CHAPITRE Vil
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On connaît aujourd'hui la fréquence du ver solitaire en Algérie, où. se rencontre exclusivement le tœnia solium [tœnia armé). Les expéditions de ces dernières années nous ont valu la preuve de l'existence de cette môme variété de taenia en Chine et surtout en Syrie, où l'intensité de l'endémie ressort du chiiTre énorme de 200 cas environ constatés dans la petite armée qui a séjourné si peu de temps dans ce dernier pays. D'après cette double observation, faite par nos collègues, aux deux extrémités du continent asiatique, en Chine et en Syrie, on peut supposer que, dans les vastes régions intermédiaires, c'est encore le tœnia armé qui règae à l'exclusion du bothriocéphale.
Je n'ai observé au Val-de-Grâce que des taenias importés de l'un ou l'autre de ces trois pays, Chine, Syrie, Algérie; la symptomatologie a été généralement fort simple; aucun de ces malades, au nombre de 7, n'a offert de phénomènes nerveux particuliers analogues à ceux qu'a si bien décrits le regrettable Legendre, et que j'ai rencontrés moimôme chez des malades étrangers à cette période d'observation. Chez tous, il y avait bien quelque sensation de gêne, de tiraillement à Pépigastre; mais chez la plupart, sans aucune période antérieure de malaise, le premier signe de la maladie a été la constatation toute fortuite, de la part de l'individu, de cucurbitins dans ses garde-robes.
La disposition marginale des pores génitaux, sur les
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anneaux rendus isolément, permet au médecin de reconnaître tout de suite qu'il a affaire au lœnia armé, condition d'une certaine valeur pour la médication à instituer, celleci n'étant pas la même dans ce cas que contre le bolhriocéphale.
Je citerai à ce propos un fait assez curieux de simulation : au mois d'octobre 1862, entrait dans mon service, salle 26, n" 37, un chasseur d'Afrique qui, ayant successivement fait campagne en Algérie et' en Syrie, semblait parfaitement autorisé à se dire atteint de ver solitaire; il nous montrait, à l'appui de cette assertion, un fragment d'helminthe, long de O'",'! environ, mais que je reconnus tout de suite pour appartenir au tœnia lata (bothriocéphale), vu la largeur des anneaux et la position centrale des orifices de reproduction ; je fis observer aux stagiaires qui m'accompagnaient que ces anneaux, identiques à ceux des taenias qu'on rencontrerait en Suisse, ne pouvaient provenir ni d'Algérie ni de Syrie, que le malade se les était procurés sans doute partout ailleurs que dans ses garde-robes; à celte objection, Tindividu me répond qu'effectivement, depuis son retour de Syrie, il est allé passer quelque temps en Suisse, à Neufchàtel; cette réponse m'eût convaincu sans les allures un peu suspectes du malade ; je lui fis prendre une simple décoction très-amère de centaurée, suivie d'un jour de diète, le prévenant que cette médication serait, dans l'inlérôt de saguérison, renouvelée plusieurs fois par semaine; il me fit alors des aveux complets, d'oii il résultait que son trenia provenait bien de Neufchàtel, mais en avait été rapporté dans un flacon.
Un fait coniplétement opposé est celui d'un. autre militaire revenant jusqu'à trois fois dans mon service avec la conviction d'ôtre porteur d'un ver solitaire; c'était une véritable monomanie chez ce malheureux qui avait habité l'Algérie pendant plusieurs années, et qui s'obslinait àprésentor comme anneaux de tœnia les fragments les plus di-
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vers de matières animales ou végétales qu'il trouvait dans ses garde-robes.
J'ai présenté à la Société médicale des hôpitaux un taenia fort intéressant (1). Ce taenia dont la plupart des anneaux étaientperforésau centre, etquej'ai proposé d'appeler tœnia solium fenestré^ offrait, comme conditions remarquables, les particularités mentionnées dans l'observation suivante :
Observation L. — Le militaire sujet de celle observation a contracté le tœnia pendant la campagne de Syrie. La portion fenestrée de l'iielminlhe [fig. \) a été rendue le 6 mai 1862, à la suite d'une dose de kousso. La portion pleine {pg. 2) a été expulsi5e huit jours après, le 13 mai, sous l'influence de l'écorce sèche de racine de grenadier. Certaines circonstances m'ont empêché de suivre plus longtemps ce malade; son histoire eût été complétée, sans doute, par l'expulsion de la tôle de l'helminthe, que les deux portions évacuées suffisent, au reste, à caractériser, eu présentant, de plus, certains faits remarquables :
1° L'existence (non constatée jusqu'ici, ou au moins fort peu connue) d'anneaux perforés chez un tœnia solium à caractères bien nets (disposition latérale, irrégulièrement alternante, des pores génitaux; à cette preuve directe du genre de l'iielminlhe s'ajoute le fait de son importation de Syrie, où le bothriocéphale n'existe pas, et où, suivant les rapports transmis jusqu'à ce jour par nos confrères au conseil de santé des armées, 126 militaires de notre expédition ont contracté le ver solitaire) (2);
2° La netteté des limites de ces perforations au centre de chaque anneau, en sorte que le pourtour de l'anneau persiste, et que les perforations sont toutes isolées l'une de l'autre, disposi-
(1) Gazette hebdomadaire du 24 octobre 1862.
