DEGRÉ
L DROMETnE.
QnANTtTÉ de
MilIÈnES FUES pour 1000 urAmmes.
35, OQ.
2 50 VOIES TJIIINAÎRES.
On voit qu'en général le chiffre des matières fixes est de quelques grammes inférieur à ce qu'il devrait être pour représenter exactement le double du degré densiraétrique supérieur à 1,000. Mais, après cette restriction, l'instrument est d'un usage si commode, donne un résultat si rapide, que je le regarde à bon droit comme devant être adopté au lit du malade. Il est excellent pour suivre journellement les variations de densité de l'urine dans la polydipsie, la polyurie, le diabète, affections qui, contrairement à certaines maladies aiguës, laissent aux malades la faculté de recueillir facilement la lolalité des urines émises en vingtquatre heures.
Je liens à bien établir ici la réalité de ces trois formes morbides, et surtout à caractériser la différence qui sépare, malgré la confusion qu'y ont introduite les observateurs mêmes les plus modernes, la polydipsie de la polyurie.
Polydipsie. — Je ne puis mieux faire, pour définir cette modification du flux urinaire, que de renvoyer à un intéressant travail de M. l'inspecteur Poggiale, alors professeur à l'École duVal-de-Grâce (1). Le sujet de ce mémoire est un malade du service de M. le professeur Godelier, malade qui, par jour, rendait 17 kilogrammes d'urine incolore, d'une densité à peine supérieure à celle de l'eau (1,0015 au lieu de 1,0200, densité moyenne de l'urine normale). Il suffit, du reste, de citer les conclusions de cette observation pour donner les caractères de la polydipsie :
« 1» La totalité de l'urine rendue en vingt-quatre heures est 17 fois plus considérable qu'à l'état normal ;
« 2° La densité de cette urine est sensiblement 17 fois plus faible que celle de l'urine normale ;
« 3" Pour 1,000 grammes de cette urine, la proportion d'urée n'est que de 0^642, tandis qu'elle s'élève à 12 grammes en état de bonne santé;
(1 ) necueil des mém. de médecine et de pharmacie milit. 2» sér., t. XH .
POLYDIPSIE, POLrUlUE, DIABÈTE SUCIIÉ. 257
« 4° La quanlité d'acide urique est représentée par 0^035 au lieu de 08', 600;
a 5° Le chiffre des matières fixes n'est que de O^STIS au lieu de 12 grammes en moyenne ;
« 6° La quantité des matières solides contenues dans i'unne de vingt-quatre heures est sensiblement la môme que celle qui est fournie par l'urine normale. »
En résumé, comme l'indique celte conclusion, dans la polydipsie, l'énorme quantité d'eau rendue par les reins n'entraîne pas avec elle une proportion de matière organique et inorganique plus considérable qu'à l'état norm°al.
Polyurie. ~ Le caractère essentiel de la polyurie est au contraire, une soustraction plus considérable des matéri'aux azotés de 1 organisme par la sécrétion urinaire. C'est parce qu on oublie ou qu'on ignore ce caractère que, dans certains livres, embarrassé de la distinction à établirentre Ja polyurie et la polydipsie, on propose tout simplement de supprimer l un ou 1 autre de ces mots. Encore une fois, la polydipsie s applique uniquement à l'excès d'eau rendue par les reins andis que la polyurie, comme l'mdique admirablemenl
sentie"; ' ''"^'^ d'élimination des matériaux
essentiels de 1 unne, urée, urates, acide urique (radicaux
le seuUrai pour moi, que je vais en appliquer la dénomination non-seulement à des cas où la quantité d'eau de unne était augmentée en même temps que celle des m. Ueres solides, mais encore à des cas où ces mat es seu"e "
rondrer;^'"^""^^^ '--^ ^-^^
proportionnelle de l'eau et des matières sorde^ d 1° —aie comme composition, mais devient' :im:i:;rt
Colin.
i58 VOIES UUIKAIRES.
