‹ Études critiques et exégétiques sur les Perses d'EschyleChapitre 21 sur 21 · A EL , ZE · texte numérisé non relu

A EL , ZE

NP VA ΧΟ. io ἰω, δαίμονες 22 , 74 1 CET ἄελπτον κακὸν,

ANTISTROPHE δ΄ 979-984

Dans le premier vers de l’antistrophe je suis la variante donnée par le Scoliaste, en marge du Mediceus (si toutefois cette leçon n’était pas de première main ; v. Herm.), δαίμονος τύχωι. Seulement le mètre requiert, entre οἷαι et δαίμονος, un monosyllabe : δή irait bien pour le sens; mais la correspondance métrique veut un monosyllabe bref, Je ne veux pas

remettre en question le vers correspondant de la strophe

βεβῶσι yep τοίπερ ὠγρότωι στρώτου quoiqu'il ait subi des corrections et qu’à ce titre 1] puisse laisser le protocole ouvert, et je propose de lire le vers :

πεπλήγμεϑ᾽ ciaire! δαίμονος τύχαι.

idée qui répond très-bien, en la confirmant, à la précédente réflexion du chœur, plutôt que cette sentence banale: « c’est un de ces coups de la fortune qu’on peut toujours attendre dans le cours de la vie. »

Les éditeurs ne sont pas d'accord sur la manière de ponctuer le vers suivant :

Schütz πεπλήγμεϑ᾽ * εὔδηλω γάρ᾽ Well. πεπλήγμεϑ᾽, εὐὔδηλω γάρ....

Herm. πεπλήγμεϑ᾽᾽" εὐδηλω ya, Dind. πεπλήηγμεθ᾽ εὐδηλα γάρ, de lis πεπλήγμεϑ᾽, εὐδηλω γάρ,

Ce vers, qui est dans la bouche du chœur, confirme l’idée énoncée, dans le vers précédent, par Xerxès; εὐδηλω yæo constitue une espèce de parenthèse. A πεπλήγμεθω se lie le participe κύρσαντες. Le vers suivant, « calamité inouïe, abîime de maux, » est une exclamation de Xerxès,? qui interrompt la phrase

1 Sur la forme ofoçre comp. Prom. 41, 84, 107.

? Le ton pathétique de ce vers n’irait pas au milieu de la réflexion du chœur.

du chœur, laquelle se renoue au vers 989, πεπλήγ- δ

ΧΟ. πεπλήγμεϑ᾽, εὔδηλα γάρ, 980 ZE. νέαι véu δύωι δύαι.

Xerxès.

«Oui, nous sommes frappés d'un de ces coups qu’on ne peut imputer qu'à une main divine. :

Le Chœur.

« Nous sommes frappés sans ressource, il n’est que trop vrai, Xerxès.

« Calamité inouïe, abîme de maux !

Le Chœur.

«pour avoir eu le malheur de rencontrer les matelots ioniens. Il faut que la race des Perses soit malheureuse à la guerre. » C’est avoir mauvaise chance que de rencontrer un tel ennemi. |

STROPHE ε

Pour faciliter la lecture de l'étude suivante, je transcris cette strophe telle que la donne la dernière édition de Dindorf, 1014-1095.

ΧΟ. τί δ᾽ οὔκ; ὄλωλεν μεγώλως Ta Περσῶν.

EE. τόνδε τ᾽ οἰστοδέγμονω 900

XO. βαιώ γ᾽ ὡς ἀπὸ πολλῶν.

᾿ς Comment le nier, frappé, comme je le suis, malheureux, dans une si grande armée?» ou, «qui pourrait le nier en me voyant frappé de la perte d’une si grande armée ? ».....

