‹ Études cliniques de médecine militaireChapitre 27 sur 37 · ALBUMINURIE · texte numérisé non relu

ALBUMINURIE

mités. L'acide nitrique ne produit plus dans l'urine qu'un léger nuage, et l'examen chimique ne permet plus de constater que des traces d'albumine. 11 y a toujours un peu d'amblyopie, et la lecture est devenue impossible.

L'état d'amélioration dans lequel mon prédécesseur m'avait laissé ce malade se prononce chaque jour davantage, et le 12 octobre je peux faire venir X... dans mon cabinet pour examiner ses yeux à l'ophlhalmoscope. Cet examen, auquel j'avais convié un autre de mes excellents collègues, M. Leplat, nous permit de constater les symptômes caractéristiques de l'amaurose albuminurique : sur un fond jaune café au lait se détachent une douzaine de taches blanches uniformément disposées autour de la papille et sur ses bords, qui perdent ainsi leur netteté. Ces lésions paraissent identiques de chaque côté. Je renouvelai deux fois cet examen avec le môme résultat. - ' ..

Le 14 octobre, l'état des forces était assez satisfaisant pour me permettre d'autoriser le malade à sortir en ville pendant la journée.

Le 16 octobre X... accuse une douleur précordiale qu'il m'assure âtre le prodrome d'une nouvelle attaque convulsive.

En effet, le lendemain 17 octobre, il y avait eu trois accès qui chacun avaient duré de une à deux minutes au plus, consistant en flexions tétaniques des quatre membres, avec coloration cyanique de la face, et un peu de stertor à la fin. Les paupières sont légèrement boursouflées, mais les urines ne donnent que des traces d'albumine.

Le 18, il n'y a eu qu'un accès convulsif ; le boursouflement des paupières a augmenté, et la face a pris une teinte scarlalineuse qu'on ne retrouve sur aucune autre partie du corps. L'intelligence est toujours très-nette.

Le 19, les vomissements reparaissent, composés de matières verdâtres. Réponses lentes, légèi'e stupeur. ^ Du 20 octobre jusqu'au moment de la mort, qui survint le 25, c'est-à-dire pendant cinq jours, coma vigil, mussitation continuelle, urines et selles involontaires; l'infiltration des paupières disparaît; la face redevient pâle, osseuse, etX... succombe dans un état d'amaigrissement exlrâme.

Autopsie. — Tous les organes sont réduits de volume ; le car-

TOIES UniKAIfiES.

veau revient sur lui-méaie à l'ouverture du crâne; les poumons se rétractent dans les gouttières vertébrales dès que le sternum est enlevé. Ces organes n'offrent pas, du reste, la moindre lésion.

Les reins sont également petits, pesant, le gauche, 90 grammes, le droit, 94 ; le premier offre une teinte violacée, avec quelques granulations blanches dans la substance tubuleuse surtout; le second présente des masses considérables de granulations, et une transformation graisseuse complète de quelques mamelons.

Les yeux sont examinés avec le plus grand soin ; les papilles sont légèrement rosées, et sont entourées chacune d'une auréole de granulations grises, toutes isolées, remarquables par la régularité de leurs dimensions et des intervalles qui les séparent ; elles occupent la couche la plus interne de la réline, où elles semblent faire une très-légère saillie.

Je priai un de nos savants chimistes, M. le professeur agrégé Jaillard, d'examiner le sang que j'avais recueilli; nous y constatâmes ensemble, après l'emploi de l'alcool et de l'acide nitrique, une grande quantité de cristaux de nitrate d'urée (1).

Réflexions. — Ce cas d'urémie est remarquable à plusieurs titres.

La brusquerie du début, signalé par des convulsions épileptiformes, avait éveillé un instant la pensée d'une intoxication. Telle était bien, du reste, ]a maladie, rapidement reconnue par l'examen des urines dès que le sujet eut accusé les troubles de la vision. -

L'affection a présenté des périodes de rémillence remarquables (du 6 au 12 septembre, du 13 septembre au 16 octobre), durant lesquelles j'avais pu espérer, en excluant les aliments trop azotés, prévenir le retour des accidents d'intoxication urémique. Le rapide amaigrissement du sujet, qui a succombé dans le marasme, n'indique-t-il pas que les matériaux de celle intoxication étaient puisés dans son organisme môme ?

Grâce aux longs intervalles qui ont séparé ces terribles

(1) Gazette hebdomadaire. 20 novembre 1863.

ALBnmiNtBlE.

paroxysmes, la maladie a duré près de deux mois, temps bien court dans l'albuminurie, mais bien long dans l'urémie, si fatale d'habitude en quelques jours.

