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RECHERCHES ET INDICATIONS

M. Louis Viardot, dont nous consultons avec fruit les recherches cosmopolites, traite avec une grande sévérité l'école anglaise dans ses Musées d'Europe» Voici cependant ce qu'il accorde à David Wilkie :

({ L'auteur de Colin-Maillard ^ d\i Jour des loyers, des Politiques de village, procède un peu d'Hogarth pour les intentions, et beaucoup, pour le faire, des petits tlamands, surtout d'Adrien Ostade, qu'il semble avoir pris particulièrement pour modèle. Il est spirituel, vif, enjoué, et l'on trouve dans tous ses détails l'œil d'un observateur exercé; son exécution est fine et soignée, mais elle n'a pas le charmant naturel de ses maîtres, elle est déparée par un fâcheux abus d'un ton rosé, et ce défaut ou cette affectation ferait dire de Wilkie, avec une sorte de justice, qu'il n'est qu'un Ostade enluminé. » (Musées d'Angleterre, 2« édition, p. 38).

En regard de ce jugement d'un écrivain qui fait autorité, nous aimons à rappeler l'opinion d'un artiste éminent, Géricault, dont le talent original paraît procéder bien plus de l'étude de la nature que de l'imitation des maîtres, écrivait en 1821 à M. Horace Vernet :

(( Je disais il y a quelques jours à mon père qu'il ne manquait qu'une chose à votre talent, c'était d'être trempé à l'Ecole anglaise, et je le répète parce que je sais que vous avez estimé le peu que vous avez vu d'eux. L'exposition qui vient de s'ouvrir m'a plus confirmé encore qu'ici seulement on connaît ou l'on sent la couleur et l'effet. — Que je voudrais pouvoir montrer aux plus habiles mêmes plusieurs portraits qui ressemblent tant à la nature, dont les poses faciles ne laissent rien à désirer, et dont on peut dire qu'il ne leur manque que la parole. — Combien aussi seraient

(1) V. les pages UO, 372.

DAVID WILKIE

utiles à voir les expressions touchantes de Wilky (s2c).Dans un petit tableau, et d'un sujet le plus simple, il a su tirer un parti admirable. La scène se passe aux Invalides; il suppose qu'à la nouvelle d'une victoire, ces vétérans se réunissent pour lire le bulletin et se réjouir. Il a vai'ié tous ses caractères avec bien du sentiment. Je ne vous parlerai que d'une seule figure qui m'a paru la plus parfaite et dont la pose et l'expression arrachent les larmes quelque bon que l'on tienne. C'est une femme d'un soldat qui^ tout occupée de son mari,

parcourt d'un œil inquiet et hagard la liste des morts

Votre imagination vous dira tout ce que son visage décomposé exprime. Il n'y a ni crêpes, ni deuil, le vin au contraire coule à toutes les tables et le ciel n'est point sillonné d'éclairs d'un présage funeste. Il arrive cependant au dernier pathétique comme la nature elle-mêm.e. Je ne crains pas que vous me taxiez d'anglomanie ; vous savez comme moi ce que nous avons de bon et ce qui nous manque. » {Archives de Fart français,, Recueil publié par M. Th. de Chennevières, tome m, p. 189.)

Quoi qu'il en soit, les œuvres de Wilkie, vantées dans toute l'Europe, ne sont connues sur le continent que par les gravures qui reproduisent ses principaux tableaux. — La Bibliothèque Impériale de Paris possède une collection assez incomplète de sujets gravés d'après Wilkie, dont nous citerons les principaux :

Les Politiques de villages, gravé par Marris. — Le Jour du loyer, par le même. — Colin-Maillard, par le même. — - V aveugle joueur de violon, gravé à Londres par Beyer. — Même sujet, par Marris. — La Saisie, par Jazet. — Lecture d'un testament, par Marris. — - Même sujet, par Jazet. — Le Petit Commissionnaire, par Joly. — Même sujet, par Jazet. — Le Doigt coupé. — La Noce du village. — La fête de village, — Les Moissonneurs, — L'Orage pendant la moisson. — Le Lapin sur le mur. — La Lettre de Recommandation, par le même. — Les Délices de la musique,

DAVID WILKIE

— Les Plaisirs de la danse, par Moreau. — Indécision, par Maille. — Le Retour inattendu, par Debuciirt, etc.

On doit regretter que notre Cabinet des estampes, si riche sous d'autres rapports, ne soit pas mieux pourvu des belles reproductions que la gravure anglaise a faites des plus célèbres tabeaux de ce peintre.

Les sujets que nous avons choisis pour V Histoire des Peintres sont variés et traités surtout dans le sentiment des gravures anglaises. Ces spécimens seront d'autant plus intéressants pour nos lecteurs qu'ils trouveraient à peine quelques tableaux de Wilkie en parcourant les Musées de l'Europe. Les catalogues des plus riches collections ne contiennent pas m.ême son nom. 11 n'y a pas un Wilkie au musée du Louvre! Les œuvres de ce maître sont accaparées par les riches galeries de l'Angleterre, où elles sont comme immobilisées. — On trouve à la Galerie nationale : Guess my name (Devinez mon nom). Une jeune fille debout, placée derrière un jeune homme assis, lui pose la main sur les yeux. — Village festival (la Fête de village), dont nous donnons la gravure exécutée par M. Sargent sur le dessin de Freeman.

Galerie de S. M. la Reine. Georges IV recevant les clefs d'Edimbourg. — Les Invalides de Chelsea recevant la nouvelle d'une victoire. — La Princesse Doria lavant les pieds des pèlerins.

Galerie Vernon. Peep of day Boy's Cahin (la Cabine de l'insurgé ii landais). — Reading the neivs (la Lecture du journal). — Wood-Land view (Paysage. Vue d'une forêt.)

— Wilkie, qui affectionnait les sujets d'intérieurs, s'est bien rarement essayé dans l'étude du paysage. — The bag-piper (le Joueur de cornemuse). — The first ear-rin'g (la première boucle d'oreille), composition remplie de fines intentions dont nous donnons la gravure.

Galerie du marquis de Normanby. The vent Day (le Jour du loyer).

DAVID WILKIE

Galerie de OROsvENOR.La Première boucle d oreille^ répélition du tableau déjà cité.

Collection Lansdowne. La Guimbarde^ gravé dans notre recueil par M. Gaucliard, sur le dessin de M. Freeman. La Confession, — Collection de S. J. Clow^, esq., à Liverpool. John Knox administring the sacrament (John Knox administrant la cène), grande composition inachevée. — Collection de s. J. Sv^inburne, bart. Tfie errand Boy (le petit Commissionnaire). — Collection de S. W. Wells esq. The Jews harp (le Joueur de guimbarde.) — Collection de S. J. Sheepshanks, esq. Duncan Gray, sujet tiré d'une ballade anglaise. Nous avons reproduit cette jolie composition. — Collection de S. Sam Dobrée, esq. La Lettre de recommandation, qui sert de frontispice à notre texte.

Les tableaux de Wilkie ne sont pas comme ceux de l'École hollandaise, la monnaie courante qui circule dans les ventes publiques, et on pourrait à peine indiquer un prix d'enchère pour une de ces précieuses toiles conservées avec l'égoïsme bien légitime du sentiment national par leurs heureux possesseurs.

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