Études cristallographiques
IIL RtREAV DES LOIiiOITl'Dr.S. DE L'ÉCOl.E IMPERIALE POLYTECH SUfl'f , SDCCES8EUR DE lUELET-BACBEUER,
Quai diK Au^linis, SS.
WERTISSEMENT.
IjCs Etudes crisUillographlqiies de M. Auguste Bravais ii'ont pu avoir jusqu'à présent qu'un nombre de lecteurs assez restreint parce qu’elles sont disséminées dans deux Recueils différents. Des amis de la science ont pensé qu’il serait utile de les réunir pour les mettre plus commodément à la portée, des Minéralogistes et des l’hysiciens. Le présent volume, qui les renfei'ine toutes dans leur ordre naturel, est modelé sur un volume semblable dont M. de Senarmont avait rassemblé et fait reliei' les feuilles pour son usage personnel. I^a Table des matières est copiée sur celle que le savant l’rofesseur de Minéralogie de l’École impériale des Mines avait é< rile, de sa main, en tête de cet exemplaire unique recueilli, à la vente de sa bibliothèque, par .M. de Cltancourtois. On y a ajouté seulement les deux Rapports faits à l’Académie des Sciences par .M. Cauchy, sur les Travaux cristallographiques de M. Bravais, et un fragment de son Éloge, lu devant l'Académie, dans sa séance publique du (i février i865.
Fragment de l'Éloge historique ^'Auguste Buavais, lu devant V Academie des Sciences, dans sa séance publique du 6 février i865, par M. Éi.ie DE BEAUMOjrr, Secrétaire perpétuel.
<t En Laponie et sur le mont Blanc, M. Bravais avait eu de nombreuses occasions d’observer les formes cristallines de la neige. 11 avait souvent rencontré d’admirables cristallisations d’eau congelée et les avait toujours décrites avec une prédilection particulière. Dans son Mémoire sur les halos, il emploie les notations et les formules qui représentent le système cristallin de la glace, en homme qui les connaît parfaitement et qui en comprend à fond le principe. Mais il ne s’arrêta pas là, et ses études finirent par embrasser la Cristallographie tout entière.
U A ses yeux les cristaux sont des assemblages de molécules identiques entre elles et semblablement orientées, qui, réduites par la pensée à un point unique, leur centre de gravité, sont disposées en rangées rectilignes et parallèles, dans chacune desquelles la distance de deux points est constante.
v Les points d’un assemblage sont alignés en rangées suivant une infinité de directions diverses ; mais la connaissance de trois rangées non parallèles et non comprises dans un même plan suffît pour déterminer complètement \' assemblage dont elles font partie. On peut concevoir une infinité d’ojsemblages entièrement différents. Une étude mathématique approfondie fait découvrir à M. Bravais les degrés de symétrie plus ou moins grands dont ils sont susceptibles. H trouve les axes et les plans de symétr'te qu’ils peuvent présenter. II établit que, suivant le nombre et la disposition de ces axes et plans de symétrie, les assemblages qui en possèdent se divisent en six classes. En y joignant les assemblages asymétriques, où il n’existe ni axes ni plans de symétrie, on a sept classes d' assemblages : ce sont là les bases les plus simples et les plus générales des lois de symétrie qu’on observe dans les
FRA(iMENT ÜK l/kLOOE HISTORIQUE
cristaux. floit admettre dans la Cristallographie sept systèmes eristaUins, M. Haiiy Y avait fntrevu ; mais il avait pensé qu'on pouvait confondre deux des systèmes en iin seul, et après lui tous les cristallograplies avaient admis six systèmes crLttatfi/is seulement. AI. Bravais «fc/;iont/'c qu’il faut ^revenir au nombre se//l, et eette démonstration, accompagnée de toutes les lumières qui résultent d'une analyse géométrique aussi approfondie que la sienne, ne sont pas une addition médiocre à l’immortelle création d’Haüy. I.agrange et I.,îq)lace avaient suivi, en 1784, les leçons de l’ingénieux scrutateur des cristaux, mais ils s’étaient bornés à l’admirer. I.es fondements de la belle science, due à son génie, n’avaient jamais été étudiés de si haut et avec autant de généralité que dans le Mémoire de M. Bravais sur les systèmes formés par des points, Alémoire auquel notre illustre Caiieby a dortué, dans un remarquable Uappoi t, sa sanction la plus entière.