A. Première forme. — Augmenlalion de l'eau et des malières solides de l'urine.
Observation XLIV. — Labat (Pierre), âgé de 35 ans, cavalier au régiment de chasseurs de la garde, d'une constitution athlétique, remarque vers le 15 février 1862, qu'il est atteint d'une soif intense, persistante, qui bientôt l'oblige à boire 20 litres d'eau en vingt-quatre heures ; doué d'une grande énergie, il continua longtemps encore son service, et le 21 août seulement de la même année il entrait à l'hôpital de Meaux, d'où il fut évacué sur le Val-de-Grâce, le 12 septembre suivant, sept mois après le début de son affe(!tion.
Au moment de son arrivée dans mes salles, ce mililaire rend par jour 10 litres environ d'urine; lasoif est vive surtout la nuit, l'appétit considérable, l'état des forces excellent.
Ses urines sont très-claires; elles ne marquent que 1,009 à l'uromètre, ce qui éloigne tout de suite la pensée d'une glucosurie ; du reste les autres épreuves, par la potasse, la liqueur de Bareswill, le sous-nilrate de bismuth, établissent également l'absence
du sucre. , , ,
La quantité considérable d'urine évacuée avec une densité de 1 009 chiffre très-élevé pour des urines aussi abondantes, nous faisait pressentir une augmentation notable de la quantité d'urée rendue en vingt-quatre heures. Si, en eiïet, d'après ce que uous avons dit de l'uromètre, l'urine pesant 1,009 devait renfermer approximativemenl9grammesd'uréesurl,000,lesl0litres rendus parlemaladeenvingt-quatreheures,devaientencontemr90granimes chiffre énorme, quadruple de celui de l'élat normal; pour la raison dont nous avons parlé plus haut, l'analyse chimique nous donna un peu moins durée que n'en indiquait 1 uromètre ; elle en révéla W 32 par litre, ce qui faisait encore 83 grammes par jour.
Ce malade resta plus de quatre mois dans mon service ; progressivement la quantité d'urine dimiauajusqu'à n'être plusque r iTres par jour, la densité variant au contraire t.-^sneu • cette double condition était évidemment le meilleur ache- S'em nt veïs l'état normal; ainsi, le 22 décembre 1862, .1 ny ^pir que I litres d'urines, pesant 1,009, renfermant par con- 'équenl un peu moins de 36 grammes d'urée pour une pémde de vingt-quatreheures; une fois revenue à ce degré,la sécrétion
POLIDIPSIE, POLYDIIIE, DIABÈTE SCCUÉ. 25 9
urinaire ne varia plus, et deux mois plus tard, le malade partait en convalescence, rendant encore par jour 4 litres d'urine où l'uromètre marquait invariablement de t,008 à i,009.
Réflexions. — Ce fut progressivement et très-lentement que la polyurie diminua chez ne militaire ; le chiffre de l'urée descendit peu à peu de 83 grammesàGO, puis à 40, puis à 36, nombre au-dessous duquel il ne s'abaissa plus. L'opium, a valériane, ne nous rendirent pas de service bien évident contre cette atfection; ce fut le tannin, administré à la dose de 2 grammes par jour, qui nous parut entraîner les meilleurs effets. La nourriture fut constamment très-abondante, en rapport avec l'appétit du malade. On eût pu craindre une déperdition rapide des forces et de l'embonpoint en raison d'une élimination aussi considérable de principes azotés ; il n'en fut rien; ce militaire conserva tous les attributs de sa vigoureuse constitution, et, par des pesées successives, nous pûmes nous assurer qu'il ne se manifestait pas le moindre amaigrissement.
Insistons sur la nécessité où l'on se trouve, dans l'espèce, de tenir compte de la quantité d'urines émises en vingtquatre heures; les urines des polyuriques de cette cafégorie ressemblent, au premier abord, à celles des convalescents; ce sont des urines anémiques, comme celles qui sont mentionnées à la fin de notre tableau (pag. 253) chez les albuminuriques, les phlhisiques, les convalescents de
fo07 A Ymn "^^^^"^ '^^'^^^^^ de 1,007 a d,0]0; mais il existe cette grande différence que,
dans la polyurie, les urines sont bien plus abondantes ce
qm maintient à un taux plus élevé que le taux normal a
somme des maf ères fixes évacuées en vingt-quatre heure !
