ce que Boyle appelait aeriaî noctiluca était Thydrogène carboné qu'il obtenait en faisant agir Tesprit de nitre sur Talcool : sorte d'éther nitrique susceptible de s'enflammer par le contact d'une bougie allumée. Quant au véritable phosphore qu'H préparait en distillant de Turine concentrée, avec 3 fois son poids de sable blanc, il en décrivit très-bien les propriétés physiques et chimiques; il reconnut le gaz auquel il donne lieu (hydrogène phosphore) et qui s'enflamme spontanément à l'air; enfin, il formait avec le phosphore et le soufre un mélange explosible par les chocs les plus légers. C'est évidemment la première origine de ce qu'on connaît aujourd'hui sous le nom d'allumettes chimiques allemandes.

Cette circonstance singulière de la déc(»uverte presque simultanée du phosphore, par Brandt, par Kunckel et par Boyle, se reproduisit presque identiquement au dix-huitième siècle, au sujet de l'oxygène qui, prédit ou entrevu à diverses époques, par Cardan, par J^an Rey et par Robert Boyle, fut enfin découvert, presque au même moment, par Scheele, par Priestley, par Bayen et par Layoisier.

Robert Boyle s'occupa beaucoup de la distillation (J).

( 1 ) Some coiwtderattons iouching the tuefulness of experime ntal naturoi philotophy, etc. Oxford, 1 633 .

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li concentrait l'esprit de vin en le distillant sur du tartre calciné (potasse carbonatée) ou sur de la chaux vive. Il savait que ce produit n'existe pas tout formé dans le suc de raisin ; que tous les fruits sucrés ou amylacés donnent de l'alcool par la fermentation et la distillation ; que l'esprit de vin en brûlant donne de l'eau. Il enseigna l'art de conserver dans l'alcool les pièces anatomiques.

Par la distillation du bois^ il obtenait du vinaigre et de l'alcool qu'il appelle esprit de bois inflammable ou adior phorétique. Il en séparait l'alcool par une seconde distillation^ à feu modéré^ après y avoir mêlé de la chaux qui retenait le vinaigre. L'alcool recueilli^ il poussait la distillation plus vivement et obtenait un esprit acide^ d'une odeur très-pénétrante^ qu'il nomma vinaigre radical {ace^ tum radicatum), nom que ce produit a conservé.

Il simplifia la fabrication des acides minéraux et la préparation de l'eau régale. Il obtint l'eau-forte en distillant un mélange de salpêtre et d'huile de vitriol. Il démontra la composition du sel de nitre. Après en avoir séparé l'acide par la distillation, il reconnut dans le caput mortuum la présence du tartre calciné (potasse)^ et recomposa le nitre par la synthèse^ en réunissant ces deux produits.

Boyle étuiia les gemmes et les cristaux naturels (1). 11 examina les causes de leur transparence^ leur contexture^ leurs formes. Il montra que leurs couleurs sont dues à des particules métalliques^ d'où il conclut que les pierres précieuses avaient d'abord affecté l'état liquide. Il examina les conditions générales de la précipitation et

(1) Euay about the origin andmn%Hl çf gm9. hoiïA* J672,

entrevît plusieurs lois de la statique chimique (i). Il remarqua^ par exemple^ que le précipité' est souvent plus lourd que le corps qui reste dissous. 11 se rendait compte de la précipitation en disant que la force dissolvante le cédait au poids des corps précipités.. 11 ne pouvait en chercher Texplication que dans les lois de la physique alors admises^ car on n'avait pas encore reconnu celles de l'affinité. Il faisait déjà dans ses recherches un fréquent usage de la balance.

Il considéra aussi les phénomènes de coloration au point de vue chimique. Il montra que Thuile essentielle d'anis se colore en rouge par Taction de Thuile de vitriol ; que le sucre de plomb (sous-acétate) rougit l'essence de téré* benthine^ que le chlorure d'argent noircit au contact de la lumière. Boyle admettait la doctrine des pointes presque généralement adoptée par les chimistes de l'époque. U se rendait compte de la neutralisation des substances salines par la faculté plus ou moins grande que possèdent les acides de pénétrer dans les pores des alcalis (2). Cette idée> qui remonte à l'antiquité^ était du reste assez spécieuse^ et il faut convenir que nous, n'avons pas encore imaginé d'explication plus satisfaisante de ce phénomène.

