PRÉFACE
Ce travail est le résumé des faits les plus intéressants qui, pendant mes quatre années d'agrégation, se sont offerts dans mon service du Val- de-Grâce.
En publiant simplement quelques impressions de ma pratique hospitalière, j'ai pensé faire œuvre utile, en raison de la variété toujours inhérente aux faits cliniques, suivant le terrain sur lequel ils se présentent ; sous ce dernier rapport, grâce aux mutations fréquentes de nos garnisons, grâce aux passages continuels à Paris de militaires provenant des différentes régions de la France et des pays étrangers occupés par nos troupes, le Val-de-Grâce fournit les éléments les plus variés d'observation ; peu de jours s y passent sans que l'attention ne soit vivement réveillée par rarri vée de quelque malade dont l'affection, de provenance lointaine, tranche absolument avec le tableau de la constitution médicale de la garnison.
Mon plan, bien arrêté, de ne relever que le côté des choses qui m'a frappé moi-même, m'excusera de n'avoir a propos de telle ou telle affection, abordé de son histoir^ que la partie qu, m'a paru intéressante d'après les faits
qiKBj apporte, etsusceptibled'être éclairée parl'analysede c iaus ■ lorsque ceux-ci n'auront en eux-mêmes aucune valeur spéciale, je me bornerai à résumer, mais encore d après eux, mes impressions sur la maladie à laquelle Us doivent ressortir. ^-^^l^^uit
Il est une affection que je me suis attaché à décrire d une manière auss, complète que possible, d'abord parce
VI PIIEFACE.
(] Il 'elle est si peu connue que son histoire est à faire, ensuite parce qu'il m'a été donné d'en voir de nombreux l'xemples ; c'est la luberculisation aiguë à laquelle, dans diverses publicationsj'ai consacré déjà quelques articles. {Gazette hebdomadaire, Gazette des hôpitaux, Recueil de mémoires de médecine militaire.) C'est le premier chapitre de mon livre, c'est aussi le plus considérable.
Pour le reste de mon travail, j'ai pris pour base de sa division les grands appareils de l'économie auxquels se rapportent les manifestations morbides diverses qui en l'ont le sujet.
Ainsi le deuxième chapitre est consacré aux affections des voies respiratoires et circulatoires :
Le troisième, aux affections du tube digestif et de ses annexes ;
Le quatrième, aux pyrexies ;
Le cinquième, aux maladies des voies urinaires ;
Le sixième, à celles du système nerveux ;
Le septième renferme quelques réflexions pratiques sur le tœnia, si fréquent parmi les soldats qui ont habité l'Algérie, la Syrie et la Chine.
Le soldat est sujet à un grand nombre d'affections du plus haut intérêt, dont l'étude complète ne peut relever que d'un travail considérable, appliqué à la pathologie des armées dans les différents lieux où elles ont existé, dans les différentes périodes de temps où elles ont vécu : limitée comme temps et comme lieu à une période de quatre ans dans une seule localité, mon observation n aborde i(ii qu'une faible part de cet immense programme, et bien des affections propres au soldat ne peuvent figurer parmi ses résultats. ,, , f -,
Maintenant, si, avant d'entrer dans le détail des faite, l'avais à tirer une conclusion générale et pratique des épreuves et des obligations que m'a imposées la direction
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(]u grand service médical qui m'a été confié à Paris, je dirais qu'il est nécessaire pour le médecin, à cette époque où la science s'enrichit de tant de modes nouveaux d'exploration, de demeurer avant tout clinicien, de s'initier aux méthodes d'i nvestigation que lui fournissent la physique et la chimie, mais de s'initier avec la ferme conviction que ce sont là, devant le but suprême de la médecine, des moyens accessoires dont son jugement et l'étude du malade doivent toujours contrôler la valeur. 11 faut se rappeler qu'une exploration physique ou chimique ne donne jamais qu'un résultat brutal, matériel, où doit intervenir l'intelligence pour en faire un signe ; ce qui le prouve bien, c'est l'atténuation que des observations mieux laites ont successivement apportée à l'importance de certains faits que ces méthodes d'investigation avaient tout d'abord proclamés orgueilleusement signes pathognomoniques : le micrographe voyait une cellule, un corpuscule particulier, bâtissait sur cette découverte toute une évolution pathologique, supprimant au besoin la considération du malade^et de tout l'appareil symptomatique, comme si le microscope eut donne le dernier mot de la science ; combien de signes certams, pathognomoniques, créés, comme je le rappellerai en détail, d'après la percussion, l'auscultation, les réactions chimiques, signes qui chaque jour viennent reprendre le rang plus modeste qui leur convient parmi les autres éléments d appréciation clinique.
C'est une raison de plus pour s'adonner à l'étude de toutes les ressources séméiotiques fournies par la physique ella ch.nrne ; de cette étude, en effet, résulte autre chise que la satisfaction de contempler les admirables résultats ou nous mènent ces deux sciences par des moyens diagnostiques comme le microscope, l'ophlhalmoscope, le laryngoscope, analyse des divers liquides de l'organisme etc • .1 en résulte aussi qu'en appliquant soi-même ces modes'
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(l'exploration, on s'en exagère la valeur et la supériorité beaucoup moins que si, taisant abnégation de sa propre intervention et de son contrôle direct, on s'en remettait entièrement à d'autres, fussent-ils beaucoup plus habiles !
Ne sent-on pas, comme malgré soi, diminuer son intérêt pour le malade dont on confie à autrui une partie de l'investigation? Il en est de même pour le traitement. Que vous n'ayez pas l'habitude de certaines opérations commandées surtout par des affections internes, que vous ayez besoin d'une main autre que la vôtre pour pratiquer la thoracentèse, la trachéotomie, votre malade cessera d'être entièrement à vous, et quel que soit l'intérêt qu'il vous ait inspiré, vous ne le suivrez peut-être plus avec la même sollicitude que si vous l'aviez opéré vous-même.
J'enlèverai toute apparence d'exagération à ces principes en conseillant tout le premier de recourir aux maîtres et aux collègues dont l'intervention semble utile au malade qui inspire la moindre préoccupation ; ce que je tiens seulement à établir, c'est qu'en général le médecin doit tâcher d'être assez complet, assez sûr de lui-même pour suffire aux diverses exigences diagnostiques et thérapeutiques qui peuvent surgir dans son service.
Qu'il me soit permis d'exprimer toute ma gratitude à ceux dont les leçons et les conseils m'ont soutenu moimême contre les hésitations qui, dans la pratique, surgissent à chaque pas, et de remercier particulièrement deux de mes savants maîtres, MM. les professeurs Laveran et Godélier.
Kculc impériale du Vul-de-G race, janvier \m.
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