J: .IT'""' " ^^S^'^'^'^on des éléments pro-
pres de I urine sans augmentation de l'eau
Au premier abo.'-d, le liquide sécrété diffère ici totalement de celui qui appartient à la forme précédente; rtine
2 go VOIES UUINAIUES.
est fébrile au plus haut degré, rouge, pesante, ma^-quant de 1 025 à 1,038 à l'uromèlre, extrêmement acide, identique, en un mot, à celle de la scarlatine, de la pneumonie, du rhumatisme articulaire aigu; mais elle diffère de cette dernière en ce qu'elle estaussi abondantequ'à l'étal normal, tandis que, dans les affections fébriles, la pesanteur de l'urine tient surtout k la diminution de l'eau, d'où concentration du liquide et augmentation seulement apparente
des matières fixes.
Cette forme de polyurie, où l'urine est très-dense et, eu même temps, aussi abondante qu'à l'étal norma (double condition offerte par certains diabétiques) est, il est vrai, assez rare, ou plutôt assez rarement observée, parce que cette forme est éphémère, essentiellement transitoire Je l'ai rencontrée dans trois conditions diverses : i" une fois chez un malade atteint de péritonite tuberculeuse, pendant une des périodes de paroxysme de cette affection, paroxysme caractérisé par une augmentation de la douleur et du météorisme; durant plus d'une semame, ce malade rendit par jour 4^400 environ d'urine pesant en moyenne 1,037; le liquide était junienteux; comme on peuî s'en assurer d'après ces chiffres, la quantité d urée dépas ait 50 grammes par jour; celle des matières fixes dépassa 100 grammes ; c'était le double en moyenne de VéiTZZA^ Le môme fait s'est offert chez un malade atti^U ctère simple, et dontl'urine pesa pendant qua re . 'ours ,034 en moyenne, sa quantité totale en vingt-quatre heures étant de 1\360 . 3» Enfin un militaire revenant du Sue atteint d'une cachexie palustre très-prononcée, Tnire Tan rnon service avec un mouvement fébrile assez mtrLt l'uTne, jumenteuse, pesait 1,029, précipitait .par marque , 1 u lu , j le malade en rendit
l'acide nitrique voir pag. 247), et le maia pLs de 2 litres en vingt-quatre heures; '^ f^^V^^^^^^^ Sevail donc ici dépasser 55 grammes. Le lendemain, la ùeN re tombait, et l'urine redevenait normale.
POLÎDIPSIE, POLÏUlUE, DIABETE SCCllÉ. ^61
Ces trois faits de polyurie coïncident avec trois affeclions où les organes abdominaux, le foie en particulier, sont plus ou moins atteints; mais le trouble de la sécrétion urinaire a toujours été passager, apparaissant, dans chacun de ces cas, comme une véritable crise.
Diabète sucré. — L'histoire de ce troisième mode d'altération du flux urinaire est beaucoup mieux connue, chimiquement au moins, que celle des deux précédents ; je n'en dirai que quelques mots pour insister encore ici sur les avantages immédiats que fournit l'uromètre dans l'examen quotidien du malade. Un exemple vaudra mieux qu'une explication : un malade rend par jour S litres d'urine marquant à l'uromètre 1,03S, combien y a-t-il de sucre dans cette urine? 1,033 à l'uromètre indiquent, avons-nous dit plus haut, 70 grammes environ de résidu par litre; les 5 litres en renferment donc 3S0 grammes; or, comme l'homme perd habituellement par jour 50 grammes de matériaux solides, retranchons ces 50 grammes; il y aura donc environ 300 grammes de glucose.
Le chiffre fourni par ce calcul si simple est très-approximativement confirmé par l'analyse chim.ique ; nous nous en sommes spécialement assuré chez le nommé Rousseau, garde de Paris, atteint de glycosurie, et dont les urines, examinées chaque jour pendant trois mois au moyen de l'uromètre, étaient ensuite analysées au laboratoire.
Chez ce malade, au moment de son entrée à l'hôpital, la quantité de sucre était si considérable (plus de 100 grammes par Ulre), qu'elle nous a fait reconnaître une légère insuffisance de l'échelle de l'uromètre; elles pesaient, en effet, plus de 1,050. L'usage du pain de gluten, des alcalins, du tannin amena en quelques semaines la disparition complète du sucre qui, sans doute, a reparu depuis la sortie du malade.