Boyle rendit publics un graad nombre de procédés industriels qu'il imagina ou qu'il acheta souvent à très-haut prix de certains physiciens ambulants qui en faisaient un secret. Quelquefois il en donnait d'autres en échange^ comme le firent Van Hçhjaj^t, Hanpiberg et {jémery. On ne saurait rendre une justice trop éclatante à ces savants

(1) The meehanical cautea of précipitation,

(2) Some réfection upon the hypoihesi» of alcali and acidum.

désintéressée qui firent ainsi sortir la chimie de ses voies ténébreuses et répandirent au grand jour les premiers matériaux de la science actuelle. C'est ainsi que Ton doit à Boyle le procédé de gravure à Teau-forte sur métal^ procédé que Ton emploie encore aujourdliui.il enseigna la formule de l'alliage de bismuth^ de plomb^ d'étain et de mercure propre à Tétamage des glaces. Il indiqua^ pour argenter sans mercure^ un mélange de parties égales de sel commun^ de cristaux d'argent dissous dans le nltre^ et de chaux ou de tartre calciné^ dont on frotte les métaux^ après les avoir bien décapés. C'est lui qui donna le premier la composition de l'encre que nous employons encore^ fonnée de couperose verte^ de noix de galle et d'eau gommée.

La peinture sur verre lui doit aussi de précieux perfectionnements. II découvrit^ par l'analyse d'un fragment de verre ancien^ que l'amalgame d'or donnait au verre la couleur du rubis, et que le manganèse le colorait en noir^ en violet ou en rouge^ selon les proportions. Il reconnut et détermina les meilleures quantités de silice^ de potasse et de plomb propres à la composition du cristal. Le nom de Boyle est resté attaché à sa liqueur fumantey qu'il appelait Teinture volatile de soufre (volatile tincture of sulphur). C'est un sulfhydrate d'ammoniaque qu'il préparait en distillant un mélange de soufre^ de chaux vive et de sel ammoniac. Il obtenait ainsi un liquide rougeàtre^ qui répand des vapeurs blanches et qui précipite en noir les dissolutions de plomb et d'argent.

Boyle était docteur en médecine; il ne pouvait donc manquer de faire quelques applications de ses connaissances en chimie à la thérapeutique. 11 pensait qu'il était ré-

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serve à cette science de résoudre plusieurs problèmes de la physiologie; mais il combattit les conséquences trop générales qu'en avaient tirées Van Helmont^ Sylvius, Willis, et montra que l'explication des fonctions vitales par des lois chimiques était erronée. Il voulait que Ton éclairftt par des expériences précises les recherches de cet ordre ^ et il donna à ce sujet de judicieux préceptes en même temps que d'utiles exemples.

C'est dans cet esprit qu'il étudia le sang (1). Il constata que^ quelle que soit la température extérieure^ la chaleur du sang reste constamment entre 38 et 40 degrés; que sa densité varie sous l'influence de diverses causes; que le sang noir rougit par le contact de l'air ; que ce fluide contient du sel marin^ qu'il se coagule par les acides^ par l'alcool^ par la chaleur. Il émit l'idée que plusieurs maladies épidémiques sont analogues à des empoisonnements dont le principe toxique serait répandu dans Tair. Il fit avec Wren des expériences toxicologiques, en injectant des poisons dans les veines crurales des chiens^ puis en leur administrant des antidotes. Il s'occupa de la transfusion du sang : expériences qui étaient alors l'objet de beaucoup de controverses ; enfin il étudia la respiration des animaux et le rôle que remplit l'air dans cet acte physiologique.