» V’ous n’attendez pas de moi, Messieurs, que j’entre ici dans le détail des procédés au.ssi simples que rigoui-eux |iar lesquels, dans un second Mémoire intitulé : Études cristallograpliûjucs, rem[)laçant des règles empiriques pai’ des théorèmes île Géométrie, .M. Bravais déduit de ses résultats fondamentaux toutes les formules des cristallograpbes, avec cette facilité merveilleuse qui dénote presque infailliblement la solution radicale des difficultés d’un sujet., .le me bornerai à dire que dans la deuxième Partie de ce Mémoire, cessant de regarder les molécules comme des points et les considérant comme de petits corps, qu’il appelle polyèdres atomiques, il étudie et il éclaircit les rapports (pii existent entre ces derniers et les systèmes eristallins. Il réduit il des lois simples le phénomène, jusqu’ici presque mystérieux, de Vltémiéilrie, sur leipiel notre savant confrère iM. Delafosse, dans un Mémoire justement célèbre, avait déjà répandu des lumières inattendues. M. Bravais démontre qu’il pourrait se présenter trentc-cinrj cas d’bémiédrie. On n’en avait encore découvert que onze, qui du reste avaient amplement suffi pour exercer pendant longtemps la sagacité des cristallograpbes.
j> Sans oublier le dimorphisme, l’un des titres de gloire de Mitscberlich, ni les découvertes curieuses déjà faites à cette époipie par notre ingénieux confrère M. Pasteur, M. Bravais, dans une troisième l’nrtie, s’occupe égalem,^nt avec succès des maries et des hémitropies (pii avaient été, de leur côté, une des pierres d'acbojipcment de la (’.ristallogiapliie.
i> auguste bravais.
» Vers l’époque où il rédigea ses travaux sur l’Optique atmosphérique et sur la cristallisation, M. Bravais composa en outre un grand nombre de Mémoires sur des sujets tout à fait différents et relatifs pour la plupart à la Météorologie, bien que quelques-uns d’entre eux, et ce ne sont pas les moins remarquables, soient en dehors de cette branche de la Géographie physique.
» Il était doué, en effet, d’une admirable facilité pour toute espèce de travail intellectuel, et il possédait l’aptitude si rare de pouvoir s’occuper à la fols des sujets les plus variés : Hydrographie, Navigation, Astronomie, Optique atmosphérique. Physique proprement dite. Géométrie, Cristallographie, Analyse pure, Sciences naturelles; on pourrait presque dire de lui, malgré l’apparente opposition des mots, que l’iinivei-salité était sa spécialité.
» Tous ses Mémoires ont été honorablement accueillis dans nos Comptes rendus, ou publiés, avec un succès mérité, dans les Recueils scientifiques les plus estimés. Ils renferment constamment des aperçus ingénieux et souvent d’une grande profondeur; mais, pressé par le temps, je ne puis les énumérer en ce moment. L’œuvre de Bravais, prise dans sa totalité, est d’une étendue immense, et il a fallu me borner à en esrjuisser les traits principaux. De même qu’un astronome, obligé de donner une idée abrégée du hrinament, ne pourrait parler en détail que des étoiles de première grandeur, j’ai dû presque me contenter de rappeler ceux des travaux de M. Bravais qui sont devenus ses titres principaux aux suffi-ages de l’Académie.
» Par son travail sur la Cristallographie, M. Bravais avait associé son nom à celui de notre immortel Haüy ; par son ascension sur le mont Blanc, il l’avait associé à celui de Saussure. Dans scs travaux de Laponie, il était le digne continuateur des voyages célèbres de Léopold de Buch et des profondes études de Hansteeri. Ses Mémoires sur tes halos, sur les parhclies, sur l'arc-en-ciel blanc, complétaient de la manière la plus heureuse les théories <le Mariette, de Huygens, de Descartes meme et de Newton ; le nom de M. Bravais ne pouvait plus, Mes.sieurs, rester longtemps éloigné des vôtres. »
INOTE