Comme dans l'immense majorité des cas du même genre, les caractères cliniques, puis anatomiques de l'albuminurie ont été peu tranchés : ainsi, pendant la vie, un peu de bouffissure des paupières sans œdème des membres, traces seulement d'albumine dans les urines ; après la mort, reins petits, inégalement atteints, dont l'un ne présente encore que la période congestive de la maladie de Bright.

Une altération anatomique survenue bien rapidement, en revanche, est celle des rétines : cette lésion était réellement d'une admirable régularité : autour de chaque papille, sur un fond noir, une quarantaine de granulations éclatantes rappelaient involontairement à l'esprit un groupe d'étoiles, justifiant ainsi le terme de disposition stellaire donné par Liebreicht à cette forme d'altération. L'atlas de ce savant observateur n'offre pourtant aucune figure d'altération aussi nette, aussi régulière que celle qui existait chez notre sujet, et cela parce que les autopsies sont généralement faites de sujets albuminuriques de longue date, dont l'amaurose est beaucoup plus ancienne, et chez lesquels une exsudation fibrineuse est venue couvrir les groupes de granulations graisseuses de la réline en altérant ainsi la pureté de la forme anatomique primitive.

L'ophthalmoscope nous avait permis de prévoir cette lésion, de la constater plutôt pendant la vie. Qu'il me soit permis de profiter de cette occasion pour recommander aux médecins l'emploi de cet instrument si facile à manier, aussi facile que le stéthoscope ou le plessimèlre; eu deux ou trois séances on s'y habitue, et l'on arrive, en outre, à se passer, dans son application, d'un moyen barbare, primitif, la dilatation par la belladone, qui souvent aveugle les malades pendant plusieurs jours.

VOIES tJUKAlHES.

ARTICLE III PolydipsiCj polyurie, diabète sucré.

Qu'il me soit permis tout d'abord de recommander aux cliniciens un aréomètre spécial à la constatation de la pesanteur des urines, c'est l'uromètre de M. Bouchardat, fabriqué par M. Baudin.

Cet instrument donne les densités des liquides comprises entre d ,000 (eau distillée) et \ ,050 ; cette échelle étant suffisante en général pour prendre la densité de toutes les urines physiologiques ou morbides, on a pu, sur la lige de l'instrument, écarter assez les traits de graduation pour rendre appréciable un demi-degré, et même un quart de degré (1).

Dans une urine non sucrée, l'uromètre permet de déterminer immédiatement :

1° La quantité approximative d'urée. On sait, en effet, d'après les recherches de M. Millon, que le second et le troisième chiffre de la densité exprimentassez exactement la quantité d'urée que contiennent 1,000 grammes d'urine; l'uromètre donne, par exemple, 1,015, ] ,018, 1,025; la quantitée d'urée sera très-approximativement 15, 18, 25 grammes, pour 1 ,000 ; et, si l'on a recueilli toutes les urines de vingt-quatre heures, il suffira d'une très-simple opération d'arithmétique pour déduire de leur poids la quantité totale d'urée sécrétée.

2° La totalité des matières fixes de l'urine. En effet, d'après M. Bouchardat, chaque degré densiraétrique au-dessus de 1,000 correspond à 2 grammes par i ,000 de matière fixe ; si, par exemple, l'uromètre marque 1,005, 1,007 ou 1,013, ily aura très-probablement 10, 14 ou 26 gi*ammes de matériaux fixes pour 1,000 grammes d'urine, et encore ici, en multipliant ces chiffres parla quantité totale émise en vingt-quatre

(I) Voir Bouchardat, Antiuaire de thérapeutique, 1861, Supplément.

POLrniPSIE, POLTLRIK, DIABÈTE SUCHÉ. 255

heures, on connaîtra à peu près exactement la somme de matériaux fixes éliminés pendant cette période de temps.

J'ai voulu contrôler moi-même ces résultats sur un certain nombre de malades; j'ai prié un de mes bons amis, M. Thomas, pharmacien aide-major, de m'indiquer, par l'analyse chimique, la quantité de matériaux fixes renfermés dans diverses urines dont je prenais préalablement la densité; ces opérations, faites sur 21 malades, m'ont prouvé tout d'abord la difficulté assez grande qu'on éprouve exactement à recueillir la totalité des urines de vingt-quatre heures, précaution cependant indispensable, et, d'autre part, l'erreur qui doit résulter de la décomposition rapide d'une certaine quantité d'urée avant l'investigation chimique. Voici ce tableau :

Page 1