En plaç(\nt dans le vide des matières organiques^ il observa qu'elles s'y conservaient mieux que dans l'air^ et il en conclut que l'air jouait également un grand rôle dans la fermentation. Il attachait beaucoup d'intérêt à ce phénomène, car il dit que la connaissance des ferments et de la fermentation conduira quelque jour à la solution des

(I) Mémoire for the nalural hitiory of human blood, Lond. 16S4.

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questions pathologiques. Il conseilla Tun des preimers la cautérisation par le fer rouge contre la morsure de la vipère. La plupart de ces faits sont consignés dans les diverses éditions de ses Considérations sur l'utilité de la philoso' phie naturelle.

On a vu que Boyle accompagnait souvent Sj|Jml)agQt dans ses visites au lit des malades; c'est dire qu'il dut appliquer sa rare sagacité à l'emploi des médicaments. Il consacra en effet un mémoire spécial à Tusage et aux propriétés des médicaments simples (1). On trouve aussi parmi ses derniers travaux un écrit intitulé : Recettes enr voyées à un ami en Amérique (2). C'est un recueil de formules médicales qui eut un rapide succès et qui obtint les honneurs de plusieurs éditions. Il proposa plusieurs moyens de dissoudre les pierres dans la vessie ; il fit Vanalyse des calculs vésicaux et y montra le premier la présence des sels calcaires. Il rendait l'opium plus actif en le faisant dissoudre dans l'esprit de vin et en le traitant avec le tartre calciné. C'était en effet séparer l'acide méconique par la potasse^ tandis que la morphine restait dissoute dans l'alcool. Au moment où l'Anglais Talbot vendait à Louis XIV le secret du quinquina, on assure que Boyle faisait un marché semblable avec son compatriote. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il contribua puissamment à répandre la connaissance et l'usage de ce précieux médicament.

Enfin la physiologie végétale attira également son attention. Nous avons dit qu'il s'occupa de la conservation des fruits et autres substances alimentaires ; il examina

(1) Diseourse about the advantages of the tue of iimple^medicinet, Lond. 1G85.

(2) Receipt sent ta a friend in Àmeriea, Lond. 1688.

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aussi le rôle que les sels jouent dansTacte de la végétation. Il avança^ chose digne de remarque, que la fertilité du sol dépend de sa richesse en sels alcalins (1). Il constata surtout rimportance dans les engrais du carbonate d'ammoniaque, qu'il préparait en distillant les cendres de bois avec de Turine concentrée.

Cette multitude, cette variété de recherches étonne et fait souvent désirer de voir un si grand nombre de faits nouveaux servir de base à quelque théorie générale. On a dit qu'un ouvrage de détails, où manquent les généralités, ressemble à un arbre dont on n'estime que les branches, en négligeant le tronc ; mais ceci ne saurait s'appliquer à Robert Boyle qui ne faisait que préparer et recueillir les matériaux propres à construire plus tard l'édifice de la science. Toutefois, il donna un assez vif élan à la théorie en distinguant le mélange de la combinaison ; pensée lumineuse qui prépara la doctrine de l'affinité, en séparant Faction chimique de l'action physique. Il distingua aussi très-nettement l'incinération de la distillation des matières végétales. C'est de ses travaux que date l'emploi de la voie humide et des dissolvants dans la chimie organique* La sévérité de la méthode qu'il appliqua à ses recherches donna à la chimie un caractère nouveau et original. Son exemple répandit le goût de la chimie rationnelle et la releva dans l'estime des savants sérieux qui, jusque là, l'avaient regardée comme un art fantastique, un tissu de pratiques absurdes, de déceptions ou de jongleries. Cuvier va jusqu'à regarder Boyle comme un chef d'école et prétend que ce n'est que dans ses écrits et dans ceux de

(1) Cette idée avait déjà été émise par Bernard Palissy. (Voyex «es Œuvres complètes, édition de 1854, p. 23.)

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Stahl qu'il faut chercher des généralités chimiques^ durant la période qui s'étend de la fin du xvii* siècle jusqu'au milieu du dix-huitième.

