MADAME LA DUCHESSE D'ANGOULÈME
S. A. R. Madame la ducbesse d'Angouléme est morte à Froshdorf 1# 19 octobre 1851, à onze heures du matin. Marie-Thérèse-Charlotte de FranQ0y fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, était née à Versailles le 19 décembre 1778^ et était par conséquent âgée de soixante-treize ans.
Il y avait près de soixante ans y presque jour pour jour, que sa noble et infortunée mère montait à Téchafaud de la Terreur; les deux anniversaires peuvent se confondre , car la vie de Tauguste fille de Marie- Antoinette n'a été qu'un long et constant martyre.
Il est rarement dans la destinée des personnages publics d'attendrir les cœurs et d'exciter la sensibilité. Il semble que nous soyons moins émus et moins touchés par ces grandes infortunes qui participent à la généralité de Thistoire que nous ne le sommes par les malheurs privés. Mais quand on considère la somme
immense de douleur amassée sur cette auguste orpheline , la grandeur et la persévérance des malheurs qui ont fait de sa vie un perpétuel holocauste , on ne peut s'empêcher d'éprouver tout ce que le sentiment de la pitié renferme de pieux et de respectueux. C'est bieû rà propos de la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette qu'on peut s'étonner de la quantité de larmes que peuvent contenir les yeux des reines* Sa vie peut se résumer en un seul mot : elle a été malheureuse depuis- le premier jour jusqu'au dernier.
Nous ne raconterons point ici la vie politique de Madame la duchesse d'Angouléme. On a beaucoup altéré la vérité en disant autrefois qu'elle se mêlait activement aux affaires. On l'avait dit aussi de sa malheureuse mère, et nous avons vu dernièrement, par des récits fidèles*, combien la reine Marie-Antoinette avait au contraire de répugnance et d'éloignementpour la politique.
Les tragiques catastrophes au milieu desquelles avait grandi la prisonnière du Temple avaient dû lui laisser un profond dédain de la terre. Dans le testament de Louis XYI , nous trouvons ces simples paroles : a Je « recommande mes enfants à ma femme... Je lui re- •a commande de leur faire regarder les grandeurs de a ce monde-ci (s'ils sont condamnés à les éprouver) a comme des biens dangereux et périssables , et de
I . Dans la correspondance de Mirabean et da comte de La Marck.
értourner leurs regards vers la seule gloire solide et a durable de l'éternité. » La pieuse fille de Louis XVI avait obéi à ce vœu suprême. Autant elle montrait de courage héroïque dans la lutte , autant elle montrait de résignation après que Dieu avait prononcé. Sa vie ne fut qu'un long et douloureux pèlerinage : ce que l'oii pourrait appeler le chemin dé la croix.
Il y a des existences prédestinées que Dieu semble désigner pour porter le poids des fautes de l'humanité ; ce sont pour ainsi dire les victimes élues. Dans les temps horribles que la fille de Louis XYI traversait y ses larmes étaient comme une offrande de ehaque jour pour l'expiation des forfmts qui se commettaient autour d'elle. Il n'y a pas dans les livres une figure plus noble et plus douloureuse; et même à une époque où Taccumulation des catastrophes et la philosophie de l'histoire ont fini par endurcir les cœurs, la mort de Marie- Thérèse de France est encore une douleur générale.