(2) 11 était intéressant de bien établir, tant par l'examen direct, que grâce aux précieux renseignements déjà fournis par la géographie médicale, si cet helminthe, étrange au premier abord, provenant d'un pays où l'on n'a pas observé, se rapportait bien à l'une de nos deux espèces connues de tœnia; les deux considérations précédentes, et surtout le fait mentionné plus loin de l'expulsion par le même sujet d'anpeaux pleins, normaux, confirment surabondamment mes conclusions sur son identité avec notre tœnia solium.
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tion différente de celle qu'on observe dans la variété de bolhriocéphale dite kcnia feneslrata, dont la perforation tend à s'éten-
P'ig- 1- Fig. 2.
Fiff. 3.
dre en longueur suivant l'axe du ver, confondant ainsi plusieurs anneaux en une fente unique (1) ;
(I) Voir la figure représentée dans l'ouvrage de M. Davaine, Traité des entozoaires et des maladies verminemes . Paris, I8B0, p. "6.
Chez le bolhriocéplialp, dont, on le sait, l'oviducte s'ouvre au centre même (face ventrale) des cucurbllins, le mécanisme de la perle de sub-
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3° Les divers degrés de l'altération qui, au centre d'anneaux encore pleins, se manifeste au début par une simple diminution de l'opacité de ces anneaux; à un degré plus avancé, perte de substance centrale comme par une piqûre d'épingle (à ces deux premiers degrés {fig. 3), el, en raison de la dépression centrale, l'anneau ressemble, au premier coup d'œil, à celui du tœnia lata, illusion qui tombe tout de suite devant la conslalalion des pores génitaux sur les bords mêmes de cet anneau); entin, aux dernières limites de la perforalion, il ne reste plus de l'anneau qu'un cadre constitué par ses bords [pg. 1);
Toutes ces formes prouvent que le point de départ de la perte de substance a toujours été central, et sa marche régulièrement centrifuge, sans que l'on puisse regarder, de môme que chez le bothriocéphale, cette perte de substance comme résultant d'un agrandissement, par n'importe quel procédé, de l'ouverture extérieure de l'oviducte;
4» L'expulsion d'anneaux fenestrés, huit jours avant l'expulsion d'anneaux parfaitement pleins et normaux, semble indiquer un rapport bien net entre la perforalion et la maturité de ces anneaux, dont les plus anciens auront été évacués par le premier ténifuge, les plus récents, non perforés, par le second; la seule objection à faire à celle conclusion serait Thypolhèse peu admissible de l'existence, chez ce môme malade, de deux helminthes différents qui, successivement, et à l'exclusion récipro-
stance a été rapporté à l'élargissement de l'oviducte, suivi de l'usure, et enfin de la disparilion des parois de l'ovaire distendu, d'où marche naturellement excentrique de l'ulcérailon et de la perforation. Or, chose curieuse, parmi le petit nombre de bothriocéphales qui ont offert cette altération, aucun n'a présenté la pei foration des anneaux aussi nettement et exclusivement centrale que chez le iœnia soUum, objet de cette note, bien que la disposition latérale des orifices génitaux n'ait eu ici aucun rapport avec le point de départ du travail pathologique. Je n'en regarde pas moins les perforations de cet helminthe comme un simple résultat de la maturité des anneaux, d'où rupture des parois des ovaires Quanta la dé.iomination de tœnia solium fenestré que je propose ici elle me semble d'une application plus rigoureuse peut-être à cet individu qu aux divers bothriocéphales à fentes plus ou moins longues et inéguhères, auxquels seuls avait été consacrée jusqu'ici l'épiihète de fenestrata
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que l'un de l'autre, auraient été en partie expulsés par deux ténifuges dilTérents aussi ;
5° On a vainement cherché dans les selles, du 6 au 13 mai, des ovules de lœnia qui semblent devoir être pathogucmoniques de celte forme de l'helminthe; leur absence s'explique sans doute durant celte période, par l'evpulsion de tous les anneaux perforés le 6 mai, le ténifuge administré le 13 n'ayant, comme on l'a vu déjà, entraîné l'expulsion que d'anneaux pleins, récents; forme qui exclut la présence d'ovules libres dans les selles (1);
6° Enfin l'absence de la tête de l'helminthe dans les évacuations produites par deux puissants ténifuges administrés suivant les méthodes les plus recommandées, ne peut-elle tenir en partie à la fragilité des anneaux dans ces conditions particulières?
Les figures dessinées par M. Nogier, médecin stagiaire au Vul-de-Grâce, reproduisent en abrégé, sur un petit nombre d'anneaux, les diverses altérations de l'helminthe, altérations qui s'étendent au moins, sur la pièce môme, à. 200 de ces anneaux (2).