Nous n'hrons pas si loin. Nous conviendrons même que son influence n'arrêta point en Angleterre les progrès de l'école de Paracelse. Cela tient probablement à Tautorité de Nicolas hdsixïï^j, alors démonstrateur au laboratoire de Saint-James, dont l'influence contre-balançait celle dont Boyle jouissait auprès de la Société royale. Quoi qu'il en soit^ il est certain que cette doctrine subsista en Angleterre jusqu'à l'avènement des théories allemandes de Bêcher et de Stahl. C'est seulement au temps de Haies que la science commença à prendre une direction plus rationnelle, prélude des hautes destinées que la fin du XYUP siècle réservait à la chimie.

Hàtons-noùs de clore cette longue énumération de travaux de détail, pour en saisir, s'il se peut, Tensemble, et pour examiner l'influence qu'ils durent exercer sur la marche ultérieure des sciences qui en sont principalement l'objet.

Au moment où Robert Boyle entra dans la carrière, la physique et la chimie n'existaient point comme corps de doctrine. La réforme scientifique, dont Galilée avait donné le signal, bien qu'elle eût été poursuivie par Bacon, par Df^sQâctes^ et plus pratiquement par Otto de Cbîericke, Tonicelli^et KascaJ, n'avait pas encore pénétré dans les écoles. Des recherches isolées, sans aucun moyen de publicité générale, et jusque-là concentrées à

dessein dans les laboratoires^ ne répandaient encore qu'une faible lumière sur renseignement public et sur la pratique des arts. L'alchimie avait habitué les hommes de science à vivre et à travailler dans Tisolement^ comme la scolastique les avait accoutumés à se contenter de vains mots. Les travaux avaient lieu dans le silence et s'entouraient de mystère, tandis que renseignement s'exerçait à de puériles disputes. Mais du moment où les savants se résolurent à aborder des recherches sérieuses^ et à les rendre profitables à tous^ ils comprirent la nécessité de réunir leurs efforts et de travailler au grand jour. Tels sont le fait principal et la pensée supérieure qui ont présidé à la fondation des académies.

Ainsi^ c'est à la science du xvi^ siècle que remonte ce grand principe d'association auquel les siècles suivants^ et le nôtre surtout^ doivent de si magnifiques résultats; mais c'est du»xvii« siècle et de la fondation des académies que part la séparation définitive entre le savoh* du moyen âge et la philosophie moderne; le premier, caractérisé par l'isolement des hommes studieux et pa|r l'obscurité du langage scientifique ; la seconde, qui repose sur l'association entre les savants, sur la division des objets d'étude et sur la publicité des découvertes. Or, c'est à Robert Boyle que se rapportent les efforts les plus soutenus et les plus efficaces, relatifs à la fondation des sociétés savantes; c'est là, à coup sûr, l'un de ses meilleurs titres de gloire, et l'un des bienfaits les plus signalés dont la science lui soit redevable.

L'académie des Lincei^ fondée à Rome au commencement du xvu® siècle, par le prince Cési, s'était éteinte vers 1630, après la mort de ce zélé protecteur des scien-

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CCS. L'Académie del Vimento venait d'être établie à Florence par les élèves de Galilée (1651)^ lorsque Boyle eut la pensée de réunir les savants à Oxford^ dans un cénacle analogue^ ayant pour objet ^avancement des connaissances humaines^ à l'aide de la méthode expérimentale. Cette pensée avait pu lui être inspirée par ce quil avait vu en Italie^ et même en France^ où les conférences de Hersenne et de Monmor étaient en pleine activité quand il traversa notre pays (1). Quoi qu'il en soit^ ce fut une idée heureuse et féconde qui le détermina à mettre en pratique dans son Collège philosophique le plan que Bacon avait proposé dans sa Nouvelle Atlantide^ sous le titre d'Institut de Salomon^ et Ton ne saurait trop louer le zèle avec lequel il donna l'impulsion à cette cooipagnie par l'exemple de ses propres recherches.

