L’ANESTHÉSIE CHIRURGICALE
J’ai adressé à l’Académie des sciences, en 1873, deux Mémoires destinés à concourir pour les prix de médecine et de chirurgie. L’un de ces deux Mémoires (Résections, Évidements) a été jugé et récompensé par la savante Compagnie.
Voici comment s’exprime, au sujet de l’autre, l’éminent Rapporteur M. le baron Larrey :
* M. le D'Oré, professeur de physiologie à l’Ecole de médecine de » Bordeaux, a envoyé à l’Académie, pour le concours de médecine et de » chirurgie, deux travaux d’une importance réelle, sur des sujets tout diffé- » rents, mais témoignant l’un et l’autre du mérite de l’auteur et des avan- » tages qu’il sait tirer de sa position, même à l’hôpital de Bordeaux, pour » la faire valoir au profit de la pratique de l’art.
» Le premier travail de M. Oré est un manuscrit ayant pour titre : * Des injectiqns intraveineuses de chloral. Recherches expérimentales sur
» leur mode d'action dans le tétanos produit par la strychnine et dans le
* tétanos traumatique.
» L’importance que l’auteur attache à ce travail, c’est-à-dire à la » méthode préconisée par lui, et les succès qu’il déclare en avoir obtenus,
» suffiraient à lui attribuer une grande valeur, si elle n’avait été tout ï d’abord vivement contestée par d’autres chirurgiens ou expérimentateurs » redoutant ou signalant, comme j’ai cru devoir le faire aussi, les plus » graves accidents par les injections intraveineuses de chloral.
» C’est pourquoi la Commission a cru devoir suspendre son jugement
* jusqu’à ce que de nouveaux faits soient venus confirmer ses premiers » succès et jusqu’à ce que l’expérience des autres praticiens ait été acquise » à la cause vivement défendue par l’habile chirurgien de Bordeaux. » —(Académie des sciences. Concours de 1872-73, p. 134-135).
Depuis l’époque où M. le baron Larrey écrivait ces lignes, les injections intraveineuses ont été employées avec succès par des expérimentateurs et des chirurgiens autres que moi. Aujourd’hui le nombre des cas d’anesthésie par cette méthode s’élevant à 36, le moment me paraît venu de les soumettre au jugement de l’Académie.
Je diviserai ce travail en deux parties :
Dans la première, je démontrerai qu’envisagée au point de vue de la physiologie expérimentale pure, l’injection intraveineuse de chloral constitue un moyen de produire l’anesthésie supérieur à tous les autres.
Dans la seconde, je rapporterai tous les faits où, chez l’homme, l’anesthésie a été heureusement produite par cette méthode, et, comparant l’insensibilité chloralique à celle que déterminent l’éther et le chloroforme, j’essaierai de prouver la supériorité de la première sur l’autre.