J'ai changé d’abord ce μὲν en γάρ, et je vois que c’est aussi le sentiment de Hermann, qui même lintroduit dans le texte ; mais, en cherchant à pénétrer

dans le contexte qui suit, notamment dans le sens du vers suivant, je suis arrivé à la conviction qu’à ce μέν devait répondre un dé au vers 987, « ὁρῶς δὲ. .», et que c’est l'interruption du vers 986, faite par le chœur, qui a changé le mouvement logique de la pensée, et a fait supprimer le δέ. D'ailleurs le γάρ supposerait plutôt la construction τοσοῦτον γοὶρ croaτὸν QUE στρωτὸν yap τοσοῦτον. Quand Xerxès prononçait le vers 985, sa pensée était : « je suis frappé dans mon armée (μέν), frappé dans ma personne (dé) » : πέπληγμαι est la reproduction du πεπλήγμεϑα, du vers 980, appliqué à sa personne.

Quelles que soient les difficultés que présente le vers 986, je ne doute pas qu’il ne doive exprimer cette pensée : «à quoi bon énumérer tous les objets sur lesquels portent les coups qui sont tombés sur toi ἢ En un mot, toute la grandeur, ou tous les biens, des Perses sont perdus.» On comprend qu’interrompu de la sorte, Xerxès ne peut continuer sous la forme de l’'énumération de ces maux : cependant l’idée qu'il voulait exprimer est restée présente à son esprit, et il l'énonce dans sa forme absolue.

Voyons maintenant les diverses leçons et interprétations données sur ce passage :

Schütz change οὐκ en οὖν:

et traduit : « quid igitur? magnæ Persarum res ceciderunt, magna eorum fortuna eversa est. » Abstraction faite des nécessités métriques, ce guid iqiltur ? ne s'organise pas dans le contexte.

De la leçon μεγώλατε, Où μεγάλω τε du Med. et du Vit. Schneider ἃ fait :

On peut encore revendiquer l'adjectif μεγώλατος, pour le texte des Ewm. v. 782 et 808, soit dans le sens passif, #4gna calamitate afflictus (Passow et Wellauer), soit même dans le sens actif, magna calamitate afficiens ; quoique la plupart des éditeurs lisent aujourd'hui μεγάλα τοι, au lieu de μεγάλατοι. Cette leçon, qui n’est pas même une correction, est soutenable en soi : seulement l'appellation μεγώλωτε Περσῶν, adressée à Xerxès, est peut-être, soit dans le sens passif, soit dans le sens actif, une intronisation étrangère au texte.

Brunck met le signe de l'interrogation après τί δ᾽; et la répète à la fin du vers; mais ce τί δ᾽; ne se justifie pas mieux que le τί δ᾽ οὖν de Schütz.

Hermann, prenant acte de la leçon μεγώλως du Cantab. et du Guelf., a proposé :

τί δ᾽ οὐκ; ὄλωλεν μεγώλως Ta Περσῶν.

Cette leçon a été adoptée par Wellauer et par Din-

dorf, ome édit. : ὁ elle est reproduite dans l'édition

τ Dans ses Metra, édit. d'Oxford, 4849, il lisait :

posthume de Hermann. Quelque puriste pourrait trouver encore un scrupule sur la forme fortement articulée de οὐκ (pour οὐ) nécessitée par la voyelle initiale de ὄλωλεν, le x ne se liant pas, par la prononciation, avec ὄλωλεν : mais cette forte articulation se Jusüfierait peut-être par la sous-entente même du verbe, qui se tire de πέπληγμαι, grammaticalement πέπληξαι, Où, si l’on pense, non sans raison, que cette préoccupation personnelle de Xerxès n’est pas partagée par le Chœur, un ἀνώλογον, soit même la notion générale de perditum est, reproduite dans le ὄλωλεν Qui suit.