Robert Boyle est^ en effets parmi les savants de son époque^ le premier qui soit entré résol&ment dans la

(1) « Peut-être ces assemblées de Paris ont-elles donné occasion à la naissance de plusieurs académies dans le reste de l'Europe. Il ^t toujours certain que les gentilshommes anglais qui ont jeté les pre» miers fondements de la Société royale de Londres, avaient voyagé en France et s'étaient trouvés chez de Monmor et Thévenot. Quand ils furent de retour en Angleterre, Us s'assemblèrent à Oxford et conUnuèrent les exercices auxquels ils s'étaient accoutumés en France. La domination de Gromwell contribua même à cet établissements Ces Anglais, attachés en secret au roi légitime, et résolus de ne point prendre part aux afEaires présentes, furent bien aises d'àvotr une occupaUon qui leur donnât lieu de se retirer de Londres, sans se rendre suspects au Protecteur. Leur société demeura en cet état jusqu'à ce que Charles II, étant remonté sur le trône, la fit venir à Londres, la confirma par l'autorité royale, et lui donna des privilèges, récompensant ainsi les sciences d'avoir servi de prétexte à la fidélité qu'on lui gardait. » (Fontenelle, Piréfûeè de nittoire de V Académie dei seieneu, »

voie des investigations consciencieuses^ sans préjugés^ sans influence d'école et uniquement guidé par l'observation et le raisonnement. Si Van Helmont est le dernier représentant de la méthode à priori, Boyle est évidemment le chef de la nouvelle école, dédaigneuse des hypothèses, bien résolue à n'admettre que les faits acquis par Texpérience et à ne tenir aucun compte des opinions préconçues. C'est de l'un à l'autre de ces savants que se place la transition entre le règne des mots ou de l'autorité et Qplui des choses ou de l'expérience. Il y a pourtant entre ces deux hommes, qui occupent une si grande place dans l'histoirç scientifique, des analogies singulières qui méritent d'être constatées et qui, à certains points de vue, nous semblent offrir un véritable intérêt.

Robert Boyle et Van Hel m gn t ^, tous deux issus de grandes familles et comblés des biens de la fortune, tous deux animés d'une piété ardente, bienfaisants, modestes, généreux, i^noncent aux avantages de leur position sociale et se vouent à la retraite, pour suivre exclusive*^ ment la carrière des sciences, dans laquelle ils entrent tous deux par la voie des études médicales. Bien qu'appartenant à des nations différentes, leur caractère, leurs idées morales, leurs vues scientifiques se rapprochent et parfois se confondent. Ils se signalent tous deux par leurs vertus privées, par une libéralité exemplaire envers la science et envers les savants. Hais voici ojii commence la dissemblance. Boyle, quoique doué d'une imagination vive, impressionnable, portée au merveilleux, sic tourne avec application vers l'étude des sciences positives, en se dégageant à la fois des doctrines de^l'âge précédent, de l'esprit de son époque, et même jusqu'à certain point de

ses préoccupations religieuses; Van Helmqnt, au contraire, livré avec sincérité aux idées mystiques, cherche avant tout dans la science un point d'appui pour ses convictions intimes. Il étudie les langues anciennes et même l'hébreu, pour trouver dans les Pères de TÉglise des lumières, des arguments applicables à ses idées scientifiques, ou réciproquement. Boyle se livre aux mêmes études, et même aux mathématiques, mais c'est pour calmer son imagination, pour donner à ses travaux plus d'exactitude et de fixité. Éloignés l'un de l'autre par l'intervalle d'un demi-siècle, Van Helmont tient encore par plus d'un point aux doctrines du moyen ftge et de l'école spagyrique , tandis que Boyle s'en sépare d'une manière complète ; il en combat les principes, il en repousse le but, il en rejette le langage, et n'admet d'autre guide que l'expérience et l'induction, c'est-à-dire que la méthode expérimentale.