J'ai rencontré chez un seul de mes 7 maladôs 2 taenias
(1) La recherche des ovules d'entozoaires dans les garde-robes au moyen du microscope a pris une certaine valeur comme moyen diagnostique : ainsi la présence du tricocéphale, qui n'est expulsé lui-même qu'exceptionnellement et que l'on ne trouve d'habitude qu'à l'autopsie, peut être reconnue par l'examen des selles où ses ovules sont extrêmement nombreux (Davaine). Chez les individus atteints d'ascarides lombricoides, on rencontre également dans les selles les ovules propres à ce genre; mais jamais, en pareille investigation, on n'a trouvé à l'état de liberté les ovules du tœnia normal (soit lata, soit solium) ; et, par induction seulement, on a été amené à supposer que dans les formes perforées du bothriocéphale (il en serait évideiimient de même pour le tœnia solium), c'est-à-dire dans les cas où, l'ovaire étant rompu, les ovules se trouvent libres, ceux-ci devraient pouvoir être constatés dans ks garderobes à l'état de liberté, et non pas seulement inclus dans les cucurbitins.
(2) M. le docteur Guitard, de Toulouse, ayant lu le compte rendu de la séance de la Société médicale des hôpitaux (12 septembre 18G2), où cet helminthe a été présenté, a publié une très-intéressante notice avec tlgure, relative à un tœnia percé à jour, observé et décrit, en n89, par Masars de Cazèles, ancien médecin de Toulouse.
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tous deux armés; ces faits de non-solitarité du lœnia. sont aujourd'hui parfaitement connus; j'étais,, à, Mascara .à L'époque 011 M. le docteur Leclerc provoquait, chez un chef de musique, l'expulsion successive de 7 lœnias, ,
J'ai fait connaître plusieurs fois déjà toute la valeur que mes observations m'obligent de reconnaître à la médication par l'écorce de racine de grenadier, môme quand cette écorce est sèche.
A tous mes malades je l'ai administrée suivant la formule de Bourgeois :
Eau 750 grammes.
Écorce 60.
Laissez macérer 12 heures, puis faites prendre à jeun en 3 fois.
La macération préalable rend à l'écorce sèche sa vertu ténifuge, disait Bourgeois en 4824. Toujours, est-il qu'une seule dose m'a toujours suffi, que toujours le peloton de taenia a été rendu à la première, au plus tard à la deuxième évacuation, que celte évacuation a toujours eu lieu de 5 ou 6 heures au plus tard après l'administration du remède, que jamais je n'ai soumîs les malades à un régime préalable, que, malgré le goût assez désagréable du médicament, aucun d'eux ne l'a vomi.
Une seule fois, à part le cas de tœnia feneslré, une seule lois je n'ai pu retrouver la tête ; mais la recherche.en avait été faite, malgré mes ordres, par le malade lui seul, qui avait brise l'helminthe en plusieurs fragments et probablement ainsi perdu le scolex; je le crois d'autant mieux que nous retrouvâmes parmi ces débris 3 morceaux du col constituant bout à bout une longueur d'un mètre et demi C est chose en eOet assez délicate que la recherche de la été que, dans les 6 autres cas (dont 1 était double) i'ai toujours retrouvée; je m'étonne de voir l'auteur d'un bon mémoire sur le tœnia en Algérie dire que celte tête est ires-pelite, et ne peut être aperçue qu'à l'aide d'une forte
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loupe; elle est petite en effet, mais j'ai pu toujours apercevoir à l'œil nu non-seulement son ensemble qui se dislingue par une coloration noire, mais encore les quatre mamelons qui la surmontent. Quant à la manière de la retrouver, il faut engager le malade à délayer dans une grande quantité d'eau les matières qui renferment le peleton expulsé; celui-ci est alors isolé facilement au moyen d'un crible très-fln, ou d'une toile à larges mailles ; on voit à sa surface quelques fils très-minces, replis du cou que l'on dégage, par une traction délicate qui généralement amène le scolexsous l'œil de l'observateur. En effet, sous l'influence du ténifuge, l'helmintbe se pelotonne sur luimôme, les crochets abandonnent la muqueuse intestinale, et la tête s'enfouit dans les nombreux replis formés par la série des anneaux (les rubans expulsés par mes malades ont varié, comme longueur, de 8 à 22 mètres) ; alors toute celte masse, prenant une forme arrondie ou ovalaire, progresse comme un bol dans le tube digestif, et peut ainsi arriver jusqu'à l'anus sans déchirure des parties les plus fragiles de l'enlozoaire. ^
L'écorce sèche de racine de gîenadier ra'ayant toujours réussi, je n'ai eu recours k aucun autre anthelminthique ; je ne veux nullemeijt les déprécier; mais je dois à la vérité de dire que plusieurs de mes malades avaient inutilement pris du kousso avant d'ôlre guéris en quelques heures par l'emploi du grenadier.
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