Cette leçon peut donc s’harmoniser avec l’idée générale que je me fais du contexte: mais je trouve plus simple, et parfaitement légitime, de supprimer le point interrogatif après τί δ᾽ οὐκ, de considérer ri comme accusatif, dans le sens de en quoi? et de reporter l'interrogation à la fin du vers, en lisant:

Toutefois la leçon μεγώλως m'est encore suspecte. Isolée dans un manuscrit, ou tout au plus dans deux, elle n’a pas grande autorité. C’est peut-être la correction d’un métricien, corrigeant μεγάλα pour le mètre. Il s’agit moins ici de la grandeur que de l'universalité du désastre. Vit. Lips. Cantab. 1, Ald. Rob.

et le vers précédent :

et Turn. portent ὄλωλε, le Guelf. ὦλωλε. Je propose de lire :

« Que te (ou que nous) reste-t-il? toute la grandeur, tout le prestige des Perses est détruit. » Ou plutôt encore :

{ Ι! ͵ πε συν τ RO

L'accusatif τί δ᾽ est naturellement amené par le στρατὸν μὲν.

Au vers 987, ὁρῶς...«« .γ)]8. supprime l'interrogation à la fin du vers, et, par conséquent, après ϑησαυoo βελέεσσιν; cette dernière conservée par Hermann, mais déjà supprimée par Dindorf: « mon armée perdue, et, quant à ma personne, tu vois ce qui reste de mon costume royal. »

Au vers suivant : ὁρῶ ὁρῶ, l'attention attirée par Xerxès sur l’état de ses vêtements provoque dans le chœur un mouvement pathétique, sincère sans doute chez ce dernier; mais je doute que le poëte ait eu l'intention de faire partager ce mouvement par ses spectateurs. C’est un sentiment que j'ai éprouvé maintes fois dans cette pièce, notamment quand j'ai hasardé la correction μεγωλεῖω, mot qui est susceptible d’être pris au sérieux par les viaillards perses, mais qui peut éveiller dans des esprits athéniens l’idée

de faste, de prétentions fastueuses. On sait qu'Eschyle ne tirait pas son pathétique de pareilles situations, mais de la situation morale et vraiment tragique de ses personnages. Dans la comparaison qu'Aristophane fait entre la tragédie d’Eschyle et celle d’Euripide (Grenouilles), c’est à ce dernier qu'il reproche ses

héros en guenilles et son procédé d’émouvoir la sen-

sibilité de son auditoire par la peinture de misères purement physiques. On pourrait comparer ce trait d’égoïsme royal à l’égoisme maternel d’Atossa, vers 847 sqq. Sans aller jusqu’à la caricature, tout ce dénouement devait bien aller jusqu’à égayer un peu le peuple athénien. Eschyle n’aurait pas ainsi présenté un héros grec. (Comparez ce que j'ai dit dans l’Introduction.) C’est au reste le seul passage qui tourne réellement au comique.

Au vers 990, tous les manuscrits portent τόνδε τ᾽ οἰστοδέγμονω. Hermann ἃ changé, d’après Porson, ce féminin en masculin τόνδε. Je crois qu'il s’est trompé. Le τώνδε est accompagné d’un geste qui montre l’objet, en sorte que le chœur ne peut se méprendre sur le sens de ces paroles, et la désignation ϑησαυρὸν βελέεσσιν n’est due qu’à l'interrogation du chœur, ri τόδε λέγεις σεσωσμένον ; dans ce sens: « quel si grand intérêt attaches-tu à la conservation de ce débris de ton équipement ? pourquoi mentionnes-tu la conservation de cet objet?» On s'ex-

plique dès lors pourquoi le substantif φαρέτρων, soit attendu, soit sous-entendu, est remplacé par l’apposition ϑησαυρὸν βελέεσσιν. C'est une transition qui amènera les vers 993 sqq., c’est-à-dire un dernier

éloge de la valeur des Ioniens ; comme les derniers mots, 1046-7 :

D »\ ΧΟ. #1 11 τρισκώλμοισιν, ΥΝ 5ù , > in ἰὴ, βώρισιν ὀλόμενοι.

l'éloge de leurs invincibles trirèmes.

—> Edo <—

La Bibliothèque The Library Université d'Ottawa University of Ottawa Echéance Date Due

SEP 24 1907 x EP 04m | 71

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