Tout entier aux recherches positives, Boyle ne voulut pas même lire d'abord les écrits de Descartes, parce qu'il craignait d'y trouver plus de théories que de faits, plus d'hypothèses que de réalités. Et néanmoins, mais dans un ordre d'idées différent, Boyle et D e sc artes suivirent souvent une voie parallèle. On sait combien ce dernier s'efforça de débarrasser la philosophie des qualités occultes, des entités mystérieuses, des prestiges de Tastrologie et des autres débris de la scolastique expirante. Aussi Boyle finit-il par admettre plusieurs principes du cartésianisme, par exemple ceux qui se rapportent à la porosité, au mouvement des particules des fluides et à la doctrine des éléments, que Descartes attaqua aussi résolument que lui. Il ne fallait pas peu de courage pour

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lutter ainsi ouvertement contre des opinions encore généralement admises et enseignées. Pour se soustraire à cette influence^ F. Bacon^ Van Helmont et Boyle avaient dû se vouer à une retraite absolue ; Descartes, dans le même buf^ avait quitté sa patrie et était mort sur la terre étrangère.

Boyle fut Tun des plus grands expérimentateurs du XYi® siècle. Boerhaave le regarde comme le père de la

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philosophie expérimentale. Il ajoute qu'il fut Tornement de son siècle^ de son pays^ et quil succéda au talent et au génie de Bacon . C'est l'un des hommes^ dit Fourç roy, qui marquent le plus dans l'histoire de la science, l'un des créateurs de la philosophie expérimentale, et le précurseur delà chimie pneumatique. C'est à lui, en effet, que se rapportent, en physique, les principaux perfectionnements de la machine pneumatique, du baromètre, du thermomètre, les meilleurs travaux sur le vide, sur la chaleur, sur l'aimant, sur la coloration, sur la porosité, sur les ondes sonores, sur la cristallographie. En chimie, il recueillit le premier les gaz, il fit les premières analyses des eaux minérales, de l'eau de la mer, des calculs urinaires, il reconnut l'action des acides et des alcalis sur les sucs végétaux colorés, il soupçonna que l'eau est décomposable et que l'air contient une partie vitale propre à servir à la combustion. En physiologie, on lui doit les premières expériences sur le sang, sur la transfusion du même fluide, il montra le rôle de l'air dans l'acte de la respiration, il fit les premières recherches de toxicologie sur les animaux; en un mot, on lui doit les plus belles expériences sur lesquelles se fonde aujourd'hui ' l'enseignement scientifique et la plupart des matériaux qui

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ont servi à élever les théories modernes. Personne peutêtre ne détruisit plus d'erreurs^ ne répandit plus de lumière sur les points obscurs^ ne {nrépara avec plus de zèle, et souvent de bonheur^ l'avènement des vérités qui font la base de nos doctrines scientifiques.

Boyle possédait toutes les qualités nécessaires pour exercer une grande influence : un jugement solide^ des connaissances variées, le génie de Texpérimentation, un esprit droit, judicieux, patient, méthodique. Ennemi des conjectures et des hypothèses, il se hasardait à peine à donner Texplication naturelle des phénomènes, et n'élevait jamais ses vues à la hauteur d'une théorie. Il disait que pour construire l'édifice de la science, deux instruments suffisent : l'observation et l'intelligence. Il marchait enfin, pour démontrer le mouvement, comme s'il eût pressenti ce mot heureux de M. pumas ; a Les théoa ries sont des béquilles; pour montrer qu'elles sont a bonnes, il faut s'en servir et marcher. »

Boyle est à nos yeux le modèle du vrai savant, le type de l'investigateur scientifique, n'attachant à ses travaux aucune arrière-pensée de satisfaction mondaine, de cupidité ou d'ambition, offrant, au contraire, en tribut à la science, et avec la plus complète abnégation personnelle, son temps, sa fortune, ses talents et même sa gloire.

Chaque année de sa vie fut marquée, sinon par une découverte capitale, du moins par une multitude de recherches qui élevaient incessamment le niveau des connaissances. A partir de 1659 jusqu'à sa mort, c'est-à-dire durant une période de 32 ans, il ne se passa pas une an* née sans qu'il publiât un ouvrage ou plusieurs mémoires sur différents sujets. Les Transactions philosophiques de •

Londres estaient le grand dépôt daps lequel il consignait ses travaux. On y trouve parfois dans le même volume jusqu^à dix de ses mémoires. Les biblio^aphies ne citent pas moins de 46 ouvrages dont il est l'auteur (i). Nous croyons toutefois qu'il n'a pas écrit tout ce qu'on lui aUribue. Comme il entretenait une correspondance active ç^yec tous les savants de l'Europe, il était rapidement informé de toutes les nouvelles de la science; il les communiquait aussitôt à la Société royale, il répétait les expériences, il y ajoutait ses propres remarques et le tout se répandait souvent sous son nom et son autorité.

Robert Boyle fut en butte à beaucoup d'attaques auxquelles il répondit toujours avec calme et dignité. Lors^ qu'en 1665, il publia ses Réflexions occasionnelles (2), cet ouvrage souleva de nombreuses critiques.^j^ilLen fit le sujet d'un pamphlet qu'il intitula : Pieuses méditations sur un manche à balai, suivant la manière du noble Robert Boyle. Swift avait assez bien saisi le côté faible de cet ouvrage ; il semble pourtant avoir trouvé dans le livre de 3oyle l'idée des Voyages de Gulliver , comme, plus tard, Mont^fiqq jçu v puisa celle des Lettres persanes. En 1669, le dqcteiju? Eiei^n ^t"^bt s'étant montré l'adversaire vio-

(1) Une édition à peu près complète des oeuvres de Boyle^ fut publiée par T. Birsch, en & volumes in-folio, Londres, 1744. Shaw en publia une autre en 1772, 6 vol. in-4. Deux édiUons latines ont également paru à Genève, en 1680» 6 vol. m-4, et en 1714, 5 vol. |n-4.

Uhittoire générale de Vair (The gênerai hislory of the air) ne parut à Londres qu'en 1692, un an après sa mort, ainsi que ses Expirieneet médùalei (Médical «spmiiMfitf , or a eolleetion of ehoiee retnedieê, f%f the moit parteimple and eatily prepared). Ce dernier ouvrage eut neuf éditions, dont deui; en langue allemande.

(2) Occaiionnal tefleetions upon teveral tuhjeeti, whereto ù promi- $ed a diteoune about tuehkind of thoughte. Lond. 1665.)

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lent de la Société royale^ Robert Boyie en éprouva beaucoup de chagrin^ mais il garda un noble silence et sauva ainsi sa propre dignité comme celle de la savante compagnie.

Envisagé comme philosophe^ Robert Boyle pourrait se présenter sous un grand et nouvel aspect à l'étude d'un biographe^ mais nous avons dit que nous ne considérerions en lui que le savant. Toutefois, pour compléter l'idée que nous voudrions donner de cet homme exceptionnel, nous devons dire que sa soumission aux dogmes religieux était profonde et sincère, qu'il les regardait comme audessus de la raison humaine, bien qu'il professât une religion qui fait toujours intervenir le raisonnement dans ses croyances. L'ouvrage qu'il publia sous le titre du Chrétien naturaliste {The Christian virtuoso), a pour objet de montrer la différence qui existe entre les choses qui sont au-dessus de la raison et celles qui sont opposées à la raison. Ces matières l'avaient vivement préoccupé dès sa première jeunesse, et c'est pour les éclaircir dans sa pensée qu'il s'était adonné à l'étude des langues orientales et à la lecture des Pères de l'Église. Elles y avaient aussi jeté une sorte de terreur qui troublait parfois son cœur et son intelligence, a C'est une maladie, a disait-il, analogue au mal de dents, qui, sans être mor- « tel, fait horriblement souffrir. » Quoi qu'il en soit, une fois affermi dans ses convictions, il mit autant d'ardeur, de zèle, de persévérance à les défendre et à les propager, qu'il en apportait à servir les progrès de la philosophie naturelle. Il contribua à l'établissement des missions étrangères, destinées à aller prêcher l'Évangile aux Indiens. Il fit imprimer à ses frais une traduction des Évan-

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gélistes et des Actes des Apôtres, en langue malaise. Il en fit autant pour les naturels de lirlande et les monta* gnards de TÉcosse qui n'entendaient pas Tanglais. Il fonda des leçons publiques dans lesquelles Samuel Ciarke prononça ses discours devenus célèbres, et lorsque Burnett publia son Histoire de la Béformation, « il en fit tous les frais, dit Tauteur de cet ouvrage, d'une manière « proportionnée k la grandeur de son âme. »

Boyle joignait à ses principes de piété, des mœurs pures, une rare modestie, une bienfaisance active et une extrême délicatesse. Il ne voulut pas entrer dans les ordres, parce qu'il ne se croyait pas digne d'en exercer les fonctions. Quatre de ses frères étaient membres de la pairie, qu'il refusa pour lui-môme. Il refusa également la direction du collège d'Éton, ainsi que la présidence de la Société royale, dont il était le principal fondateur et que personne sans doute n'était plus digne de représenter. Il finit par accepter le titre de directeur de la compagnie des Indes, mais afin de travailler plus efficacement à la propagation du christianisme chez les Indiens. Honoré successivement de l'estime de Charles II, de Jacques II et de Guillaume III, il ne se servit jamais de son crédit qu'en faveur des sciences. Son laboratoire était le rendezvous de tous les savants, et sa maison était toujours ouverte aux malheureux. Sa charité modeste se plaisait à répandre des faveurs dont on ne pouvait soupçonner l'origine. Le reste de sa fortune était employé à faire construire des instruments, des appareils, à exécuter des expériences, à fonder des institutions, à pensionner des savants. Il fit construire à Oxford un observatoire ainsi qu'un laboratoire dans lequel il attira des ingénieurs et

des mécaniciens pour Taider d^ns ses recherches. Il légua ses collections et sa bibliothèque à la Société royale de Londres.

Boyle était d'une taille élevée. Sa constitutipn était délicate. Sa figure pâle et sévère annonçait un esprit sérieux^ calme et bien au-dessus de la vanité et de l'ambition. Sa sobriété était exemplaire : son tempérament Tobligeait à manger avec réserve et des mets peu recherchés. Autour de lui^ tout était disposé avec ordre et méthode. Il réglait ses vêtements d'après Tétat du thermomètre. Il parlait lentement et avec hé^itation^ parce qu'il était un peu bègue. Il discutait peu^ écoutait avec complaisance Les objections^ les repoussait sans aigreur^ n'affirmait jamais^ mais aimait à proposer des doutes^ à soulever des questions, à fournir des matériaux aux débats scientifiques. Son humeur était douce^ égale; ,sa convier-? sation spirituelle et enjouée. Il ne ppnpnçait jamais le nom de la Divinité sans s'arrêter un instant, comma par respect. Rien ne lui était plus odieux que le charlatanisme ^t le mervsonge. Son père disait souvent : Je suis bien certain que Robert n'a jamais menti !

Boyle mourut à Londres le 30 décembre 1691 . Son ami, le docteur Byrqg tt. évêque de Salisbury, prononça son éloge funèbre. Son mausolée repose dans l'église de Wesminster. Thomas Birsch, à qui l'on doit une édition complète de ses œuvres, la fit précéder d'une savante biographie, à laquelle nous avons emprunté la plupart des détails qui se rapportent à sa personne.

Est-il une existence plus digne de notre admiration, de nos respects, que celle d'un tel homme, éminent à la fois par ses vertus, par son caractère, par son savoir, pas-

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sionnépour Péiudeau point de lui sacrifier tout ce qui fait Tobjet des ambitions vulgaires? Est-il un emploi plus honorable des dons de la fortune que de les faire servir à lever le^ obstacles matériels qui arrêtent Tessor de la science^ à ^ncours^r ^e trav^il^ à^ flçter les institutions publiques? Est-il enfin un rôle plus beau^ un sort plus heureux que celui d'uo s^^ant.dctvenu, par Tautorité de son nom et de son exemple^ le point central où viennent se réunir tous les travaux, toutes les découvertes, tout Favenir des sciences qu'il cultive : c'est presque dire toutes les destinées ultérieures de la civilisation ?

NICOLAS LEMERY

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